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Chers amis lecteurs,
Heureux
de vous retrouver avec le premier numéro de cette nouvelle année 2008, qui
s’ouvre par les vœux traditionnels de notre Prévôt, Mgr. Benoît Vouilloz. A
parcourir attentivement ensuite les différents articles, aux thèmes très
divers, de notre Revue, il y a comme un fil rouge qui se dessine, qui se
devine : la vie. En effet, chaque auteur, à sa manière, nous parle de vie.
Mgr. Maurice Bitz, notre Abbé-Primat, évoque la vie de la Confédération
canoniale dans son premier article. Puis il évoque les beaux fruits du
rayonnement de sa Congrégation de Saint-Victor à travers les fondations
canoniales en Afrique.
Puis c’est le prieur
Jean-Marie Lovey qui évoque la vie de l’hospice du Grand-Saint-Bernard, à
travers sa chronique estivale qui s’attache à montrer comment la vie agit et
fleurit dans l’ordinaire des jours.
On entre ensuite un peu
dans le monde de l’extraordinaire, avec l’article du chanoine Jean-Pierre Voutaz,
qui évoque la vie exceptionnelle du chanoine Jules Detry.
IL y a ensuite un bref
article du Père Gabriel Délèze, pour compléter l’étude du Père Savioz sur les
martyrs du Tibet.
Puis c’est au tour du
chanoine Daniel Salzgeber de nous parler des réactions et des répercussions de
vie de la Lettre du pape aux catholiques de Chine dans cet immense
continent, où la vie bouillonne dans tous les sens.
Et on termine par un
magnifique signe de vie, le cadeau de l’entrée au noviciat de Jacques Tran,
comme une transfusion de sang vietnamien dans le corps un peu usé et essoufflé
de notre Congrégation !
En guise de vœux, je vous partage ce
beau texte, puisé dans la brochure « Chemins de Noël 2007 », éditions Signes :
»En ce premier jour, que vos vœux se changent en promesses !
Les vœux se dissipent et demeurent
stériles.
Les promesses s’engagent pour la
récolte.
A vos aimés promettez le
soleil de votre tendresse.
Y-a-t-il meilleur pain
quotidien ?
A vos proches
promettez le regard de bienveillance,
le sourire en
signe d’humaine complicité,
le respect
accordé d’avance, la main tendue en signature d’entraide,
la lutte
obstinée contre la misère et la solidarité en gage de juste partage.
A votre Eglise, promettez votre présence
fidèle et fraternelle
pour chanter avec elle « Dieu parmi les
hommes »
et, avec elle mettre au monde son amour.
A votre Dieu
ne promettez rien !
IL connaît
votre désir.
Dites-lui
simplement, avec joie et émerveillement :
« Merci
pour ton amour ! Comment pourrai-je le partager ? »
Chanoine
René-Meinrad Kaelin, rédacteur
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En guise de vœux
pour 2008
Un événement d’Eglise
important qui aura marqué l’année 2006 c’est la Lettre aux catholiques de
Chine, par le pape Benoît XVI.
Chers lecteurs de notre
Revue, je vous invite à partager un vœu très cher, pour l’année nouvelle : Que
la semence jetée en terre chinoise par cette Lettre porte du fruit en
abondance ; que la Lumière du Christ et la Force de l’Esprit-Saint demeurent la
joie de nos frères et sœurs chinois, dans la communion ecclésiale universelle,
garantie par le service apostolique du successeur de Pierre, au-delà des choix
pastoraux pouvant varier selon les circonstances.
A nous de témoigner note
attachement et notre solidarité, en portant dans la prière les fidèles
catholiques de ce vaste peuple, cher au cœur du Sauveur,
+ Benoît Vouilloz, Prévôt
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Comment
va la Confédération de saint Augustin ?
On
me demande : comment va la Confédération des Chanoines réguliers de Saint
Augustin? Peut-être faut-il d'abord vous dire ce qu'est cette Confédération.
La
Confédération des Congrégations canoniales des Chanoines réguliers de Saint
Augustin a pris naissance avec les quatre Congrégations (Latran, Autriche, Saint
Bernard, Saint Maurice).
La
Confédération a été confirmée par la Lettre Apostolique "Caritatis Unitas" du
Pape Jean XXIII, en date du 4 mai 1959.
Je me
souviens de cet évènement. J'étais étudiant au Collège de Saint-Maurice. Une
Messe pontificale a marqué cette nouvelle. Monseigneur Louis-Séverin Haller,
Abbé de Saint-Maurice, a été choisi comme premier Abbé Primat. Moi-même,
j'avais décidé d'entrer au noviciat chez les Chanoines de Saint-Maurice, au mois
d'août. Cet évènement ne pouvait que me marquer .
Le
vieil Ordre canonial se constitue sous une forme nouvelle, à savoir la forme
confédérale. Elle ne donne pas naissance à une nouvelle Congrégation et chaque
Congrégation garde son autonomie.
Aux
quatre Congrégations qui ont d'abord formé la Confédération se sont jointes par
la suite 5 autres Congrégations (Congrégation de l'Immaculée Conception,
Windesheim, Marie Mère du Rédempteur, Saint Victor, les Frères de la Vie
Commune).
Pourquoi créer une telle Confédération? Ce fut, sans doute, un geste
prophétique. C'était avant le Concile.On a estimé qu'il n'était pas bon que
chaque Congrégation reste repliée dans son propre univers. .L'Ordre ne pouvait
que s'enrichir par des contacts avec d'autres frères, porteurs du même idéal.
Les
Statuts précisent le but de la Confédération : "Selon la Lettre Apostolique "Caritatis
Unitas", la Confédération des Chanoines réguliers de Saint Augustin a été
établie :
1) pour que Congrégations et Chanoines soient unis entre eux plus
étroitement par le lien de la charité
2) pour qu'ils se prêtent un appui mutuel
surtout sur le plan spirituel dans la formation des jeunes et l'attention à tout
être humain.
3) pour que soient accrues les forces vives de l'Ordre tout entier.
Cette promotion de la vie canoniale, selon des formes adaptées au
temps, doit être considérée comme la tâche principale de la Confédération".
Cette tâche a été menée courageusement à
travers semaines d'études, Congrès,divers échanges entre Maisons.
Personnellement, j'ai suivi la plus grande partie de ces rencontres. Je puis
témoigner d'un progrès, surtout dans un accueil mutuel, fraternel, ouverture aux
richesses de l'autre, contact avec d'autres manières de penser, d'autres
cultures. Cela conduira à d'autres progrès encore.
Pour ma part, puisque l'on m'interroge sous cet
angle de la vitalité de la Confédération, je voudrais redire :"Lorsqu'il m'a
été demandé si j'acceptais la charge d'Abbé Primat, au sein de la Confédération
des Chanoines réguliers de Saint Augustin, ma réponse était lourde de l'intime
et fort désir de tout mettre en oeuvre pour en réaliser la mission, telle que
demandée par nos Statuts. « L'Abbé Primat est le promoteur de la vie canoniale.
En conséquence sa charge l'oblige à développer l'esprit canonial chez tous les
membres de la Confédération et, en dehors de l'Ordre, de promouvoir la vie
commune du clergé. Ce charisme que nous avons reçu peut et doit être partagé
avec d'autres personnes. »
Je suis disposé à y oeuvrer à mon tour, après tous ceux qui m'ont précédé et
tracé le chemin. Je voudrais être attentif à développer ce qui pourrait donner,
en notre temps, un coup d'aile, un nouvel élan à notre famille canoniale
Notre Ordre n'est pas condamné à rester dans les Musées, il est appelé à se
rajeunir, à se renouveler, à l'intérieur même du grand renouveau de l'Eglise.
Voici quelques propositions que j'ai faites pour les
prochaines années.
1) Je termine une Lettre aux Confrères. La visée de ce document est
de revisiter « la maison » chanoine régulier avec la boussole du Concile
de Vatican II.
J'y développe le thème de l'actualité de la Règle de Saint
Augustin. Elle exhorte "à vivre unanimes à la maison". Dans la perspective de
l'Eglise-Communion reprise par le Concile, je propose que la "maison canoniale
soit une école de communion".
Ensuite, la Règle s'achève par ces mots :"Que le Seigneur vous
donne tout cela avec amour, comme des amants de la beauté spirituelle". En notre
temps, "la voie de la beauté" est préconisée comme chemin d'évangélisation et
de dialogue.
2) Le prochain Conseil Primatial se tiendra à Klingenthal (en
Alsace) autour du thème : l'Europe et nos racines chrétiennes.
3) Pour le 50ème anniversaire de la création de la Confédération,
nous envisageons le projet d'un pélerinage sur "les pas de Saint Augustin", en
Afrique du Nord.
Superemineat
Caritas!
+ Maurice Bitz. Abbé Primat
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La Congrégation de Saint-Victor et
l'Afrique
"Vouée au service de l'Eglise, notre famille canoniale entend
se consacrer de toutes ses forces au bien des Eglises particulières auxquelles
elle est attachée, et servir de la même manière l'Eglise universelle
(Constitutions de la Congrégation de Saint-Victor, n°177).
Des liens et des échanges avec plusieurs Eglises d'Afrique de
l'Ouest conscientes qu'une vie religieuse sacerdotale pouvait apporter une
richesse pour ce continent "mûr pour l'Evangile" se sont noués très tôt et les
appels se sont faits plus pressants.
1.- Afrique de l’Ouest
a)
Sénégal
Ce mouvement est d'abord lié aux appels que nous avons reçus du
Cardinal Thiandoum, Archevêque de Dakar. Il nous a demandé en 1978 d'accueillir
l'un de ses prêtres pour une année sabbatique. Le Père Pascal Sambou est venu
chez nous, où il a passé deux années. Les relations furent excellentes, au point
qu'il demanda à son archevêque la permission d'entrer chez nous. Il est venu
pour commencer son noviciat. Des projets pour une fondation au Sénégal prenaient
corps. Mais quelques jours après son arrivée, subitement, le Père Pascal
rejoignait la maison du Père.
L'évêque de Ziguinchor (en Casamance) nous demandait, à son tour
d'accueillir des prêtres pour une année sabbatique et des séminaristes pour leur
formation. Ils furent nombreux et le contact était établi. Nous étions tournés
vers le Sénégal. Nos confrères, le Père Olivier Giraud a exercé son ministère au
Sénégal durant six ans et le Père Jean-Régis Fropo durant quatre ans.
b)
Cameroun
En 1981, un médecin de Lyon, ami de la Communauté nous
demandait d'accueillir, le temps de la convalescence, l'archevêque-émérite de
Douala, qu'il avait soigné dans sa clinique. Au terme de son séjour chez nous,
l'Archevêque nous disait: "à mon retour au pays, je vais proposer à mon
successeur de vous envoyer des séminaristes afin qu'ils profitent de la
formation donnée à Champagne". Le climat de prière et de vie fraternelle lui
paraissait un élément important dans la formation des prêtres africains. Les
premiers séminaristes sont arrivés à l'automne 1981, au moment de la
béatification d'Alain de Solminihac. L'un d'eux, le Père Richard Ngiebouri a été
accueilli dans notre Fraternité, comme Familier. Il va fêter ses 25 ans de
sacerdoce au mois de décembre. L'accueil a porté des fruits. Le neveu du Père
Richard, le Frère Armand, s'est engagé dans notre notre Congrégation, par des
voeux solennels.
c) Bénin
Des liens se multiplient également avec l’église qui est au
Bénin. L’archevêque de Cotonou nous a envoyé trois prêtres de son diocèse. Ils
font un stage pastoral dans l’une de nos communautés, puis ils poursuivent des
études universitaires, avant de retourner dans leur pays. Nous évoluons vers une
formule de partenariat. Cette solution permet de renforcer nos prieurés dans
leurs tâches pastorales devenues très lourdes, vus les espaces à couvrir et elle
favorise la découverte d’une vie commune des prêtres.
2.-Afrique
de l’Est
a) Tanzanie
Depuis des premiers contacts établis à partir de 1979
avec des jeunes de Tanzanie, c'est dans ce pays que l'élan missionnaire canonial
a pris forme concrète, à la demande de l'Eglise locale.
J'ai été envoyé en Tanzanie par Monseigneur Mayer, alors
Secrétaire de la Congrégation des Religieux qui me demandait de visiter une
communauté de religieuses qui avait un lien avec la Congrégation Windesheim-Saint
-Victor.
J'y ai rencontré des jeunes qui désiraient une religieuse
commune, rattachée à la Congrégation. Nous n'avions pas la possibilité de
détacher un petit groupe d'européens pour assurer la formation en Tanzanie.
Le Chapitre Privé de Windesheim-Saint-Victor a décidé d'accepter
cette demande et a demandé à l'Abbaye de Champagne de l'assurer en son Abbaye.
J'ai reçu la demande de fondation d'un Evêque, l'évêque
de Mbulu, Monseigneur Nicodemus Hando. C'est donc à travers cet évêque que nous
est parvenu ce que nous considérons toujours comme un appel de Dieu.
Aujourd'hui 18 Frères ont intégré la Congrégation en
venant se former à Champagne et plusieurs chanoines prêtres sont déjà à la tâche
dans divers ministères autour du Prieuré Notre-Dame de Bethlehem à Basotu
rayonnant dans une large région et suscitant chez d'autres jeunes le désir de
partager une vie fraternelle au service de l'évangélisation.
Ce fut un appel à nous ouvrir à l'Afrique d'une manière toute
concrète, avec toutes les difficultés que cela pouvait représenter pour nous.
Le Père Marc Bonningues, Prieur général de notre Congrégation,
dans la brochure qu'il a rédigée sur Basotu, situait cette aventure dans la
lumière d'Abraham.
"L'épitre aux Hébreux nous donne la foi des Patriarches en
exemple. Il faut quitter les sérénités de la ville, les "Ur" qui nous habitent
pour devenir nomades et reprendre l'expérience jamais close des fondations".
Le Seigneur nous appelle à avancer dans la confiance, dans
l'abandon.
Les Sœurs oblates
A Champagne, non loin de l’abbaye, il y a une communauté de
sœurs, chanoinesses de Saint Victor, dépendantes de la communauté d’Ypres. Ce
petit rameau s’est développé, depuis quelques années en Tanzanie. Elles sont
aujourd’hui une dizaine actives dans divers services : liturgiques,
enseignement, dispensaire. Actuellement, il y a 4 regardantes.
b) Rwanda
Les chanoinesses de Windeshein sont implantées au Rwanda. Elles
y ont un monastère Notre-Dame de la Paix à Rwamangana. Des jeunes gens
manifestent leur intérêt pour une vie spirituelle et communautaire, à l’école de
Saint Augustin. Le père Luc Ravel s’y est rendu à trois reprises et il a animé
des journées sur la spiritualité augustinienne pour les sœurs et les jeunes gens
intéressés. Evidement, à distance il n’est pas facile de discerner les
motivations. A ce jour, deux Rwandais ont rejoint notre communauté en France.
Ils ont prononcé les vœux temporaires et poursuivent leur formation.
Le Pape Jean-Paul II, dans l’exhortation apostolique « Ecclesia
in Africa », écrivait : " il semble qu’est venue une heure de l’Afrique, une
heure favorable qui incite instamment les messagers du Christ à avancer en eau
profonde et à lâcher les filets pour la pêche…"
L’Afrique, par certains côtés, est également la deuxième patrie
de Jésus de Nazareth puisque encore tout enfant, c’est en Afrique qu’il a trouvé
refuge contre la cruauté d’Hérode… Aujourd’hui, en raison des innombrables
difficultés, crises, conflits, misère qui assaillent le continent, les fils et
les filles d’Afrique ont besoin de présence compréhensive et de sollicitude
pastorale ».
+ Maurice Bitz. Abbé Primat
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La vie à l’hospice du Gd-St-Bernard : Chronique estivale
Quand un pape, et
qui plus est un théologien de la trempe de Benoît XVI, décide de faire une
visite à l’hospice du Grand-St-Bernard, c’est un événement ! Normal que la
chronique s’en souvienne ! Et notre revue a consacré un numéro entier à ce
sujet. C’était l’année passée. Mais cette année, cet été, pas de visite
pontificale au col. Quel événement retenir qui soit digne de nourrir une
chronique ?
Je retiens
d’abord ce non – événement ! Puisqu’il a alimenté les colonnes de quelques
journaux. Le pape s’étant rendu dans les Dolomites pour ses vacances, il s’est
trouvé des « journalistes » pour se scandaliser du coût occasionné par la mise
en place du service d’ordre autour de sa maison de repos. Si c’est pas un
événement, ça ! Il y en a d’autres qui choisirent de renoncer à la garde
rapprochée pour leur vacances. Un petit yacht, dont le coût représente un nombre
à 6 chiffres, vous vous éloignez des côtes avec votre maison et vous faites
l’économie d’ une garde rapprochée ! Ces cancans résument à eux seuls tout ce
qui transite durant les mois d’été sur le col et dont il nous est donné d’être
témoins.
Je voudrais
porter un autre regard sur ces petits riens qu’il nous est donné de vivre au
quotidien de l’été. Car finalement qu’est-ce qui fait une chronique, qu’est-ce
qui fait l’histoire ? Les grands de ce monde et les fausses questions qu’on se
pose à leur sujet ? Ou les petits événements qui apportent leur part de soleil à
une journée de brouillard ? Les gestes insignifiants, souvent, qui redonnent le
goût à la fadeur du quotidien ? Les rencontres aussi enrichissantes
qu’inattendues ?
- C’était un
dimanche de juillet. 9 jeunes de 6 nationalités et religions différentes,
membres de l’école de musique de San Francisco, venus sans garde rapprochée,
offraient du Bach et du Ravel aux touristes de passage. Véritable prélude à
une communion possible, au-delà des différences de nationalités ou de
religions, par la beauté de la musique.
Peut-être qu’un jour, des événements de ce type, multipliés à la
ronde, pourraient imprimer un tournant à l’Histoire, sous le regard réjoui
des anges musiciens qui ont investi le chœur de l’église de l’hospice. Comme on
l’a senti ce jour-là.
-
« Bénévolat et compétences » tel était le thème de la rencontre annuelle
organisée pour la 4ème fois dans nos murs par le Centre des
Services pour le bénévolat en Vallée d’Aoste. Double événement que retient
la chronique. Un des intervenants invités est syndic d’une ville de 5'000
habitants dans le Piémont. Il nous partage son champ d’action : Il constitue
un team des élus comme lui, qui réfléchissent à la dimension de service
que représente la fonction politique et qui seraient d’accord de poser
le geste historique suivant : un politicien est élu pour défendre les
intérêts du peuple ; ce service est le lieu rêvé du bénévolat. Pour
signifier le refus de toute recherche d’intérêt personnel, l’élu renonce à
toute forme de salaire !
Peut-être
qu’un jour l’histoire donnera raison aux citoyens qui comprendront la politique,
non pas comme une lutte de pouvoir, mais comme la plus haute forme du service de
l’homme.
- Lors de
cette rencontre, le prix spécial St-Bernard a été décerné à un autre
invité : dom Luigi Ciotti humble prêtre italien, qui a passé ses jeunes
années en Vallée d’Aoste ; il avait des raisons de venir, lui, avec sa
garde rapprochée puisqu’il est toujours sous menace de mort de la Mafia. Son
action coupable ? S’opposer par les voies juridiques, aux mafieux. Dom Luigi
rachète et fait racheter les terrains que la Mafia confisque aux pauvres ;
là où on plantait du cannabis ou autres hallucinogènes il cultive des
fruits et légumes embauchant pour ce travail d’anciens toxicomanes !
Peut-être
qu’un jour l’histoire se souviendra de ceux qui en nourrissant les corps ne
détruisent pas les psychismes.
- Un
dimanche de juillet pas comme les autres. En fin d’après-midi, un
hélicoptère dépose devant l’hospice un groupe d’alpinistes rescapés d’une
course au Grand Combin. L’appareil s’envole et revient aussitôt nous
laissant juste de temps de comprendre ce qui s’est passé. Un sixième de
cordée a fait une chute mortelle. Ils sont tous allemands, la cinquantaine,
amis de loisirs et maintenant agenouillés sur le dallage de l’église où nous
avons improvisé un espace d’accueil pour leur camarade décédé. Les gestes
sont simples, graves ; les paroles difficiles, du fait de la langue,
malhabiles sinon inutiles du fait du choc. Il n’y a rien à dire, mais plutôt
à entendre de ce que cet événement nous murmure : Dieu, tu es le maître
de toute vie, reçois celle qui s’en vient de notre histoire en ton éternité.
Le médecin secouriste me glissera à l’oreille en quittant l’église pour
remonter dans l’hélicoptère : « Je suis Valdésien, mais nous avons tous le
même Dieu. »
Peut-être qu’un
jour l’histoire exhumera de nos archives la lettre reçue une semaine plus tard
« Nous ne savions pas du tout où nous atterrissions, mais aussitôt quelqu’un
nous attendait à l’entrée de l’hospice… et vous êtes restés avec nous par votre
simple présence… Peu importe que vous appeliez cela amour chrétien du prochain
ou parfait acte de solidarité humaine. Nous avons pu - comme nous étions sans
défense, égarés, perturbés, -simplement être là. » Je retiens une
expression de cette lettre qui pourrait bien définir notre rôle sur la
montagne : être pour tout passant « une simple présence ».
- Parmi les
faits significatifs vécus à l’hospice, il y a ce qu’en langage informatique
on appelle ‘reconfiguration’ ; une reconfiguration de la communauté. Le
visage de notre communauté locale a changé. Avec le départ de deux confrères
et l’arrivée d’un autre, nous passons de cinq à quatre membres désormais.
Provocation à l’espérance ? à l’inventivité pour trouver d’autres formes de
collaboration, puisque les activités demeurent et que les forces diminuent?
Signe des temps que d’autres jeunes gens devraient pouvoir interpréter comme
une invitation à s’engager dans la vie religieuse à la suite de St. Bernard
et des chanoines qui l’ont suivi depuis 1000 ans ? Or, il y eut une entrée
au noviciat, la veille même de la Saint Augustin. Jacques, qui se
présente lui-même dans cette Revue, nous arrive du lointain Vietnam ; sa
présence parmi nous, pourrait déjà nous paraître comme le petit nuage que le
prophète Elie apercevait, très haut dans le ciel, et qui présageait à une
pluie généreuse.
Peut-être que
l’histoire verra un jour des hommes reprendre le chemin de la montagne, vivre
ici haut un service de louange divine et d’accueil pour que cette maison demeure
un haut lieu, un phare allumé sur la route des hommes.
- S’il
fallait encore parler de ces ‘trois fois rien’ qui font l’histoire, alors je
ne décompterais pas le nombre de touristes qui passent dans la maison ; je
ne calculerais pas les entrées au Musée Chenil ; je ne feuilletterais pas
le livre d’or des passants célèbres ; je n’irais même pas de l’autre côté
de l’antenne à l’écoute des émissions radio ou T.V. enregistrées sur le col.
Non ! je relèverais ce brin de conversation d’une habituée des lieux
d’hébergement après les longues marches en montagne et qui avouait : « A
l’Hospice du Grand-St-Bernard ce n’est pas la même chose ; quand j’arrive
ici, je suis à la maison. »
Peut-être qu’un
jour l’histoire donnera raison à Ramuz qui, ayant vécu sa « Montée au
Grand-St-Bernard » pensait que ceux qui venaient ici-haut montaient « à cause
d’une correspondance préétablie entre ce qui était en eux et ce qu’ils ont
trouvé autour d’eux. »
Je suspens cette chronique et, avec Ramuz et avec vous, lecteurs, je m’arrête
devant « ces bâtiments (qui) sont beaux de n’avoir pas prétendu à autre chose
qu’à servir. »
Jean-Marie Lovey, prieur
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Echo des archives : le chanoine
Jules Detry (1905-1980)
Ces dernières années, de
nombreux chercheurs ont consulté les archives du Grand-Saint-Bernard,
s’intéressant à des sujets aussi variés que les avalanches au 18ème
siècle, la mission en Asie, la culture de la vigne et du vin par les chanoines à
la fin du Moyen-âge, les rapports entre les curés d’Entremont et les autorités
civiles à la même époque, les fouilles archéologiques au col du Grand-Saint-Bernard,
les ouvrages de médecine du 16ème siècle… Les vies de certains
confrères passionnent des étudiants, tels le bienheureux Maurice Tornay, martyr
au Tibet (+1949), les chanoines Jules Gross, écrivain (+1937), Jean-Benoît Lamon,
botaniste (+1858), Jules Detry, missionnaire et aventurier de Dieu (+1980),
Laurent Joseph Murith, savant (+1816)…
Le mercredi 5
décembre 2007, Mlle Glarey a présenté aux chanoines réunis à Martigny l’histoire
de leur mission en Orient depuis 1930. C’est leur présence à Taïwan qui l’émeut
et la passionne, car en un demi-siècle la tribu des Tarocco a reçu par nos
confrères la première annonce de l’Evangile et s’est presque intégralement
convertie. Le chanoine Alphonse Savioz a patiemment écrit le premier
dictionnaire de leur langue locale, il l’a prêté à Mlle Glarey qui est en train
de l’étudier pour en faire le sujet de son doctorat. A cette occasion nous avons
pensé qu’il serait intéressant pour les lecteurs de la revue d’avoir un bref
écho de chaque publication universitaire, en suivant l’ordre de leur arrivée aux
archives.
En 2001, une
homélie du chanoine François Lamon, curé d’Orsières, a intrigué un auditeur.
Dans une incise, il a mentionné le chanoine Jules Detry, aviateur et boxeur
d’origine belge. Un homme de l’assemblée, M le docteur Pierre Cryns, originaire
de Belgique et passionné d’aviation s’est aussitôt intéressé à cette anecdote,
ce qui l’a conduit à quelques cinq années de recherches avant d’imprimer son
manuscrit « Un Aventurier de Dieu. Chanoine Jules Detry », soit
une biographie du chanoine. A son tour par un bouche à oreilles universitaire,
Mlle Caroline Gillet, étudiante à Louvain est lancée sur le sujet Detry et elle
obtient, en 2006, sa licence en Histoire avec son mémoire intitulé « Jules
Detry dans les Marches tibétaines. Itinéraire d’exploration d’un
missionnaire ethnologue (1947-1951). De ces ouvrages, nous tirons ces
quelques lignes relatant la vie vraiment extraordinaire du chanoine Jules Detry.
C’est le 11
décembre 1905 que vient au jour Jules Joseph Detry, fils de Gaston et Hélène
Huberty, tous deux issus de la haute bourgeoisie belge. Jusqu’à l’âge de 15 ans,
sa formation est assurée par des professeurs particuliers, puis il est envoyé à
Château d’Oex quelques mois, pour des raisons de santé, avant de rentrer au pays
et de terminer sa formation sous la conduite du Commandant Giraud-Magnin. Il
effectue son service militaire de 1926 à 1928, puis sous la direction de son
oncle Joseph Huberty, secrétaire général des chemins de fer du Katanga (Afrique
de l’Ouest) et de la Bourse de Mayumbe, il s’initie pendant six mois aux
affaires coloniales, sans y trouver de grand intérêt. En 1929, il entreprend des
études de navigation et s’engage en qualité de cadet (élève officier) dans la
Royal Navy. Il effectuera plusieurs voyages en Europe. En 1932 il sert comme
officier à bord du S/S Ramsès qui le mène à Beyrouth, puis en Egypte où il
visite les pyramides (3 avril 1932). L’aéronautique le passionne. Aussi, pendant
les vacances d’été, il suit des cours de pilotage et obtient le brevet n°381.
Sportif accompli, il pratique la natation, l’escrime, le jiu-jitsu ,
l’équitation et le football. Inscrit au Central Boxing Club, il participe à des
tournois de boxe où il côtoie des champions belges du moment. En 1933, il aurait
été finaliste des championnats de boxes de Belgique des poids mi-lourds (moins
de 79 kg 378… !!). Cette même année, il est finaliste des championnats de
Belgique de cyclisme (vitesse pour amateurs). Il effectue aussi un grand nombre
de courses en montagne (Mont-Blanc…).
Profitant d’un
congé, il va au Grand--Saint-Bernard, les 15 et 16 mars 1933. La confession et
la communion reçus à cette occasion éclairent sa vie : il lui semble qu’il est
appelé à devenir chanoine du Grand--Saint-Bernard. Rentré en Belgique, il se
confie à sa mère. Est-ce pour chasser cette idée ou pour en vérifier le bien
fondé, il s’engage comme matelot dans la marine marchande anglaise. Il visite
ainsi l’Amérique, l’Afrique du Nord et le Proche Orient. Accepté au noviciat en
automne 1934, il arrive en voiture de sport carrossée en partie en bois, une
voisin C 7c, modèle 1923. Cette voiture de luxe sera démontée à la Prévôté de
Martigny, aucun chanoine ne sachant conduire, le châssis du véhicule sera
transformé pour servir de char à fumier. Jeune religieux, le chanoine Detry est
envoyé à Louvain pour y effectuer ses études de théologie. Avec la déclaration
de guerre, il est mobilisé et sert comme brigadier infirmier. Fait prisonnier le
28 mai 1940, il s’évade et trouve refuge chez le frère d’une dame d’honneur de
la Reine Astrid et amie de la reine Marie-José d’Italie, que le chanoine
connaissait. Il poursuit se études et est ordonné prêtre le 21 septembre 1941
mais ne peut pas regagner la Suisse en raison de la guerre.
Remarqué
par l’abbé Froidure en 1942, ce dernier l’engage pour l’aider dans ses Stations
de Plein Air, sortes de colonies de vacances pour jeunes. Arrêté en octobre
1942, l’abbé Froidure terminera la guerre en camp de concentration, le chanoine
devra alors assurer jusqu’à la fin de la guerre la direction de cette oeuvre et
nourrir au quotidien durant le vacances plus de 10'000 jeunes au sein de 10
externats, 3 internats et 3 écoles, cette œuvre hébergeant en secret une
trentaine d’enfants israélites et des réfractaires. Remplaçant de l’abbé
Froidure, le chanoine Detry est délégué officiel des évêques de Belgique auprès
du Ministère du ravitaillement et responsable de l’approvisionnement de 25'000
enfants et membre de plusieurs comités oeuvrant dans les domaines de l’enfance,
de la formation et de l’aide aux familles de militaires. Etroitement surveillé
par la Gestapo, il en subira les conséquences sa vie durant par une certaine
défiance, ce qui ne l’empêchera pas d’entrer discrètement dans la résistance et
d’être en septembre 1944 aumônier de l’Etat Major de la Réserve Mobile.
Démobilisé en octobre 1944, il rentre en Suisse où il est nommé aumônier de
l’hospice du Grand--Saint-Bernard. Après des années trépidantes, il s’ennuie à
l’hospice et se déclare volontaire pour aller en mission aux confins du Tibet.
Mgr NestorAdam, Prévôt de la Congrégation, le charge d’aller y recueillir du
matériel de propagande, soit de connaître les lieux et de les documenter par des
photographies et des films en vue de conférences en Europe en faveur de la
Mission. En 1946, les chanoines Louis Emery, Alphonse Savioz, François Fournier
et Jules Detry quittent l’Europe. Ils foulent de leurs pieds d la Chine le 31
décembre 1946.
Chargé
d’explorer le pays et d’en ramener un maximum de renseignements et de matériel
visuel, le chanoine se lance dans six voyages successifs, exploits périlleux, au
prix d’innombrables kilomètres à pied. Il se battra à mains nues avec un chef
local qu’il vaincra, il traversera le fleuve de la Salouen à la nage en sortant
vivant sur l’autre rive parce qu’on lui refusait le droit de passer par le pont,
ce qui fera briller son prestige loin à la ronde. Parce qu’il a guéri la
migraine d’un chef local au moyen d’une aspirine, il sera le premier homme à
filmer les danses sacrées tibétaines à la lamaserie de Yong-Drou-Ting, les 25 et
26 août 1947. En octobre, il cherche et retrouve les débris d’un avion américain
dont les pilotes sont morts des suites de l’accident. Finalement, en mai 1948,
il rejoindra l’Europe pour assurer l’aumônerie au Grand--Saint-Bernard.
Les rencontres
effectuées à l’hospice et la bienveillance de ses supérieurs lui permettent
d’effectuer trois expéditions au Congo Belge entre 1948 et 1952. Avec d’autres
explorateurs, il étudie les pygmées et effectue des ascensions du Ruwenzori. En
1955 il fait partie d’une expédition suisse au Népal. Entre ses voyages, il fait
des tournées de conférences européennes sur la mission des chanoines au Tibet et
sur ses diverses expéditions : Louvain, Namur, Bruxelles, Lièges, Anvers,
Bruges, Luxembourg, Paris, Rennes, Bordeaux, Marseille, Lyon, Lille, Nice,
Cannes, Monaco, Londres, Lausanne, Genève et Le Caire sont les principales
villes qui font salle comble à son passage. Depuis son retour du Népal, il est
autorisé par ses supérieurs à loger à Genève dans un appartement, car il occupe
le poste d’aumônier de Sa Majesté la Reine Marie-José d’Italie, à son Château de
Merlinges (près de Genève) et il est Chargé de Mission de Belgique aux Relations
culturelles. Il roule alors en Mercedes 190 SL puis en Porsche 911 SC, véhicules
pouvant convenir à ses fonctions. Très lié au professeur Pittard, du Musée
d’ethnographie de Genève, le chanoine poursuit ses études sur le terrain en
participant, en 1958 à une expédition ethnologique à l’Himalaya, via le
Pakistan, l’Inde et le Sikkim.
C’est en 1961
et 1962 que le chanoine Detry effectue sa dernière expédition, au Nil Bleu, soit
en Ethiopie. Il s’agit de descendre le fleuve en canoë à raison de 40 à 45 km
par jour, car il existe un tronçon de fleuve inexploré de 450 km. Le chanoine
s’occupe de l’intendance avec M Beaudet. Ils voyagent en jeep. Ils visitent des
villages éthiopiens de rite copte et photographient quelques bribes du
patrimoine chrétien de l’endroit. Dans la nuit du 22 au 23 janvier 1962,
l’expédition vire au cauchemar. Les hommes en canoë sont attaqués par des
inconnus et deux explorateurs sont tués par balles. Avec l’aide de la police ,
des recherches s’effectuent. A cette occasion, le chanoine Detry se retrouve nez
à nez avec des pillards. Il a la présence d’esprit de sortir de son portefeuille
une photo du chanoine Gabriel Pont qui, avec sa barbe, ressemble étrangement au
Négus. Impressionnés par les relations de cet étranger, les pillards passent
leur chemin sans le brutaliser. L’enquête découvrira que lors d’une cérémonie,
des jeunes d’une tribu locale devaient tuer d’autres hommes pour être acceptés
parmi les adultes. Ce rite coïncidant jour pour jour au passage des
explorateurs, ces derniers ont été mis à mort, leurs têtes exposées sur la place
du village et leurs corps donnés aux crocodiles. La justice a arrêté trois
suspects qui ont été jugés coupables, puis pendus. En 1963 le chanoine fait
encore un séjour au Congo Belge et en Haute-Volta, mais de manière privée.
Lentement sa santé se dégrade : l’audition diminue, l’usure se fait sentir
irrémédiablement. En 1967, il se fait renverser par l’automobile d’un diplomate
cubain. Blessé il rejoint la communauté des Chanoines à Champittet, où il donne
quelques cours aux élèves du Collège. En mars 1968, la Reine d’Italie reçoit le
roi Baudouin de Belgique, que le chanoine rencontrera. Il aura aussi la grâce
d’approcher le pape Paul VI lors de sa visite à Genève. En février 1980, il est
victime d’un accident vasculaire qui nécessite son hospitalisation à Martigny.
C’est là qu’il meurt, 23 mars suivant et son corps attend la résurrection au
cimetière de Martigny, dans la chapelle-caveau des chanoines du Grand-Saint-Bernard.
Chne J-Pierre
Voutaz
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"Les martyrs chrétiens du Tibet"
(complément)
(Le
Père Délèze a lu et apprécié l’étude du Père Savioz sur les martyrs chrétiens
du Tibet, parue dans les numéros 1 et 2, 2007 de notre Revue. Mais il tient à
présenter le premier martyr tibétain , le lama
Yongdjrongtseouang, note de la rédaction)..
Le
vendredi sept avril de l'an trente à Jérusalem, Jésus préféra se laisser
crucifier, comme un malfaiteur, plutôt que de forcer ses opposants à reconnaître
que, étant Emmanuel -Dieu-avec- nous - il a reçu tout pouvoir pour régir et
régénérer l'humanité.
Cette
mort ignominieuse déstabilisa ses disciples. Mais, le troisième jour, il sortit
vivant de son tombeau et il emporta son corps transfiguré à la droite du Père.
Eclairés par l'Esprit Saint, ses apôtres comprirent peu à peu que, avec Jésus,
la mort nous offre la vraie vie, la mort et les ténèbres sont dissipées par la
lumière :" si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous tenons
ferme, avec lui nous règnerons". (2Tm 2,11-12)
Trois
à quatre ans plus tard, un néophyte, Etienne, fut le premier à suivre Jésus sur
la route du martyre: il préféra se laisser massacrer plutôt que de renoncer à
proclamer la Bonne Nouvelle apportée par le Christ, le vainqueur du péché et de
la mort. Etienne éliminé, de nouveaux témoins se levèrent et s'en allèrent sur
les chemins du monde proclamer que, en Jésus, le Crucifié, la mort nous apporte
la vraie vie.
Peu
à peu le message du Ressuscité se répandit jusqu'aux limites du monde. Partout
sur notre terre, des disciples de Jésus choisirent de mourir plutôt que de
renoncer a l'espérance qui les habitait. Dans cette revue, en janvier et mai
2007, le Chanoine A. Savioz nous a parlé des "martyrs chrétiens du Tibet".
Malheureusement , par mégarde, il a passé sous silence le premier chrétien
tibétain dont le martyre nous a été rapporté avec certitude; il s'agit du lama
Yongdjrongtseouang. Il était le chef de la petite lamaserie de Tsadam, au
village Tchrana, dans le Tsarong, à une journée de marche de la chrétienté de
Bonga. " Il avait eu d'excellentes relations avec le Père Renou, auquel il avait
souvent servi de copiste, tâche dont il s'acquittait fort bien. Il avait étudié
un peu la doctrine chétienne, puis , retourné à son couvent, il fit partager
ses vues, sinon ses convictions, a ses subordonnés. A la fin du mois de juin
1863, il demanda un missionnaire, et Mr. Fage alla chez lui installer M. Durant.
' « Nous prîmes possession da la lamaserie et de la pagode, , écrit ce dernier;
transformant la première en presbytère et la seconde en église; des lamas
convertis remplissaient les fonctions de sacristains!' " (A. Launay, Histoire de
la Mission du Tibet I, p.390)
Même
dans un coin reculé du Tibet, une petite lamaserie transformée en chapelle
catholique devait nécessairement provoquer de vives réactions. Au mois de juin
1864, les adversaires des Pères et de leur nouvelle religion lancèrent une
offensive générale afin de ramener à l'ordre lamaiste les tibétains qui
s'étaient laissé séduire par ces étrangers qui, disait-on, voulaient
s'assujettir la "terre des dieux". Les demeures des convertis furent pillées.
Une dizaine de chrétiens, dont le lama Yongdjrongtseouang, furent fait
prisonniers et amenés plus à l'intérieur du Tibet.
Près
de Menkong, le chef-lieu administratif du Tsarong, les prisonniers subirent les
premiers supplices. " Arrivés devant une pagode, les lamas attachèrent à l'un
des mâts superstitieux qui se dressent devant la façade, une longue perche, de
manière à former une croix. Puis, liant Yongdjrongtseouang par les poignets à
une des extrémités de la perche, ils tirèrent l'autre extrémité au moyen d'une
corde; le patient, ainsi soulevé, resta pendant plus de deux heures suspendu à
une assez grande hauteur et exposé aux ardeurs d'un soleil brûlant. Quand on le
descendit, les cordes avaient déchiré les chairs, qui n'offraient plus qu'une
horrible plaie, et pénétré jusqu'aux os mis à nu. Ponsong , un Loutse, subit le
même supplice et reçut une très forte bastonnade." (id. p.426)
"
De Menkong, les prisonniers furent amenés à Kiangka, puis à Kerta et enfin à
Konguieur, ou ils eurent à subir d'horribles supplices. L'ancien supérieur de la
lamaserie de Tsadam, Yongjrongtseouang en particulier, fut cruellement torturé.
On lui lia les deux mains et les deux pieds derrière le dos et on le suspendit
ainsi, le milieu du corps tourné vers la terre, après avoir placé sur ses reins
d'énormes pierres. Il fut ensuite décapité avec deux autres chrétiens courageux,
Ponsong et Tobrou. Leurs têtes furent exposées sur un arbre où elles restèrent
assez longtemps." (id. p.427)
L'année suivante, tous les néophytes
catholiques du Tsarong furent contraints de revenir à l'obédience lamaïste.
Grièvement blessé, le Père G. Durand fut emporté par les eaux du Salouen et s'en
alla rejoindre son Disciple Yongdjrongtseouang auprès du Ressuscité. Les autres
Pères et les quelques catholiques récalcitrants furent expulsés définitivement
du Tsarong.
De
nos jours , pratiquement plus personne ne parle de Yongdjrongtseouang, de ses
"vertus héroïques", de sa passion, de son sang répandu en communion avec le
Crucifié du Golgotha. Cependant, j'ose apercevoir, dans les siècles prochains,
des communautés de chrétiens tibétains assemblés auprès de Jésus-Eucharistie et
chantant des hymnes en l'honneur de saint Yongdjrongtseouang et des autres
martyrs du Tibet.
Père Gabriel Délèze
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La lettre du Pape – la clé pour le développement de
l’église en Chine
Après avoir
présenté dans notre dernier numéro la lettre historique du Pape Benoît XVI aux
catholiques de Chine, nous voudrions regarder aujourd’hui, comment cette lettre
a été accueillie en Chine.
-
Depuis l’annonce de la lettre, communiquée au
terme de la réunion de haut niveau regroupant une vingtaine de cardinaux et
d’évêques de Taiwan, Hongkong et Macao et des hauts représentants de la Curie
romaine qui a eu lieu les 19 et 20 janvier 2007 au Vatican, les catholiques en
Chine attendaient avec beaucoup d’impatience et de curiosité le message du
Saint-Père. Beaucoup parmi eux considéraient que l’engagement maximal dans
l’évangélisation à travers un témoignage vivant et une participation active à la
vie sociale étaient les meilleurs moyens pour l’accueillir. D’autres ont vécu
intensément les fêtes liturgiques dans la prière et dans l’adoration
eucharistique.
-
Quelques jours avant la publication de la lettre
le 30 juin, des prêtres à Pékin donnaient ce témoignage : « Nous attendons
depuis longtemps, dans la prière, une orientation précise et concrète du
Saint-Siège. En outre nous prions afin que tous puissent vraiment comprendre la
grande considération et l’attention du Saint-Père pour la Chine. Et jusqu’à
maintenant nous remercions le Pape Benoît XVI. »1 De plus, ils
ont renouvelé leur proposition de mener une vie chrétienne authentique, par
l’engagement missionnaire, pour « ne pas décevoir l’amour du Saint-Père ».
-
La lettre censurée
-
Les jours précédant la publication de la lettre,
les fonctionnaires ont convoqué les évêques catholiques de l’ »église
officielle », pour coordonner une réponse. Beaucoup d’experts craignaient alors
une réaction hostile, une véritable campagne contre le pape, similaire à celle
qui avait accompagnée la canonisation de 120 martyrs de l’Eglise en Chine, le 1er
octobre 2000. Mais, signe de changement aussi à Pékin ( ?), cette réponse fut
finalement, semble t-il, de ne rien faire.
-
La lettre n’a pas été rendue publique durant les
messes du dimanche qui suivit sa publication et le Vice-président de
l’Association Patriotique, Liu Bainan, a indiqué qu’une distribution de la
lettre n’était pas au programme. Il a toutefois déclaré que les fidèles
pouvaient se la procurer gratuitement sur Internet, s’ils le souhaitaient. En
fait, dans les heures qui ont suivi la publication de la lettre, de nombreux
sites internet catholiques en Chine ont téléchargé la version chinoise du texte
pour la rendre accessible aux fidèles. Mais dès le lendemain, la plupart de ces
sites ont été sommés, par les autorités, de la retirer sous peine de fermeture
ou de problèmes pour leurs gestionnaires. Par contre, la déclaration du
porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères au sujet de la
Lettre disant que la Chine espérait « que le Vatican adoptera(it)
une attitude réaliste et ne mettra(it) pas de nouveaux obstacles » à savoir
la rupture des relations diplomatiques entre le Vatican et Taïwan ainsi que le
pouvoir accordé à Pékin de nommer les évêques, a bel et bien été mise en ligne
sur ces sites. Cette réaction est restée jusqu’à aujourd’hui la seule réponse
officielle de la part du gouvernement.
-
Ainsi cette censure n’illustrait malheureusement
que trop combien le pape avait raison dans sa Lettre lorsqu’il y dénonçait les
ingérences du gouvernement dans les affaires religieuses et relevait que la
liberté dont jouissait l’Eglise en Chine était loin d’être une réalité.
-
Pourtant malgré la censure sur internet et
l’interdiction imposée dans plusieurs provinces par les bureaux pour
les affaires religieuses de parler de cette lettre dans des
assemblées de fidèles, le contenu de la lettre s’est très vite répandu dans
toute la Chine. Elle circulait par exemple à titre de document privé. Ceux qui
ont de la famille à l’étranger, par exemple à Hongkong ou à Taïwan, la reçurent
par courrier personnel et la firent circuler autour d’eux. D’un autre côté, les
évêques et prêtres ne respectèrent pas l’interdiction et convoquèrent des
assemblés pour l’étudier. Surtout à l’occasion de la fête de l’Assomption, qui
est très largement célébrée en Chine, la lettre fut présentée aux fidèles à
travers tout le pays.
-
Immense gratitude
-
Les réactions de la part des catholiques chinois
étaient avant tout une grande reconnaissance envers le Saint-Père, à l’exemple
de ce prêtre de Pékin qui déclara : « Dès les premières phrases, il nous a
émus. Merci Saint-Père ! Merci pour votre grande attention et votre affection
exprimée dans cette lettre. Nous recevons cette lettre avec soulagement parce
que l’enseignement religieux du Saint-Père nous aidera à cheminer avec sécurité
sur la voie de l’évangélisation authentique. Nous attendions depuis longtemps
des indications claires sur la vie religieuse en Chine, et notre bien-aimé
Saint-Père, le Pasteur de l’Eglise universelle, nous a entendus et nous
réconforte par le don de sa parole. A nous d’étudier et de mettre en pratique ce
que le pape Benoît XVI nous indique à présent, en priant pour lui et pour
l’église en Chine. »
-
Mgr Jingfeng, évêque de Fengxiang, souligna le
juste appel à l’unité. Pour lui la lettre est « un grand message à toute la
Chine, un message très profond sur les principes de l’Eglise catholique, basée
sur l’ecclésiologie de la tradition catholique. Sa publication est arrivée juste
à temps pour sauver l’Eglise chinoise. »
-
Comment ne pas voir un signe de la providence
qu’au lendemain de la publication de la lettre 262 catéchumènes (parmi eux il y
avait des jeunes travailleurs et des adultes intellectuels, des familles
entières avec les grands-parents, les parents et les enfants) ont reçu le
baptême, la confirmation et la première eucharistie dans la paroisse de
l’Immaculée Conception à Pékin?
-
La réaction de l’association patriotique
-
On attendait avec certaines craintes la réaction
des responsables de l’Association patriotique. Le pape a été très clair en ce
qui concerne les prétentions de cet organisme : créé par le gouvernement dans
les années 50 pour contrôler l’église, il prétend se placer au-dessus des
évêques eux-mêmes et guider la vie de la communauté ecclésiale. Tout ceci ne
correspond absolument pas à la doctrine catholique. Son but déclaré de mettre en
œuvre les principes d’indépendance et d’autonomie, d’autogestion et
d’administration démocratique de l’Eglise est inconciliable avec la doctrine
catholique qui, depuis ses débuts, professe que l’Eglise est une, sainte,
catholique et apostolique. Les paroles du pape sont un refus clair de
l’association patriotique (et d’autres organismes, comme les bureaux pour les
affaires religieuses) en tant qu’elle usurpe le droit de gérer la vie de
l’église catholique en Chine.
-
Deux jours après la parution de la lettre, Liu
Bainan, le Vice-président de l’association patriotique, qui est normalement
bien connu pour ces propos virulents contre le Vatican, a surpris avec une
déclaration dans laquelle il a salué les « bonnes intentions » de Benoît XVI.
« Le pape a exprimé son amour et son intérêt pour les fidèles en Chine (…) C’est
un ton nouveau (…) Les précédentes lettres papales s’opposaient au communisme et
au socialisme, et voulaient punir les membres de l’Eglise patriotique.
Maintenant la situation est différente, le pape cherche à comprendre l’Eglise
chinoise. » Et quelques jours plus tard, il surprit même les autres
dirigeants de l’association patriotique en saluant encore une fois, dans une
interview accordée à un quotidien italien, le caractère positif de la lettre et,
surtout, en souhaitant que le pape se rende en Chine : « J’espère vivement
pouvoir voir le pape célébrer un jour ici à Pékin la messe pour nous, les
Chinois (…) Nous prions toujours pour lui, demandant au Seigneur que nous
recevions la grâce de pouvoir l’accueillir ici, parmi nous. » Il s’était
peut-être trompé lui-même dans sa déclaration, car le lendemain, il a rectifié
ses paroles en précisant que les conditions pour une visite du pape restaient
bien sûr encore à créer (la rupture des relations diplomatique entre le Vatican
et Taïwan, et le droit de l’église en Chine de nommer elle-même des évêques).
Quelques jours plus tard, Liu Bainan confirmait que malgré les consignes claires
donnés dans la lettre papale, l’église de Chine continuerait de nommer et
d‘ordonner elle-même ses évêques. Vu le besoin urgent dans beaucoup de diocèses,
pour le moment dirigés par des évêques très âgés ou priés d’évêques (en effet,
durant les premiers neuf mois de cette année –2007 uniquement, -, neuf évêques
sont décédés), l’ordination des évêques est « une nécessité vitale pour la
vie ecclésiale en Chine et personne ne peut donc empêcher ces ordinations ».
Il s’est montré aussi en désaccord avec les paroles du Pape concernant
l’association patriotique. Après un demi-siècle de fonctionnement, cette
association aura aussi « dans l’avenir à accomplir son rôle historique à
mener le clergé et les laïcs vers l’unité, à les protéger d’une exploitation par
l’étranger, évitant ainsi la répétition de l’histoire coloniale de la Chine et
d’aider le gouvernement à comprendre l’église catholique et ses doctrines ».
-
Par ses paroles, Liu Bainan, a démontré une fois
de plus que le véritable obstacle aujourd’hui pour une normalisation et de la
situation ecclésiale en Chine et des relations entre le Vatican et la Chine, est
précisément l’existence et les objectifs de cette association.
-
Des déceptions du côté de l’église
non-officielle
-
A côté de ces commentaires positifs, il y avait
aussi quelques regrets énoncés par l’église non-officielle. On y déplorait d’une
part le fait, que, pour des raisons diplomatiques, le pape ait omis de parler de
façon plus explicite des évêques, prêtres et laïcs qui sont encore emprisonnés.
D’autre part la révocation des privilèges accordés par Rome, il y a vingt ans,
aux prêtres et aux évêques clandestins, est interprétée douloureusement comme
la perte totale du statut qu’elle avait eu jusqu’à maintenant, celui d’être
l’église catholique romaine légitime dans la République populaire de Chine. Car
soudainement, elle doit apprendre par cette lettre que son « existence
clandestine » n’est pas un état normal de l’église et qu’elle ne vit plus dans
une situation particulière qui justifierait une telle existence. Il faut dire
que la lettre ne n’aide pas beaucoup à comprendre ce changement et surtout elle
ne montre pas, comment les catholiques qui ont refusé jusqu’à présent de se
soumettre aux lois (par exemple celui de l’enregistrement) ou aux exigences de
l’association patriotique pourraient faire face à ce changement. Dans les
premières semaines qui suivirent la parution de la lettre, on a malheureusement
dû constater des tensions au sein de l’église non-officielle, et même, plus
grave encore, de véritables ségrégations parmi les catholiques non-officiels,
entre ceux qui seraient maintenant disposés à travailler pour la réconciliation
avec l’église officielle et ceux qui, se sentant trahis et plein d’amertume au
regard de leurs sacrifices passés, persistent dans cette opposition..
-
Les espoirs pour l’avenir
-
La lettre a néanmoins suscité certains espoirs
concrets :
-
-qu’elle contribuer au pardon et à la
réconciliation entre les différents groupes de l’église en Chine ;
-
-servir de forme de catéchisme et de guide pour
l’avenir de l’église en Chine ;
-
- aider à surmonter les obstacles sur le chemin de
l’unité ;
-
- contribuer à de meilleurs rapports et à une
meilleure coopération entre les prêtres de l’église non-officielle et ceux de
l’église officielle ;
-
- préparer le chemin à la « communicatio in
sacris » des évêques et prêtres qui sont en lien avec le Pape ;
-
- fortement influencer, voir diriger le futur
développement de l’église en Chine et mener l’église en Chine vers l’église
universelle ;
-
- aider l’église en Chine à accueillir
l’enseignement du concile de Vatican II.
-
- donner des conseils pratiques pour la vie de
l’église, pour l’évangélisation et pour l’avenir de l’église en Chine
-
-être « un point de départ commun pour un
dialogue constructif entre l’église locale et le gouvernement de Pékin »
(Cardinal Zen) ;
-
- donner aussi un point de départ clair pour le
chemin de la normalisation des relations sino-vaticanes.
-
Ces espoirs correspondent totalement à l’intention
missionnaire que Benoît XVI avait confiée à l’apostolat de la prière pour le
mois d’août de cette année (2007) : « Pour que l’Eglise en Chine témoigne
d’une cohésion interne toujours plus grande, et qu’elle puisse manifester sa
communion effective et visible avec le successeur de Pierre. »
-
Ordinations épiscopales
-
Trois semaines après la parution de la lettre du
pape, le 24 juillet, trois prêtres non-officiels de la province du Hebei (dans
laquelle l’église non-officielle est traditionnellement très forte) ont été
arrêtés et transférés dans un lieu inconnu. Le 23 août Mgr Julius Jia Zhiguo,
évêque non-officiel d’un diocèse également dans la province de Hebei, a été
arrêté pour la deuxième fois cette année. Il avait été déjà séquestré
durant 17 jours au mois de juillet. Au total, cet évêque de 73 ans a passé
jusqu’à maintenant plus de 20 ans en prison. Cette fois-ci, on l’accusait
d’avoir voulu organiser illégalement une réunion avec ses prêtres pour étudier
la lettre papale. Ces arrestations, ainsi que les fortes pressions exercées dans
plusieurs provinces sur des évêques et prêtres non-officiels pour les faire
adhérer à l’association patriotique, ont été interprétés dans différents médias
comme une réaction hostile du gouvernement et de l’association patriotique à la
lettre. Mais il faudrait plutôt les interpréter comme des excès de zèle de la
part de fonctionnaires locaux, problème propre à la Chine depuis des siècles.
-
Depuis l’annonce de la lettre, fin janvier, toutes
les nominations (élections par un presbyterium élargi composé des prêtres, de
quelques religieuses et représentants des paroisses et des communautés
catholiques) et ordinations d’évêques ont été suspendues. Début septembre Liu
Bainan déclara dans une interview que « les sièges des diocèses vacants
depuis longtemps doivent être pourvus et les évêques âgés doivent pouvoir être
remplacés (…) Avec davantage de jeunes prêtres ayant gagné en expérience
pastorale et en connaissances, nous allons certainement accélérer l’ordination
de nouveaux jeunes évêques », précisant que le facteur clé qui retardait
l’amélioration des relations avec le Vatican résidait dans le choix des types
d’évêques à nommer : « Tandis que les catholiques chinois veulent choisir des
prêtres ayant de bonnes connaissances religieuses et aimant le peuple et la
patrie, le Vatican veut ordonner ceux qui s’opposent au Parti communiste ».
-
Heureusement, la virulence du discours de
Liu Bainan contrastait avec les circonstances des deux premières ordinations
d’évêques après la parution de la lettre papale. Ainsi les deux nouveaux
évêques (Mgr Xiao Zejiang, ordonné coadjuteur du diocèse de Guizhou, le 8
septembre, et Mgr Li Shan , ordonné évêque du diocèse très important de la
capitale, Pékin, le 21 septembre) n’ont été pas seulement ordonnés avec
l’accord du Saint-Siège et du gouvernement chinois, mais l’ordination de Mgr Li
Shan a été même commentée par de hautes instances au Vatican comme étant
« indubitablement un signe positif (…qui ouvre), nous l’espérons, le premier
chapitre d’une longue histoire, celui d’une réalité nouvelle ». Même l’Osservatore
Romano a publié un article à propos de cette ordination, ce qui est totalement
inédit, car c’était la première fois en plus d’un demi-siècle que ce journal du
Vatican mentionnait l’ordination d’un évêque en Chine continentale.2
-
Malgré la virulence des propos de Liu Bainan,
l’heure n’est pas à la confrontation. Pékin agit de telle manière que les
candidats élus soient acceptables pour le Vatican, et le Saint-Siège donne son
mandat pontifical avant l’ordination. Les prochaines ordinations vont démontrer
si les deux côtés ont trouvé ce modus vivendi qui pourrait se prolonger jusqu’à
ce que les pourparlers secrets entre les deux arrivent enfin à régler cet
épineux problème.
-
La responsabilité de l’église en Suisse
-
Après la lettre du pape, les catholiques en Chine
se retrouvent devant la question difficile de savoir ce qu’ils doivent faire
chez eux pour y répondre au mieux. Nous, nous sommes confrontés à la question
suivante : Que devons ou pouvons nous faire pour nos frères et sœurs en Chine,
mais aussi pour les Chinois qui sont chez nous. Il faut espérer que nous nous ne
dérobions pas à notre responsabilité. Personnellement, je rêve que l’église en
Suisse (et avec elle, bien sûr, aussi enfin! ses évêques) commence à
s’intéresser à la Chine. Ce serait un signe plus que déplorable, si dans notre
pays nous laissions l’intérêt pour la Chine qu’aux responsables de l’économie et
du tourisme.
-
En ce moment où l’église catholique en Chine est
affrontée à un délicat et riche défi ,chacun de nous est appelé à prier
l’Esprit- Saint, pour que nos frères et sœurs chinois s’engagent à rendre
manifeste et efficace l’esprit de communion, de compréhension et de pardon, qui
est le sceau visible d’une authentique existence chrétienne, mais aussi pour que
le gouvernement chinois donne enfin à tous les catholiques (et bien évidemment
aussi à tous les croyants des autres confessions chrétiennes et d’autres
religions !) une vraie liberté religieuse. Cette prière devrait trouver
dorénavant une forme particulière tous les 24 mai, jour de la mémoire liturgique
de la bienheureuse Vierge Marie, Auxiliaire des chrétiens, jour que le pape
Benoît XVI a nommé dans sa lettre comme « journée de prière pour l’église en
Chine », au cours de laquelle « les catholiques du monde entier feront
preuve de leur fraternelle solidarité et de leur sollicitude pour (les chrétiens
en Chine) ».. Oui, que la Vierge Marie, Auxiliaire des chrétiens, vénérée
avec tant de dévotion dans le sanctuaire marial de Sheshan à Shanghai, veille
sur eux.
Chne
Daniel Salzgeber
-
1 Les citations
proviennent de différents articles des agences « Fides », « UCAN-News », « Zenit ».
-
2 cf Osservatore Romano du 22 septembre 2007
__________________________________________________
Nouveau novice
dans notre Congrégation
Depuis le lundi 27
août, notre Congrégation a la joie de compter un nouveau novice. Après Alberto
Zambrano-Sayre, du Pérou, notre famille religieuse prend un peu les couleurs et
les accents mélodieux du Viet-nam. Pendant la célébration des premières vêpres
de Saint-Augustin, après un postulat d'une année, Jacques Tran a en effet été
accueilli dans notre Communauté. Il nous raconte lui-même son cheminement.
Ma vocation
Je suis né et j’ai grandi dans
une famille catholique, dans un village de tradition catholique dans lequel les
villageois se rencontrent régulièrement à l’église. C’est aussi le meilleur
endroit de rendez-vous des jeunes après avoir participé à la messe du matin ou
au chapelet du soir. C’est proche de l’église qu’il nouent des relations
amicales.
Les prêtres et religieux y sont
très bien accueillis et ainsi j’eus l’occasion de faire leur connaissance. Un
peu curieux j’ai commencé à me poser des questions à propos de leur vie :
comment sont-ils ainsi et pourquoi faire ?... Et alors, je me suis mis à
chercher désireux de savoir et de comprendre.
Et voilà, je me suis intéressé
à la vie sacerdotale. Plus encore, j’imaginais comment je prierais, quel livre
dans la Bible je lirais… Ma mère m’avait dit que si je souhaitais être
religieux, il fallait que je m’y exerce. Un jour, le temps est arrivé de quitter
ma famille, mon village. Après deux jours et une nuit de car, très fatigué, je
suis bien arrivé à Saigon. Que de monde ! Quelle chaleur ! Il me semblait que je
nageais dans une mer de gens pour chercher un Ordre qui me conviene. Au fait,
j’ai vu des Abbés, des Supérieurs qui étaient vraiment accueillants,
sympathiques. Mais, personnellement, je sentais qu’il y avait quelque chose qui
ne me conviendrait pas.
En fin, je suis tombé sur « la
Colline contemplative » qui m’attirait profondément : quel silence et quel
profondeur ! Dans mon cœur prit naissance quelque chose de mystérieux et les
paroles de St. Pierre survinrent dans ma tête : « Seigneur, il est heureux
que nous soyons ici… » (Mt 17, 4). Durant dix ans, dans un monastère qui
compte 186 jeunes vocations, je vivais sur le sommet contemplatif où j’aurais
voulu rester comme Pierre. Mais Dieu me préparait d’autres chemins !
J’avoue que le chemin de Dieu
n’est pas toujours celui que je veux. De plus, Dieu ne me le montre pas tout
d’un coup lorsque je lui demande de m’indiquer sa volonté. Au contraire, Il me
la dévoile petit à petit. C’est pour cela que je le prie toujours de me donner
un cœur qui écoute et qui prend la Parole du Seigneur comme la lumière de ses
pas. Par ailleurs, au rythme de l’Esprit Saint, je danse et je m’adapte.
Une grande surprise ! Pour
approfondir mes études, je suis envoyé en Suisse. Avant d’arriver à l’étranger,
j’avais peur et m’inquiétais des difficultés de la langue… Heureusement, la
parole du Seigneur et l’obéissance me comblent de force.
Bien sûr, je ne saute pas comme
les sauterelles. En revanche, au fond de mon cœur, dans la prière, les signes de
l’Esprit me sont lumière et Rythme.
Le Vent souffle ! Je connais
une communauté idéale dont la vie est la vie des Apôtres. « Ici le Christ est
adoré et nourri » est sa devise, « la vie commune et le ministère » est sa forme
de pastorale. Ce qui est parfait parce qu’elle fusionne la contemplation et le
ministère. Cette vie me passionne vraiment : elle est ineffable.
Il me semble que je suis né une
deuxièmes fois. J’ai commencé à bégayer les premiers mots de français. Plus
encore, je dois m’adapter culturellement : la pensée, le climat, le comportement
relationnel sont si différents. Spirituellement, j’apprends à m’oublier pour
faire toute la place au Seigneur.
En formation, j’habite dans le
Convict Salésianum qui est une maison internationale de formation communautaire
et spirituelle, très bien organisée, en lien avec l’université et appartenant au
Evêques suisses. On y parle le français, l’allemand, l’italien, l’anglais parmi
vingt-trois nationalités. Nous sommes trois, une petite communauté (Séminaire
Grand Saint Bernard) dans une grande communauté (les professeurs, les guides
spirituels, les étudiant(e)s théologien(ne)s et autres…). Chacun, chacune se
sent en famille : les relations sont empreintes de respect et de fraternité.
Par rapport à tout cela,
j’éprouve vraiment que la vocation sacerdotale est une réponse à l’ appel
d’amour que Dieu nous adresse personnellement. Dans la vie quotidienne, il
apparaît sous forme de signes et d’intermédiaires, toujours discrets, qui se
lisent mieux dans le silence de chacun. Par exemple : Moise a été appelé par un
signe alors qu’il gardait son troupeau (le buisson ardent), pour Natanaël,
Philippe est le signe, le geste de Dieu qui le conduit au Christ.
La vocation est éclairée et
grandit dans la conversation profonde avec Dieu, dans la prière et la méditation
de la sainte Écriture : « Je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur
(Osée 2,16 »).
Il vaut mieux s’adresser
directement à Dieu. Dieu répond toujours, mais différemment à chacun. Cependant
il nous invite toujours à le rejoindre : « venez et voyez… » .
Jacques Tran
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