Année 2007
Numéro 1 


Revue
"Mission du Grand-Saint-Bernard"

 

  Editorial -  R.-M. Kaelin
  Voeux pour l'An Nouveau  -  +Benoît Vouilloz, Prévôt
  Echanger des voeux, ça change quoi -  José Mittaz
les martyrs chrétiens duTibet  -  Père Alphonse Savioz
  Sur les pas du bienheureux Maurice Tornay  -  Daniel Maurice Cipolla
  Saint Bernard, reliques et reliquaires  -  J-Pierre Voutaz
  En souvenir du chanoine René Darbellay  -  R.-M. Kaelin
Hommage au chanoine René Darbellay, par sa famille
  Echanges missionnaires entre la Suisse et la Chine  -  Daniel Salzgeber

Chers amis lecteurs,

 Voici le premier numéro de notre, de votre Revue, pour l’année 2007.

Tout commence, de façon on ne peut plus conforme à la tradition, par les bons vœux aux couleurs universelles de notre Prévôt, Mgr. Benoît Vouilloz.
Le chanoine José Mittaz, lui, nous livre une réflexion sapientielle, à la lumière de saint Paul, sur le sens de tous ces vœux de bonheur que nous avons échangés.
Pour les lecteurs qui demandent que notre Revue continue à parler du Tibet, vous allez être gâtés. En effet, notre vétéran de la Mission , le Père Alphonse Savioz, nous livre les résultats de ses recherches sur les martyrs chrétiens du Tibet. Et son étude a pris de telles proportions que nous devrons publier la seconde partie de son article dans le prochain numéro.
Mous publions ensuite un témoignage intéressant de Mr. Daniel Cipolla, avocat à Martigny, à la suite de son dernier pèlerinage dans les marches tibétaines du Yunnan, en juillet-août 2006.
Puis c’est notre historien de service,  le chanoine Jean-Pierre Voutaz, qui nous présente la riche personnalité et le charisme de notre fondateur, , à travers 3 représentations iconographiques célèbres de saint Bernard.
Puis notre Revue rend hommage à notre confrère René Darbellay, notre cher et vénéré doyen, décédé le samedi 28 octobre.
ET la Chine , l’immense Chine ?? Le chanoine Daniel Salzberger nous présente la lère partie de son travail de recherches sur les relations entre la Chine et la Suisse.
Au moment où nous livrons les épreuves   de ce numéro à notre éditeur, nous apprenons, avec peine et émotion, le décès subit du chanoine Gérard Payot, en la Toussaint des chanoines, le mercredi 8 novembre. Nous évoquerons bien sûr, son souvenir dans notre prochain numéro.

 
Je vous souhaite, moi aussi, une bonne et heureuse année, sous la protection de saint Bernard et des martyrs chrétiens du Tibet, que le Père Savioz nous a fait découvrir.
Voici une bénédiction pour la nouvelle année, puisée dans  « Chemins de Noël 2006 », éd. du Signe :
« Que l’Enfant de Noël chante en vous son espérance.
Que le Christ vous manifeste sa présence sur tous vos chemins.
Qu’au long des heures de tristesse et qu’au long des heures d’allégresse en vous la confiance demeure
d’être aimés par le Père, d’être accompagnés par le Christ,d’être soutenus par l’Esprit.
ET que votre foi au Christ né sur votre terre vous donne l’audace de réveiller la joie à travers les champs de votre terre en attente »
 


VŒUX

Permettez-moi, chers amis de notre Revue, de vous partager une expérience personnelle :

L’année 2006 restera marquée, pour moi, par deux voyages, en deux directions opposées : rencontre de deux « mondes », en lien avec notre Congrégation : la Chine de Taiwan et l’Amérique latine du Pérou ; approche émerveillée de civilisations passionnantes, bien différentes de la nôtre et pourtant si proches en humanité ; joie de découvrir combien l’Evangile du Christ demeure « bonne nouvelle » pour tous, transcendant toute culture et, par là même, pouvant s’incarner en toute culture digne de ce nom.

Mon vœu pour 2007 : accueillir les valeurs humaines de toute culture, y reconnaître le Visage du Christ et désirer que ce Visage soit reconnu et accueilli par tous nos frères et sœurs en humanité, pour notre joie commune.

 +Benoît Vouilloz, Prévôt

 


 Echanger des vœux,       ça change quoi 

Vœux de bonheur, vœux de paix, vœux de bonne santé, vœux de prospérité,… Une avalanche de vœux sont échangés au seuil d’une nouvelle année : d’après les statistiques plus de 160 millions de sms ont été envoyés en France le 1er janvier 2006 et notre petit pays n’est pas en reste puisqu’il en comptabilise quelque 60 millions !

 En commentant ces chiffres astronomiques, le journaliste français Guillaume Champeau, également juriste NTIC (Nouvelles Technologies de l'Information et des Communications), ne manque pas de provoquer son lecteur à la réflexion et à la question du sens : « Si Noël a été inventé par les grandes surfaces, alors le 1er janvier a dû être inventé par les opérateurs télécoms. Entre minuit et une heure du matin le jour du Nouvel An, plus de 35 millions de SMS et MMS ont été envoyés par les réseaux de téléphonie mobile (français). » Mis à part les juteux bénéfices engrangés par les opérateurs téléphoniques au franchissement de la nouvelle année, échanger des vœux, ça change quoi ?

 A première vue, souhaiter la santé ou le bonheur à une personne ne lui change rien : ce sont des mots qui révèlent certes le désir, le souhait de celui qui ne peut que l’exprimer. En effet, il est si difficile de savoir comment s’engager concrètement pour contribuer à la santé ou au bonheur de l’autre ! Du coup, l’échange de vœux au seuil de la nouvelle année nous situe chacun devant un autre seuil qui lui paraît infranchissable : je ne suis pas en l’autre et c’est la raison pour laquelle je lui souhaite ce qu’en réalité je suis incapable de lui offrir !

 Présenter ses vœux est une démarche qui requiert une audacieuse humilité : l’audace d’offrir sa présence au travers d’un message ou d’une rencontre qui exprime l’élan du cœur, le désir de vie pour l’autre, mais aussi l’humilité de reconnaître que je demeure démuni devant le bonheur l’autre.

 Démuni ne signifie pas désengagé : les personnes qui s’échangent des vœux sont réunies intérieurement par des valeurs communes qui font vivre : la paix, le bonheur, l’amour, l’espérance, le respect,… S’il m’est impossible de réaliser ces valeurs dans la vie de l’autre, il m’appartient en revanche de chercher à les incarner en ma propre existence : chacun est appelé à devenir le témoin vivant de la valeur qu’il souhaite à l’autre.

   L’apôtre Paul n’avait pas de téléphone portable, mais ses lettres débordent néanmoins de vœux et de souhaits à l’intention de sa communauté. En s’appuyant sur l’expérience fondatrice de sa conversion au Christ sur le chemin de Damas, Paul confie aux Philippiens : « Je considère que tout est perte en regard de ce bien suprême qu’est la connaissance de Jésus Christ mon Seigneur. » (Ph 3,8) Et aux Galates il ajoute : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi. » (Ga 2,20) Puisque la valeur incarnée par la vie de l’apôtre est la présence du Christ, il n’est pas étonnant dès lors que l’apôtre souhaite à ses communautés « la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ. » (Ph 1,2)

 En présentant des vœux, je ne puis donc souhaiter à l’autre que de vivre la valeur pour laquelle j’ai moi-même engagé ma vie. Mais en même temps, lui exprimer mes vœux, c’est déjà reconnaître que mon destinataire est engagé sur le même chemin. Les vœux prennent alors la forme d’un encouragement à « combattre le beau combat » (1 Tm 6,12), celui de la foi au Christ qui réunit Paul et Timothée. L’échange de vœux fortifie alors un lien de communion déjà existant.

 A ses frères juifs qui persécutent les chrétiens, Paul ne peut leur adresser des vœux qui seraient tout simplement irrecevables puisque le lien de communion n’existe pas. Cependant l’apôtre est libre de vivre intérieurement le désir qu’il ne peut encore partager avec ses frères de sang, comme en témoigne cette confidence à sa communauté de Rome : « Frères, le vœu de mon cœur et ma prière à Dieu pour eux, c’est qu’ils parviennent au salut. » (Rm 10,1)

 Chanoine José Mittaz


Les martyrs chrétiens du Tibet

   Avant de rentrer dans le vif du sujet, je prie le lecteur de noter que la signification du terme « martyr » employé ici ne doit pas être restreinte à un témoin de la foi auquel on aurait commandé d’apostasier  et qui aurait subi des tortures jusqu’à offrir sa vie pour le Christ. Dans ce sens,  un témoin qui n’aurait pas été torturé( martyrisé), ne mériterait pas la palme du martyre !! Ce sont là des subtilités de langage et de droit-canon !

Ceci étant précisé, il faut noter aussi qu’au cours de cet article, il sera surtout question des martyrs du Tibet oriental et sud-oriental. Notre objectif principal reste donc limité et la période étudiée  ne commence qu’en 1846, lorsque ce territoire ne comprenait pas initialement le Cachemire (Ladack) ni la région sub-himalayenne peuplée en majorité de tibétains, ni même le Nord du Plateau tibétain, comme le Koukounor ou Amdo(Quinghai ou Tsinghai en chinois).

Evidemment, nous signalerons de façon plus circonspecte les témoins de la foi pour lesquels nous manquons de preuves vraiment sérieuses. Bien sûr qu’il convient de mentionner nos frères chrétiens d’une  autre confession, qui ont subi eux aussi  la mort pour le Nom du Christ .

Il est juste également de citer les essais d’évangélisation beaucoup plus anciens entrepris par les Nestoriens-Chaldéens, mais on possède très peu de documents sur leurs activités en ces lieux, tandis qu’il en existe sur l’influence « prodigieuse » du Nestorianisme et du Manichéisme en Asie centrale et en Chine. Des recherches plus étendues viendraient compléter, avec bonheur ces documents. Il est difficile  de savoir s’il y eut des martyrs à cette époque-là, car on ne peut tenir compte de suppositions mal fondées. C’est pourquoi nous abordons de suite la première tentative sérieuse de pénétration  évangélique au Tibet, celle des Jésuites portugais, basée sur leurs expériences assez fructueuses dans les petites principautés du versant sud des Himalaya, comme le Baltistan, le Bhouthan et autres.

Après des voyages extrêmement périlleux où ils durent traverser plusieurs affluents du Gange, le premier groupe de Jésuites, sous la conduite du Père Antonio d’Andrada, arrivent à Chaparangue où ils furent reçus très dignement par le roi qui leur accorda large hospitalité et pleine liberté. Mais « l’ennemi » veillait. Bien que leurs activités religieuses fussent menées avec sagesse et circonspection, ils durent s’éloigner après une dizaine d’années, non seulement à cause de l’opposition de la hérarchie lamaïque, mais aussi à cause d’une longue inimitié entre Chaparangue (GUGE) et le Ladakh. On accusa le roi de favoriser une politique anti-lamaïque : puis ce fut la guerre, qui dévasta à fond le Gugé ainsi que M’Tolin où les missionnaires avaient installé un dispensaire. Par la suite, tout le pays passa sous la domination du Ladakh. Le nombre des adeptes comptait alors une douzaine de personnes. Y eut-il quelques néophytes qui suivirent leurs Pères en exil ? Rien de bien sûr !

Quoi qu’il en soit, les Jésuites considèrent le Père d’Andrade comme martyr, car il a été empoisonné par les ennemis des chrétiens, peu après son exil forcé à Leh, capitale du Ladakh, en 1634. Il en est de même pour le frère Marquès qui, à plusieurs reprises, fut le guide des missionnaires à travers les Himalayas. Il mourut en prison, dans des circonstances assez troubles, malgré la venue d’un autre Jésuite venu à Srinagar pour négocier la libération du frère.

La deuxième période d’évangélisation du Tibet fut menée par les Franciscains (O.F.M .) italiens, appelés aussi capucins, dans les années 1695 -1745. Sous la conduite du Père Orazio della Penna, ils purent s’établir à Lhasa, y construisant une chapelle-couvent et un petit hôpital. Malgré leurs bonnes relations avec les autorités civiles et religieuses, leur succès fut mitigé, et bientôt, la persécution déclenchée par la hiérarchire lamaïque s’abattit  sur cette petite chrétienté qui comptait une bonne trentaine d’adeptes avec 5 ou 6 missionnaires étrangers. Les épreuves subies par ce groupe de néophytes et les nombreuses tracasseries administratives obligèrent les Franciscains à quitter définitivement le pays, en avril 1745. La permission de s’exiler fut refusée aux tibétains, sauf pour deux ressortissants du Népal. Une fois les misionnaires expulsés, la persécution devint plus violente : plusieurs chrétiens , condamnés aux travaux forcés et torturés, témoignèrent courageusement sous les coups des bourreaux. Combien y eut-il de martyrs ? Dieu seul le sait ! Pour des preuves plus précises, voici un extrait du livre intitulé  « The Bell of Lhasa », écrit par le P . Fulgentius Vennini (O .F.M), dans lequel il relate l’histoire de la mission des Capucins au Tibet :

« Le 22 mai 1742, cinq chrétiens : Pierre, Thomas, Madeleine, Agathe et Catherine, subirent une flagellation tellement cruelle que l’on voyait le sang couler sur le sol. Ils supportèrent ces tortures avec courage. Cependant, une des condamnées, ayant vu son mari dans un état si misérable, fut prise d’une frayeur incontrôlable. Catherine, une des néophytes, l’encourage, en disant : « Ma chère sœur dans le Christ, pourquoi tant de peur ? Regarde nos frères dans la foi ! Ils nous donnent un exemple de courage chrétien. Inspire-toi de leur bravoure et imite-les, souffrant joyeusement pour le Nom du Christ ! »

C’est ainsi que les cinq premiers martyrs tibétains dont nous connaissons les noms, habillés de la robe flamboyante du baptême de sang, furent témoins du Christ, en présence d’une assemblée d’amis et de curieux criant et se lamentant pour exprimer leur émotion et leur sympathie : tout cela en pleine vue des majestueux pics neigeux entourant la sainte cité de Lhassa » ; (fin de citation) :

Le dénouement de cette deuxième vague de persécution sur le Tibet fut certainement  impitoyable, car les missionnaires durent s’éloigner, séparés du goupe, tandis qu’on brutalisait les chrétiens en les traînant dans une autre direction. Tout ceci se passait en 1746 : comment ne pas rappeler que cent ans plus tard, soit au début de 1846, deux lazaristes français , les Pères Huc et Gabet séjournèrent environ deux mois à Lhasa, en relative liberté. 1846 fut aussi l’années où les M.E.P (Missions Etrangères de Paris) reçurent, du Vatican, la lourde charge d’évangéliser le « Pays des dieux ».

Avant de parler plus longuement de cette période, il convient de rappeler le martyre non sanglant du fondateur de ce que l’on appelle « Mission du Tibet », le Père Alex Renou, mort en octobre 1863. Non seulement il ouvrit des postes dans la région de Qiamdo (Tchamoutong) et Kiangka, mais il fut l’initiateur et le « défricheur » de Bonga, considéré comme la première installation stable dans le Tibet interdit. Plus tard, il dut passer de longs mois à Kiangka (Markang Gartok, actuellement Mangkang, en chinois) essayant de régler le procès de Bonga, car il éait le chef et le défenseur de ses confrères missionnaires. Les autorités refusèrent toutes les requêtes de la Chine et de la France , au contraire, on interdit de lui vendre quoi que ce soit, vivres ou vêtements. Malgré ces vexations continuelles, il tint bon et, avec son serviteur, se fit construire une petit abri dans un ravin, à l’écart de la ville. Très affaibli, c’est là qu’il rendit son âme à Dieu, mourant de privations plutôt que de maladie. Il fut enseveli en ce lieu et quelques jours plus tard, mourait son fidèle serviteur. Les missionnaires, bien qu’ils en reçurent l’ordre, refusèrent de changer le lieu  de sépulture et d’emporter les corps des deux martyrs. Leurs tombes étaient encore visibles et entretenues, quand le Père Goré s’y rendit en 1920.

Maintenant, ouvrons une parenthèse pour parler de quelques martyrs oubliés par le P . Simonnet, dans la relation publiée dans le bulletin des M.E.P  et dans son livre « Tibet,-Voyage au but de la Chrétienté » (éd. 1994, p.238). Il cite dix martyrs des Missions Etrangères et place le P : Maurice Tornay au onzième rang. Evidemment, il veut tenir compte uniquement des missionnaires étrangers mais, dans cette perspective, il omet le P. Behr , un MEP originaire de Bâle, en Suisse, mort brutalement en 1908, à Batang, après 3 ans de mission seulement. Sa dépouille mortelle aurait porté des blessures et contusions qui ne provenaient pas toutes de sa noyade dans le Fleuve Bleu. L ‘opinion émise par ses confrères et par le D. Shelton, dont nous parlons plus loin : le P. Behr avait probablement été blessé par des bandits, avant de mourir noyé.

Une autre lacune plus importante,  du P. Simonnet, c’est d’avoir omis  deux Franciscains de la léproserie de Mosin (Mosi-Mien), située à quelques kilomètres du Petit Séminaire de la Mission. En effet, l’armée rouge en fuite devant les Nationalistes détruisit les résidences de Lentsy, Chapa et autres, puis ils pillèrent le couvent des Sœurs franciscaines et la léproserie, tirant sur le lépreux et en blessant même quelques-uns.

Deux missionnaires furent désignés pour être emmenés avec la troupe. Ce fut le Père Pecoraro (italien) et le frère Pascal (espagnol). Leur calvaire qui dura plusieurs mois commença en la fête de l’Ascension 1935 : pour rejoindre le gros de l’Armée rouge qui comprenait en ce jour-là les plus plus grands chefs de la « longue marche », Mao-Tsé-toung lui-même et Otto Braun, conseiller militaire du Kominten.

Ces chefs étaient d’ailleurs mécontents de l’incursion menée par leurs subalternes dans  la vallée de Mosi-Mien mais ils inclurent les 2 missionnaires parmi les prisonniers qu’ils emmenaient avec eux dans leur fuite vers le Nord. Comme les Nationalistes Kuomintang n’avaient pas voulu couper le pont de chaînes de Louting-kiao (luding), le passage fut facilité pour les Communistes qui n’eurent pas à déloger leurs ennemis bien retranchés à Tatsienlou (Kangding), et ils purent s’enfiler dans la gorges du Tatou-Ho (Dadu-He). C’est ainsi que la ville et les établissements religieux furent sauvés du désastre ; il y eut suffisamment de dégâts dans les autres missions traversées : Tanpa (Danba), Tsunghua, Mowkung (actuellement Xiaojin), etc.. !!

A Mowkung, les chrétiens virent les deux franciscains dans un état lamentable, se dirigeant avec leur gardien, vers l’église complètement saccagée. Ils étaient plutôt une charge pour l’armée ; ils furent décapités à deux journées de marche plus au nord, en un endroit désolé et leurs corps furent jetés dans le ravin du Tatou-Ho.C’était le 4 décembre 1935. Par la suite, les chrétiens ramenèrent ces saintes dépouilles  et les ensevelirent avec piété.

IL convient maintenant de citer des témoins appartenant à d’autres confessions et qui ont versé leur sang pour le Christ. Un des plus connus est de Dr. Shelton, directeur de la Mission protestante de Batang et ami des missionnaires catholiques. Il a fondé plusieurs œuvres de bienfaisance et dispensé les meilleurs soins à de nombreux tibétains. Malgré sa connaissance du pays et ses bonnes relations avec les chefs locaux, il fut massacré par des bandits, lors d’une tournée en territoire « interdit », pas bien loin de son lieu de résidence.

Il y eut probablement encore d’autres victimes parmi les « prédicateurs » mais nous nous contenterons de parler d’un certain Petrus Rijnhart.

Ce Néerlandais, marié à une Canadienne, du nom de Susie, essaya de pénétrer au Tibet par le Koukounor, en 1898. Il connaissait bien la langue et avait parcouru le pays, distribuant nombre de tracts en chinois et en tibétain. Il pensait pouvoir atteindre les centre du pays et Lhassa, ayant préparé le voyage avec soin. Ils partirent donc, bien équipés, mais après avoir peiné pendant trois mois à travers des régions infestées de bandits, il ne leur restait plus qu’un serviteur, les autres s’étant enfuis avec leurs meilleurs chevaux. Les malheurs se succédant , leur fils d’un an mourut. Ils décidèrent de l’ensevelir de suite :  pour éviter d’être vus, se sentant surveillés, et pour se garantir de la dépradation des fauves, aussi bien que de la coutume des gens du pays qui consistait  à dépecer les cadavres et à jeter les membres à flanc de montagne pour y être dévorés par les bêtes sauvages, ils creusèrent une fosse, y déposèrent le petit cercueil puis roulèrent des rochers par-desus pour faire disparaître tout indice de la sépulture. Après ce service funèbre, il fallait trouver un chemin de retour ! Hélas, les souffrances continuèrent et Susie perdit son mari, sauvagement abattu par des bandits en traversant une rivière pour chercher du secours.

Cette tragédie nous rappelle que Charles Carson Rinjnhard est le premier petit enfant  occidental à être enterré au Tibet et cela probablement tout près d’une branche supérieure du Mékong. Quand à la mère de du petit, elle revint au pays, raconta son odyssée, se remaria puis s’en retourna aux confins du Tibet avec un groupe de volontaires, puis elle mourut un mois plus tard.(cf. Susie Rijnhard , « With the Tiberans in tent aind temple) 

Père Alphonse Savioz


SUR LES PAS DU BIENHEUREUX MAURICE TORNAY  

   Avec quinze jeunes et le père Nicolas BUTTET de la communauté EUCHARISTEIN, j'ai eu la chance de pouvoir retourner dans ce qui était appelé improprement "la mission du Thibet".  

Il est un peu abusif d'utiliser ce dernier terme, car nous sommes que devant l'une des portes de ce qui était appelé le "royaume des neiges" ou le "toit du monde" ou ce qui était appelé plus humblement "les marches Thibétaines du Yunnan". Cette région sublime se trouve au sud-ouest de la Chine en bordure de la Birmanie et ce que les Chinois appellent maintenant "la région autonome du Tibet".
Voici quelques "réflexions" que ce pèlerinage m'a laissées :  

1.                   Il faut relever tout d'abord et sans aucun doute, que les missionnaires avaient une foi à renverser les montagnes, que ce soit ceux des missions étrangères de Paris (dès 1854 dans cette région) ou les chanoines du St-Bernard (dès 1933 jusqu'en 1952). Les semailles qu'ils ont faits dans ces contrées on ne peut plus caillouteuses ont germé et germent encore. Les chrétientés (notamment Siao Weixi (où Maurice a dit sa première messe et/où les chanoines Paul Coquoz et François Fournier ont eu un ministère fructueux), Tsechung (où le chanoine Angelin Lovey était vicaire) et Yerkalo (où Maurice avait été nommé curé) sont toujours vivantes et les chrétiens sont affamés du Christ. A plusieurs reprises, nous avons vu de très nombreux chrétiens se jeter à genoux pour recevoir l'eucharistie.  

2.                   Si le jeune vieux que je suis n'a pas eu le courage et la force de grimper les cols, de 3900 à 4200 mètres , les jeunes l'ont fait non sans peine, mais avec la joie de pouvoir vraiment partager la condition des missionnaires. Le col du Latsa où les chanoines avaient projeté d'établir un hospice dans le même esprit que celui du St-Bernard a ainsi reçu leur visite. Une idée est en train de germer, pourquoi n'aiderions-nous pas les Chrétiens à terminer cette œuvre qui répondrait encore aujourd'hui à un besoin et serait un lien entre les deux vallées (Haut Mekong et Haute Salouen) (Nu Jiang).  

3.                   Les jeunes du groupe avec à leur tête le toujours jeune Nicolas, ont non seulement gravi les cols des "Bambous Jaunes" et du "Sila", mais sont également montés jusqu'au col du "Choula" où une messe a été célébrée sur le lieu du martyre. Tout là haut, plus près du ciel, ils ont demandé à notre Bienheureux de continuer à rayonner et à guider toutes les personnes de bonne volonté vers les sommets, vers l'adoration du Christ mort et ressuscité.  

4.                   Pour la première fois, la vallée de la Salouen (Nu Jiang) (le long de la frontière Birmane) a été l'objet d'une visite prolongée. C'est dans cette région qu'a rayonné (de 1947 à 1952) le chanoine Louis Emery (actuellement toujours au Simplon). Si, au moment où les missionnaires ont dû quitter la Chine sous la pression communiste, il n'y avait que quelques communautés (sauf erreur surtout trois, Bahang (Baihaluo), Tchrongteu et Kionatong (Qingnatong) mais aussi Pendang, Chala et Cikai), il y en a maintenant quinze. Les quelques communautés visitées sont jeunes, accueillantes et assoiffés du Christ vivant dans leur cœur. Un prêtre, prénommé Joseph, vient d'être ordonné au printemps et aussi un ou plusieurs séminaristes se préparent au sacerdoce dont un de la parenté du catéchiste Zacharie (cette personne morte en automne 2004, à un âge plus que canonique, à savoir plus de 100 ans, a abattu un travail énorme et ses enfants et petits-enfants continuent de semer et moissonner).  

5.                   A la fin du séjour (4 semaines), il a été possible de rencontrer, à Kunming, l'administrateur apostolique de cette immense région qu'est le Yunnan. Après 24 ans de prison, et à 86 ans, ladite personne rayonnait et nous a témoigné en un français parfait, ses joies, ses peines, le tout dans un optimiste apostolique et évangélique.  

En conclusion, je souhaiterai qu'une chaîne de prière puisse se constituer pour  :  

       -          Que le Seigneur leur envoie de saints prêtres.
-         
 Que des jeunes et moins jeunes se mettent à l'œuvre pour mener à bien tout projet pouvant aider toutes ces communautés à se développer et à continuer de rayonner la "bonne nouvelle".
-         
Que l'église Chinoise retrouve l'unité sous la direction de Saints pasteurs unis au successeur de Pierre.
Aidons-les par tous les moyens.

Daniel Maurice CIPOLLA


Saint Bernard, reliques et reliquaires

   Il existe plusieurs manières de rester présent auprès de ceux que l’on aime lorsqu’on est absent. Nous pouvons écrire des cartes, téléphoner, donner une mèche de nos cheveux, offrir un de nos habits, envoyer notre photographie, faire livrer des fleurs avec un petit message… Les idées ne manquent pas. Lorsque dans l’Eglise, nous voulons garder le souvenir des saints, nous trouvons une manière de les représenter : nous reconnaissons tout de suite saint Jean l’évangéliste grâce à l’aigle qui l’accompagne, saint Antoine de Padoue tient dans ses bras Jésus enfant, assis sur un livre… Nous fabriquons aussi des boîtes pour garder des objets qui ont été leur propriété : les reliquaires. Souvent ces boîtes sont décorées et elles peuvent même se présenter sous formes de statuette de la personne vénérée. Pour saint Bernard de Menthon, d’Aoste ou de Mont-Joux, nous allons nous intéresser à trois manières de le représenter, la plus ancienne, qui date des années 1200-1230, une autre de la fin du Moyen-Âge et une manière quasi contemporaine.

 Lorsqu’arrive l’heure de midi, je ne m’intéresse pas à la beauté des casseroles, mais à la qualité et à la quantité de leur contenu. Il en est de même avec les reliquaires. Leur intérêt premier ne réside pas dans leur beauté artistiques, mais dans ce qu’ils renferment. On appelle reliques (= les restes) ce qu’ils contiennent. Il existe des reliques de deux sortes : les véritables et les reliques par représentation. Les reliques véritables sont des parties du corps du saint ou des objets qui lui ont appartenu. Les reliques par représentation sont nées avec les modes. En effet, lorsqu’un saint était populaire, aimé par les gens, chacun désirait avoir un objet lui ayant appartenu et les réserves sont limitées si l’on n’est pas un faussaire. Aussi l’église a eu l’idée de prendre des objets neutres, comme un morceau de tissu, et de le frotter contre une relique véritable du saint en question. Ensuite, le papier qui accompagne la relique – appelé l’authentique – mentionne de quel type de relique il s’agit.  

Pour les reliquaires que nous présentons, il s’agit de reliques « ex ossibus sancti Bernardi a Menthone », ce qui signifie des reliques tirées des ossements de Saint Bernard. Mais voilà, peut-on se fier à ces inscriptions ? Nous devons vérifier sur les authentiques. Ces derniers attestent que les ossements ont été pris parmi les restes du saint à la cathédrale de Novare, lieu du décès de saint Bernard il y a bientôt mille ans, et sont signés par l’évêque de Novare. Le 30 mai1965, le chapitre de la cathédrale de Novare a voulu savoir si ce qu’ils vénèrent comme les restes du corps de saint Bernard est vraiment cela ou des os de plusieurs personnes, voir des os d’animaux. Il a invité le docteur Cordiglia de l’institut de médicine légale de l’université de Milan à examiner ces ossements. Les conclusions de cette analyse sont les suivantes : Les ossements présentés proviennent tous de l’espèce humaine, du même individu de sexe masculin. Ce dernier devait mesurer environ 1m73. D’après des mesures effectuées sur son crâne et l’état de ses molaires, il est décédé vers l’âge de 60 ans. L’usure caractéristique de certaines vertèbres montre qu’il souffrait de polyarthrite rhumatismale chronique. Ainsi, dans ce cas, la médecine légale a confirmé les données de la tradition ecclésiastique locale.  

Maintenant, intéressons- nous à la plus ancienne représentation connue de saint Bernard. Il s’agit d’un buste reliquaire de style roman, datant probablement des années 1200-1230 et conservé à l’hospice du Grand-Saint-Bernard. Le Saint est montré à mi-corps, vêtu d’une aube et d’une dalmatique, tenant entre ses mains le livre des évangiles. Sur le plat du Livre a été appliquée une crucifixion au 14ème siècle. Le visage, la tonsure, les oreilles et les mains sont polychromées, c'est-à-dire en bois peint. La barbe, la moustache et la chevelure sont en argent doré. Les bords du vêtement et l’encadrement du Livre des évangiles sont constitués de plaques de cuivre filigranées (travail en dentelles), serties de cabochons, c'est-à-dire qu’on y a mis des pierres qui brillent. Dans le dos du reliquaire se trouve une porte, munie d’un cadenas, qui donne accès aux reliques. Cette porte a été refaite lors d’une restauration du début du 17ème siècle, lorsque Roland Viot était Prévôt. Nous remarquons que saint Bernard est présenté en dalmatique, c’est l’habit liturgique des diacres, qui se reconnaît à ses manches longues et larges. Le fait qu’il tient entre ces mains l’évangéliaire confirme le fait qu’il soit diacre et fait référence à sa mission d’enseignement de la foi au jeunes clercs. A cette époque, l’archidiacre avait, outre sa mission d’annonce de la foi, la responsabilité des finances du diocèse et de la formation des clercs. C’est d’après nos connaissances actuelles, la manière la plus ancienne de représenter saint Bernard.  

Une seconde iconographie semble avoir vu le jour au quinzième siècle, lors de la rédaction de la vie de saint Bernard attribuée à un certain Richard de Val d’Isère. Cette histoire raconte de manière fleurie la naissance de l’hospice du Grand-Saint-Bernard. Le col était hanté par les démons païens tueurs d’hommes. Notre saint a donc franchi les Alpes, prenant la dixième place dans la file des marcheurs, celle qui servait de menu aux divinités sanguinaires. Lors de l’attaque, il a jeté son étole sur le démon. L’étole s’est transformée en chaîne et a mis en laisse le satan. Ainsi le col du Mont Joux de lieu de terreur est devenu un havre de paix et de charité. Saint Bernard est représenté debout, écrasant le démon qu’il tient enchaîné par son étole, tenue par sa main droite. De la gauche il tient le bourdon, le bâton de berger de la Congrégation des chanoines du Grand-Saint-Bernard. Sur ses épaules nous voyons l’aumusse, soit un petit manteau en peau de petit-gris (race d’écureuil), c’était l’habit de chœurs des chanoines jusqu’au 17ème siècle. Il servait à tenir chaud à l’église lors des offices religieux. Ce qui est intéressant dans cette iconographie, c’est de voir les dangers de la montagne symbolisés par un monstre qui est enchaîné. La montagne était un lieu qui effrayait l’homme, jusqu’à ce que le tourisme contribue à faire changer les mentalités. Pour les touristes anglais du 19ème siècle, les romantique et Heidi, la montagne est un lieu de rêves. Tout naturellement, une nouvelle iconographie a vu le jour.  

Avec l’afflux des touristes sur le col, le fait que les chiens du saint-bernard ne sont plus utiles pour les sauvetages, mais servent uniquement de souvenir historique, une nouvelle iconographie est née, qui présente saint Bernard avec un chien. Le chien n’a plus du tout la symbolique du dragon, du démon et des dangers de la montagne à vaincre. Le saint et son chien sont les symboles de la charité, le fait de risquer sa vie pour aller sauver des gens en montagne. Le grand avantage de cette manière de représenter saint Bernard consiste dans le fait qu’il s’agit d’un symbole immédiatement décryptable par nos contemporains, les explications sont superflues. Il s’agit ici du reliquaire qui se trouve à l’hospice du Simplon et date des années 1960.  

Cette brève présentation des reliques et reliquaires nous introduit au mystère de la vie en ce monde. Nous avons besoin de modèles, d’exemples pour façonner notre vie. L’Eglise nous propose la dévotion aux saints, une sorte d’amitié pour nous conduire au-delà du jour de notre mort en présence du Christ ressuscité. Ce désir de garder des souvenirs de personnes que l’on aime est fortement ancré dans le cœur de l’homme. Nous gardons des photos de famille, nous cherchons des disques dédicacés de nos stars de la musique, on s’arrache dans les ventes aux enchères des objets ayant appartenu à des gens riches ou célèbres. L’église nous propose des modèles pour la vie, les saints, et ce qui est très beau dans l’iconographie de saint Bernard, c’est que la manière officielle de le représenter a varié – saint Bernard présente tout à tout les Evangiles, le dragon enchaîné et le chien en laisse – et varie encore pour exprimer que ce n’est pas une image figée dans un livre d’histoire, mais le compagnon de vie de nos contemporains. Ô saint Bernard, conduis-nous des routes de ce monde à celles de l’éternité où à tes côtés nous pourrons chanter la gloire de Dieu Père, Fils et Saint-Esprit.  

Chne J-Pierre Voutaz


 En souvenir du chanoine René Darbellay

   Mr. le chanoine René Darbellay est sans aucun doute le confrère que j’ai, sinon le mieux connu celui que j’ai connu depuis le plus longtemps. Rien d’étonnant à cela puisque Mr. le chanoine Darbellay était, depuis le décès de Mr. le chanoine Lucien Quaglia, le doyen incontesté de la Congrégation , un titre qui ne lui plaisait d’ailleurs pas du tout. Je me souviens que, l'ayant  présenté une fois comme notre doyen, il s’était récrié : « Pas besoin de le souligner. Tout le monde va finir par le savoir ! »

Mes premiers souvenirs de ce confrère remontent à mon arrivée à Champittet  et à mes 7 années de collège et d’internat, de 1955 à 1962, dans cettte institution alors en pleine vitalité, sous la direction des chanoines du Grand-Saint-Bernard. Mr. le chanoine Darbellay était titulaire de la classe de Cours de français pour étrangers. C’était une classe tout à fait spéciale et à part, dans le collège et le fait pour René d’être responsable de tous ces élèves étrangers, dont certains très exotiques et pittoresques, lui donnaient un peu des airs d’explorateur en pays étranger et comme une aura d’étrangeté et de mystère.  Mr. le chanoine Darbellay a beaucoup aimé ce travail d’enseignement qui demandait une grande patience et, dans la foulée des cours prodigués à ses élèves, il avait noué des relations très amicales avec la plupart d’entre eux et avec leurs familles. Et il n’était pas peu fier quand certains de ses anciens élèves du Cours de français réussissaient brillamment l’examen final de la maturité fédérale. Il faut dire que Mr. le chanoine Darbellay était un être très sensible et qu’il  avait un sens très profond de l’amitié. C’est ainsi qu’il avait un carnet d’adresses impressionnant et qu’il était fidèle à garder un un bon contact avec ses relations, en particulier avec les membres de sa famille. Pour nous, jeunes étudiants venant de milieux ruraux plutôt traditionnels, Mr. Darbellay nous apparaissait alors comme un prêtre très moderne car il jouait au tennis et il  conduisait sa voiture, toujours très prudemment !!

Je me rappelle aussi combien  Mr. Darbellay était toujours  accueillant et encourageant  quand je lui parlais de mes intention  d’entrer dans la Congrégation. Je suis entré au Séminaire et ai été ordonné prêtre en 1968.  Mr. Darbellay m’ a toujours suivi et il avait partagé la joie de mon ordination sacerdotale. Et voilà que nous nous sommes retrouvés à Champittet, dès septembre 1975 puisque mes supérieurs m’ont demandé de servir dans ce collège. Bien sûr que j’ai été amené à collaborer surtout  avec Mr. le Recteur Gérard Payot et Mr. Noël Voeffray, alors Préfet de l’Internat. Mais nos relations avec les autre confrères étaient bonnes : nous formions une vraie communauté, malgré les différencesd’âge et les fonctions très variées exercées par chacun.

En 1980, on m’a confié la charge de Prieur de la Communauté de Champittet et Mr. Darbellay a dû me « supporter » comme supérieur pendant 9 années, jusqu’en 1989.  Sans trahir le moins du monde le secret de profession, je dois quand même souligner que j’ai été ému par l’esprit religieux de mon confrère, le souci qu’il avait, allant parfois jusqu’au scrupule, de vivre dans la fidélité à ses vœux religieux, en particulier la mise en commun de tous nos biens, y-compris  les petits cadeaux qu’il recevait.

J’ai quitté Champittet en été 1992 pour Lens, où j’ai desservi la paroisse pendant 9 années. Et voilà qu’en octobre 2001, je me retrouve à la Maison Saint-Bernard à Martigny. Et qui se trouve là, dans la communauté vénérable des anciens, qui m’accueille comme son nouveau Prieur ? le cher chanoine René Darbellay ! J’ai pu ainsi le suivre et l’assister dans la dernière étape de sa vie. Ce qui m’a impressionné et touché, c’est de constater combien Mr. Darbellay est resté éveillé, vivant, grâce notamment à l’attachement  qu’il a toujours gardé pour la culture littéraire et musicale,  son intérêt pour la vie du monde et de l’Eglise, sans oublier son goût inentamable pour les événements sportifs, certaines séances de télévision pour suivre les prouesses sportives de l’équipe suisse, en foot ou en hockey, ou alors  les matchs de Martina Hingis ou Federer, lui ont probablement occasionné des hausses sensibles de pression. Son esprit d’ouverture et son amour de la beauté, ont été très bien soulignés par notre Prévôt, Mgr. Benoît Vouilloz, dans l’homélie qu’il a prononcée à la messe des funérailles du chanoine Darbellay. J’en cite un extrait :
« Durant son pèlerinage sur terre, René Darbellay a connu la joie de voir tant de belles choses, avec les yeux du corps et aussi les yeux de l’esprit : son admiration allait d’un jeu de tennis enchanteur à la contemplation des œuvres de grands peintres ; de la poésie française aux plus belles pages de la Bible  ; du mystère de la vie des plantes, des arbres, au mystère de Dieu.

Tout ce qui était beau, grand, digne d’intérêt, devenait, pour lui, occasion d’émerveillement et de partage ; chacun se souvient combien il aimait communiquer ce qu’il venait de découvrir et le partager dans un dialogue fraternel.  

A travers tout cela, Dieu parlait à son âme et l’invitait à Le chercher et à Le découvrir, Lui, la source de la Vie et de la Beauté.

René Darbellay se confiait volontiers, dans la prière, à son confrère, de quelque peu son aîné, le bienheureux Maurice Tornay ; sans doute, ce dernier lui aura soufflé à l’oreille du cœur ce qu’il écrivait à ses parents, depuis le lointain Tibet, et que nous avons entendu tout à l’heure, à l’Office des défunts :

« Il faut l’aimer, la terre, bien sûr, mais il ne faut l’aimer que pour autant qu’elle nous conduit à Dieu, que pour autant qu’elle nous dit combien Dieu est mystérieux, et bon et miséricordieux. »

René Darbellay ne pouvait pas ne pas adhérer à cette exhortation, lui qui avait fait sienne – pour l’image souvenir de son ordination sacerdotale – la prière suivante, tirée de l’Imitation de Jésus-Christ, un livre de spiritualité du 15e siècle :

« Donnez-moi, Seigneur, la science divine, afin que j’apprenne à vous chercher, à vous trouver, à vous goûter, et à vous aimer par-dessus tout, et à concevoir tout le reste selon l’ordre de votre sagesse. »  

Ce que je retiens de ce confrère très attachant, c’est son extrême sensibilité et son culte de l’amitié.

Avec sa grande sensibilité, notre confrère a connu, bien sûr, de grands crève-cœur, mais aussi de belles  joies qu’il savait savourer. Il est resté fidèle à ses amitiés, très attaché à sa famille, spécialement  à ses neveux et nièces; il avait été affecté par le décès de sa sœur, Irma, en décembre 2006. Pendant les derniers mois de son parcours terrestre, il a dû gravir, comme tout être humain, une voie d’affaiblissement et de dépouillement mais il a vécu tout cela avec une grand esprit de foi et une grande confiance en la Vierge Marie. Et la mort, qu’il n’aimait pas évoquer, l’a finalement visité de façon douce et paisible Que se réalise pour René ce que la liturgie nous fait chanter dans un beau chant de l’office des défunts :

« Viens, mon enfant, ta route aujourd’hui s’arrête.
Par le sang de mon Fils, laisse-toi purifier, entre au festin de l’amour.
La robe est prête, c’est ton jour de naissance ».

Chne R.-M Kaelin


Hommage au chanoine René Darbellay, par sa famille.

    Durant ses premières années sacerdotales, notre cher oncle René était très occupé par son ministère et ses relations diverses et il ne  disposait que de peu de temps pour sa famille. Par contre, en prenant de l’âge, il se rapprocha de nous comme s’il devait rattraper du retard : il multiplia les rencontres avec ses neveux, s’intéressant à la vie et à la situation  de chacun d’eux.Il aimait nous rendre visite et surtout il ne refusait jamais une invitation. IL appréciait particulièrement ces moments privilégiés passés à partager un bon repas mijoté pour la circonstance et arrosé d’un bon cru, suivi d’un petit verre de gentiane, véritable spécialité de  son village natal, Vichères.

Pour digérer tout cela en beauté, il était de coutume d’organiser une petite ballade, si possible dans le calme d’un sous-bois ou sur les rue rives d’un plan d’eau. C’était peut être aussi pour trouver l’inspiration utile pour une discussion sereine et constructive. Il s’intéressait à tout, et à tout le monde, faisant preuve de compréhension et de bon sens. Ses propos étaient appropriés et empreints de sagesse et de bienveillance.

L'oncle René ne manquait pas une occasion pour nous faire remarquer que, si nous pouvions jouir d’une si belle nature, de paysages si majestueux et de tant d’autre mystères, c’est qu’il y avait Quelqu’un au dessus de tout cela. Il trouvait d’ailleurs toujours un petit moment propice pour remercier le Bon Dieu pour toutes ces belles choses et toutes les autres grâces qu’IL nous accordait.

L ‘oncle aimait la vie, les rencontres, les gens et il en glorifiait le Seigneur. IL s’est accroché à sa santé pour jouir intensément de la vie jusqu’au jour où il a dû se rendre à l’évidence, que la médecine, malheureusement, ne pouvait plus rien pour lui.

Dès lors, il a commencé à parler de son départ dans l’autre monde pour lequel il était prêt depuis longtemps.

Très cher oncle René, nous t’aimions tous et avions toujours grand plaisir à te rencontrer.Nous te porterons dans notre cœur et nos prières comme tu le faisait si bien pour nous. Nous garderons de toi, qui avais un visage si doux et si bon le meilleur des souvenirs et nous sommes convaincus que, depuis le Ciel, tu veilleras encore sur ta famille et tes amis d’ici-bas.

Au nom des neveux et et nièces, Bernadette Maret-Biselx.


ECHANGES MISSIONNAIRES entre la Suisse et la Chine

   « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit »,(Mt. 28, 19). C’est avec ces mots que l’évangéliste s. Matthieu termine son évangile et ce sont ces mots qui expriment une caractéristique fondamentale de notre Eglise: « De sa nature, l'Eglise, durant son pèlerinage sur terre, est missionnaire » (Ad gentes,2)1 Elle a  « le devoir de propager la foi et le salut apporté par le Christ «  (Ad gentes ,5). Certes, dans notre société contemporaine où la foi est de plus en plus  marginalisée et où, sous couvert d’un soi-disant respect, toutes les religions et croyances se valent, l’idée de  la mission est de plus en plus critiquée comme un prosélytisme anachronique qui n’est rien d’autre qu’une attaque contre la dignité des croyances des autres.  Mais malgré ces voix critiques –qui, en fait, ne sont souvent que l’expression d’une indifférence crasse vis-à-vis d’une quelconque spiritualité -, il reste que le Christ lui-même nous a légué ce devoir et nous ne pouvons jamais nous y dérober Dans son encyclique « Redemptoris Missio », Jean Paul II, l’a redit  sans équivoque : « Aucun de ceux qui croient au Christ, aucune institution de l'Eglise ne peut se soustraire à ce devoir suprême: annoncer le Christ à tous les peuples. » (Redemptoris Missio 4)2 .
Bien sûr, la mission d’aujourd’hui ne peut plus prendre la forme de jadis Trop souvent,  en particulier dans le contexte chinois, le zèle des missionnaires était mêlé aux intérêts particuliers des différents nationalismes, du colonialisme et de l’impérialisme ou encoreon peut dire que les ordres missionnaires se sont lancés dans une compétition acharnée à la conversion ;  il n était absolument pas question de parler d’inculturation ou d’une quelconque assimilation des mœurs aux rites locaux3, On  doit dire que trop  peu de missionnaires ont porté, comme par.exemple les Pères Mattéo Ricci ou Vincent Lebbe, un regard de respect et d’estime sur la grandiose culture millénaire chinoise4. 
L’histoire chinoise antérieure à la révolution de 1949 reste pour les Chinois irrémédiablement liée à une période d’humiliation imposée par les puissances occidentales , et des missionnaires y ont tenu  malheureusement un rôle non-négligeable. C’est la raison pour laquelle Jean-Paul II, dans son  message historique en 2001,  a demandé pardon aux Chinois pour toutes les erreurs que des membres de l’église ont commises dans le passé en Chine.5

Prêtres chinois en Suisse
La mission d’aujourd’hui n’est plus un chemin à sens unique. C’est un échange, un partage qui souligne que nous ne sommes véritablement catholiques que si notre foi dépasse toutes les frontières. C’est dans ce sens que nous accueillons aujourd’hui chez nous de plus en plus de prêtres d‘outre-mer.6 Parmi eux, il y a actuellement  aussi deux Chinois qui exercent leur ministère dans notre pays.  Ainsi, Mgr Genoud a ordonné prêtre  le 25 juin dernier Jean Geng, originaire de la province du Hebei (au centre de la Chine ). Nouveau prêtre, il œuvre en qualité de vicaire à la paroisse de Montreux. Thomas Cui, qui est en train de terminer sa thèse de doctorat à l’université de Fribourg, est pour sa part auxiliaire à la paroisse de la cathédrale Notre Dame à Fribourg.
Jean Zhen qui aidait ces dernières années dans plusieurs paroisses du canton de Vaud et à Fribourg, est rentré, après avoir obtenu une licence en théologie, au début de cette année, à Handan (province du Hebei), son diocèse d’origine. L’évêque du lieu lui a confié le poste de vice-secrétaire général du diocèse ainsi que la direction du bureau catholique pour le service social. En parallèle, il enseigne  la théologie dans le grand séminaire à Shijazhuang.
Trois autres jeunes prêtres chinois sont arrivés dernièrement en Suisse. Un est à  Fribourg, où après des cours de français intensifs, il va poursuivre sa formation de théologie à l’université. Deux autres,  provenant de la province de Liaoning (au nord-est de la Chine ),  ont pu répondre favorablement à l’aimable invitation de l’abbé d’Einsiedeln, Martin Werlen. Durant ces prochaines années, ils vont vivre et étudier dans ce haut lieu bénédictin la vie et la spiritualité monastique.

Prêtres suisses en Chine

Bien que la loi chinoise interdise aux prêtres étrangers d’œuvrer en Chine en tant que missionnaires, il y a bien plus qu’une centaine de prêtres qui y travaillent actuellement.  Beaucoup parmi eux enseignent des langues (notamment l’anglais ou le français) ou d’autres branches dans les universités. D’autres travaillent comme ingénieurs, médecins, etc. Certes, le gouvernement n’est pas dupe et connaît la « condition ecclésiale » de ces hommes (pareillement pour des religieuses), mais tant qu’ils ne pratiquent pas de prosélytisme et qu’ils ne s’immiscent pas dans les affaires  internes de l’Eglise en Chine, ils ne risquent rien. Parmi ces « missionnaires modernes » on compte pour le moment aussi un Suisse. Il s’agit du  Jésuite Stephan Rothlin, né en 1959 à Zurich, queje tiens à vous présenter brièvement. Titulaire d'un Ph.D. en Business Ethics de l'Université de Innsbruck, il enseigne depuis sept ans  à l'Université Renmin et l'University of International Business and Economics de Beijing (Pékin). L’axe majeur de ses recherches et de son enseignement est le développement de l’éthique dans les finances et les affaires dans le contexte chinois. Outre Pékin et Taipei, où il enseigne à l’université de Fu Jen, il donne régulièrement des cours à Singapour, Hong-Kong, Madras (Inde), Bordeaux et Zurich. Après avoir fondé en janvier 2002 l’institut d’éthique des affaires  de Macao,  il a fondé, il y a deux ans à Pékin, l’institut pour éthique économique internationale dont il est le secrétaire général.7

 Avec sa présence à Pékin, P. Rothlin prolonge une longe tradition des Jésuites Suisses en Chine. En fait, bien que la province Suisse des Jésuites n’ait  jamais eu la Chine comme territoire missionnaire (leur champ de mission était et est encore l’Inde), au moins trois Jésuites Suisses ont œuvré en Chine (et aussi  quatre autres destinés pour la mission en Chine mais qui sont décédés sur le chemin8).
Le premier, Nicolaus Fiva, est en même temps le premier Suisse qui s’est rendu en Extrême-Orient. Né en 1609 à Fribourg, il entra en 1628 dans l’ordre des Jésuites à Landsberg (Bavière). Excellent mathématicien, il devait rejoindre la mission à la cour impériale de Pékin. Après avoir passé une année à Macao, il fut  envoyé en 1638 d’abord à Nanjing puis à Hangzhou où il assistait son confrère italien, le Père Lazzaro Cattaneo, qui était arrivé presque 50 ans plus tôt avec Mattéo Ricci. Comme premier missionnaire, Fiva se rendit à Jiashan (environs 100 km au nord-est de Hangzhou, dans l’actuelle province de Zhejiang, au sud de Shanghai) où  il est décédé en 1640. Deux de ses lettres existent encore aujourd’hui. La première, écrite deux mois avant son embarquement à Coimbra, date du 21 janvier 1635. L’autre, il l’envoya de Macao en 1637.

Le deuxième, Walter von Sonnenberg, né en 1612 à Lucerne, était co-novice  de Nicolaus Fiva. Sa première destination fut les Philippines où il œuvra durant 33 ans. Durant ce temps, il changea son nom en Ignacio de Monte. En 1678, il quitta Manilla pour Xiamen. Deux ans plus tard, il décéda à Fuzhou (Fujian province – cette province se trouve en face de Taiwan).
Des traces du troisième missionnaire suisse en Chine, sont encore visibles aujourd’hui : De fait, son tombeau se trouve dans le plus ancien cimetière de la capitale chinoise, le « Zhalan »10, qui est aujourd’hui dans le jardin d’une école de cadres du parti communiste, le « Beijing Administrative College ». C’est le lieu même où le tout grand missionnaire Mattéo Ricci fut enterré en 1610. Il contient ,en totalité,  les tombeaux de 63 missionnaires qui  trouvèrent ici, entre 1610 et 1895,  leur dernier lieu de repos. A côté de Mattéo Ricci, il y a les tombes de deux autres importants Jésuites, Adam Schall von Bell (+1666)  et Ferdinand Verbiest (+1688). Ce qui est frappant,, c’est la diversité des origines de ces missionnaires.  Ainsi, on dénombre 14 Chinois (qui venaient surtout de la « diocèse mère » de l’Asie de l’est, de l’ancienne colonie portugaise de Macao), 14 Portugais, onze Italiens, neuf Français, sept Allemands, trois Tchèques, deux Belges, un Autrichien,  un Slovène et un Suisse.

 Notre compatriote est le frère Jésuite Franz Ludwig Stadlin, né en 1658 à Zug. Dans sa jeunesse, il voyagea à travers tout l’Europe en tant qu’apprenti horloger et travailla notamment chez des grands maîtres à Ulm, Vienne, Prague, Danzig, Königsberg, Dresde et Berlin. En 1687, il entra dans la province bohémienne des Jésuites. Lorsque le père Kastner revint en Europe chercher des ouvriers pour la Chine en 1702, il parla de la nécessité d’avoir à la Cour de l’empereur des frères habiles dans les arts mécaniques. Fr Stadlin s’offrit et obtint la Mission de Chine. Cinq ans plus tard, il arriva en Chine où son ingéniosité le mena à créer et inventer une foule d’objets et de machines curieuses, ce qui lui valut les bonnes grâces de l’empereur et de sa cour. A sa mort en 1740, comme les plus célèbres des Jésuites de Chine, il eut droit à une tombe officielle. 
Sur sa pierre tombale est écrit en latin
 : D.O.M. D(omino) O(ptimo) M(aximo). Frère Franz Stadlin de Zug en Suisse. Il vécut 53 ans dans la Société de Jésus, dont  33 ans  à Pékin. Il était très habile est infatigable dans l’art de l’automatie (horlogerie). Il décéda dans le Seigneur le 14 avril 1740 après Jésus Christ à l’âge de 82 ans.
Le texte chinois porte au milieu le titre de haut en bas
 : tombeau des Jésuites du vénérable Lin (Franz Stadlin).
A côté est écrit en Chinois
 : Maître Lin était nommé Iige (François)  et il avait le surnom Yukan. Il était natif des pays allemands, de la Suisse , au bord du grand océan ouest. Il entra à l’âge de 29 dans la Société de Jésus pour répandre la sainte doctrine. Dans la 46ième année du règne de l’empereur Kangshi (1707), il vint en Chine et s’installa dans la capitale (Pékin) pour servir au palais impérial. Il décéda   au 18ième  jour de 3ème mois de la 5ième année du règne de l’empereur Qianlong (1740). Pour son enterrement ont été offert du trésor impérial 200 onces d’argent et dix ballots de soie. Il attint l’âge de 82, dont il vécut  53 dans la Société de Jésus.

Après la mort du frère Stadlin,  presque un siècle et demi passe jusqu’à ce que le prochain missionnaire Suisse arrive en Chine. L’histoire de ces missionnaires Suisses de la fin du 19ième et du début du 20ième siècle sera traitée dans un prochain article.

                                                                                                                 Chne Daniel Salzgeber

 1 Ad gentes est le décret sur l'activité missionnaire de l'Eglise  du concile Vatican II
2 L’encyclique « Redemptoris Missio. Sur la valeur permanente du précepte missionnaire »  de Jean Paul II date de 1990.
3 La querelle de rite reste pour toujours le péché originaire de l’histoire missionnaire. Il s’agit de la
confrontation théologique entre un christianisme chinois orthodoxe et une adaptation aux coutumes et usages locaux d’après le modèle de Mattéo Ricci et d’autres Jésuites.  Cette confrontation se termina avec un décret du pape Clément XI 1704 qui condamna définitivement les rites chinois, cela  rendant impossible à un Chinois d`être en même temps Chinois et catholique. Seulement au début du 20ième siècle et surtout avec le concile Vatican 2, Rome a revu ses interdictions avec la théologie de l’inculturation.
4 Même notre confrère, le bienheureux Maurice Tornay, n’était pas sans entraves concernant ce point, comme plusieurs passages de ses lettres (surtout celles au début de son ministère en Chine) en  témoignent.
5 Le 25 octobre 2001 Jean Paul II envoya un message au colloque organisé à Rome par l’Université pontificale grégorienne en l’honneur du quatre centième anniversaire de l’arrivée dans la capitale chinoise du jésuite Mattéo Ricci. Dans ce message le pape a écrit: « Je ressens avec une profonde amertume ces erreurs et limites du passé qui ont pu donner l’impression d’un manque de respect et d’estime de l’Eglise catholique pour le peuple chinois... Pour tout cela je demande pardon et compréhension à tous ceux qui se sont sentis, d’une manière ou d’une autre, blessés par de telles formes d’actions des chrétiens. »
6 Dans le contexte de cet article, je ne voudrais pas entrer dans la problématique que l’engagement de ces prêtres peut engendrer, p.e. du danger d’un néo-colonialisme ecclésial (si on retient chez nous ces prêtres d’outre-mer, qui ont été  formés chez nous sur la demande de leurs évêques et dont les églises dans le sud auraient bien besoin pour former le clergé autochtone) ou du risque que « l’utilisation » de ces prêtres pour combler des trous liés à la pénurie de prêtres chez nous, retarde l’Eglise de trouver des nouvelles réponses en ce qui concerne l’accès au sacerdoce.
7 P. Rothlin se repose de son immense charge de travail lors de ses vacances annuelles en Suisse. Une partie de ses vacances, il passe chaque été au Simplon où il est hôte des Ursulines de Brigue dans leur maison au Stahlen.
Pour plus de renseignement sur le P. Rothlin cf.
www.stephanrothlin.org
8 Il s’agit des Pères Johann Albrecht +1618, Beat Amrhyn +1673, Adam Aigneler +1673 et Jean-Baptiste Charandy +1692. Les annales des Jésuites mentionnent qu’environ la moitié de leurs missionnaires destinés pour la Chine sont décédés pendant leurs voyages entre 1581 et 1712.

9 cf. Georges-Marie Schmutz, The best intention of Nicolaus Fiva. Two letters 1635, 1637 sur :
www.sinoptic.ch/histoire/figures/fiva/textes/20011029_Fiva-Final.pdf
10 cf. Edward Malatesta and Zhiyu Gao, Departed, yet present : Zhalan, the oldest Christian cemetery in Beijing, Macao 1995.