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Editorial
- R.-M. Kaelin |
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Voeux pour l'An
Nouveau - +Benoît Vouilloz, Prévôt |
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Echanger des
voeux, ça change quoi - José Mittaz |
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les martyrs
chrétiens duTibet - Père Alphonse Savioz |
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Sur les pas du
bienheureux Maurice Tornay - Daniel Maurice
Cipolla |
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Saint Bernard, reliques et
reliquaires - J-Pierre Voutaz
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En souvenir du
chanoine René Darbellay - R.-M. Kaelin |
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Hommage au
chanoine René Darbellay, par sa famille |
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Echanges
missionnaires entre la Suisse et la Chine - Daniel
Salzgeber |
Chers
amis lecteurs,
Voici le premier numéro de notre, de votre Revue, pour
l’année 2007.
Tout commence, de façon
on ne peut plus conforme à la tradition, par les bons vœux
aux couleurs universelles de notre Prévôt, Mgr. Benoît
Vouilloz.
Le chanoine José Mittaz, lui, nous livre une réflexion
sapientielle, à la lumière de saint Paul, sur le sens de
tous ces vœux de bonheur que nous avons échangés.
Pour les lecteurs qui demandent que notre Revue continue à
parler du Tibet, vous allez être gâtés. En effet, notre vétéran
de
la Mission
, le Père Alphonse Savioz, nous livre les résultats de ses
recherches sur les martyrs chrétiens du Tibet. Et son étude
a pris de telles proportions que nous devrons publier la
seconde partie de son article dans le prochain numéro.
Mous publions ensuite un témoignage intéressant de Mr.
Daniel Cipolla, avocat à Martigny, à la suite de son dernier
pèlerinage dans les marches tibétaines du Yunnan, en
juillet-août 2006.
Puis c’est notre historien de service,
le chanoine Jean-Pierre Voutaz, qui nous présente la
riche personnalité et le charisme de notre fondateur, , à
travers 3 représentations iconographiques célèbres
de saint Bernard.
Puis notre Revue rend hommage à notre confrère René
Darbellay, notre cher et vénéré doyen, décédé le samedi
28 octobre.
ET
la Chine
, l’immense Chine ?? Le chanoine Daniel Salzberger nous
présente la lère partie de son travail de recherches sur les
relations entre
la Chine
et
la Suisse.
Au moment où nous livrons les épreuves
de ce numéro à notre éditeur, nous apprenons, avec
peine et émotion, le décès subit du chanoine Gérard Payot,
en
la Toussaint
des chanoines, le mercredi 8 novembre. Nous évoquerons bien sûr,
son souvenir dans notre prochain numéro.
Je vous souhaite,
moi aussi, une bonne et heureuse année, sous la protection de
saint Bernard et des martyrs chrétiens du Tibet, que le Père
Savioz nous a fait découvrir.
Voici une bénédiction pour la nouvelle année, puisée dans
« Chemins de Noël 2006 », éd. du Signe :
« Que l’Enfant de Noël chante en vous son espérance.
Que le Christ vous manifeste sa présence sur tous vos
chemins.
Qu’au long des heures de tristesse et qu’au long des
heures d’allégresse en vous la confiance demeure
d’être aimés par le Père, d’être
accompagnés par le Christ,d’être soutenus par l’Esprit.
ET que votre foi au Christ né sur votre terre vous donne
l’audace de réveiller la joie à travers les champs de
votre terre en attente »
VŒUX
Permettez-moi,
chers amis de notre Revue, de vous partager une expérience
personnelle :
L’année 2006
restera marquée, pour moi, par deux voyages, en deux
directions opposées : rencontre de deux « mondes »,
en lien avec notre Congrégation :
la Chine
de Taiwan et l’Amérique latine du Pérou ; approche émerveillée
de civilisations passionnantes, bien différentes de la nôtre
et pourtant si proches en humanité ; joie de découvrir
combien l’Evangile du Christ demeure « bonne
nouvelle » pour tous, transcendant toute culture et,
par là même, pouvant s’incarner en toute culture digne de
ce nom.
Mon vœu pour
2007 : accueillir les valeurs humaines de toute culture,
y reconnaître le Visage du Christ et désirer que ce Visage
soit reconnu et accueilli par tous nos frères et sœurs en
humanité, pour notre joie commune.
+Benoît
Vouilloz, Prévôt
Echanger des vœux,
ça change quoi
Vœux
de bonheur, vœux de paix, vœux de bonne santé, vœux de
prospérité,… Une avalanche de vœux sont échangés au
seuil d’une nouvelle année : d’après les
statistiques plus de 160 millions de sms ont été envoyés en
France le 1er janvier 2006 et notre petit pays
n’est pas en reste puisqu’il en comptabilise quelque 60
millions !
En commentant ces chiffres astronomiques, le journaliste
français Guillaume Champeau, également juriste NTIC
(Nouvelles Technologies de l'Information et des
Communications), ne manque pas de provoquer son lecteur à la
réflexion et à la question du sens : « Si Noël a
été inventé par les grandes surfaces, alors le 1er
janvier a dû être inventé par les opérateurs télécoms.
Entre minuit et une heure du matin le jour du Nouvel An, plus
de 35 millions de SMS et MMS ont été envoyés par les réseaux
de téléphonie mobile (français). » Mis à part les
juteux bénéfices engrangés par les opérateurs téléphoniques
au franchissement de la nouvelle année, échanger des vœux,
ça change quoi ?
A première vue, souhaiter la santé ou le bonheur à
une personne ne lui change rien : ce sont des mots qui révèlent
certes le désir, le souhait de celui qui ne peut que
l’exprimer. En effet, il est si difficile de savoir comment
s’engager concrètement pour contribuer à la santé ou au
bonheur de l’autre ! Du coup, l’échange de vœux au
seuil de la nouvelle année nous situe chacun devant un autre
seuil qui lui paraît infranchissable : je ne suis pas en
l’autre et c’est la raison pour laquelle je lui souhaite
ce qu’en réalité je suis incapable de lui offrir !
Présenter ses vœux est une démarche qui requiert une
audacieuse humilité : l’audace d’offrir sa présence
au travers d’un message ou d’une rencontre qui exprime
l’élan du cœur, le désir de vie pour l’autre, mais
aussi l’humilité de reconnaître que je demeure démuni
devant le bonheur l’autre.
Démuni ne signifie pas désengagé : les personnes
qui s’échangent des vœux sont réunies intérieurement par
des valeurs communes qui font vivre : la paix, le
bonheur, l’amour, l’espérance, le respect,… S’il
m’est impossible de réaliser ces valeurs dans la vie de
l’autre, il m’appartient en revanche de chercher à les
incarner en ma propre existence : chacun est appelé à
devenir le témoin vivant de la valeur qu’il souhaite à
l’autre.
L’apôtre Paul n’avait pas de téléphone portable,
mais ses lettres débordent néanmoins de vœux et de souhaits
à l’intention de sa communauté. En s’appuyant sur
l’expérience fondatrice de sa conversion au Christ sur le
chemin de Damas, Paul confie aux Philippiens : « Je
considère que tout est perte en regard de ce bien suprême
qu’est la connaissance de Jésus Christ mon Seigneur. »
(Ph 3,8) Et aux Galates il ajoute : « Je vis,
mais ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi. »
(Ga 2,20) Puisque la valeur incarnée par la vie de l’apôtre
est la présence du Christ, il n’est pas étonnant dès lors
que l’apôtre souhaite à ses communautés « la grâce
et la paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus
Christ. » (Ph 1,2)
En présentant des vœux, je ne puis donc souhaiter à
l’autre que de vivre la valeur pour laquelle j’ai moi-même
engagé ma vie. Mais en même temps, lui exprimer mes vœux,
c’est déjà reconnaître que mon destinataire est engagé
sur le même chemin. Les vœux prennent alors la forme d’un
encouragement à « combattre le beau combat » (1
Tm 6,12), celui de la foi au Christ qui réunit Paul et Timothée.
L’échange de vœux fortifie alors un lien de communion déjà
existant.
A ses frères juifs qui persécutent les chrétiens,
Paul ne peut leur adresser des vœux qui seraient tout
simplement irrecevables puisque le lien de communion
n’existe pas. Cependant l’apôtre est libre de vivre intérieurement
le désir qu’il ne peut encore partager avec ses frères de
sang, comme en témoigne cette confidence à sa communauté de
Rome : « Frères, le vœu de mon cœur et ma prière
à Dieu pour eux, c’est qu’ils parviennent au salut. »
(Rm 10,1)
Chanoine José Mittaz
Les
martyrs chrétiens du Tibet
Avant de rentrer dans
le vif du sujet, je prie le lecteur de noter que la
signification du terme « martyr » employé ici ne
doit pas être restreinte à un témoin de la foi auquel on
aurait commandé d’apostasier
et qui aurait subi des tortures jusqu’à offrir sa
vie pour le Christ. Dans ce sens,
un témoin qui n’aurait pas été torturé( martyrisé),
ne mériterait pas la palme du martyre !! Ce sont là des
subtilités de langage et de droit-canon !
Ceci étant précisé, il faut
noter aussi qu’au cours de cet article, il sera surtout
question des martyrs du Tibet oriental et sud-oriental. Notre
objectif principal reste donc limité et la période étudiée
ne commence qu’en 1846, lorsque ce territoire ne
comprenait pas initialement le Cachemire (Ladack) ni la région
sub-himalayenne peuplée en majorité de tibétains, ni même
le Nord du Plateau tibétain, comme le Koukounor ou
Amdo(Quinghai ou Tsinghai en chinois).
Evidemment, nous signalerons de façon
plus circonspecte les témoins de la foi pour lesquels nous
manquons de preuves vraiment sérieuses. Bien sûr qu’il
convient de mentionner nos frères chrétiens d’une
autre confession, qui ont subi eux aussi
la mort pour le Nom du Christ .
Il est juste également de citer
les essais d’évangélisation beaucoup plus anciens
entrepris par les Nestoriens-Chaldéens, mais on possède
très
peu de documents sur leurs activités en ces lieux, tandis
qu’il en existe sur l’influence « prodigieuse »
du Nestorianisme et du Manichéisme en Asie centrale et en
Chine. Des recherches plus étendues viendraient compléter,
avec bonheur ces documents. Il est difficile de
savoir s’il y eut des martyrs à cette époque-là, car on
ne peut tenir compte de suppositions mal fondées. C’est
pourquoi nous abordons de suite la première tentative sérieuse
de pénétration évangélique
au Tibet, celle des Jésuites portugais, basée sur leurs expériences
assez fructueuses dans les petites principautés du versant
sud des Himalaya, comme le Baltistan, le Bhouthan et autres.
Après des voyages extrêmement périlleux
où ils durent traverser plusieurs affluents du Gange, le
premier groupe de Jésuites, sous la conduite du Père Antonio
d’Andrada, arrivent à Chaparangue où ils furent reçus très
dignement par le roi qui leur accorda large hospitalité et
pleine liberté. Mais « l’ennemi » veillait.
Bien que leurs activités religieuses fussent menées avec
sagesse et circonspection, ils durent s’éloigner après une
dizaine d’années, non seulement à cause de l’opposition
de la hérarchie lamaïque, mais aussi à cause d’une longue
inimitié entre Chaparangue (GUGE) et le Ladakh. On accusa le
roi de favoriser une politique anti-lamaïque : puis ce
fut la guerre, qui dévasta à fond le Gugé ainsi que
M’Tolin où les missionnaires avaient installé un
dispensaire. Par la suite, tout le pays passa sous la
domination du Ladakh. Le nombre des adeptes comptait alors
une douzaine de personnes. Y eut-il quelques néophytes qui
suivirent leurs Pères en exil ? Rien de bien sûr !
Quoi qu’il en soit, les Jésuites
considèrent le Père d’Andrade comme martyr, car il a été
empoisonné par les ennemis des chrétiens, peu après son
exil forcé à Leh, capitale du Ladakh, en 1634. Il en est de même
pour le frère Marquès qui, à plusieurs reprises, fut le
guide des missionnaires à travers les Himalayas. Il mourut en
prison, dans des circonstances assez troubles, malgré la venue
d’un autre Jésuite venu à Srinagar pour négocier la libération
du frère.
La deuxième période d’évangélisation
du Tibet fut menée par les Franciscains (O.F.M .)
italiens, appelés aussi capucins, dans les années 1695
-1745.
Sous la conduite du Père Orazio della Penna, ils purent s’établir
à Lhasa, y construisant une chapelle-couvent et un petit hôpital.
Malgré leurs bonnes relations avec les autorités civiles et
religieuses, leur succès fut mitigé, et bientôt, la persécution
déclenchée par la hiérarchire lamaïque s’abattit
sur cette petite chrétienté qui comptait une bonne
trentaine d’adeptes avec 5 ou 6 missionnaires étrangers.
Les épreuves subies par ce groupe de néophytes et les
nombreuses tracasseries administratives obligèrent les
Franciscains à quitter définitivement le pays, en avril
1745. La permission de s’exiler fut refusée aux tibétains,
sauf pour deux ressortissants du Népal. Une fois les
misionnaires expulsés, la persécution devint plus violente :
plusieurs chrétiens , condamnés aux travaux forcés et
torturés, témoignèrent courageusement sous les coups des
bourreaux. Combien y eut-il de martyrs ? Dieu seul le sait !
Pour des preuves plus précises, voici un extrait du livre
intitulé « The
Bell of Lhasa », écrit par le P . Fulgentius
Vennini (O .F.M), dans lequel il relate l’histoire de
la mission des Capucins au Tibet :
« Le 22 mai 1742, cinq chrétiens :
Pierre, Thomas, Madeleine, Agathe et Catherine, subirent une
flagellation tellement cruelle que l’on voyait le sang
couler sur le sol. Ils supportèrent ces tortures avec
courage. Cependant, une des condamnées, ayant vu son mari
dans un état si misérable, fut prise d’une frayeur incontrôlable.
Catherine, une des néophytes, l’encourage, en disant :
« Ma chère sœur dans le Christ, pourquoi tant de peur ?
Regarde nos frères dans la foi ! Ils nous donnent un
exemple de courage chrétien. Inspire-toi de leur bravoure et
imite-les, souffrant joyeusement pour le Nom du Christ ! »
C’est ainsi que les cinq
premiers martyrs tibétains dont nous connaissons les noms,
habillés de la robe flamboyante du baptême de sang, furent témoins
du Christ, en présence d’une assemblée d’amis et de
curieux criant et se lamentant pour exprimer leur émotion et
leur sympathie : tout cela en pleine vue des majestueux
pics neigeux entourant la sainte cité de Lhassa » ;
(fin de citation) :
Le dénouement de cette deuxième
vague de persécution sur le Tibet fut certainement
impitoyable, car les missionnaires durent s’éloigner,
séparés du goupe, tandis qu’on brutalisait les chrétiens
en les traînant dans une autre direction. Tout ceci se
passait en 1746 : comment ne pas rappeler que cent ans
plus tard, soit au début de 1846, deux lazaristes français ,
les Pères Huc et Gabet séjournèrent environ deux mois à
Lhasa, en relative liberté. 1846 fut aussi l’années où
les M.E.P (Missions Etrangères de Paris) reçurent, du
Vatican, la lourde charge d’évangéliser le « Pays
des dieux ».
Avant de parler plus longuement de
cette période, il convient de rappeler le martyre non
sanglant du fondateur de ce que l’on appelle « Mission
du Tibet », le Père Alex Renou, mort en octobre 1863.
Non seulement il ouvrit des postes dans la région de Qiamdo
(Tchamoutong) et Kiangka, mais il fut l’initiateur et le
« défricheur » de Bonga, considéré comme la
première installation stable dans le Tibet interdit. Plus
tard, il dut passer de longs mois à Kiangka (Markang Gartok,
actuellement Mangkang, en chinois) essayant de régler le procès
de Bonga, car il éait le chef et le défenseur de ses confrères
missionnaires. Les autorités refusèrent toutes les requêtes
de
la Chine
et de
la France
, au contraire, on interdit de lui vendre quoi que ce soit,
vivres ou vêtements. Malgré ces vexations continuelles, il
tint bon et, avec son serviteur, se fit construire une petit
abri dans un ravin, à l’écart de la ville. Très affaibli,
c’est là qu’il rendit son âme à Dieu, mourant de
privations plutôt que de maladie. Il fut enseveli en ce lieu
et quelques jours plus tard, mourait son fidèle serviteur.
Les missionnaires, bien qu’ils en reçurent l’ordre, refusèrent
de changer le lieu de
sépulture et d’emporter les corps des deux martyrs. Leurs
tombes étaient encore visibles et entretenues, quand le Père
Goré s’y rendit en 1920.
Maintenant, ouvrons une parenthèse
pour parler de quelques martyrs oubliés par le P .
Simonnet, dans la relation publiée dans le bulletin des M.E.P
et dans son livre « Tibet,-Voyage au but de
la Chrétienté
» (éd. 1994, p.238). Il cite dix martyrs des Missions Etrangères
et place le P : Maurice Tornay au onzième rang.
Evidemment, il veut tenir compte uniquement des missionnaires
étrangers mais, dans cette perspective, il omet le P. Behr ,
un MEP originaire de Bâle, en Suisse, mort brutalement en
1908, à Batang, après 3 ans de mission seulement. Sa dépouille
mortelle aurait porté des blessures et contusions qui ne
provenaient pas toutes de sa noyade dans le Fleuve Bleu. L ‘opinion
émise par ses confrères et par le D. Shelton, dont nous
parlons plus loin : le P. Behr avait probablement été
blessé par des bandits, avant de mourir noyé.
Une autre lacune plus importante,
du P. Simonnet, c’est d’avoir omis
deux Franciscains de la léproserie de Mosin
(Mosi-Mien), située à quelques kilomètres du Petit Séminaire
de
la Mission. En
effet, l’armée rouge en fuite devant les Nationalistes détruisit
les résidences de Lentsy, Chapa et autres, puis ils pillèrent
le couvent des Sœurs franciscaines et la léproserie, tirant
sur le lépreux et en blessant même quelques-uns.
Deux missionnaires furent désignés
pour être emmenés avec la troupe. Ce fut le Père Pecoraro
(italien) et le frère Pascal (espagnol). Leur calvaire qui
dura plusieurs mois commença en la fête de l’Ascension
1935 : pour rejoindre le gros de l’Armée rouge qui
comprenait en ce jour-là les plus plus grands chefs de la
« longue marche », Mao-Tsé-toung lui-même et
Otto Braun, conseiller militaire du Kominten.
Ces chefs étaient d’ailleurs mécontents
de l’incursion menée par leurs subalternes dans
la vallée de Mosi-Mien mais ils inclurent les 2
missionnaires parmi les prisonniers qu’ils emmenaient avec
eux dans leur fuite vers le Nord. Comme les Nationalistes
Kuomintang n’avaient pas voulu couper le pont de chaînes de
Louting-kiao (luding), le passage fut facilité pour les
Communistes qui n’eurent pas à déloger leurs ennemis bien
retranchés à Tatsienlou (Kangding), et ils purent
s’enfiler dans la gorges du Tatou-Ho (Dadu-He). C’est
ainsi que la ville et les établissements religieux furent
sauvés du désastre ; il y eut suffisamment de dégâts
dans les autres missions traversées : Tanpa (Danba),
Tsunghua, Mowkung (actuellement Xiaojin), etc.. !!
A Mowkung, les chrétiens virent
les deux franciscains dans un état lamentable, se dirigeant
avec leur gardien, vers l’église complètement saccagée.
Ils étaient plutôt une charge pour l’armée ; ils
furent décapités à deux journées de marche plus au nord,
en un endroit désolé et leurs corps furent jetés dans le
ravin du Tatou-Ho.C’était le 4 décembre 1935. Par la
suite, les chrétiens ramenèrent ces saintes dépouilles
et les ensevelirent avec piété.
IL convient maintenant de citer
des témoins appartenant à d’autres confessions et qui ont
versé leur sang pour le Christ. Un des plus connus est de Dr.
Shelton, directeur de
la Mission
protestante de Batang et ami des missionnaires catholiques. Il
a fondé plusieurs œuvres de bienfaisance et dispensé les
meilleurs soins à de nombreux tibétains. Malgré sa
connaissance du pays et ses bonnes relations avec les chefs
locaux, il fut massacré par des bandits, lors d’une tournée
en territoire « interdit », pas bien loin de son
lieu de résidence.
Il y eut probablement encore
d’autres victimes parmi les « prédicateurs »
mais nous nous contenterons de parler d’un certain Petrus
Rijnhart.
Ce Néerlandais, marié à une
Canadienne, du nom de Susie, essaya de pénétrer au Tibet par
le Koukounor, en 1898. Il connaissait bien la langue et avait
parcouru le pays, distribuant nombre de tracts en chinois et
en tibétain. Il pensait pouvoir atteindre les centre du pays
et Lhassa, ayant préparé le voyage avec soin. Ils partirent
donc, bien équipés, mais après avoir peiné pendant trois
mois à travers des régions infestées de bandits, il ne leur
restait plus qu’un serviteur, les autres s’étant enfuis
avec leurs meilleurs chevaux. Les malheurs se succédant ,
leur fils d’un an mourut. Ils décidèrent de l’ensevelir
de suite : pour
éviter d’être vus, se sentant surveillés, et pour se
garantir de la dépradation des fauves, aussi bien que de la
coutume des gens du pays qui consistait
à dépecer les cadavres et à jeter les membres à
flanc de montagne pour y être dévorés par les bêtes
sauvages, ils creusèrent une fosse, y déposèrent le petit
cercueil puis roulèrent des rochers par-desus pour faire
disparaître tout indice de la sépulture. Après ce service
funèbre, il fallait trouver un chemin de retour ! Hélas,
les souffrances continuèrent et Susie perdit son mari,
sauvagement abattu par des bandits en traversant une rivière
pour chercher du secours.
Cette tragédie nous rappelle que Charles Carson Rinjnhard
est le premier petit enfant
occidental à être enterré au Tibet et cela
probablement tout près d’une branche supérieure du Mékong.
Quand à la mère de du petit, elle revint au pays, raconta
son odyssée, se remaria puis s’en retourna aux confins du
Tibet avec un groupe de volontaires, puis elle mourut un mois
plus tard.(cf. Susie Rijnhard , « With the Tiberans
in tent aind temple)
Père
Alphonse Savioz
SUR LES
PAS DU BIENHEUREUX MAURICE TORNAY
Avec quinze jeunes et le père Nicolas BUTTET de la communauté
EUCHARISTEIN, j'ai eu la chance de pouvoir retourner dans ce
qui était appelé improprement "la mission du
Thibet".
Il
est un peu abusif d'utiliser ce dernier terme, car nous sommes
que devant l'une des portes de ce qui était appelé le
"royaume des neiges" ou le "toit du monde"
ou ce qui était appelé plus humblement "les marches
Thibétaines du Yunnan". Cette région sublime se trouve
au sud-ouest de
la Chine
en bordure de
la Birmanie
et ce que les Chinois appellent maintenant "la région
autonome du Tibet".
Voici quelques "réflexions" que ce pèlerinage m'a
laissées :
1.
Il faut relever tout d'abord et sans aucun doute, que
les missionnaires avaient une foi à renverser les montagnes,
que ce soit ceux des missions étrangères de Paris (dès 1854
dans cette région) ou les chanoines du St-Bernard (dès 1933
jusqu'en 1952). Les semailles qu'ils ont faits dans ces contrées
on ne peut plus caillouteuses ont germé et germent encore.
Les chrétientés (notamment Siao Weixi (où Maurice a dit sa
première messe
et/où les
chanoines Paul Coquoz et François Fournier ont eu un ministère
fructueux),
Tsechung (où le chanoine Angelin Lovey était vicaire) et
Yerkalo (où Maurice avait été nommé curé) sont toujours
vivantes et les chrétiens sont affamés du Christ. A
plusieurs reprises, nous avons vu de très nombreux chrétiens
se jeter à genoux pour recevoir l'eucharistie.
2.
Si le jeune vieux que je suis n'a pas eu le courage et
la force de grimper les cols, de 3900 à
4200 mètres
, les jeunes l'ont fait non sans peine, mais avec la joie de
pouvoir vraiment partager la condition des missionnaires. Le
col du Latsa où les chanoines avaient projeté d'établir un
hospice dans le même esprit que celui du St-Bernard a ainsi
reçu leur visite. Une idée est en train de germer, pourquoi
n'aiderions-nous pas les Chrétiens à terminer cette œuvre
qui répondrait encore aujourd'hui à un besoin et serait un
lien entre les deux vallées (Haut Mekong et Haute Salouen)
(Nu Jiang).
3.
Les jeunes du groupe avec à leur tête le toujours
jeune Nicolas, ont non seulement gravi les cols des
"Bambous Jaunes" et du "Sila", mais sont
également montés jusqu'au col du "Choula" où une
messe a été célébrée sur le lieu du martyre. Tout là
haut, plus près du ciel, ils ont demandé à notre
Bienheureux de continuer à rayonner et à guider toutes les
personnes de bonne volonté vers les sommets, vers l'adoration
du Christ mort et ressuscité.
4.
Pour la première fois, la vallée de
la Salouen
(Nu Jiang) (le long de la frontière Birmane) a été l'objet
d'une visite prolongée. C'est dans cette région qu'a rayonné
(de 1947 à 1952) le chanoine Louis Emery (actuellement
toujours au Simplon). Si, au moment où les missionnaires ont
dû quitter
la Chine
sous la pression communiste, il n'y avait que quelques
communautés (sauf erreur surtout trois, Bahang (Baihaluo),
Tchrongteu et Kionatong (Qingnatong) mais aussi Pendang, Chala
et Cikai), il y en a maintenant quinze. Les quelques communautés
visitées sont jeunes, accueillantes et assoiffés du Christ
vivant dans leur cœur. Un prêtre, prénommé Joseph, vient
d'être ordonné au printemps et aussi un ou plusieurs séminaristes
se préparent au sacerdoce dont un de la parenté du catéchiste
Zacharie (cette personne morte en automne 2004, à un âge
plus que canonique, à savoir plus de 100 ans, a abattu un
travail énorme et ses enfants et petits-enfants continuent de
semer et moissonner).
5.
A la fin du séjour (4 semaines), il a été possible
de rencontrer, à Kunming, l'administrateur apostolique de
cette immense région qu'est le Yunnan. Après 24 ans de
prison, et à 86 ans, ladite personne rayonnait et nous a témoigné
en un français parfait, ses joies, ses peines, le tout dans
un optimiste apostolique et évangélique.
En
conclusion, je souhaiterai qu'une chaîne de prière puisse se
constituer pour :
-
Que le Seigneur leur envoie de saints prêtres.
-
Que des
jeunes et moins jeunes se mettent à l'œuvre pour mener à
bien tout projet pouvant aider toutes ces communautés à se développer
et à continuer de rayonner la "bonne nouvelle".
-
Que l'église Chinoise retrouve l'unité sous la
direction de Saints pasteurs unis au successeur de Pierre.
Aidons-les par tous les moyens.
Daniel
Maurice CIPOLLA
Saint
Bernard, reliques et reliquaires
Il existe plusieurs manières
de rester présent auprès de ceux que l’on aime lorsqu’on
est absent. Nous pouvons écrire des cartes, téléphoner,
donner une mèche de nos cheveux, offrir un de nos habits,
envoyer notre photographie, faire livrer des fleurs avec un
petit message… Les idées ne manquent pas. Lorsque dans
l’Eglise, nous voulons garder le souvenir des saints, nous
trouvons une manière de les représenter : nous
reconnaissons tout de suite saint Jean l’évangéliste grâce
à l’aigle qui l’accompagne, saint Antoine de Padoue tient
dans ses bras Jésus enfant, assis sur un livre… Nous
fabriquons aussi des boîtes pour garder des objets qui ont été
leur propriété : les reliquaires. Souvent ces boîtes
sont décorées et elles peuvent même se présenter sous
formes de statuette de la personne vénérée. Pour saint
Bernard de Menthon, d’Aoste ou de Mont-Joux, nous allons
nous intéresser à trois manières de le représenter, la
plus ancienne, qui date des années 1200-1230, une autre de la
fin du Moyen-Âge et une manière quasi contemporaine.
Lorsqu’arrive l’heure de midi, je ne m’intéresse
pas à la beauté des casseroles, mais à la qualité et à la
quantité de leur contenu. Il en est de même avec les
reliquaires. Leur intérêt premier ne réside pas dans leur
beauté artistiques, mais dans ce qu’ils renferment. On
appelle reliques (= les restes) ce qu’ils contiennent. Il
existe des reliques de deux sortes : les véritables et
les reliques par représentation. Les reliques véritables
sont des parties du corps du saint ou des objets qui lui ont
appartenu. Les reliques par représentation sont nées avec
les modes. En effet, lorsqu’un saint était populaire, aimé
par les gens, chacun désirait avoir un objet lui ayant
appartenu et les réserves sont limitées si l’on n’est
pas un faussaire. Aussi l’église a eu l’idée de prendre
des objets neutres, comme un morceau de tissu, et de le
frotter contre une relique véritable du saint en question.
Ensuite, le papier qui accompagne la relique – appelé
l’authentique – mentionne de quel type de relique il
s’agit.
Pour les reliquaires que nous présentons,
il s’agit de reliques « ex ossibus sancti Bernardi a
Menthone », ce qui signifie des reliques tirées des
ossements de Saint Bernard. Mais voilà, peut-on se fier à
ces inscriptions ? Nous devons vérifier sur les
authentiques. Ces derniers attestent que les ossements ont été
pris parmi les restes du saint à la cathédrale de Novare,
lieu du décès de saint Bernard il y a bientôt mille ans, et
sont signés par l’évêque de Novare. Le 30 mai1965, le
chapitre de la cathédrale de Novare a voulu savoir si ce
qu’ils vénèrent comme les restes du corps de saint Bernard
est vraiment cela ou des os de plusieurs personnes, voir des
os d’animaux. Il a invité le docteur Cordiglia de
l’institut de médicine légale de l’université de Milan
à examiner ces ossements. Les conclusions de cette analyse
sont les suivantes : Les ossements présentés
proviennent tous de l’espèce humaine, du même individu de
sexe masculin. Ce dernier devait mesurer environ 1m73. D’après
des mesures effectuées sur son crâne et l’état de ses
molaires, il est décédé vers l’âge de 60 ans. L’usure
caractéristique de certaines vertèbres montre qu’il
souffrait de polyarthrite rhumatismale chronique. Ainsi, dans
ce cas, la médecine légale a confirmé les données de la
tradition ecclésiastique locale.
Maintenant, intéressons- nous à la plus
ancienne représentation connue de saint Bernard. Il s’agit
d’un buste reliquaire de style roman, datant probablement
des années 1200-1230 et conservé à l’hospice du
Grand-Saint-Bernard. Le Saint est montré à mi-corps, vêtu
d’une aube et d’une dalmatique, tenant entre ses mains le
livre des évangiles. Sur le plat du Livre a été appliquée
une crucifixion au 14ème siècle. Le visage, la
tonsure, les oreilles et les mains sont polychromées, c'est-à-dire
en bois peint. La barbe, la moustache et la chevelure sont en
argent doré. Les bords du vêtement et l’encadrement du
Livre des évangiles sont constitués de plaques de cuivre
filigranées (travail en dentelles), serties de cabochons,
c'est-à-dire qu’on y a mis des pierres qui brillent. Dans
le dos du reliquaire se trouve une porte, munie d’un
cadenas, qui donne accès aux reliques. Cette porte a été
refaite lors d’une restauration du début du 17ème
siècle, lorsque Roland Viot était Prévôt. Nous remarquons
que saint Bernard est présenté en dalmatique, c’est
l’habit liturgique des diacres, qui se reconnaît à ses
manches longues et larges. Le fait qu’il tient entre ces
mains l’évangéliaire confirme le fait qu’il soit diacre
et fait référence à sa mission d’enseignement de la foi
au jeunes clercs. A cette époque, l’archidiacre avait,
outre sa mission d’annonce de la foi, la responsabilité des
finances du diocèse et de la formation des clercs. C’est
d’après nos connaissances actuelles, la manière la plus
ancienne de représenter saint Bernard.
Une seconde iconographie semble avoir vu
le jour au quinzième siècle, lors de la rédaction de la vie
de saint Bernard attribuée à un certain Richard de Val
d’Isère. Cette histoire raconte de manière fleurie la
naissance de l’hospice du Grand-Saint-Bernard. Le col était
hanté par les démons païens tueurs d’hommes. Notre saint
a donc franchi les Alpes, prenant la dixième place dans la
file des marcheurs, celle qui servait de menu aux divinités
sanguinaires. Lors de l’attaque, il a jeté son étole sur
le démon. L’étole s’est transformée en chaîne et a mis
en laisse le satan. Ainsi le col du Mont Joux de lieu de
terreur est devenu un havre de paix et de charité. Saint
Bernard est représenté debout, écrasant le démon qu’il
tient enchaîné par son étole, tenue par sa main droite. De
la gauche il tient le bourdon, le bâton de berger de
la Congrégation
des chanoines du Grand-Saint-Bernard. Sur ses épaules nous
voyons l’aumusse, soit un petit manteau en peau de
petit-gris (race d’écureuil), c’était l’habit de chœurs
des chanoines jusqu’au 17ème siècle. Il servait
à tenir chaud à l’église lors des offices religieux. Ce
qui est intéressant dans cette iconographie, c’est de voir
les dangers de la montagne symbolisés par un monstre qui est
enchaîné. La montagne était un lieu qui effrayait
l’homme, jusqu’à ce que le tourisme contribue à faire
changer les mentalités. Pour les touristes anglais du 19ème
siècle, les romantique et Heidi, la montagne est un lieu de rêves.
Tout naturellement, une nouvelle iconographie a vu le jour.
Avec l’afflux des touristes sur le col,
le fait que les chiens du saint-bernard ne sont plus utiles
pour les sauvetages, mais servent uniquement de souvenir
historique, une nouvelle iconographie est née, qui présente
saint Bernard avec un chien. Le chien n’a plus du tout la
symbolique du dragon, du démon et des dangers de la montagne
à vaincre. Le saint et son chien sont les symboles de la
charité, le fait de risquer sa vie pour aller sauver des gens
en montagne. Le grand avantage de cette manière de représenter
saint Bernard consiste dans le fait qu’il s’agit d’un
symbole immédiatement décryptable par nos contemporains, les
explications sont superflues. Il s’agit ici du reliquaire
qui se trouve à l’hospice du Simplon et date des années
1960.
Cette brève présentation des reliques
et reliquaires nous introduit au mystère de la vie en ce
monde. Nous avons besoin de modèles, d’exemples pour façonner
notre vie. L’Eglise nous propose la dévotion aux saints,
une sorte d’amitié pour nous conduire au-delà du jour de
notre mort en présence du Christ ressuscité. Ce désir de
garder des souvenirs de personnes que l’on aime est
fortement ancré dans le cœur de l’homme. Nous gardons des
photos de famille, nous cherchons des disques dédicacés de
nos stars de la musique, on s’arrache dans les ventes aux
enchères des objets ayant appartenu à des gens riches ou célèbres.
L’église nous propose des modèles pour la vie, les saints,
et ce qui est très beau dans l’iconographie de saint
Bernard, c’est que la manière officielle de le représenter
a varié – saint Bernard présente tout à tout les
Evangiles, le dragon enchaîné et le chien en laisse – et
varie encore pour exprimer que ce n’est pas une image figée
dans un livre d’histoire, mais le compagnon de vie de nos
contemporains. Ô saint Bernard, conduis-nous des routes de ce
monde à celles de l’éternité où à tes côtés nous
pourrons chanter la gloire de Dieu Père, Fils et
Saint-Esprit.
Chne
J-Pierre Voutaz
En souvenir du
chanoine René Darbellay
Mr. le chanoine René Darbellay est sans aucun doute le confrère
que j’ai, sinon le mieux connu celui que j’ai connu depuis
le plus longtemps. Rien d’étonnant à cela puisque Mr. le
chanoine Darbellay était, depuis le décès de Mr. le
chanoine Lucien Quaglia, le doyen incontesté de
la Congrégation
, un titre qui ne lui plaisait d’ailleurs pas du tout. Je me
souviens que, l'ayant présenté une fois comme
notre doyen, il s’était récrié : « Pas besoin
de le souligner. Tout le monde va finir par le savoir ! »
Mes
premiers souvenirs de ce confrère remontent à mon arrivée
à Champittet et
à mes 7 années de collège et d’internat, de 1955 à 1962,
dans cettte institution alors en pleine vitalité, sous la
direction des chanoines du Grand-Saint-Bernard. Mr. le
chanoine Darbellay était titulaire de la classe de Cours de
français pour étrangers. C’était une classe tout à fait
spéciale et à part, dans le collège et le fait pour René
d’être responsable de tous ces élèves étrangers, dont
certains très exotiques et pittoresques, lui donnaient un peu
des airs d’explorateur en pays étranger et comme une aura
d’étrangeté et de mystère. Mr. le chanoine Darbellay a
beaucoup aimé ce travail d’enseignement qui demandait une
grande patience et, dans la foulée des cours prodigués à
ses élèves, il avait noué des relations très amicales avec
la plupart d’entre eux et avec leurs familles. Et il n’était
pas peu fier quand certains de ses anciens élèves du Cours
de français réussissaient brillamment l’examen final de la
maturité fédérale. Il faut dire que Mr. le chanoine
Darbellay était un être très sensible et qu’il
avait un sens très profond de l’amitié. C’est
ainsi qu’il avait un carnet d’adresses impressionnant et
qu’il était fidèle à garder un un bon contact avec ses
relations, en particulier avec les membres de sa famille.
Pour nous, jeunes étudiants venant de milieux ruraux plutôt
traditionnels, Mr. Darbellay nous apparaissait alors comme un
prêtre très moderne car il jouait au tennis et il
conduisait sa voiture, toujours très prudemment !!
Je
me rappelle aussi combien
Mr. Darbellay était toujours
accueillant et encourageant
quand je lui parlais de mes intention
d’entrer dans
la Congrégation. Je
suis entré au Séminaire et ai été ordonné prêtre en
1968. Mr. Darbellay m’ a toujours suivi et il avait partagé
la joie de mon ordination sacerdotale. Et voilà que nous nous
sommes retrouvés à Champittet, dès septembre 1975 puisque
mes supérieurs m’ont demandé de servir dans ce collège.
Bien sûr que j’ai été amené à collaborer surtout
avec Mr. le Recteur Gérard Payot et Mr. Noël
Voeffray, alors Préfet de l’Internat. Mais nos
relations avec les autre confrères étaient bonnes :
nous formions une vraie communauté, malgré les différencesd’âge
et les fonctions très variées exercées par chacun.
En
1980, on m’a confié la charge de Prieur de
la Communauté
de Champittet et Mr. Darbellay a dû me « supporter »
comme supérieur pendant 9 années, jusqu’en 1989. Sans
trahir le moins du monde le secret de profession, je dois
quand même souligner que j’ai été ému par l’esprit
religieux de mon confrère, le souci qu’il avait, allant
parfois jusqu’au scrupule, de vivre dans la fidélité à
ses vœux religieux, en particulier la mise en commun de tous
nos biens, y-compris les petits cadeaux qu’il
recevait.
J’ai
quitté Champittet en été 1992 pour Lens, où j’ai
desservi la paroisse pendant 9 années. Et voilà qu’en octobre 2001, je me retrouve à
la Maison Saint-Bernard
à Martigny. Et qui se trouve là, dans la communauté vénérable
des anciens, qui m’accueille comme son nouveau Prieur ?
le cher chanoine René Darbellay ! J’ai pu ainsi le
suivre et l’assister dans la dernière étape de sa vie. Ce
qui m’a impressionné et touché, c’est de constater
combien Mr. Darbellay est resté éveillé, vivant, grâce
notamment à l’attachement
qu’il a toujours gardé pour la culture littéraire
et musicale, son
intérêt pour la vie du monde et de l’Eglise, sans oublier
son goût inentamable pour les événements sportifs,
certaines séances de télévision pour suivre les prouesses
sportives de l’équipe suisse, en foot ou en hockey, ou
alors les matchs
de Martina Hingis ou Federer, lui ont probablement occasionné
des hausses sensibles de pression. Son esprit d’ouverture et
son amour de la beauté, ont été très bien soulignés par
notre Prévôt, Mgr. Benoît Vouilloz, dans l’homélie
qu’il a prononcée à la messe des funérailles du chanoine
Darbellay. J’en cite un extrait :
« Durant son pèlerinage sur terre, René Darbellay a
connu la joie de voir tant de belles choses, avec les yeux du
corps et aussi les yeux de l’esprit : son admiration
allait d’un jeu de tennis enchanteur à la contemplation des
œuvres de grands peintres ; de la poésie française aux
plus belles pages de
la Bible
; du mystère de la vie des plantes, des arbres, au mystère
de Dieu.
Tout
ce qui était beau, grand, digne d’intérêt, devenait, pour
lui, occasion d’émerveillement et de partage ; chacun
se souvient combien il aimait communiquer ce qu’il venait de
découvrir et le partager dans un dialogue fraternel.
A
travers tout cela, Dieu parlait à son âme et l’invitait à
Le chercher et à Le découvrir, Lui, la source de
la Vie
et de
la Beauté.
René
Darbellay se confiait volontiers, dans la prière, à son
confrère, de quelque peu son aîné, le bienheureux Maurice
Tornay ; sans doute, ce dernier lui aura soufflé à
l’oreille du cœur ce qu’il écrivait à ses parents,
depuis le lointain Tibet, et que nous avons entendu tout à
l’heure, à l’Office des défunts :
« Il
faut l’aimer, la terre, bien sûr, mais il ne faut l’aimer
que pour autant qu’elle nous conduit à Dieu, que pour
autant qu’elle nous dit combien Dieu est mystérieux, et bon
et miséricordieux. »
René
Darbellay ne pouvait pas ne pas adhérer à cette exhortation,
lui qui avait fait sienne – pour l’image souvenir de son
ordination sacerdotale – la prière suivante, tirée de l’Imitation
de Jésus-Christ, un livre de spiritualité du 15e
siècle :
« Donnez-moi,
Seigneur, la science divine, afin que j’apprenne à vous
chercher, à vous trouver, à vous goûter, et à vous aimer
par-dessus tout, et à concevoir tout le reste selon l’ordre
de votre sagesse. »
Ce
que je retiens de ce confrère très attachant, c’est son
extrême sensibilité et son culte de l’amitié.
Avec
sa grande sensibilité, notre confrère a connu, bien sûr, de
grands crève-cœur, mais aussi de belles
joies qu’il savait savourer. Il est resté fidèle à
ses amitiés, très attaché à sa famille, spécialement
à ses neveux et nièces; il avait été affecté par le
décès de sa sœur, Irma, en décembre 2006. Pendant les
derniers mois de son parcours terrestre, il a dû gravir,
comme tout être humain, une voie d’affaiblissement et de dépouillement
mais il a vécu tout cela avec une grand esprit de foi et une
grande confiance en
la Vierge Marie.
Et la mort, qu’il n’aimait pas évoquer, l’a finalement
visité de façon douce et paisible Que se réalise pour René
ce que la liturgie nous fait chanter dans un beau chant
de l’office des défunts :
« Viens,
mon enfant, ta route aujourd’hui s’arrête.
Par le sang de mon Fils, laisse-toi purifier, entre au festin
de l’amour.
La robe est prête, c’est ton jour de naissance ».
Chne
R.-M Kaelin
Hommage
au chanoine René Darbellay, par sa famille.
Durant ses premières années sacerdotales,
notre cher oncle René était très occupé par son ministère
et ses relations diverses et il ne
disposait que de peu de temps pour sa famille. Par
contre, en prenant de l’âge, il se rapprocha de nous comme
s’il devait rattraper du retard : il multiplia les
rencontres avec ses neveux, s’intéressant à la vie et à
la situation de
chacun d’eux.Il aimait nous rendre visite et surtout il ne
refusait jamais une invitation. IL appréciait particulièrement
ces moments privilégiés passés à partager un bon repas
mijoté pour la circonstance et arrosé d’un bon cru, suivi
d’un petit verre de gentiane, véritable spécialité de
son village natal, Vichères.
Pour
digérer tout cela en beauté, il était de coutume
d’organiser une petite ballade, si possible dans le calme
d’un sous-bois ou sur les rue rives d’un plan d’eau.
C’était peut être aussi pour trouver l’inspiration utile
pour une discussion sereine et constructive. Il s’intéressait
à tout, et à tout le monde, faisant preuve de compréhension
et de bon sens. Ses propos étaient appropriés et empreints
de sagesse et de bienveillance.
L'oncle
René ne manquait pas une occasion pour nous faire remarquer
que, si nous pouvions jouir d’une si belle nature, de
paysages si majestueux et de tant d’autre mystères, c’est
qu’il y avait Quelqu’un au dessus de tout cela. Il
trouvait d’ailleurs toujours un petit moment propice pour
remercier le Bon Dieu pour toutes ces belles choses et toutes
les autres grâces qu’IL nous accordait.
L ‘oncle
aimait la vie, les rencontres, les gens et il en glorifiait le
Seigneur. IL s’est accroché à sa santé pour jouir intensément
de la vie jusqu’au jour où il a dû se rendre à l’évidence,
que la médecine, malheureusement, ne pouvait plus rien pour
lui.
Dès
lors, il a commencé à parler de son départ dans l’autre
monde pour lequel il était prêt depuis longtemps.
Très
cher oncle René, nous t’aimions tous et avions toujours
grand plaisir à te rencontrer.Nous te porterons dans notre cœur
et nos prières comme tu le faisait si bien pour nous. Nous
garderons de toi, qui avais un visage si doux et si bon le
meilleur des souvenirs et nous sommes convaincus que, depuis
le Ciel, tu veilleras encore sur ta famille et tes amis
d’ici-bas.
Au
nom des neveux et et nièces, Bernadette Maret-Biselx.
ECHANGES
MISSIONNAIRES entre
la Suisse
et
la Chine
« Allez
donc, de toutes les nations faites des disciples, les
baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et
leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit »,(Mt.
28, 19). C’est avec ces mots que l’évangéliste s.
Matthieu termine son évangile et ce sont ces mots qui
expriment une caractéristique fondamentale de notre Eglise:
« De sa nature, l'Eglise, durant son pèlerinage sur
terre, est missionnaire » (Ad gentes,2)1 Elle
a « le
devoir de propager la foi et le salut apporté par le Christ
« (Ad gentes ,5). Certes, dans notre société
contemporaine où la foi est de plus en plus
marginalisée et où, sous couvert d’un soi-disant
respect, toutes les religions et croyances se valent, l’idée
de la mission est
de plus en plus critiquée comme un prosélytisme anachronique
qui n’est rien d’autre qu’une attaque contre la dignité
des croyances des autres.
Mais malgré ces voix critiques –qui, en fait, ne
sont souvent que l’expression d’une indifférence crasse
vis-à-vis d’une quelconque spiritualité -, il reste que le
Christ lui-même nous a légué ce devoir et nous ne pouvons
jamais nous y dérober Dans son encyclique « Redemptoris
Missio », Jean Paul II, l’a redit
sans équivoque : « Aucun de ceux qui
croient au Christ, aucune institution de l'Eglise ne peut se
soustraire à ce devoir suprême: annoncer le Christ à tous
les peuples. » (Redemptoris Missio 4)2 .
Bien sûr, la mission d’aujourd’hui ne peut plus prendre
la forme de jadis Trop souvent,
en particulier dans le contexte chinois, le zèle des
missionnaires était mêlé aux intérêts particuliers des
différents nationalismes, du colonialisme et de l’impérialisme
ou encoreon peut dire que les ordres missionnaires se sont
lancés dans une compétition acharnée à la conversion ;
il n était absolument pas question de parler
d’inculturation ou d’une quelconque assimilation des mœurs
aux rites locaux3, On
doit dire que trop
peu de missionnaires ont porté, comme par.exemple les
Pères Mattéo Ricci ou Vincent Lebbe, un regard de respect et
d’estime sur la grandiose culture millénaire chinoise4.
L’histoire chinoise antérieure à la révolution de
1949 reste pour les Chinois irrémédiablement liée à une période
d’humiliation imposée par les puissances occidentales , et
des missionnaires y ont tenu
malheureusement un rôle non-négligeable. C’est la
raison pour laquelle Jean-Paul II, dans son
message historique en 2001,
a demandé pardon aux Chinois pour toutes les erreurs
que des membres de l’église ont commises dans le passé en
Chine.5
Prêtres
chinois en Suisse
La mission d’aujourd’hui n’est plus un chemin à sens
unique. C’est un échange, un partage qui souligne que nous
ne sommes véritablement catholiques que si notre foi dépasse
toutes les frontières. C’est dans ce sens que nous
accueillons aujourd’hui chez nous de plus en plus de prêtres
d‘outre-mer.6 Parmi eux, il y a actuellement
aussi deux Chinois qui exercent leur ministère dans
notre pays. Ainsi,
Mgr Genoud a ordonné prêtre
le 25 juin dernier Jean Geng, originaire de la province
du Hebei (au centre de
la Chine
). Nouveau prêtre, il œuvre en qualité de vicaire à la
paroisse de Montreux. Thomas Cui, qui est en train de terminer
sa thèse de doctorat à l’université de Fribourg, est pour
sa part auxiliaire à la paroisse de la cathédrale Notre Dame
à Fribourg.
Jean Zhen qui aidait ces dernières années dans plusieurs
paroisses du canton de Vaud et à Fribourg, est rentré, après
avoir obtenu une licence en théologie, au début de cette année,
à Handan (province du Hebei), son diocèse d’origine. L’évêque
du lieu lui a confié le poste de vice-secrétaire général
du diocèse ainsi que la direction du bureau catholique pour
le service social. En parallèle, il enseigne
la théologie dans le grand séminaire à Shijazhuang.
Trois autres jeunes prêtres chinois sont arrivés dernièrement
en Suisse. Un est à Fribourg,
où après des cours de français intensifs, il va poursuivre
sa formation de théologie à l’université. Deux autres,
provenant de la province de Liaoning (au nord-est de
la Chine
), ont pu répondre
favorablement à l’aimable invitation de l’abbé
d’Einsiedeln, Martin Werlen. Durant ces prochaines années,
ils vont vivre et étudier dans ce haut lieu bénédictin la
vie et la spiritualité monastique.
Prêtres
suisses en Chine
Bien
que la loi chinoise interdise aux prêtres étrangers d’œuvrer
en Chine en tant que missionnaires, il y a bien plus qu’une
centaine de prêtres qui y travaillent actuellement.
Beaucoup parmi eux enseignent des langues (notamment
l’anglais ou le français) ou d’autres branches dans les
universités. D’autres travaillent comme ingénieurs, médecins,
etc. Certes, le gouvernement n’est pas dupe et connaît la
« condition ecclésiale » de ces hommes
(pareillement pour des religieuses), mais tant qu’ils ne
pratiquent pas de prosélytisme et qu’ils ne s’immiscent
pas dans les affaires internes
de l’Eglise en Chine, ils ne risquent rien. Parmi ces
« missionnaires modernes » on compte pour le
moment aussi un Suisse. Il s’agit du
Jésuite Stephan Rothlin, né en 1959 à Zurich, queje
tiens à vous présenter brièvement. Titulaire d'un Ph.D. en
Business Ethics de l'Université de Innsbruck, il enseigne
depuis sept ans à
l'Université Renmin et l'University of International Business
and Economics de Beijing (Pékin). L’axe majeur de ses
recherches et de son enseignement est le développement de
l’éthique dans les finances et les affaires dans le
contexte chinois. Outre Pékin et Taipei, où il enseigne à
l’université de Fu Jen, il donne régulièrement des cours
à Singapour, Hong-Kong, Madras (Inde), Bordeaux et Zurich.
Après avoir fondé en janvier 2002 l’institut d’éthique
des affaires de
Macao, il a fondé,
il y a deux ans à Pékin, l’institut pour éthique économique
internationale dont il est le secrétaire général.7
Avec
sa présence à Pékin, P. Rothlin prolonge une longe
tradition des Jésuites Suisses en Chine. En fait, bien que la
province Suisse des Jésuites n’ait
jamais eu
la Chine
comme territoire missionnaire (leur champ de mission était et
est encore l’Inde), au moins trois
Jésuites Suisses ont œuvré en Chine (et aussi
quatre autres destinés pour la mission en Chine mais
qui sont décédés sur le chemin8).
Le premier, Nicolaus
Fiva, est en même temps le premier Suisse qui s’est
rendu en Extrême-Orient. Né en 1609 à Fribourg, il entra en
1628 dans l’ordre des Jésuites à Landsberg (Bavière).
Excellent mathématicien, il devait rejoindre la mission à la
cour impériale de Pékin. Après avoir passé une année à
Macao, il fut envoyé
en 1638 d’abord à Nanjing puis à Hangzhou où il assistait
son confrère italien, le Père Lazzaro Cattaneo, qui était
arrivé presque 50 ans plus tôt avec Mattéo Ricci. Comme
premier missionnaire, Fiva se rendit à Jiashan (environs
100 km
au nord-est de Hangzhou, dans l’actuelle province de
Zhejiang, au sud de Shanghai) où
il est décédé en 1640. Deux de ses lettres existent
encore aujourd’hui. La première, écrite deux mois avant
son embarquement à Coimbra, date du 21 janvier 1635.
L’autre, il l’envoya de Macao en 1637.
Le
deuxième, Walter von
Sonnenberg, né en 1612 à Lucerne, était co-novice
de Nicolaus Fiva. Sa première destination fut les
Philippines où il œuvra durant 33 ans. Durant ce temps, il
changea son nom en Ignacio de Monte. En 1678, il quitta
Manilla pour Xiamen. Deux ans plus tard, il décéda à Fuzhou
(Fujian province – cette province se trouve en face de
Taiwan).
Des traces du troisième missionnaire suisse en Chine, sont
encore visibles aujourd’hui : De fait, son tombeau se
trouve dans le plus ancien cimetière de la capitale chinoise,
le « Zhalan »10, qui est aujourd’hui
dans le jardin d’une école de cadres du parti communiste,
le « Beijing Administrative College ». C’est le
lieu même où le tout grand missionnaire Mattéo Ricci fut
enterré en 1610. Il contient ,en totalité,
les tombeaux de 63 missionnaires qui
trouvèrent ici, entre 1610 et 1895,
leur dernier lieu de repos. A côté de Mattéo Ricci,
il y a les tombes de deux autres importants Jésuites, Adam
Schall von Bell (+1666) et
Ferdinand Verbiest (+1688). Ce qui est frappant,, c’est la
diversité des origines de ces missionnaires.
Ainsi, on dénombre 14 Chinois (qui venaient surtout de
la « diocèse mère » de l’Asie de l’est, de
l’ancienne colonie portugaise de Macao), 14 Portugais, onze
Italiens, neuf Français, sept Allemands, trois Tchèques,
deux Belges, un Autrichien,
un Slovène et un Suisse.
Notre
compatriote est le frère Jésuite Franz
Ludwig Stadlin, né en 1658 à Zug. Dans sa jeunesse, il
voyagea à travers tout l’Europe en tant qu’apprenti
horloger et travailla notamment chez des grands maîtres à
Ulm, Vienne, Prague, Danzig, Königsberg, Dresde et Berlin. En
1687, il entra dans la province bohémienne des Jésuites.
Lorsque le père Kastner revint en Europe chercher des
ouvriers pour
la Chine
en 1702, il parla de la nécessité d’avoir à
la Cour
de l’empereur des frères habiles dans les arts mécaniques.
Fr Stadlin s’offrit et obtint
la Mission
de Chine. Cinq ans plus tard, il arriva en Chine où son ingéniosité
le mena à créer et inventer une foule d’objets et de
machines curieuses, ce qui lui valut les bonnes grâces de
l’empereur et de sa cour. A sa mort en 1740, comme les plus
célèbres des Jésuites de Chine, il eut droit à une tombe
officielle.
Sur sa pierre tombale est écrit en latin :
D.O.M. D(omino) O(ptimo) M(aximo). Frère Franz Stadlin de Zug
en Suisse. Il vécut 53 ans dans
la Société
de Jésus, dont 33
ans à Pékin. Il
était très habile est infatigable dans l’art de
l’automatie (horlogerie). Il décéda dans le Seigneur le 14
avril 1740 après Jésus Christ à l’âge de 82 ans.
Le texte chinois porte au milieu le titre de haut en bas :
tombeau des Jésuites du vénérable Lin (Franz Stadlin).
A côté est écrit en Chinois :
Maître Lin était nommé Iige (François)
et il avait le surnom Yukan. Il était natif des pays
allemands, de
la Suisse
, au bord du grand océan ouest. Il entra à l’âge de 29
dans
la Société
de Jésus pour répandre la sainte doctrine. Dans la 46ième
année du règne de l’empereur Kangshi (1707), il vint en
Chine et s’installa dans la capitale (Pékin) pour servir au
palais impérial. Il décéda
au 18ième
jour de 3ème mois de la 5ième
année du règne de l’empereur Qianlong (1740). Pour son
enterrement ont été offert du trésor impérial
200 onces
d’argent et dix ballots de soie. Il attint l’âge de 82,
dont il vécut 53
dans
la Société
de Jésus.
Après
la mort du frère Stadlin,
presque un siècle et demi passe jusqu’à ce que le
prochain missionnaire Suisse arrive en Chine. L’histoire de
ces missionnaires Suisses de la fin du 19ième et
du début du 20ième siècle sera traitée dans un
prochain article.
Chne Daniel Salzgeber
1 Ad gentes est
le décret sur l'activité missionnaire de l'Eglise
du concile Vatican II
2 L’encyclique « Redemptoris Missio. Sur la valeur
permanente du précepte missionnaire »
de Jean Paul II date de 1990.
3 La querelle de rite reste pour toujours le péché
originaire de l’histoire missionnaire. Il s’agit de la confrontation
théologique entre un christianisme chinois orthodoxe et une
adaptation aux coutumes et usages locaux d’après le modèle
de Mattéo Ricci et d’autres Jésuites.
Cette confrontation se termina avec un décret du pape
Clément XI 1704 qui condamna définitivement les rites
chinois, cela rendant
impossible à un Chinois d`être en même temps Chinois et
catholique. Seulement au début du 20ième siècle et surtout
avec le concile Vatican 2, Rome a revu ses interdictions avec
la théologie de l’inculturation.
4 Même notre confrère, le bienheureux Maurice Tornay, n’était
pas sans entraves concernant ce point, comme plusieurs
passages de ses lettres (surtout celles au début de son
ministère en Chine) en témoignent.
5 Le 25 octobre 2001 Jean Paul II envoya un message au
colloque organisé à Rome par l’Université pontificale grégorienne
en l’honneur du quatre centième anniversaire de l’arrivée
dans la capitale chinoise du jésuite Mattéo Ricci. Dans ce
message le pape a écrit: « Je ressens avec une profonde
amertume ces erreurs et limites du passé qui ont pu donner
l’impression d’un manque de respect et d’estime de
l’Eglise catholique pour le peuple chinois... Pour tout cela
je demande pardon et compréhension à tous ceux qui se sont
sentis, d’une manière ou d’une autre, blessés par de
telles formes d’actions des chrétiens. »
6 Dans le contexte de cet article, je ne voudrais pas entrer
dans la problématique que l’engagement de ces prêtres peut
engendrer, p.e. du danger d’un néo-colonialisme ecclésial
(si on retient chez nous ces prêtres d’outre-mer, qui ont
été formés chez
nous sur la demande de leurs évêques et dont les églises
dans le sud auraient bien besoin pour former le clergé
autochtone) ou du risque que « l’utilisation »
de ces prêtres pour combler des trous liés à la pénurie de
prêtres chez nous, retarde l’Eglise de trouver des
nouvelles réponses en ce qui concerne l’accès au
sacerdoce.
7 P. Rothlin se repose de son immense charge de travail lors
de ses vacances annuelles en Suisse. Une partie de ses
vacances, il passe chaque été au Simplon où il est hôte
des Ursulines de Brigue dans leur maison au Stahlen.
Pour plus de renseignement sur le P. Rothlin cf. www.stephanrothlin.org
8 Il s’agit des Pères Johann Albrecht +1618, Beat Amrhyn
+1673, Adam Aigneler +1673 et Jean-Baptiste Charandy +1692.
Les annales des Jésuites mentionnent qu’environ la moitié
de leurs missionnaires destinés pour
la Chine
sont décédés pendant leurs voyages entre 1581 et 1712.
9 cf. Georges-Marie Schmutz, The best intention of Nicolaus
Fiva. Two letters 1635, 1637 sur : www.sinoptic.ch/histoire/figures/fiva/textes/20011029_Fiva-Final.pdf
10 cf. Edward Malatesta and Zhiyu Gao, Departed, yet present :
Zhalan, the oldest Christian cemetery in Beijing, Macao 1995.
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