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Chers amis lecteurs,
Pour
l'essentiel, ce numéro 2 de l'année 2008 rend hommage à notre cher confrère
Joseph Vaudan, qui nous a quittés, si brusquement, aux premières heures du
vendredi 28 mars. A travers les témoignages donnés par des confrères, par les
autorités du diocèse d'Aoste et de l'Institut agricole d'Aoste, vous pourrez
mieux découvrir et apprécier la personnalité du défunt et le rôle important
qu'il a tenu dans la Congrégation et dans la Vallée d'Aoste. Qu'il repose en
paix!
Pour le reste, ce
numéro a une couleur très bernardine, grâce à
l'étude de notre historien Jean-Pierre Voutaz sur les
« savants chanoines » de notre Congrégation. Et oui, sachez
qu'au Grand-Saint-Bernard aussi, il y a eu – et il y a
encore! - des érudits!!
Jean-Pierre Voutaz nous
présente aussi dans ce numéro notre 2ème nonagénaire (après
notre cher doyen le chanoine Gabriel Pont). Il s'agit de
frère Ermano Barelli.
La couleur
missionnaire du numéro est assurée grâce à notre
spécialiste de la Chine, le chanoine Daniel Salzgeber. IL
nous donne une étude très intéressante sur ce qui se passe
dans l'Eglise qui est en Chine après la lettre papale, déjà
présentée dans les deux derniers numéros de notre Revue.
Enfin, et cela fait
certainement grand plaisir à notre cher Mr Vaudan, il y a
la couleur mariale:
Mr l'abbé Martial
Carraux nous offre un article sur le Jubilé des apparitions
de Lourdes (150ème anniversaire de la première apparition)
et notre numéro 2-2008 se termine en beauté avec la
magnifique prière du Jubilé
Chanoine René-Meinrad Kaelin, rédacteur
« Vierge Sainte, Dieu
t'a choisie, depuis toute éternité
Pour nous donner son
Fils bien-aimé,
Pleine de grâce, nous
t'acclamons O Marie,Refuge très sûr, pour
les hommes, tes enfant,
Tu nous connais et veilles sur nous
Pleine de grâce, nous t'acclamons
Tu demeures près de nos
vie, nos misères, nos espoirs,
Pour que la joie
remplissse nos coeurs,
Pleine de grâce, nous
t'acclamons
Ave, Ave,
Ave Maria
(cantique de Lourdes,
« Vierge Sainte »; V 136)
Le faire-part mortuaire du chanoine Vaudan
« Vous êtes ressuscités avec le Christ.Recherchez donc les
réalités d’en haut…Le but de votre vie est en haut et non
pas sur la terre » (Col 3,1-2)
Unis à sa famille :
-
Gratien et Suzanne Vaudan-Magnin et famille au Cotterg
-
Pierre et Marcelle Vaudan-Besson et famille au Châble
-
Marguerite et Denis Perraudin au Châble
-
Vérène Vaudan-Mettan et famille à la Rasse (Evionnaz)
-
la famille de feu Joseph Bruchez-Vaudan au Cotterg
-
la famille de feu Joseph Bessard-Vaudan au Châble
ainsi qu’aux familles parentes et alliées,
Le Prévôt,
la Communauté des Chanoines du Grand-Saint-Bernard,
ont le chagrin de vous faire part du décès
de leur cher parent et confrère
le chanoine Joseph Vaudan
né à Bagnes le 15
avril 1925
Entré au noviciat
le 8 septembre 1948, il émit profession une année plus tard
et fut ordonné prêtre à l’Hospice du Grand Saint Bernard le
15 juin 1954.
Il exerça les
diverses responsabilités qui lui furent confiées – notamment
celle d’Econome général – avec dévouement et le souci
constant du bien de la Congrégation et de l’Eglise.
C’est à l’Institut
Agricole Régional d’Aoste qu’il donna principalement et
durant de nombreuses années le meilleur de lui-même.
Une leucémie
inexorable a été finalement plus forte que sa courageuse
ténacité.
Il est décédé à la Maison Saint Bernard à Martigny, le 28
mars 2008.
C’est là qu’est
déposé son corps,
rue de l'Hôtel de
Ville 18, à Martigny,
où les visites
sont libres.
La messe de sépulture sera célébrée le mardi 1er
avril à 10h00 (Office des défunts à 9h30), à l'église
Saint-Michel de Martigny-Bourg.
Le message de
Monseigneur Giuseppe Anfossi, évêque du diocèse d'Aoste
aux obsèques du
chanoine Vaudan, au moment des adieux.
Chers frères et soeurs,
J'ai voulu être présent
aujourd'hui à la sépulture du chanoine Vaudan, pour
témoigner la gratitude de l'Eglise valdotaine envers un
religieux qui a su joindre, avec sagesse, la formation de
l'homme, du travailleur des champs et le zèle pastoral du
prêtre.
Le chanoine Vaudan a
grandement mérité , aux yeux des agriculteurs, des
viticulteurs et de toute la population de notre Vallée, pour
son enseignement à l'Ecole d'agriculture d'Aoste, qu'il a
dirigée pendant de longues années avec compétence et avec la
capacité de préparer le futur. On ne compe pas les
initiatives qu'il a lancées ou contribué à créer en matière
d'agriculture en Vallée d'Aoste.Tout le monde en reparle ces
jours-ci et à juste titre
Ma présence désire
aussi marquer sa présence fraternelle au sein de notre
Clergé, qu'il a aimé. Dès son retour à Aoste, il ne manquait
jamais, sauf pour cause de maladie, les célébrations
diocésaines, principalement à la cathédrale, et les
rencontres de formation au Prieuré de saint Pierre ou
ailleurs. Je tiens à rappeler aujourd'hui sa participation
aux sépultures de nos confrères. Je ne veux pas non plus
oublier son ministère à la paroisse de saint Martin, dans le
temps où les chanoines du Saint-Bernard la desservait mais
encore pendant ces dernières années: c'est lui qui a assuré
pusqu'à la solennité de Pâques 2008, la sainte messe en
langue française.
Je suis présent avec
les confrères de la Vallée, pour dire un grand merci au
chanoine Vaudan et pour le confier à la miséricorde du Père:
qu'Il le récompense pour tout le bien qu'il a fait.
A vous, Monsieur le Prévôt et à toute votre
Congrégation notre amitié fraternelle et notre
reconnaissance.
Joseph Anfossi
Le Chanoine
Vaudan, un frère, un ami
Le Chanoine Vaudan est
d’abord un frère, un grand frère, né onze ans avant moi,
entré au Grand-Saint-Bernard huit ans avant moi. Il est bien
entendu que dans aucune famille on ne choisit ses frères. On
les reçoit : de l’amour de ses parents, dans la famille
humaine, de l’amour de Dieu, dans la famille religieuse.
Normalement on est heureux d’en avoir plusieurs ; le
bonheur, voire une certaine fierté augmentent à en avoir
beaucoup. Je crois que ça a été le cas dans les années des
premiers contacts et de la lente découverte de qui est qui.
Il faut dire que la vie à cette époque ne favorisait guère
les rencontres un peu personnalisées. La fête de s.Bernard
ainsi que celle de s.Augustin rassemblaient un nombre
considérable de confrères, c’est vrai, mais seulement pour
le temps d’une célébration solennelle et d’un repas de
circonstance, puis chacun retournait à son lieu de vie.
Pour se mieux
connaître, il faut nécessairement vivre ensemble, partager
un travail ou une responsabilité, ou des loisirs, pourquoi
pas ? En un mot, il faut se fréquenter. Mis à part quelques
Chapitres de la communauté, vécus ensemble mais à des titres
fort différents, ce n’est qu’à partir des années 1987 que
nos conditions de vie nous ont rapprochés. Après plus de
trente ans passés en Italie, le Chanoine Vaudan avait reçu
la charge d’aumônier de l’hôpital de Martigny ; de mon côté
je revenais définitivement de Rome pour succéder à M. Pont
dans cette portion de paroisse qui se trouve à
Martigny-Bourg. Nous avions un point commun : nous étions
pratiquement deux émigrés dans un environnement auquel nous
n’étions pas du tout familiers. Sans trop le dire, nous
avons connu là le sort d’innombrables ouvriers italiens
venus chez nous pour gagner leur pain. Je cherchais mon
français dans des sermons interminables… Avec son diplôme
d’ingénieur agronome le Chanoine Vaudan, lui, se dévouait à
la culture très humble et très délicate d’enfants de Dieu
éprouvés dans leur santé. C’est d’ailleurs auprès de ceux-ci
– toute paroisse a son lot de frères et sœurs malades – que
nous avons commencé à nous apprivoiser.
Le service pastoral des
bien portants n’est déjà pas facile. Mais tout de même c’est
à cela qu’on nous prépare plus directement au cours de
longues années d’étude. Des rayons de livres débordent de
trésors d’expérience, d’indications précieuses pour un juste
comportement face à telle ou telle situation, encore que la
vie vivante ait le chic d’inventer toujours du neuf, du
déconcertant. Mais devant la souffrance, on est très démuni.
Même les médecins et le personnel infirmier connaissent
souvent l’impuissance, le non-savoir. Le prêtre, comme
homme, est moins nanti encore. Je puis dire que c’est le
partage de cette pauvreté qui a vu naître entre le Chanoine
Vaudan et moi-même une simple et belle amitié : comme une
fleur des champs !
Dans nos origines
montagnardes et paysannes cette fleur a pu prendre austère
et solide racine. Elle a grandi ensuite sans déclaration
tapageuse, sans extravagance et comme à notre mutuel
étonnement. Et il devenait clair aussi autour de nous qu’on
s’entendait particulièrement bien, un point c’est tout.
Allez expliquer cette relation qui se fait petit à petit
plus nette, jusqu’à devenir unique. Je le reconnais, nous
nous sommes découverts vrais amis, sans que l’un pût avoir
conscience d’être le bienfaiteur de l’autre, ou inversement.
J’avoue toutefois avoir reçu beaucoup de M. Vaudan. Pourquoi
éprouvions-nous du bonheur à nous rencontrer ? Sans doute le
sien était-il grand, parce que grande est la joie de qui
donne. M. Vaudan m’a donné beaucoup ; moi, tellement peu. Je
lui offre ces quelques lignes qu’il m’a beaucoup coûté
d’écrire.
Chne Hilaire Tornay
Le Chanoine Joseph VAUDAN en Vallée d’Aoste
Dès les premières années de l’après-guerre
(1946-1947), l’Administration régionale de la Vallée d’Aoste
sentit l’exigence d’instituer une école d’agriculture
semblable à celle de Châteauneuf en Valais.
L’objectif de la Région était de créer une
institution capable d’assurer la formation humaine et
professionnelle de la jeunesse rurale, selon les meilleures
traditions familiales, civiques et religieuses du monde
agricole valdôtain, et de contribuer au renouveau de
l’agriculture.
Pour lancer cette école, la Région jeta son
dévolu sur la Maison Hospitalière du Grand-Saint-Bernard, en
raison de son expérience en agriculture. En effet, celle-ci
avait fondé la première école d’agriculture du Canton du
Valais. Le choix de la Région avait été guidé, sans doute,
par son souci d’assurer l’enseignement en français, et aussi
en raison des liens étroits entre la Congrégation et la
Vallée d’Aoste, région dans laquelle elle a pris naissance ;
ces liens étaient encore renforcés par la présence de Mgr
Nestor Adam, originaire d’Etroubles,
Prévôt de la Congrégation à ce moment-là.
Les cours débutèrent en novembre 1951 et
toute la gestion fut assurée par les chanoines du
Grand-Saint-Bernard, à l’exception du directeur, l’ingénieur
Félix Piccot, qui était un laïc. Dès les débuts, la
Congrégation ressentit l’exigence de pourvoir l’école d’un
religieux ayant une formation technique appropriée et, en
1954, elle envoya le chanoine Joseph Vaudan, à peine ordonné
prêtre, à l’Université catholique de Plaisance, où il obtint
son diplôme d’ingénieur, en 1958.
Le 27 février 1959, le chanoine Vaudan fut
nommé directeur de l’Ecole Pratique d’Agriculture d’Aoste,
charge qu’il occupa jusqu’en 1986. Durant ces 27 ans de
présence, le chanoine Vaudan a été un protagoniste du
développement de l’agriculture valdôtaine, grâce à sa
préparation, à ses intuitions et à son esprit d’entreprise
toujours prêt à innover.
Bien qu’ayant choisi comme sujet de thèse la
principale production valdôtaine, à savoir la fontine, le
chanoine Vaudan eut l’intuition de porter ses efforts sur un
secteur moins bien organisé, de moindre importance
économique et, carrément, en voie d’abandon :
la viticulture. Convaincu que notre région
était susceptible de produire des vins de qualité,
il se lança dans une aventure à laquelle peu
de gens croyaient. En peu de temps, son rêve devint une
réalité; ce qui lui valut d’être considéré comme l’artisan
de la viticulture moderne et de l’œnologie de la Vallée
d’Aoste.
Conscient de diriger l’Ecole Pratique
d’Agriculture, il était lui-même un homme très pratique.
Il aimait sans doute parler, expliquer et
argumenter, mais surtout il se passionnait à faire et à
réaliser ce en quoi il croyait. Très nombreuses furent ses
initiatives en faveur de l’agriculture valdôtaine; nous
évoquerons seulement ses plus significatives.
En 1960, il entreprit les gros travaux
d’amélioration foncière de la ferme de Montfleury ; travaux
qu’il suivit personnellement durant 15 ans. Il dota la ferme
de nouvelles structures
et de nouveaux équipements, en particulier
d’installations modernes d’irrigation et de séchage du
fourrage.
Il contribua à étendre les surfaces des
vignobles expérimentaux de Cossan et de Moncenis, pour
permettre une activité de recherche plus importante et
l’introduction de nouveaux cépages et de nouvelles
techniques de culture. Ces initiatives eurent un double
avantage : d’une part susciter et relancer la viticulture
régionale selon des critères modernes et
à travers la démonstration pratique et,
d’autre part, fournir la matière première à la cave
expérimentale, voulue innovatrice, qui fut réalisée en 1979.
Le chanoine Vaudan donnait une importance
particulière aux rapports directs avec les personnes. Malgré
les engagements que son rôle de directeur comportait, il a
toujours enseigné différentes disciplines et entretenu des
contacts privilégiés avec les élèves et leur famille; en
outre il se rendait chaque jour dans les différentes
structures pour vérifier personnellement le déroulement des
travaux et pour maintenir le contact avec chacun.
Il avait le souci de promouvoir les cours de
formation pour les adultes et il participait à de nombreuses
rencontres et fêtes pour les agriculteurs ; il visitait
fréquemment les exploitations agricoles, mettant à la
disposition de chacun sa large compétence.
Il convient de signaler aussi une émission
radiophonique régionale, très suivie,
qu’il anima pendant des années et dans
laquelle, utilisant un langage simple et direct,
il fournissait de précieux conseils aux
agriculteurs.
Le chanoine Vaudan avait particulièrement à
cœur la formation continue du personnel de l’école et, en
même temps, la formation humaine et professionnelle des
élèves.
Il encouragea plusieurs d’entre eux à
poursuivre des études en Italie et à l’étranger, favorisant
ainsi la formation de techniciens qualifiés qui sont
aujourd’hui exploitants agricoles ou employés dans les
services techniques de la Région ou à l’Institut Agricole
Régional.
A partir des années 70, il s’employa a
promouvoir la construction de la nouvelle école, laquelle
fut achevée en 1985.
Il fut ensuite un des pères fondateurs de
l’actuel Institut Agricole Régional qui, en 1982,
hérita le patrimoine humain et matériel de
l’Ecole Pratique d’Agriculture.
Il fut d’ailleurs le premier président du
Conseil d’administration de cet Institut.
Malgré ses nombreux engagements
professionnels, le chanoine Vaudan n’a jamais mis au second
plan son ministère sacerdotal qu’il accomplissait tant à
l’intérieur de l’Institut qu’au service du diocèse.
En 1986, il fut rappelé en Suisse pour
exercer diverses charges, parmi lesquelles celle d’économe
général de la Congrégation. En 2003, il fut nommé de nouveau
membre du Conseil d’administration de l’Institut Agricole
Régional et, en 2004, il revint à Aoste
où il se retrouva à l’Institut qu’il avait
toujours considéré comme sa maison.
Bien que ne remplissant pas de fonction
spécifique dans l’Institut, le chanoine Vaudan, même durant
ces dernières années, a été, grâce à son autorité, à son
charisme et à sa sensibilité particulière dans les relations
avec les personnes, un point de référence précieux pour les
élèves et le personnel de l’Institut, en même temps qu’un
collaborateur particulièrement aimé de la communauté
paroissiale de Saint-Martin de Corléans où il prodigua ses
services jusqu’au bout.
La communauté valdôtaine ne peut qu’exprimer
sa reconnaissance envers le chanoine Joseph Vaudan pour tout
le bien qu’il a fait ; une immense reconnaissance envers cet
homme qui, bien qu’étant suisse d’origine, est à compter
parmi les Grands Valdôtains.
Oscar MARGUERETTAZ
Directeur de
l’enseignement à l’Institut Agricole Régional d’Aoste
Le témoignage du chanoine Paul Bruchez
Quelques traits caractéristiques du Chanoine Joseph VAUDAN
Voici tout d’abord quelques jalons de son existence :
14 avril 1925: Naissance à Bagnes
1948-1949 : Noviciat suivi de la profession
religieuse
15 juin 1954: Ordination sacerdotale à l’Hospice du
Grand-Saint-Bernard
1954-1958 : Etudes à l’Université de Piacenza
1959-1986 : Directeur de l’Ecole d’Agriculture,
puis de l’Institut Agricole
Régional d’Aoste (1982-1986)
1986-2001 : Econome général de la Congrégation
1986-1992 : Aumônier de l’Hôpital de Martigny
1992 : Curé « in solidum » dans
le secteur de Martigny – Trient
1998 : Retraité à la Maison
Saint-Bernard à Martigny
2004 : Retour à Aoste : il
retrouve l’Institut Agricole Régional,
toujours considéré par lui comme
« sa » maison
28 mars 2008 : Mort subite à la Maison Saint-Bernard, à
Martigny
Monsieur Oscar Marguerettaz, l’actuel directeur de
l’enseignement à l’Institut Agricole Régional, a évoqué en
détail ce que le chanoine Vaudan a fait pour le plus grand
bien de l’agriculture valdôtaine. Je me contenterai, ayant
œuvré à ses côtés pendant une quinzaine d’années, de
souligner sa « manière » bien à lui d’affronter les
difficultés et d’aborder les gens, en relevant quelques
traits de sa très riche personnalité.
Tout d’abord, malgré ses occupations multiples liées à sa
tâche de directeur, il tenait à donner plusieurs heures
d’enseignement aux jeunes ; ce qui lui permettait de rester
informé sur les différentes branches et surtout d’entretenir
des contacts directs avec l’ensemble des élèves ; il les
suivait aussi dans les travaux pratiques, si bien qu’à la
fin du cycle scolaire, il était très à même d’orienter
chacun d’eux, vers des stages de formation ou vers une
formation universitaire. Il était vraiment très proche
de ses élèves et il était aussi très proche de
leurs parents.
Outre ses activités à l’intérieur de l’Ecole, il fut « l’homme
du terrrain ».
En principe il sortait chaque jour plus d’une heure dans les
domaines – vignes, jardins, fruitiers, ferme de Montfleury –
afin de suivre les activités et de promouvoir les
améliorations foncières. En outre, il cultivait les contacts
avec le monde des agriculteurs, en visitant les
exploitations et en prodiguant ses conseils. Comme chacun a
pu le constater, il ne se contentait pas de la théorie, mais
il multipliait les initiatives concrètes auprès des
agriculteurs : cours du soir, journées de formation, visites
des domaines partout où l’on sollicitait son avis, présence
aux fêtes des vignerons et des producteurs de fruits et,
enfin, participation aux fameuses émissions radiophoniques
de la « Voix de la Vallée », en compagnie d’un partenaire
qui lui posait les questions dans la langue de tout le monde
(c’est-à-dire le patois local qui n’est autre que le
franco-provençal parlé autrefois en Valais, en Suisse
Romande, ainsi qu’en Savoie). Ces émissions, qui étaient à
la portée de tout un chacun et qui arrivaient dans tous les
foyers, connurent un grand succès populaire.
Le chanoine Vaudan n’est pas arrivé d’emblée à cette
popularité ; il y parvint peu à peu, grâce à sa ténacité. Il
travaillait tout particulièrement dans le domaine viti -
vinicole.
Or, chacun sait que les vignerons sont très
traditionalistes, que leur vin est meilleur que celui
du village voisin. Il me vient à l’esprit une petite
anecdote. Un jour je rencontrai un d’entre eux qui avait
planté un cépage tardif à plus de 900 m. d’altitude. Comme
je lui avais manifesté mon étonnement, il me répondit, très
sûr de lui : « On a toujours fait ainsi… ça va bien
comme ça ». Monsieur Vaudan,sans doute, a rencontré
souvent ce genre de réflexion, mais il était un volontaire,
il se disait volontiers un lutteur, il savait
patienter, il savait revenir à la charge pour arriver à ses
fins.
Quand il était convaincu de défendre une juste cause, il ne
se décourageait jamais. D’une part, son autorité, son esprit
de décision inspirait confiance, d’autre part, son
dévouement, son amour pour les petites gens faisait le
reste. En tout cas les résultats sont là.
Chacun le reconnaît : il contribua grandement à
l’amélioration de la qualité des vins valdôtains qui sont
renommés aujourd’hui, bien au-delà des frontières de la
Vallée d‘Aoste.
Le chanoine Vaudan se montrait religieux dans toute sa
conduite ; s’il n’arrivait pas à convaincre ses opposants et
si des décisions contraires à ses vues étaient prises,
il savait respecter les ordres de ses supérieurs.
Pour conclure, j’aimerais encore souligner sa disponibilité
en tant que prêtre. Il aidait volontiers les curés qui
recouraient à ses services. En outre, et surtout, il avait
un grand amour des pauvres et des plus petits.
Même lorsque sa santé commença à décliner et jusqu’à ses
derniers jours, il rendit beaucoup de visites, à domicile
et à l’hôpital, à des personnes seules, âgées ou
souffrantes !
Sous des dehors parfois austères, il cachait un grand cœur.
Il avait compris qu’au soir de cette vie, nous serons jugés
sur l’AMOUR. Il avait compris l’importance des grands et des
petits gestes concrets qui expriment cette loi d’amour, se
souvenant sans doute de l’affirmation de Jésus : « En
vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à
l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous
l’avez fait ». (Mt 25,40).
Chanoine Paul Bruchez
De savants
chanoines
Les chanoines du
Gd-St-Bernard ont pour vocation d’expliciter une devise
millénaire : « Ici le Christ est adoré et nourri ». Aussi
leur vie sur la montagne se polarise-t-elle sur ces deux
points que sont la prière et l’accueil des voyageurs. Ce
modus vivendi les met en contact direct avec les gens
qui franchissent le col du Gd-St-Bernard, aussi sont-ils
naturellement immergés dans les courants d’idées qui
parcourent l’Europe.
Les premiers
« historiens »
Les prémices de
l’intérêt scientifique des chanoines, ce sont les
biographies de leur fondateur. C’est leur abbé, le Prévôt
Roland Viot qui ouvre cette série en 1626, suivi par le
chanoine Jean-Louis Liabel (vers 1640) et Nicolas Cornu
(1663). Cette redécouverte de la vie de St-Bernard,
présentée de manière plus pieuse qu’historique, va aboutir à
son inscription au martyrologe romain en 1681. Le culte de
ce saint s’étend ainsi des régions alpines à l’Eglise
universelle.
Louis Boniface
(1664-1728), coadjuteur puis prévôt, est le premier chanoine
à faire œuvre d’historien. Pendant trente ans, il défend les
droits temporels de la Congrégation en Valais et dans les
Etats voisins, ce qu’il décrit dans ses voyages. Son
confrère Pierre-François Ballalu, prieur de l’hospice,
termine en 1709 une chronique précise des us et coutumes
ainsi que de la gestion temporelle de l’hospice.
Les premiers
archéologues
Le véritable essor
scientifique des religieux du St-Bernard a lieu dans la
seconde moitié du dix-huitième siècle, ce qui correspond au
passage des philosophes et écrivains des Lumières qui
partagent avec les Pères leurs idées. Ces derniers se
questionnent sur l’antique appellation de leur col, le Mont
Joux. Le seul moyen de connaître le lien réel entre Jupiter
et le col, c’est de trouver des preuves. Aussi, de 1760 à
1764, le prieur Jean-Isidore Darbellay (1733-1812), les
chanoines Jean-Joseph Ballet (1738-1813) et Laurent-Joseph
Murith (1742-1816) entreprennent les premières fouilles
archéologiques au lieu dit « Plan de Jupiter ». Dès les
premières découvertes, les chanoines présentent leurs
trouvailles aux hôtes, c’est l’origine du Musée de
l’hospice. Le chanoine Darbellay dessine et décrit ce qu’il
trouve à la fin d’une biographie imprimée de S Bernard (AGSB
64), mais les inventaires des trouvailles sont rédigés une
bonne dizaine d’années plus tard, c’est le temps qu’il leur
faut pour s’initier à ces domaines et surtout pour
déterminer les monnaies
Laurent-Joseph
Murith
Le chanoine Murith est
le type même de l’ecclésiastique érudit. Entré au St-Bernard
en 1760, à l’âge de 18 ans, il assume successivement les
charges de quêteur (1762), de clavendier ou économe de
l’hospice (1769), de prieur claustral (1775) avant d’être
nommé curé de Liddes (1778) et enfin prieur de Martigny, de
1791 à sa mort en 1816. Le 20 mai 1800, il accompagne le
Premier Consul Bonaparte de Martigny à Etroubles, ce dernier
allant vaincre les Autrichiens à Marengo. Homme d’action et
de responsabilités, Murith allie une solide formation
théologique – il est notaire apostolique – et une érudition
rare. Son activité scientifique, il l’effectue durant ses
loisirs, soit durant les nuits et les heures de récréation.
Depuis les fouilles
archéologiques, le chanoine Murith travaille pour identifier
avec précision ses découvertes. Il consulte les spécialistes
de son époque dont Sir William Hamilton, ministre
plénipotentiaire du roi Georges III à Naples de 1763 à 1801.
En remerciement de son aide, Murith lui offre quelques
objets antiques dont deux petits ex-voto actuellement
exposés au British Museum. Estimant ses recherches
terminées, vers 1808, il envoie pour publication à la
Société des Antiquaires, à Paris, un manuscrit consacré aux
antiquités du Gd-St-Bernard. Quelques pages sont publiées en
1821, mais le manuscrit s’est perdu jusqu’à ce qu’on le
retrouve aux archives nationales de France (ANF 36 AS 87),
au début du 21ème siècle. Durant ses promenades,
encouragé par de Saussure, Murith ramasse des pierres. Il
fait aussi le tour des mines du Valais et du Val d’Aoste et
constitue ainsi le noyau des collections minéralogiques de
l’hospice. Il s’intéresse aussi à la géologie, la
conchyliologie, l’ornithologie, l’entomologie – ses insectes
étaient très abîmés en 1862 – faisant une collection par
domaine d’intérêt. Murith s’intéresse aux mesures
d’altitude. Il n’hésite pas à escalader le Vélan, en 1786 ou
1787, pour faire des observations barométriques, publiées
par Bourrit (Description des cols, ou passage des Alpes.
Première partie, Genève 1803, p. 249). Il fait aussi des
mesures de l’humidité relative de l’air, se familiarisant
avec les instruments de météorologie. Ami de la famille
Thomas, vendeurs de graines et plantes à Bex, il fait avec
eux des excursions botaniques et collecte les plantes pour
son herbier, terminé en 1800. Ce dernier, en deux volumes,
est bien conservé pour son âge. Il introduit d’Italie en
Valais le peuplier pyramidal. En 1810 il publie le guide du
botaniste qui voyage dans la Valais, édité en format poche
en 1839. Les objets d’histoire naturelle rassemblés par le
chanoine Murith, ainsi que quelques objets romains
découverts sur le col pouvaient se visiter au prieuré de
Martigny : il s’agit des premiers prêts du tout jeune musée
de l’hospice. Il écrit aussi de petits articles d’histoire
locale et se passionne en faveur du passage d’Hannibal au
Gd-St-Bernard. Murith est membre de la société d’émulation
de Lausanne, de l’Académie celtique de Paris et membre
fondateur de la Société helvétique des sciences naturelles.
Pour célébrer sa mémoire, la Société valaisanne de sciences
naturelles fondée à St-Maurice le 13 novembre 1861 sera
baptisée la Murithienne.
Les Botanistes et
autres naturalistes
Les religieux vivent
dès lors une période de boulimie scientifique, s’intéressant
à l’archéologie, à la numismatique, à la botanique et aux
autres sciences naturelles, achetant les ouvrages de
référence de leur époque, tels les livres d’Arnauld d'Andilly,
Linné, Bonnet, Lamarck, Haller, Candolle et leurs
successeurs.
Le chanoine
François-Joseph Biselx (1791-1870) est prieur de l’hospice
lorsque le professeur Pictet de Genève y installe la station
météorologique, le 14 septembre 1817. Vice-président de la
société helvétique des sciences naturelles, il publie
quelques articles sur le climat du Gd-St-Bernard, les roches
et les plantes. Jean François Benoît Lamon (1792-1858),
s’intéresse à la botanique sa vie durant, bien qu’il se
marie et devienne pasteur. Pierre Germain Tissières
(1828-1868), membre fondateur et premier président de la
Murithienne, est l’auteur d’une notice sur le chanoine
Murith (1862) et du guide du Botaniste sur le
Grand-St-Bernard (1868). Gaspard Abdon Delasoie (1818-1877),
deuxième président de la Murithienne, précise l’altitude de
plus de 400 localités et sommets à partir du niveau du lac
Léman. Il écrit des articles allant de la géologie au
catalogue des arbres et arbustes du Valais. Avec le chanoine
Tissières, ils sont membres de la Société helvétique des
sciences naturelles et de la Société Hallérienne de Genève.
Camille Carron
(1852-1911) écrit un répertoire méthodique botanique et des
notices sur les avalanches. Maurice Besse (1864-1924) se
passionne pour la botanique. Ses comptes-rendus des
activités de la Murithienne, dont il est le président de
1897 à 1922, en sont témoins. En 1923, il préside la Société
helvétique des sciences naturelles à Zermatt. Il collabore
aussi au Glossaire des patois de Suisse romande.
Emile Florentin Favre
(1843-1905) s’oriente d’abord vers la botanique et publie un
supplément au guide du botaniste du Gd-St-Bernard et un
guide du botaniste du Simplon, avant d’éditer trois ouvrages
d’entomologie. Sa collection d’insectes, vérifiée chaque
deux ans, est en parfait état de conservation. Nestor
Cerutti (1886-1940), docteur en philosophie, s’intéresse
surtout à l’entomologie. Il répertorie en Valais plusieurs
nouvelles espèces d’insectes. Il publie également ses
observations sur les oiseaux du Gd-St-Bernard (1935).
Les archéologues
En 1836, un anonyme qui
pourrait bien être le chanoine Pierre-Joseph Barras
(1787-1858), clavandier, rédige une mise à jour des
collections numismatiques de l’hospice en annotant et
complétant un manuscrit du chanoine Murith afin de refléter
l’état des collections à son époque, ce qu’il précise en
écrivant que ces monnaies ont été trouvées après la
formation du catalogue.
Le chanoine
Pierre-Joseph Meilland (1838-1926) fouille le Plan de
Jupiter entre 1860 et 1863. En quatre étés, il exhume 160
monnaies antiques. Pour les déterminer, il s’adresse à trois
érudits de son temps, soit au Prieur Gal, d’Aoste, et à
Messieurs Promis de Turin et Loescher, de Berlin.
Au début de 1871, le
chanoine Jean-Baptiste Marquis (1851-1909) effectue des
recherches archéologiques au plan de Jupiter pendant trois
ans. Il y trouve quelques bronzes, des monnaies celtiques et
romaines, ainsi que des inscriptions sur pierre.
A partir de 1883, le
chanoine Henri Lugon (1863-1926)
récolte un grand nombre d'objets, de tablettes,
d'inscriptions et de monnaies celtiques sans pouvoir établir
une topographie du site, ce qui se fera dès 1888 sur ordre
du ministère de l’Instruction publique du Royaume d’Italie.
Ce sont Messieurs Castelfranco, Ferrero et von Duhn qui
réaliseront ce travail jusqu’en 1894. Cette même année, il
est élu membre de l’Académie St-Anselme. Avec le chanoine
Lugon se clôt l’époque des chanoines archéologues, l’Etat
prenant le flambeau depuis lors.
Certains chanoines font
des découvertes lors de leurs promenades, tels Jean Claude
Carruzzo (1849-1890) qui découvre à environ deux cents mètre
de dénivellation du Sud de l’hospice, sur le Mont-Mort un
menhir et deux Cromlech, ou Louis Emery (1919) qui signale
en 1987 avoir découvert dans la région du Simplon une pierre
à cupule.
Les érudits du
vingtième siècle
Philippe Farquet
(1883-1945), laïc et oblat chez les chanoines dès 1922
s’intéresse surtout à l’histoire et à la botanique.
Autodidacte de génie, il classe et remet en ordre la
majorité du patrimoine du Gd-St-Bernard. A la suite de son
père, il tient une chronique de Martigny, de 1850 à 1945. Il
publie des centaines d’articles d’histoire locale sous le
pseudonyme d’Alpinus. Il classe patiemment les revues de la
bibliothèque du St-Bernard à Martigny, réordonne les
collections des chanoines décédés, s’occupe des archives
mixtes de Martigny, refait les herbiers du Gd-St-Bernard et
reste en contact avec les naturalistes de son temps. Il est
membre de la Murithienne pendant 40 ans.
Alfred Pellouchoud
(1888-1973), travailleur acharné, rédige les fichiers
manuscrits de la bibliothèque du Gd-St-Bernard, remodèle le
musée du St-Bernard en 1923, musée qui gardera la même
présentation jusqu’en 1987. Il classe les collections de
monnaies antiques et modernes (plus de 10'000 pièces), met à
jour les inventaires du Musée et publie de nombreux articles
concernant l’histoire des paroisses du St-Bernard. Son essai
d’histoire de Sembrancher est sa publication la plus
élaborée parue sous son nom. Le chanoine Lucien Quaglia
(1905-2001), réordonne patiemment les archives de la
Congrégation de 1953 à 1987. Il écrit plus d’une trentaine
de monographies et d’ouvrages en lien avec l’histoire du
St-Bernard, son œuvre majeure étant La maison du
Gd-St-Bernard des origines aux temps actuels (1955). Avec
Alfred Pellouchoud, ils sont membres de l’Académie
St-Anselme.
Signalons deux
écrivains, les chanoines Jules Gross (1868-1937) et Gabriel
Pont (1917), ayant tous deux publié une trentaine
d’ouvrages. Jules Gross a exploré la grotte du Poteux à
Saillon et découvert une quantité d’objets de l’âge de la
pierre taillée dont 450 sont déposés au Musée de Valère à
Sion. Le chanoine Marcel Marquis (1924) a publié en 1956 une
monographie historique consacrée aux fameux chiens du
St-Bernard. Réédité plus de dix fois, c’est l’ouvrage le
plus vendu de tous ceux écrits par les chanoines au cours du
temps. Enfin, le chanoine Jean-Michel Girard (1946) repense
le musée en 1987 et décide d’une mise à jour des inventaires
des collections. Le musée ayant souffert d’un incendie en
1996, il est réorganisé sous la direction de son
conservateur, M Jacques Clerc (1931).
Les chanoines du
Gd-St-Bernard sont depuis des siècles sur la route des
hommes de leur temps, les accueillant chez eux. Aussi tout
naturellement, ils vivent au rythme des soucis et des
passions de leurs hôtes. C’est ainsi qu’est né à l’époque
des Lumières leur intérêt pour les sciences et il s’est
souvent transmis par l’émulation réciproque. La beauté du
patrimoine et l’entretien du Musée plus que bicentenaire,
invitent chaque génération à se dépasser, dans la mesure de
ses forces, pour présenter aux passants quelques bribes de
la vie au Col au fil des siècles.
Chanoine Jean-Pierre Voutaz
Frère Ermanno Barelli
Vers la fin de 1917, deux jeunes se
promettent en mariage dans la région de Milan. Mais il doit
quitter sa promise pour aller au front. Les amoureux
commandent deux sceaux identiques sur lesquels brûle la
flamme de leur amour. Ce sera la signature de leurs
courriers. Puis un jour il ne répond plus. Il fait partie
des derniers conscrits et des derniers morts de la guerre de
14-18. Elle restera célibataire. Ermanno Barelli, né le 28
janvier 1918 hérite au berceau du sceau de son oncle Ettore,
sceau qui l’accompagne au long des années et lui rappelle
que c’est l’amour, la beauté la plus sublime de ce monde. Le
jeune Ermanno voit mourir ses frères, les médecins indiquent
aux parents que le fils qu’il leur reste n’atteindra pas
l’âge adulte. Aimer, espérer contre toute espérance, ce sont
des réalités inscrites dans sa chair.
Ermanno se passionne pour la
construction, aussi entreprend-il des études en architecture
à l’université de Florence. Mais voilà qu’en 1939, la guerre
reprend. Ermanno est mobilisé. Il doit quitter l’université
après deux ans d’études pour les armes. Jeune soldat, il vit
les drames de l’époque : le train dans lequel il se trouve
est mitraillé par des résistants, les avions alliés envoient
des bombes sur les troupes italiennes, ce sont des amis qui
meurent à quelques pas de lui. Les horreurs de la guerre, il
les a vécues. Comment faire pour ne pas devenir fou ?
Peut-être croire encore et toujours que c’est l’amour qui a
le premier et le dernier mot.
Et voilà qu’arrivé à 54 ans, Ermanno
frappe à la porte de la Congrégation des chanoines du
Gd-St-Bernard. Il y est accepté en tant que Frère. Il ira
successivement à Liddes, au Simplon, au Séminaire puis à
Bovernier, mettant à disposition sa vie et ses compétences
tant dans le domaine de la menuiserie que de la cuisine,
avant de rejoindre la Maison St-Bernard à Martigny où il
vient de fêter ses nonante ans. Depuis plusieurs années, il
s’étonne d’être si âgé et nous dit parfois « je me réjouis
d’aller chez le Seigneur, ici la vie ne m’apporte plus rien,
je n’entends plus, mais chez le Seigneur ce sera tellement
plus beau. » Merci Frère Ermanno pour ce que vous êtes,
merci de nous rappeler que notre vie religieuse c’est un
élan d’amour vers le Seigneur. Notre amitié et notre prière
vous accompagnent.
Chne Jean-Pierre Voutaz
L’ère après la lettre
papale – Le rapprochement prudent entre le Saint-Siège et la
Chine
Dans son discours
traditionnel de Noël à la Curie romaine, le 21 décembre
dernier, le pape Benoît XVI a mentionné : ses voyages au
Brésil et en Autriche, sa lettre aux 138 savants musulmans
et tout spécialement sa lettre aux catholiques de Chine.
Cette lettre que nous avons présentée et commentée dans les
deux derniers numéros de notre revue est en effet un des
points forts non pas seulement de l’année pontificale 2007,
mais elle le restera sans doute pour toute la durée du
pontificat
de Benoit XVI .
« Par cette lettre », expliquait le pape lors de son
discours aux cardinaux et aux différents membres de la
Curie, « j'ai voulu manifester à la fois mon affection
spirituelle profonde pour tous les catholiques de Chine et
mon estime cordiale pour le peuple chinois ».
Le Saint-Père a évoqué le contenu de la lettre sur la
conception de l'Eglise en disant : « J'y ai rappelé les
principes permanents de la tradition catholique et du
concile Vatican II dans le domaine ecclésiologique. A la
lumière du dessein originaire que le Christ a eu de son
Eglise j'ai indiqué certaines orientations pour affronter et
résoudre, en esprit de communion et de vérité, les
problématiques délicates et complexes de la vie de l'Eglise
en Chine ». Et de souligner la « disponibilité du
Saint-Siège à un dialogue serein et constructif avec les
autorités civiles afin de trouver une solution aux divers
problèmes concernant la communauté catholique ».
« La lettre », s'est réjoui le pape, « a été accueillie par
les catholiques de Chine avec joie et avec gratitude. Je
formule le vœu qu'avec l'aide de Dieu, elle puisse produire
les fruits espérés ».
Un peu plus d'une demi-année après la publication de la
lettre de Benoît XVI aux catholiques chinois, on peut se
poser la question: où en est l'Eglise de Chine ?
L’agence de presse Zenit1 a demandé au père Yihm
Sihua de Hong-Kong, francophone, qui se rend régulièrement
sur le continent chinois pour des visites pastorales,
d'analyser l'impact de la lettre de Benoît XVI sur la vie de
l'Eglise, aujourd'hui, en Chine. Celui-ci a répondu entre
autre :
«J'ai pu constater que le message du pape avait des effets
favorables dans trois domaines :
Tout d'abord ce message éclaire les catholiques chinois sur
l'état réel de leur Eglise locale, écartelée entre
différentes tendances. Cette situation était d'autant plus
difficile à appréhender, quand on était sur place, que la
propagande officielle s'efforçait de brouiller les esprits
et de désinformer les croyants. Ce message contient une
information fiable et une analyse fine et cohérente de la
situation.
D'autre part, la réflexion du Sain-Père offre une
présentation de l'ecclésiologie catholique en référence à la
situation chinoise. A partir de ces considérations, chacun
est maintenant amené à se poser de bonnes questions et à en
chercher, en Eglise, les réponses. Chacun peut maintenant
mieux comprendre ses frères et sœurs dans la foi qui ont
fait des choix différents. Un approfondissement des bases de
la foi est lancé.
Enfin, un rapprochement est maintenant envisagé par
certains, alors qu'avant il paraissait être une lâcheté,
voire une trahison. Des communautés sortent de leur
isolement et s'intéressent à l'ensemble de l'Eglise de
Chine. Elles vont finir par découvrir que les catholiques
qui n'ont pas fait les mêmes choix qu'eux sont aussi des
frères et des sœurs et qu'il y a chez eux une foi
authentique.
En même temps, les extrémistes des deux bords sont désarmés
: ceux qui ont adhéré à l'Association Patriotique par
conviction et les « irréductibles » des communautés
souterraines. Ils se sentent désavoués par le Saint-Père
lui-même. Le tissu ecclésial commence à évoluer pour
s'assainir, il en avait bien besoin. Mais il faudra encore
du temps pour que le processus de réconciliation et de
réunification parvienne à son terme».
Le point crucial de cette réconciliation reste sans doute la
question de la nomination et de l’ordination des évêques.
Sur ce point, nous pouvons constater que le Saint–Siège et
Pékin semblent avoir
1Zenit
du 18 décembre 2007
trouvé un modus-vivendi. Ainsi après les deux ordinations
dont nous avons parlé dans notre dernier numéro (celle de
l’évêque du diocèse de Guizhou et celle de l’évêque du
diocèse très important de Pékin), trois autres évêques ont
été ordonnés de la même manière. Pékin fait en sorte que les
candidats élus soient acceptables pour le Vatican, et le
Saint-Siège donne son mandat pontifical avant l’ordination.
Ainsi ont été ordonnés le 30 novembre Mgr
Francis Lu Shouwang évêque de Yichang
(province du Hubei), le 4 décembre Mgr Joseph Gan Junqiu
évêque de Canton
et le 21 décembre, Mgr Joseph Li Jing,
coadjuteur de Ningxia au centre de la Chine. Entre
parenthèses, Mgr Joseph Li Jing est un des jeunes prêtres
qui ont fait une partie de leurs études en Allemagne, à
Sankt Augustin. Lors de son séjour là-bas, en été 1995, il
avait participé à la retraite des prêtres, séminaristes et
sœurs chinois qui s’était tenue à l'hospice du Grand Saint
Bernard.
Cette façon de faire permet à Pékin de sauver la face et au
Saint-Siège d’éviter que des prêtres qui ne lui sont pas
conformes soient ordonnés évêques. Certes, ce modusvivendi
ne peut pas cacher que l’épineux problème n’est actuellement
pas encore réglé d’une manière officielle. Les pourparlers
secrets continuent. Ainsi, peu après la mi-novembre 2007,
une haute délégation emmenée par le sous-secrétaire de la
Secrétairerie d’Etat pour les Relations avec les Etats, Mgr
Pietro Parolin, s’est rendue en Chine pour y rencontrer les
autorités chinoises. C’était la première fois que le Vatican
dépêchait en Chine une délégation d’un rang aussi élevé!
Mais ni les autorités vaticanes ni les autorités chinoises
n’ont fait aucun commentaire sur cette visite. Trois mois
plus tard une rencontre à Washington éveilla de nouvelles
spéculations concernant un dégel progressif des relations
entre le Vatican et la Chine. En fait, en marge d’une
manifestation à l’université jésuite de Georgetown à
Washington il y avait, le 20 février, une rencontre
qualifiée du côté chinois « d’importante » entre le nonce
apostolique aux Etats-Unis, Mgr Pietro Sambi, et le
directeur de l’administration d’Etat des affaires
religieuses chinoises, Ye Xiaowen.
Pour ne pas mettre en danger le processus de rapprochement
entre les deux parties, le pape Benoît XVI a renoncé début
décembre à accueillir le Dalaï Lama. Par le passé, chaque
fois que ce chef spirituel et politique des Tibétains était
venu en Italie, les papes lui accordaient une audience. Il y
avait même une relation très amicale entre lui et Jean-Paul
Imettre Mais cette fois-ci, surtout à la suite des
réactions extrêmement critiques de Pékin vis-à-vis de
l’Allemagne, après que sa chancelière, Angelika Merkel, eut
reçu officiellement le Dalaï Lama, le Vatican a voulu éviter
à tout prix une polémique avec le gouvernement chinois qui
traite le Dalaï Lama de « séparatiste dévoué à
l’indépendance du Tibet » et qui l’accuse « d’orchestrer des
activités antichinoises ». Le chef des Tibétains a du se
contenter alors de rencontrer, le 6 décembre, le cardinal
Dionigi Tettamanza, l’archevêque de Milan.
Les prochains mois vont montrer si le rapprochement entre le
Vatican et la Chine continuera. Mais il va de soi que pour
cela les deux côtés doivent faire des concessions pour
dénouer ce nnoeud gordien. Le Saint-Siège exige en effet,
en premier lieu, le respect de la liberté religieuse dans
l’Empire du Milieu et la liberté de nommer l’ensemble des
évêques du pays. La Chine par contre attend que le Vatican
rompe d’abord ses liens avec Taiwan pour nouer des relations
diplomatiques avec Pékin et qu’il accorde à l’Eglise
chinoise l’autonomie de nommer elle-même ses évêques.
La nomination d’un évêque a attiré tout particulièrement
l’attention de l’Eglise en Chine ces derniers mois. En fait,
au début de l’année passée, à l’occasion de son 75ème
anniversaire, l’évêque de Hongkong, le cardinal salésien Zen
a demandé à Rome d’être déchargé de ses responsabilités à la
tête de son diocèse. Après que le pape lui ait demandé de
rester encore à son poste, Mgr Zen a exprimé son désir
d’avoir à ses côtés un coadjuteur. Le 30 janvier, le
Saint-Siège annonça la nomination de Mgr John Tong Hon à ce
poste. Il a été jusqu’ici l’évêque auxiliaire de ce même
diocèse. Ce choix s’inscrit tout à fait dans la continuité.
Comme il présidait depuis 1980 le Holy Study Center,
structure où le diocèse de Hongkong concentre son analyse de
la situation de l’Eglise en Chine, Mgr Tong est comme le
cardinal Zen (auquel, d’ailleurs, Benoît XVI a confié la rédaction des
méditations du traditionnel Chemin de Croix du Vendredi
Saint de cette année), un fin connaisseur des réalités de
l’Eglise en Chine. Mais la modération de ses expressions
contraste avec la vivacité de celles du cardinal Zen qui
est connu pour son franc-parler,. IL passe d'ailleurs pour p
être la « bête noire» du Pékin. Dans un communiqué publié à
l’annonce de sa nomination, Mgr Ton a déclaré qu’il fera
« son maximum » pour que le diocèse de Hongkong garde son
rôle « d’Eglise- pont » entre l’Eglise universelle et
l’Eglise en Chine. Il a également appelé le gouvernement
chinois à garantir une pleine liberté religieuse aux
catholiques en Chine, « afin que ceux-ci apportent la plus
grande contribution possible à la société et que, de cette
manière, notre mère patrie voit son statut international
renforcé ».
Chne Daniel Salzgeber
150ème anniversaire des Apparitions de Notre-Dame
Chemin du Jubilé de Lourdes
Le 11 février 2008, après la messe de
l’autre côté du Gave, la procession s’est rendue à la Grotte
pour une évocation de la première apparition, il y avait
exactement, ce jour-là, 150 ans, à l’heure de l’Angélus.
A midi, le silence, un recueillement
impressionnant a saisi la foule de plus de 65'000 personnes.
Cette première visite de Marie à Bernadette
a eu lieu dans cette grotte au bord du Gave. Comme un vent
de Pentecôte ce jour-là attire l’attention de cette fille de
Lourdes qui venait ramasser du bois mort parce sa famille
était trop pauvre pour en acheter.
Ce 11 février 2008, seul le bruit soyeux de
l’eau du Gave glissait sur les pèlerins en prière.
Il y a des événements qui entrent dans la
mémoire comme un moment privilégié de l’histoire. C’est que
la liturgie appelle « faire mémoire ».
Ce 11 février 2008 dans ce lieu devenu
sanctuaire, les pèlerins et tous ceux qui étaient ce jour-là
unis à l’événement de Lourdes ont vécu une sorte de grand
Magnificat d’action de grâces.
Pour marquer concrètement cette mémoire et
pour que celle-ci devienne pour le pèlerin source de grâces,
les responsables du sanctuaire proposent un chemin du
Jubilé sur les pas de Bernadette dans les lieux qui
évoquent sa vie à Lourdes. Ce chemin, je voudrais en
quelques lignes l’évoquer pour vous.
1) L’église paroissiale de Lourdes
Même si l’église n’est plus la même qu’au
temps de Bernadette, elle renferme un trésor : le baptistère
où Bernadette a reçu le sacrement du baptême, et dans un
sous-verre, l’extrait du registre dans lequel le curé de
l’époque y a inscrit l’événement.
2) le Cachot
Nous nous rendons ensuite au Cachot : une
pièce qui avait servi de prison pour la ville de Lourdes et
qui était désaffectée. La famille Soubirous, réduite à la
pauvreté, s’était réfugiée là après avoir tout perdu à cause
d’un accident du papa et des conséquences de la révolution
industrielle. La famille avait dû quitter ce que Bernadette
appelait le « Moulin du Bonheur, »en contrebas, là où elle a
vécu sa petite enfance. Bernadette a connu, au Cachot de
Lourdes, la faim, le froid et le déshonneur d’une famille
ruinée. Le lieu rejoint les préoccupations familiales de
chacun, mais aussi le courage et l’affection que vivait la
famille Soubirous.
La suite du chemin nous conduit à accomplir
l’itinéraire que Bernadette a emprunté le 11 février 1858 du
Cachot par le point sur le Gave jusqu’à la Porte St-Michel.
Au fond de l’Esplanade apparaît alors la Basilique du
Rosaire, ornée des nouvelles mosaïques, évoquant les
mystères lumineux, donnés à l’Eglise par Jean-Paul II, venu
deux fois en pèlerins à Lourdes. Apparaît aussi la flèche de
la magnifique Basilique Supérieure, la première chapelle
demandée par Marie.
3) La Grotte est
le résumé du message de Lourdes. C’est un rocher solide
comme Dieu lui-même. C’est un lieu protecteur, c’est une
invitation à la confiance. Le pèlerin passe entre la source
qui rappelle le baptême et l’autel qui invite à la
communion. Il quitte la grotte après avoir touché le rocher.
Il sort de la grotte sous le regard de Marie et près du
buisson de cierge qui rappelle les paroles du Christ : je
suis la lumière du monde… vous êtes lumière du monde. »
4) l’Hospice de Lourdes
Dernière étape du chemin du Jubilé, nous
nous rendons à l’hôpital de Lourdes. Au temps de Bernadette,
les sœurs de la Charité de Nevers y tenaient l’école et le
dispensaire. C’est là, le jour de la Fête-Dieu, le 3 juin
1858, Bernadette y a fait sa première communion. C’est là
aussi que Bernadette a servi les malades, protégée par le
sœurs. C’est là qu’elle a commencé le service des pèlerins
malades. C’est de là que Bernadette quittera Lourdes après
avoir dit au revoir à sa famille et un adieu à sa chère
grotte.
Au terme de cette évocation du Chemin du
Jubilé, je vous invite à accueillir à nouveau avec joie le
message de Marie à Bernadette : « Je suis l’Immaculée
Conception. »
Abbé Martial-Emmanuel Carraux
Animateur des pèlerinages du diocèse de Sion
Prière du Jubilé
Dieu notre Père,
Parmi toutes tes créatures, tu as fait éclore Marie,
La créature parfaite, « l’Immaculée Conception ».
Ici, à Lourdes,
Elle a prononcé ce nom et Bernadette l’a répété.
L’Immaculée Conception, c’est un cri d’espérance :
Le mal, le péché et la mort ne sont plus les vainqueurs.
Marie, signe précurseur, aurore du salut !
Marie,
Toi l’innocence et le refuge des pécheurs :
Notre-Dame de Lourdes, nous te prions.
Ave Maria, gratia plena !
Seigneur Jésus,
Tu nous as donné Marie comme Mère.
Elle a partagé ta Passion et ta Résurrection.
Ici, à Lourdes, elle s’est montrée à Bernadette,
Attristée de nos péchés mais rayonnante de ta lumière.
Par elle, nous confions nos joies et nos peines,
Les nôtres, celles des malades, celles de tous les hommes.
Marie,
Notre sœur et notre mère,
Notre confidente et notre soutien :
Notre-Dame de Lourdes, nous te prions.
Ave Maria, gratia plena !
Esprit Saint, tu es Esprit d’amour et d’unité.
Ici à Lourdes, par Bernadette, Marie a demandé
De bâtir une chapelle et de venir en procession.
Inspire l’Eglise que le Christ construit sur la foi de
Pierre :
Rassemble-la dans l’unité.
Guide le pèlerinage de l’Eglise :
Qu’elle soit fidèle et audacieuse !
Marie, toi qui es comblée de l’Esprit Saint,
Tu es l’épouse et la servante.
Tu es le modèle des chrétiens et le visage maternel de
l’Eglise :
Notre-Dame de Lourdes, nous te prions.
Ave Maria, gratia plena !
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