Congrégation du Grand-Saint-Bernard

Archives Paroissiales de Bovernier

Trois articles de présentation

1 - Histoire de la paroisse de Bovernier

2 - Aperçu historique de ses archives

3 - Présentation de quelques documents

Histoire de la paroisse de Bovernier.

Bovernier est une commune valaisanne d'environ 800 habitants située à l'entrée du val d'Entremont, au-dessus de Martigny, sur la route du Grand-Saint-Bernard. (www.bovernier.ch.). Elle est constituée de deux localités principales, les Valettes et Bovernier hormis les hameaux du vallon de Champex. Ses habitants, les Bovernions, sont également surnommés les " Vouipes " traduit en français par les " guêpes ".

Au milieu du XVe siècle, les Bovernions, dépourvus de lieu de culte, décidèrent de construire une chapelle dans leur village. Faisant alors partie de la paroisse de Sembrancher, les délégués de Bovernier, après avoir acquis le fonds grâce à la générosité d'une certaine Mermette, demandèrent l'autorisation à leur curé pour édifier une chapelle dans leur bourg. Ils promettent de la doter de façon pour qu'on y puisse célébrer une messe par semaine. Le curé, Jean Duverger, touché par la piété de ses paroissiens, leur accorda l'autorisation de construire le 31 décembre 1441. Après 4 ans de labeur les travaux arrivèrent à terme et c'est le 29 janvier 1445 qu'eut lieu la consécration de la chapelle sous le patronage de St-Théodule.

3 siècles plus tard, soit le 29 août 1739, lors de la visite canonique de Mgr Jean Joseph Blatter, évêque de Sion, les Bovernions sollicitèrent la faveur d'ériger dans leur village une église paroissiale. Les motifs qui encouragèrent la communauté à entreprendre cette démarche sont notamment la longueur et les dangers du chemin pour se rendre à l'église paroissiale distante de 5 km soit une heure de marche pour un homme valide.

Cependant, après l'acte épiscopal reconnaissant la nécessité d'ériger une paroisse à Bovernier, 7 ans passent sans que rien se semble se faire. Mais, en mai 1747, les démarches se succèdent coup sur coup et conduisent à la réalisation tant désirée. Au début de l'année un Bovernion meurt sans pouvoir être assisté d'un prêtre. Ce cas s'ajoutant à d'autres semblables accélère les évènements. Le 1er mai l'évêque de Sion fait savoir au capitaine Ganioz, son représentant dans la région de Martigny, son désir que le prêtre désigné pour Bovernier y commence son ministère. Le 8 mai, Claude Philibert Thévenot, curé de Sembrancher, donne son consentement à l'érection d'une cure à Bovernier, sous certaines conditions cependant, et le 17 mai 1747, fête de la Sainte Trinité, le Révérend Nicolas Joseph Champlot inaugure les offices paroissiaux à Bovernier dans la vieille chapelle attenante à la place du bourg. En fait, la paroisse est établie.

Cependant, les Sembranchards ne l'entendent pas de cette oreille. En effet, un orage s'est formé à Sembrancher qui allait menacer l'existence de la paroisse naissante. Les Bourgeois du lieu voyait d'un mauvais œil le démembrement de leur paroisse parce qu'il amoindrirait la vie paroissiale et, par contre-coup, les finances de leur bourg puisque les Bovernions participaient pour le 1/4 aux frais du culte de leur église. Dès qu'ils s'aperçurent que les Bovernions passaient à la réalisation de leur projet, ils manifestèrent leur opposition.

Les Sembranchards intentèrent un procès contre la fondation de la paroisse de Bovernier qui allait durer 3 ans. Mais l'évêque de Sion maintenait sa décision autorisant le démembrement de la paroisse de Sembrancher. Monseigneur Blatter confirmait définitivement le 20 juin 1750 que l'érection d'une cure à Bovernier est maintenue, que les Bovernions sont libérés de tout devoir envers l'église mère, sauf reconnaissance annuelle de cette même église par une procession avec offrande de deux livres de cire et par la faculté laissée au curé de Sembrancher d'officier à Bovernier en la fête de la Dédicace. Sembrancher fut encore condamné au frais de séances.

Après le décret de l'évêque de Sion par lequel il autorisa définitivement la fondation de la paroisse de Bovernier, il restait maintenant aux Sembranchards plus qu'une ultime voie de recours, celle de faire appel du tribunal de l'Ordinaire à celui du Nonce de Lucerne, ce qu'ils décidèrent de faire. Le 21 juillet suivant, le Nonce est saisi de cet appel. Après que les deux parties eurent réitéré leurs arguments, la liquidation du recours fut expédiée sans retard, le Nonce Philippe Acciaiuoli, avait déjà son opinion faite sur cette cause. A la fin août 1750, il confirme la sentence de l'évêque de Sion, libérant définitivement la communauté de Bovernier de l'entretien de l'église mère. Cette fois, la Bourgeoisie de Sembrancher dut s'avouer vaincue et les Bovernions purent s'occuper à parfaire sur place l'organisation de leur paroisse.

L'Acte de fondation fut rédigé et, durant les années de " bagarre " avec Sembrancher, les Bovernions avaient déjà commencé la construction de l'église, leur chapelle devenant beaucoup trop étroite pour accueillir tous les paroissiens. La construction débuta par la bénédiction de la première pierre le 6 mai 1748 et le 30 décembre 1751 fut bénite la nouvelle église par le Prieur de Martigny François Michellod, administrateur de la Prévôté du Grand-Saint-Bernard, a qui fut confiée la nouvelle paroisse.

La première messe fut célébrée en la fête de Saint Antoine le 17 janvier 1752. C'est le successeur de Mgr Blatter, Mgr Hans Hildebrand Roten qui consacra la nouvelle église, au cours de sa visite épiscopale, le 14 juin 1755. Entouré d'une vingtaine d'ecclésiastiques et de laïcs il procéda à la consécration de la nouvelle église et ses 3 autels, le maître-autel dédié à St-Théodule, Patron de la paroisse, et les autels latéraux dédiés à la Sainte-Vierge et Saint Antoine, ermite, où il déposa des reliques des Saints Clément et Anastase, martyrs.

La construction de la cure débuta le 7 mai 1753 et fut achevée en 1756.

A la fin du XVIIIe et durant une bonne partie du XIXe siècle, de graves évènements émaillèrent la vie paroissiale du Bourg des Vernes, ancien nom de Bovernier, provoquant même le départ du curé. Mais, depuis lors, on peut dire que les relations entre la commune et le clergé sont bonnes, voire excellentes.
Au XXe siècle, les querelles paroissiales ont laissé la place à un beau dynamisme spirituel qui a rayonné jusque dans les réalisations matérielles : en 1920 naquit le bulletin paroissial et en 1939 les premiers vitraux furent placés dans le Chœur. En 1981, une chapelle fut construite dans le vallon de Champex, placée sous le patronage de St-François d'Assise et en 2001 elle fut enrichie de 2 vitraux. En 1994, notre paroisse accueillit pour la première fois un cardinal. En effet, Son Eminence le Cardinal Henri Schwery, évêque de Sion, y effectua sa visite pastorale. En 1996 et 1997, sur l'initiative du curé Oswald Giroud, 11 nouveaux vitraux furent inaugurés dans l'église paroissiale.

Le 14 juin 2005, 250e anniversaire de la dédicace de notre église. Ce jour étant un mardi, la fête a été reportée au dimanche 19. C'est en présence de l'évêque de Sion, Mgr Norbert Brunner, du Prévôt du Grand-Saint-Bernard, Mgr Benoît Vouilloz, de notre curé, M. le chanoine Bernard Gabioud et de notre ancien Berger, le seul encore sur cette terre, le chanoine Jean-Pierre Voutaz, que se déroula la Sainte Messe Solennelle du Jubilé. La fête fut magnifique, baignée par un soleil radieux.


Pour laisser un souvenir tangible du 250e anniversaire de la Dédicace de l'église de Bovernier, un livre retrace la vie paroissiale (Histoire de la paroisse de Bovernier, Editions à la Carte Sierre 2005, 227 pages). Plus de 5 siècles d'histoires sont publiés, agrémentés de photos et d'images. Les curés qui ont desservi la paroisse y sont nommés, avec leur biographie, tout comme les Bovernions de la Congrégation des chanoines du Grand-Saint-Bernard et les religieuses et religieux issus de la paroisse. Des messages adressés par nos autorités religieuses valaisannes et civiles de la commune de Bovernier sont publiés dans les premières pages. Quelques chapitres signés par M. Roger Michaud, évoquant la vie spirituelle et ses coutumes, les faits saillants et parfois insolites de la vie paroissiale ainsi que des légendes concernant saint Théodule, Patron de la paroisse de Bovernier et du diocèse de Sion, complètent et terminent cet ouvrage.
Vous pouvez le commander chez son auteur : Jean-Marc Michaud - Les Valettes - 1932 Bovernier (michaudjm@bluewin.ch).

Jean-Marc Michaud, Bovernier, le 25 septembre 2005.



Aperçu de l’histoire des archives paroissiales de Bovernier

Les archives paroissiales de Bovernier ont été conservées soigneusement. Le premier catalogue (APB A1) a été dressé par le chanoine André Besse, curé de 1881 à 1900, en exécution d’une ordonnance épiscopale de mars 1882. Utilisant le formulaire imprimé reçu de l’évêché, le Curé Besse y analyse sommairement les pièces d’archives paroissiales en leur donnant un numéro d’ordre qu’il reporte sur les documents, le tout à l’encre violette. Ce premier catalogue comprend 22 documents et dans un ordre chronologique imparfait.

Le chanoine Besse reprend son travail d’une façon plus méthodique sur un cahier d’écolier et reporte les numéros d’ordre sur les documents, cette fois à l’encre rouge par-dessus ceux qu’il a écrits en violet et qui ne correspondaient plus à cette deuxième rédaction. Il aura fini son travail vers 1884 (APB A3). Ses successeurs ont mis à jour l’inventaire jusqu’en 1954.

A la demande des Archives Cantonales, le chanoine Lucien Quaglia, curé du lieu de 1960 à 1968, dresse un nouveau catalogue de ces archives, sur fiches, en classant les documents par matières et chronologiquement sous chaque matière et en y introduisant de nouveaux numéros d’ordre inscrits au crayon dans le sceau paroissial à encre violette. Il termine ce travail en 1965. L’inventaire détaillé (APB A4) de 73 pages au format A4 est en fait une photocopie du fichier dactylographié, chaque page contenant entre 3 et 5 fiches.

En 1999, le chanoine Oswald Giroud, curé de la paroisse, est sollicité par le Centre Régional d’Étude des Populations Alpines (CREPA), à Sembrancher, pour présenter une conférence sur l’histoire de la paroisse de Bovernier, ce qu’il fera le 11 novembre 1999 (APB J46). A cette occasion il cherche des éléments historiques utiles dans les archives de la paroisse et décide de tout reclasser. Il choisit une logique chronologique et disperse les documents jugés inutiles, laissant un inventaire dactylographié de 4 pages A4 (APB A5). Les nouvelles cotes des documents sont écrites à la main sur leurs fourres, soit des enveloppes jaunes A4, soit des dossiers suspendus, soit les anciennes fourres.

En 2002, le chanoine Jean-Pierre Voutaz, desservant, essaie de comprendre le classement des archives paroissiales de Bovernier. Il trouve aussi des ouvrages liturgiques et divers lots de documents avec leur cote au crayon dans différentes pièces de la cure. Après avoir lu les inventaires des chanoines Giroud et Quaglia, il se décide à rétablir l’ordre de classement de 1965, de continuer les séries existantes et de créer les nouvelles séries qui s’imposent – comme celles du Conseil de Communauté ou de la chapelle des mayens – selon la logique de classement et de cotation de 1965, l’encre du sceau paroissial étant cette fois noire. Dès 2004, Mme Marie-José Bruttin de Martigny apporte son aide bénévole pour dactylographier l’inventaire sur support numérique, puis réalise les notices de 1960 à nos jours. L’inventaire se termine en octobre 2005 (APB A9).

Pour que les archives paroissiales soient mieux conservées à long terme, le Conseil de gestion a confié la garde de leur partie historique aux archives du Grand-Saint-Bernard par convention signée le 20.04.2004 (APB A8). La paroisse se garde le droit de les consulter en tout temps et se réserve le droit exclusif d’autoriser leur consultation. Une démarche est faite auprès de l’évêché de Sion, ultime responsable, pour établir un lieu définitif de dépôt et la définition d’un mode de consultation.

Ce 13 septembre 2005, Chanoines Lucien Quaglia (APB A4.d) et Jean-Pierre Voutaz

Quelques documents intéressants

Une paroisse fondée au milieu du 18ème siècle, que peut-elle avoir d’intéressant dans ses archives ? La question n’est pas dénuée de fondement puisque les archives présentent habituellement avec orgueil des documents en parchemin desquels pendent des sceaux en cire ou en métal avec une iconographie prodigieuse. Bovernier est une paroisse trop jeune pour avoir une anthologie de la production archivistique du deuxième millénaire, mais elle garde précieusement ses petits trésors, ou ce qu’il en reste.


1. L’acte de fondation de la paroisse de Bovernier, rédigé le 20 juillet 1749

Lors de la fondation d’une paroisse, les habitants du lieu doivent s’engager à construire une église, un cimetière et fournir de quoi faire vivre le prêtre résidant, soit à construire encore une cure, une grange écurie et donner des propriétés qui assurent un revenu décent. Aussi l’acte de fondation est-il rédigé avec grand soin, sur parchemin, devant notaire, et en plusieurs exemplaires afin que les engagements pris soient respectés. Pour la paroisse de Bovernier, il a probablement existé trois exemplaires originaux de l’acte de fondation : le premier pour la paroisse elle-même, le second pour la prévôté du Grand-Saint-Bernard qui avait le droit de collation ou la responsabilité du bien matériel du prêtre résident et le troisième exemplaire pour l’évêché qui avait l’institution canonique des curés ou la responsabilité du bien spirituel des fidèles de la paroisse. Avec les années, les divers originaux ont suivi des chemins très différents, et c’est justement dans cette chaîne de transmission que se trouve un résumé de la vie des archives. Par ordre chronologique, suivons leur évolution respective :


a. L’exemplaire de l’évêché de Sion n’avait pas encore quarante ans qu’il était détruit, en même temps que les archives de l’évêché et la grande partie de la ville de Sion, lors du grand incendie du 24 mai 1788.

b. L’exemplaire de la paroisse (APB B6) se portait bien jusqu’à ce qu’une personne cherche un support flexible assez résistant. Elle a trouvé l’acte de fondation de la paroisse qu’elle a pris pour une vieillerie périmée et donc inutile. Par contre, la solidité du parchemin a répondu à ses attentes. Avec une paire de ciseaux, le début de l’acte de fondation de la paroisse est devenu une doublure de livre. On voit encore très clairement les marques des ciseaux, les plis et les taches dues à un liquide.

L’histoire du premier fragment de l’acte de fondation ne s’arrête pas là, car un jour, une personne a eu l’idée d’enlever la doublure de l’ouvrage et a vu des inscriptions, dont une majuscule décorée qui fait penser à une enluminure. C’était tellement désirable que le I majuscule du début de l’acte, (In Dei Nomine Amen) a été déchiré pour être emporté. Plus tard, vers 1960, le chanoine Lucien Quaglia a vu ce fragment de parchemin, il l’a transcrit et sa culture lui a permis d’y découvrir le premier morceau de l’acte de fondation de la paroisse.

Un second fragment nous est aussi parvenu, fortement taché.:

C’est la fin du document et l’on y voit au fond à droite le début de l’approbation manuscrite de l’évêque de Sion « Nos Joan: Joseph…/ Confirmamus », nous Jean-Joseph (Blatter), nous confirmons…

Par un heureux hasard, l’essentiel du document s’est conservé !

c. L’exemplaire du Grand-Saint-Bernard (AGSB 3847) est encore intact. Il a été préservé jusqu’à ce jour des incendies, de l’humidité, des rongeurs, des insectes, du vol et d’autres facteurs de destruction.

Le document lui-même est fabriqué avec une peau de veau mort né ou de chèvre, soit en parchemin fin, de couleur blanche. La partie utilisée va du cou (l’endroit où se trouve le sceau) aux ¾ du dos de l’animal. Nous distinguons facilement le départ des épaules à leur forme arrondie à côté du sceau épiscopal. Le parchemin mesure 68,3 x 75,5 cm.

Cliquez ici pour une image en meilleure résolution

Les annotations à l’envers du document nous livrent une partie de son histoire. A l’encre noire, en écriture très lisible nous voyons le regeste, soit le résumé de l’acte : « Actus fundationis Ecclesiae paroecialis apud Bourgvernier, erectae ab anno 1747. », acte de fondation de l’église paroissiale de Bovernier, érigée en 1747. Au-dessous de cette inscription, une autre plus récente : « Défense au Greffe du Tribunal de Martigny le 1er mars 1880. Dépôt -.40 » avec la signature du greffier Gay. Cet acte a donc été déposé en justice plus de 130 ans après avoir été écrit, ce qui montre son importance juridique. Cette annotation indique aussi qu’à cette époque ce devait être le seul exemplaire encore intact. Le chanoine Lucien Quaglia, archiviste du Grand-Saint-Bernard de 1952 à 2001, a aussi fait deux annotations au crayon, la première est la date de la rédaction de l’acte « 1749 VII 20 », la seconde, dix centimètres plus à droite « Le 1er curé de Bovernier est institué le 14 VI 1749 ». Nous lisons aussi trois annotations de rangement : N°4, 1ère liasse, remplacé par N°3, 1ère liasse, puis remplacé par la cote actuelle : Gd-St-Bernard 3847.

Le document lui-même est un exemple de contrat solennel entre une communauté villageoise, un évêché et une maison religieuse, en l’occurrence la Prévôté du Grand-Saint-Bernard. Nous le présentons rapidement :

a. L’invocation du nom de Dieu pour souligner la solennité de l’engagement pris : « In Dei nomine. Amen » Au nom de Dieu. Amen.


b. La présentation du cas que résout le document avec l’argumentation utilisée. Qu’il soit notoire à tous et chacun qui ont ou qui auront un intérêt dans les temps futurs pour le présent document, que les hommes de l’honorable communauté de Bovernier demandent de fonder une paroisse dans leur localité. En effet, actuellement ils doivent aller à Sembrancher, distant d’une bonne lieue, les dimanches et fêtes, y apporter les nouveaux-nés à baptiser et les défunts à enterrer. Non seulement le chemin est long, mais il est encore dangereux soit en hiver dans les tempêtes soit en raison des fréquentes chutes de pierres qui ont fait récemment des morts…


c. Les noms des chefs de famille qui s’engagent à pourvoir la nouvelle paroisse. On y trouve des représentants de 44 des 45 familles qu’avait le village à cette époque. Leurs noms et prénoms sont inscrits sur un espace qui occupe 8 cm sur 65 cm.


d. Les clauses du contrat. Le début de chaque clause est signalé graphiquement par des lettres trois fois plus grosses que l’écriture normale, donnant le numéro de la clause « et primo », « secundo »… Il s’agit de la construction du nécessaire à la vie du futur desservant.


e. Deux clauses ont été ajoutées au document. La première débute avec le mot « Subsequenter », c’est une adjonction à la rente du curé, considérant à tête reposée que ce qui a été statufié ne suffit pas. La dernière, commençant avec « Ulterius », est une clause exigée par le curé de la paroisse mère de Sembrancher afin d’avoir son consentement pour fonder la nouvelle paroisse de Bovernier. Elle précise les devoirs de la paroisse fille en faveur de la paroisse mère.


f. L’authentification : Le notaire Ganioz de Martigny signe le document qu’il a rédigé le 20 juillet 1749 et dont les ajoutes datent des 12 et 20 septembre 1749.

L’évêque de Sion Jean Joseph Blatter confirme et ratifie cet acte le 20 juin 1750 en y apposant son sceau et sa signature tandis que l’administrateur de la Prévôté, le chanoine Michellod n’y appose que sa signature. Pour des informations supplémentaires, voir Michaud Jean-Marc, Histoire de la paroisse de Bovernier, éd. à la Carte Sierre 2005, p. 60 à 65.


2. Un bref pontifical:

Cliquez ici pour une image en meilleure résolution


« Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » (Jean de Lafontaine, Les animaux malades de la peste). Il nous arrive d’entendre que les puissants sont privilégiés dans l’Eglise, ce n’est pas rigoureusement exact. En effet, la petite paroisse de Bovernier conserve quelques brefs pontificaux, soit un des types de courriers de la curie romaine, écrits sur vélin (peau de veau mort-né, d’une finesse et d’une blancheur admirables). Ils sont envoyés aussi bien pour les monarques que pour les petites gens, et c’est le même matériel qui est utilisé selon le même agencement. Le bref se reconnaît aux éléments suivants :


1. Le nom du pape (nom, pape et numéro) vient au milieu de la première ligne, ici "GREGORIUS PP. XVI" (Grégoire, pape, 16ème du nom).


2. Au début du texte, écrit d'un tenant, le pape s'adresse au destinataire au vocatif, sans l'indication de son nom, puis le salue : "Venerabilis frater salutem et apostolicam benedictionem" (Vénérable frère, salut et bénédiction apostolique).


3. À la datation, après l'indication du lieu (ici Rome), vient l'annonce du sceau " sub annulo piscatoris " (scellé par l'anneau du pêcheur), c'est le motif de l'anneau pontifical.

4. Le jour du mois est indiqué selon le style moderne, ici " die XXX. Septembris MDCCCXXXXI" (le 30 septembre 1841).


Ici, c'est un bref du pape Grégoire XVI (APB M2 1841) qui donne les autorisations nécessaires à l’évêque de Sion pour régulariser un mariage dans la paroisse de Bovernier. Au dos du bref, l’évêque Maurice Fabien Roten délègue le chanoine Daniel Abbet, curé du lieu, pour accomplir cela et signe de sa main. Le parchemin (51 x 30 cm) est en excellent état de conservation.


3. Une lettre de l’évêché
Le principe de l’autonomie des pouvoirs civils et religieux tel que défini au Concile Vatican II n’a pas toujours été une règle de conduite. Dans une circulaire du 30 décembre 1810 (APB M2 1810), le vicaire général du diocèse de Sion, Alphonse Pignat, invite le diocèse à prier pour la grossesse de l’impératrice Marie-Louise de Habsbourg-Lorraine, seconde épouse de Napoléon Bonaparte. En effet, il venait de divorcer pour avoir un héritier d’une femme qui ne soit pas stérile. Quelques mois plus tard, le 20 mars 1811, naîtra à Paris François Charles Joseph Bonaparte. L'enfant reçoit à sa naissance le titre de roi de Rome. Surnommé l'«Aiglon», il est reconnu empereur sous le nom de Napoléon II, le 22 juin 1815, mais il n'aura pas l'opportunité de régner. Il meurt de la tuberculose le 22 juillet 1832, à 22 ans.

Prier pour la grossesse de l’impératrice n’est pas une dévotion particulière du vicaire général du diocèse de Sion, mais une exigence dictée par les autorités politiques. Les évêchés n’ont pas le choix, soit ordonner des prières pour que Napoléon 1er puisse avoir une descendance, soit prendre le chemin de l’exil volontaire ou forcé. Autres temps, autres mœurs…


4. Le premier extrait de cadastre avec dessin des propriétés
Un extrait de cadastre est actuellement l’affaire d’un coup de téléphone ou d’une simple lettre. Par retour de courrier nous sont transmis les extraits demandés avec la facture qui accompagne le service rendu. Il n’en a pas toujours été ainsi. Les plans cadastraux ont commencé à se mettre en place en Europe de manière systématique à la suite de la Révolution française. Pour la paroisse de Bovernier, plusieurs extraits de cadastre sont conservés, mais ils ne donnent que la localisation des terrains et le nombre de mètres carrés dont il s’agit.

Le premier extrait de cadastre avec plan des propriétés date de 1934 (APB C49). Il a été dressé à la main par le géomètre Antoine Moret de Martigny-Bourg à l’échelle 1 :500, sur une feuille de 90,7 x 63,9 cm. Nous sommes à la frontière entre le dessin utilitaire et l’œuvre d’art : tout est disposé avec ordre et harmonie.

Hospice du Simplon, le 15/09/2005, Chanoine Jean-Pierre Voutaz.