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Chers
amis lecteurs,
Heureux de vous retrouver en ce début de l’an 2010. Selon une coutume bien
établie, qu’il ne faut surtout pas changer, ce numéro commence par les bons
vœux de notre cher Prévôt, Jean-Marie Lovey.Disons qu’en guise de vœux, il
nous offre à tous un beau bouquet de fleurs.
Puis deux grand sujets sont à l’ordre du jour :
Tout d’abord, nous partons à la découverte du magnifique ouvrage de Pierre
Rouyer consacré à l’hospice du Grand-Saint-Bernard : « Un cœur dans les
pierres ». C’est l’occasion d’évoquer, en beauté, notre Maison-Mère, le
lieu-source des bernardins.
Nous parlons ensuite de la Confédération des chanoines de saint Augustin. Le
PèreMaurice Bitz, Abbé-Primat rappelle pour nous quelques grand événements
qui ont jalonné la vie de la Confédération durant ces dernières années. Je
le remercie chaleureusement pour sa collaboration. Comme cadeau augustinien,
nous avons la magnifique homélie que Mgr Paul Desfarges, évêque de
Constantine et Hippone, donc successeur de saint Augustin, nous a partagée
lors de l’Eucharistie célébrée à Pavie.
Pour terminer avec une pousse qui annonce le printemps, j’ai demandé à notre
novice, Lionel Girard, de se présenter à vous, chers lecteurs et donc amis
de notre famille religieuse.
Et pour terminer moi aussi avec des vœux, je vous partage ce texte offert
par le pasteur Claude Hoyois à ses paroissiens :
« Et si nous vivions un peu mieux l’extraordinaire en cette nouvelle année ?
Croire quand tout le monde doute ;
Etre souriant quand tout le monde est grognon ;
Etre content de ce qui nous reste au lieu de pleurer ce qui est perdu ;
Aimer dans un milieu hostile ;
Vibrer dans un milieu amorphe ;
Servir d’appui au lieu de chercher à s’appuyer ;
Consoler au lieu de se prendre en pitié ;
Espérer quand tous se découragent.
Chanoine René-Meinrad Kaelin, rédacteur
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en Suisse, reçoivent dans ce 1er numéro 2010, le bulletin de
versement qui leur permettra de renouveler leur abonnement et ainsi, par
leur offrande, de manifester leur soutien à notre Mission de Taïwan. Merci
aux lecteurs vivant hors de la Suisse de régler au mieux, eux aussi,
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tenons à ne pas augmenter le prix de l’abonnement annuel à notre Revue
Evidemment que, avec le versement minimum de dix francs, nous ne couvrons
pas les frais de la Revue mais nous la considérons comme une lettre de
famille envoyée aux amis. Nous savons que nous pouvons compter sur votre
bon cœur qui vous poussera à donner davantage, de manière à équilibrer les
comptes et, encore mieux, à soutenir nos chers missionnaires à Taïwan.
Merci aussi et
bienvenue chaleureuse aux nouveaux abonnés.
Chne RM Kaelin,
rédacteur
Des
fleurs en guise de vœux pour chaque jour de l’année nouvelle.
Des vœux, des messages, des
cadeaux, des souhaits ! Le passage d’une année à l’autre apporte, avec la
nouveauté de l’évènement, son avalanche de bonnes formules. Genre littéraire
oblige. Mais la coutume est bonne ! Elle est même très bonne. Comme le
regard de Dieu sur l’œuvre de ses mains : « Et Dieu vit que cela était
bon ». A chaque étape de la création Dieu s’émerveille et ne se lassera
pas au chant du même refrain. ‘On connaît la chanson’, a-t-on envie
de lui dire ! Mais tout à coup, c’est la nouveauté. Nouveauté dans le
surgissement et dans le refrain qui vient le sanctionner. Devant l’homme et
la femme au jour de la création première Dieu ne dira plus : « c’est
bon », mais « c’est très bon ». Il y a ici plus qu’une nuance
littéraire. Il y a un jugement de valeur, une profession de confiance en la
réussite du projet, une espérance inébranlable en l’avenir de l’homme. Plût
à Dieu qu’il ne se fût pas lui-même trompé ! Quand on voit ce que l’homme a
fait de l’homme au cours de l’histoire on est en droit de se demander s’il
n’y a pas erreur sur la réalisation. Et tout cela a commencé très tôt. Dès
la deuxième génération. Après le meurtre d’Abel par Caïn, la question est
posée : « qu’as-tu fais de ton frère ? ». Mais la création est en
acte de perpétuel surgissement et Dieu continue de renouveler fidèlement son
regard sur son œuvre, disant : « C’est très bon ». Voudriez-vous,
qu’au seuil d’une année nouvelle, ensemble nous relayions la voix de Dieu
pour prolonger son refrain ? C’est mon souhait. Il s’agit d’abord de voir la
nouveauté et d’en reconnaître l’excellence. Non pas naïvement, mais avec la
force de l’Espérance. Entrer avec vous tous dans cette approche théologale
de la vie, de ses évènements, grands ou petits. Nous nous jetterons ainsi
des fleurs. Nous nous offrirons des bouquets. Chaque jour. Jusqu’à
réaliser une magnifique composition dont la gerbe ne sera liée qu’au
dernier instant du dernier jour de l’année.
La rose rouge du désir d’aimer, elle
va pour le Seigneur. Il sait, Lui, nos maladresses et nos incapacités à
aimer juste. Cette fleur, c’est celle d’un désir que nous allons réorienter,
dès l’aube, vers en haut. Une année nouvelle nous est donnée pour qu’on
regarde un peu mieux le ciel.
Pour vous, j’offre les prémisses de la
fleur du printemps : la tulipe. Fleur de l’Eucharistie inventée pour
recevoir en son Calice ouvert et coloré le vin jaune puis le sang violet de
nos célébrations. En cette Année sacerdotale, je souhaiterai vous mettre
tous au cœur de chacune des Eucharisties que j’aurai la grâce de célébrer.
Voici qu’au jardin printanier se
cueille pour chanter l’éclat du Jour Nouveau, les flammes du forsythia. Nous
y penserons en taillant l’arbuste : le Christ est ressuscité ! « Et Dieu
vit que cela était très bon ».
Les branches du cerisier ou de
l’amandier disent assez la profusion de la promesse en même temps que la
fragilité de sa réalisation. Elles nous sont offertes pour nous apprendre à
veiller avec délicatesse sur tout ce qui est en germe dans nos vies. Le gel
d’avril saisit la fleur et tout est « grillé ». Le cerisier en fleurs
rachètera les milliers de vies humaines en promesses et que la froide
morsure des pratiques barbares aura arrachées au sein maternel, durant cette
année, avant la naissance du fruit. « Et Jésus le fruit de tes entrailles
est béni ».
De Taïwan, visité en novembre dernier,
j’ai ramené des teintes, des formes et des parfums exotiques. Ces fleurs
n’ont pas de nom dans notre langue. Elles sont cependant familières à nos
confrères de là-bas. Elles éveillent en même temps l’attention missionnaire
que chacun de nous doit nourrir et celle que notre Congrégation doit porter
sur nos jeunes confrères venus de ces cultures lointaines. Orchidées,
flamboyants, callistemons ou autres tulipiers d’Asie et d’Amérique latine.
L’asparagus et la plus large
aspidistra apporteront leur équilibre de verdure. Il en faut dans un beau
bouquet. Comme il nous faut des raisons d’espérer. Je les souhaite à tous.
Je les demande avec l’Eglise en prière. En cette année sacerdotale le vert
de l’Espérance présage à une floraison nouvelle de vocations. Je prierai
aussi pour que, là où nous nous trouvons, chacun puisse ajuster encore
davantage sa vie au projet de Dieu. La vocation sacerdotale s’invitera
alors, ou surgira, voire même s’imposera, comme un complément indispensable
à l’équilibre de l’ensemble. Pas de bouquet sans verdure ! Et si la pénurie
des prêtres sous nos latitudes venait contester d’abord nos erreurs
d’ajustement au projet de Dieu sur nous, nos défauts d’identité ?
Les chrysanthèmes, pour les jours de
deuil. Je voudrais bien n’avoir pas à les offrir pour cette circonstance.
Mais le deuil sera au rendez-vous au cours de l’année. Le chrysanthème qui
n’en finit pas de finir nous parlera de l’après ; de la vie qui n’est pas
finie et qui est déjà toute autre. Dieu fit le chrysanthème pour revêtir
d’or et de lumière les enfants du monde nouveau, « et Dieu vit que cela
était bon ». Comme il est souhaitable que les parents apprennent aux
enfants, et dès leur plus jeune âge, qu’il y a une vie Autre ; qu’ils sont
faits pour le ciel, un ciel qui se prépare dès maintenant. Il faut parler du
Paradis ! Si l’année nouvelle pouvait réparer un peu la déchirure infligée
par le divorce ciel-terre ! Peut-être simplement en contemplant les
représentations d’artistes. Le sol paradisiaque où se célèbre les noces de
l’Agneau Mystique de Van Eyck est parsemé de marguerites, mot qui veut dire
pierres précieuses. « Marguerite je t’aime, un peu, beaucoup… ». A Ravenne,
les fleurs du Paradis de St. Apollinaire poussent partout, y compris sur les
rochers. Et que dire des parterres de Fra Angelico ou ceux des peintres
mystiques flamands ! Les spécialistes n’arrivent pas à dénombrer les
variétés qui fleurissent dans leurs Paradis ! Les Fleurs sont
théologiennes. Elles sont à elles seules, malgré leur vie éphémère, un
traité de la Vie éternelle. « Regardez les lys des champs… (Mat. 6,29) ».
Une fleur pour chaque jour de
l’année ? Et il en restera beaucoup au jardin de la création. Nous
cueillerons aussi les plus humbles violettes, la petite gentiane le narcisse
des prés ou encore d’autres très communes pour que le souci quotidien
n’envahisse pas toute la plate-bande. Il a sa part, bien sûr, et sa place ;
mais il sait aussi être tenace. Alors il nous faudra bien le prendre en
main, sans qu’il nous laisse croire qu’il n’y a plus que lui. D’ailleurs, à
le regarder de près, il n’est pas interdit de penser qu’il a une forme
semblable à celle de la marguerite. A déposer donc entre les mains du
Jardinier il en fera les ‘pierres précieuses’ de notre Paradis.
Je souhaite donc à chaque lecteur une
année fleurie. Peut-être s’agit-il moins de « savoir cultiver son jardin »,
comme le disait le philosophe, que de consentir à devenir bonne terre entre
les mains du Jardinier du matin de la Résurrection. C’est Lui qui jette la
semence à profusion. A tourner et à retourner la terre de nos cœurs nous en
viendrons, par grâce, comme Marie–Madeleine, à nous retourner nous-mêmes
vers Lui, l’appelant « Rabbouni, Maître ! » Nous sera-t-il offert de
recevoir de ses mains la fleur qui donne la touche indispensable à la beauté
de l’année nouvelle ? : la passiflore ou fleur de la Passion. Une Passion
qui a fait refleurir le vieux bois mort de la Croix parce qu’elle a le
dynamisme de l’Amour. C’est Sa préférée. Qu’elle puisse pousser aussi sur
nos terres et l’année sera meilleure.
Jean-Marie Lovey, Prévôt
« Un cœur dans les pierres.
L’hospice du Grand-St-Bernard aujourd’hui »
La naissance d’un
projet qui délivre une Parole
En automne 2007, les
quatre religieux de la communauté de l’hospice, emmenés par leur Prieur
d’alors Jean-Marie Lovey, se retiraient trois jours dans la vallée voisine
de Chamonix pour partager la joie de vivre ensemble et d’être unis. Nous
désirions simplement nous retrouver et mettre en commun les aspirations et
les intuitions de chacun, sans oublier les nécessaires remises en question,
afin de nous disposer à écouter Celui qui sonde les cœurs et qui sait quel
est le désir de l’Esprit ajusté aux vues de Dieu (Rm 8,27). Bien que
l’Esprit vienne au secours de notre faiblesse, il n’est pas toujours aisé de
reconnaître les gémissements ineffables du Souffle Saint s’exprimant au
creux du silence partagé ou de la parole écoutée.
Animés par le désir
d’offrir en partage la grâce qui nous fait vivre sur le col, nous avions
discerné le besoin de renouveler nos moyens de communication. Lors de ce
séjour à Combloux, nous avions décidé d’écrire ensemble un livre sur
l’aujourd’hui, tel qu’il est vécu à l’hospice du Grand-St-Bernard. Nous
pensions que ce chantier alimenterait nos rencontres hebdomadaires de
communauté. Mais l’Esprit souffle où il veut, et la fragile communauté fait
ce qu’elle peut, lorsque les vents tourbillonnants de la mission
d’hospitalité la désinstalle sans cesse de ses objectifs pour l’appeler à
rejoindre son cœur… ce « cœur dans les pierres » qui donne la pulsation de
l’amour désintéressé au rythme de l’engagement du Christ en nos vies.
Au fur et à mesure que
le temps passait, notre communauté réalisait l’impossibilité de son projet :
où trouver la disponibilité ? angoisse devant la page blanche, par où
commencer ? qui fait quoi ? Nous étions démunis. Pas facile sur le moment
d’accueillir ces manques comme l’espace où Dieu libère les énergies pour une
création nouvelle ! L’échec de notre entreprise n’était qu’apparent : alors
que le chantier du livre était au point mort, nos échanges communautaires
étaient stimulés par le travail sur le Cd « Pèlerin de l’infini » ainsi que
par la collaboration de Jean-Marie Lovey et de Paul Bruchez à la publication
d’un ouvrage à paraître prochainement, consacré à notre fondateur et à la
spiritualité bernardine.
Le manque éprouvé,
faut-il donc encore l’envisager comme un échec, une absence de vie, ou bien
plutôt comme un lieu d’hospitalité, un espace de disponibilité, une source
de créativité ? Et si l’impossible – au lieu de nous démobiliser
intérieurement – était un appel de Dieu à quitter une forme de
toute-puissance pour nous ouvrir à la rencontre avec l’autre, avec cet hôte
qui nous orientera sur les chemins du possible.
Le poêle de l’hospice
est l’un de ces lieux où le partage d’un thé élargit parfois les horizons.
Ce matin-là, je ne comptais pas m’y attarder, juste le temps d’une boisson
avant de me replonger dans du courrier en retard. Mais mon regard fut attiré
par l’appareil du photographe présent dans le réfectoire, car son Canon
ressemblait à celui que la Paroisse de Martigny m’avait offert. Andrea
Alborno me remit son outil de travail entre les mains et nous sommes restés
à échanger près de deux heures ensemble. Au lendemain de cette rencontre,
nous sommes en avril 2008, Andrea intégrait le projet du livre resté au
point mort depuis 6 mois.
Mais notre photographe
avait lui aussi besoin de faire alliance, il ne voulait pas opérer la
sélection des photos pour le livre, c’est ainsi qu’il nous proposa de
confier ce travail à Pierre Rouyer qui était alors rédacteur en chef du
magazine Animan. Nous apprenions par la suite que Pierre venait d’éditer un
ouvrage sur le Parc national suisse dont il était le co-auteur. Dès lors, le
projet de notre livre devenait possible.
C’est en juin 2008, en
la fête des saints Pierre et Paul, que Pierre Rouyer est monté à l’hospice
pour la première fois, accompagné de son épouse Olga et de leurs enfants
Pablo et Blanca. Une rencontre simple, belle et profonde avec notre
communauté où le cœur de chacun s’est laissé rejoindre, mystérieusement et
en douceur.
Une rencontre qui en a
suscité tant d’autres, tout aussi vivifiantes, car l’ouvrage paru en juin
2009 est le fruit d’un regard attentionné qui scrute avec bienveillance
l’horizon de l’être et d’une écoute patiente qui révèle à chacun sa part
d’éternité.
« Un cœur dans les
pierres » est le symbole d’une amitié millénaire qui aujourd’hui se tisse
entre les visages évoqués au fil des pages et tous ceux qui les
recueilleront en eux au fil de leur lecture.
Chanoine José Mittaz
Témoignage de l’auteur
(Le texte ci-dessous
a été lu par Pierre Rouyer, lors de la messe du 15 juin 2009, dans l’église
de l’hospice du Grand-Saint-Bernard. Il témoigne de ce qui a été vécu lors
de l’écriture du livre Un cœur dans les pierres – L’hospice du Grand-Saint-Bernard
aujourd’hui)
Celui qui vient
d’écrire un livre sur un sujet aussi important que l’Hospice du Grand Saint
Bernard pourrait, au moment d’en parler, se sentir sûr de lui, maître des
mots, en pleine possession de ses capacités oratoires. Il n’en est rien. Je
suis tel l’enfant devant un père immense, parmi des frères et des sœurs
immenses, plus que jamais poussière, disciple et non maître, point minuscule
et mouvant quelque part entre l’Alpha et l’Omega, humble, et profondément
joyeux. Comment pourrait-il en être autrement, dès lors que nous vivons
maintenant le temps de l’Eucharistie ?
A l’hospice du Grand-Saint-Bernard, c’est ainsi. Vous venez
pour la première fois, vous passez le seuil de la maison millénaire, et vous
êtes immédiatement accueillis par des êtres qui prient, travaillent,
partagent jour après jour les joies et les peines. Alors vous priez, vous
travaillez avec eux, vous vivez quelque temps au rythme de leur communauté.
Peu à peu vous sentez votre existence se remplir d’une vie nouvelle.
Vous avez reconnu dans
les fils et les filles de Saint Bernard la présence de Dieu sur le chemin
des hommes – ce sont les mots du prévôt. Vous avez découvert un lieu où tout
est enseignement, où même les imperfections sont parfaites, car elles nous
enseignent que rien n’est jamais acquis, et qu’il faut constamment
entretenir, tel un feu, le lien avec les vertus qui nous habitent et nous
entourent. Vous avez été saisi, conquis par ce charisme né de l’humain et de
la montagne.
Un beau jour, le prévôt lui-même, vous invite à venir au
milieu du chœur, pour évoquer, en simplicité, en vérité dit-il, l’un ou
l’autre aspect de ce qui a été généré lors de l’écriture de ce livre. L’air
de rien, les gens du Grand-Saint-Bernard savent exprimer en quelques mots
doux, des exigences qui vous bouleversent. Je parlais tout à l’heure de
l’enfant devant le Père immense. Mais, parmi les choses qui se donnent et se
gagnent ici, il y a la confiance. Si le prévôt m’invite à présenter ce
nouveau livre devant vous, à l’intérieur de l’eucharistie, c’est qu’il juge
que c’est non seulement possible, mais juste. En m’adressant à votre
assemblée, c’est donc sur la congrégation du Grand-Saint-Bernard que je
m’appuie, comme à l’épaule d’un guide plein de vie, sagesse et bonté.
Nous avons entendu Saint Paul, dans sa lettre aux Romains,
énoncer que « selon la grâce que Dieu nous a donnée, nous avons reçu des
dons qui sont différents. » Si c’est le don de servir, il faut servir, j’en
conclus que si c’est le don d’écrire, il faut écrire. Bien. Mais quel est le
premier commandement que Jésus enseigne au scribe? Au scribe, Jésus demande
d’abord d’écouter. Cela se lit dans l’Evangile de St Marc. « Ecoute », dit
Jésus. J’ignorais l’existence de cet enseignement en commençant l’écriture
de ce livre, mais je l’ai découvert en chemin.
Que serait l’écriture, si écrire n’ouvrait à la découverte
et à l’apprentissage de cela même que l’on écrit. Pour cela, j’ai suivi sans
le savoir le commandement que Jésus à donné au scribe, j’ai écouté. Et j’ai
écouté avec tout mon être, toutes mes forces, afin que chaque mot qui
prendrait forme dans la plume ait d’abord traversé le fourneau du cœur.
Je ne vous dirai pas ce qui a été écrit, mais ce que j’ai
entendu, et recueilli, ces paroles humaines nées de l’expérience et du
questionnement. Elles m’ont été données par les sages d’ici, dans le flux
merveilleux du dialogue, c’est-à-dire l’écoute mutuelle. J’ai choisi dix de
ces paroles, qui témoignent de différents aspects de la vocation bernardine.
Certaines de ces paroles sont limpides, d’autres aussi denses que le roc.
Mon métier, ici, est de vous les transmettre.
-
« La communauté est la dimension la plus importante, le lieu où l’on
accède à la connaissance de soi, de l’autre, de Dieu »
-
« Franchement, la chose que je vois, c’est la fragilité de tout, à
commencer par celle de la communauté. En même temps, cette fragilité est une
chance, car elle nous garde de croire que nous maîtrisons quoi que ce soit »
-
« Si l’on veut permettre aux êtres humains de donner le meilleur
d’eux-mêmes, il faut leur donner des exemples de ce qu’il y a de plus beau »
-
« L’accueil doit être le plus large possible. Nous ne demandons rien
aux gens, ni leur origine, ni leurs croyances, car c’est secondaire. La
personne qui se présente, il faut la recevoir et l’accueillir. »
-
« Ce qui est au centre, ce n’est ni une morale, ni une loi, ni même
une religion, c’est vivre »
-
« Tu dois prendre en compte la trajectoire de Dieu en chacun, et tu
ne dois pas être une entrave. »
-
« Ce que nous accueillons dans la confidence, nous le transmettons à
Dieu par la prière personnelle et communautaire. »
-
« La douleur de la personne est la même douleur que celle du Christ.
Celui qui est dans la souffrance est dans un processus de crucifixion,
indépendamment de sa relation avec Dieu. »
-
« La montagne est la plus belle des cathédrales »
-
« L’amour que je ressens ne vient pas de moi. C’est une grâce
immense. »
De telles paroles sont la source et le grain de l’écriture.
Ici, j’ai vu ce que peuvent devenir l’homme, et l’écrivain. L’écrivain est
comme l’ombre du chocard sur la pente enneigée. Ecrire est le fruit de la
lumière et de la vie qui passe. En écoutant l’autre, je me suis rapproché de
Dieu, et en me rapprochant de Dieu, j’ai entendu battre mon propre cœur.
J’ai entendu ce qui unit cette communauté et qui m’unit désormais à elle. Il
s’agit de ce mystère qui, maintenant, nous est offert.
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Descriptif du livre
Dans les Alpes valaisannes, à la frontière entre Suisse et Italie, l’hospice
du Grand-Saint-Bernard est un haut lieu, un havre de paix unique au monde.
Depuis près de mille ans, les religieux y vivent, été comme hiver, pour
garder dans la montagne le feu sacré de l’accueil, matériel et spirituel.
Les photographies élégantes, les textes vivants révèlent la vie quotidienne
de la communauté du Grand-Saint-Bernard. Les chanoines ne sont pas des
moines : ils vivent en contact permanent avec le monde extérieur, recevant
chaque jour les voyageurs venus se ressourcer.
Un livre où se rejoignent des témoignages essentiels de la foi, de la
connaissance de soi et de l’altruisme. Le Grand-Saint-Bernard est un îlot
d’humanité au coeur d’une nature âpre et splendide.
Les auteurs
Originaire du Val d’Aoste, Andrea Alborno est photographe pour la
pressmagazine internationale. Sollicité par la communauté du Grand-Saint-Bernard,
il a consacré plusieurs mois à observer et à photographier la vie
quotidienne à l’hospice, d’une manière à la fois esthétique et informative.
L’un de ses reportages les plus récents concerne les enfants des rues
àOdessa, en Ukraine. Ce travail a donné lieu à plusieurs expositions en
Italie, ainsi qu’à un livre,
Gioventú negata,
publié en 2009 sous le patronagde l’Unicef. Journaliste, Pierre Rouyer a été
pendant sept ans rédacteur en chef dumagazine suisse
Animan.
Pour l’écriture du livre
Un coeur dans les pierres,
il s’est immergé dans la triple dimension communautaire, hospitalièreet
religieuse du Grand-Saint-Bernard. Il est l’auteur de
L’aventure absolue,
avec l’himalayiste valaisan JeanTroillet (Favre, 2001), et de
Nature souveraine – Le Parc national suisse,
avec le peintre Eric Alibert (Les Editions du Midi, 2008).
Un coeur dans les pierres
L’hospice du Grand-Saint-Bernard aujourd’hui
Photographies d’Andrea Alborno
Texte
de Pierre Rouyer
Les
Editions du Midi & les Editions du Grand-Saint-Bernard
144 pages123 photographies1 carte
Un coeur dans les pierres
L’hospice du Grand-Saint-Bernard aujourd’hui
Présentation de l’exposition
Comment saisir la réalité d’un lieu tel que l’hospice du Grand-Saint-Bernard,
où brûle, depuis près de mille ans, le feu sacré de l’accueil ?
La modernité a apporté incertitudes et changements, mais n’a rien diminué
de l’essentiel, qui est la présence religieuse dans une nature âpre,
autrement dit, un coeur dans les pierres. Pour approcher cette dimension,
le Valdôtain Andrea Alborno s’est donné du temps. Pendant près de neuf
mois, jusqu’en décembre 2008, il a photographié la vie quotidienne de
l’hospice, dedans et dehors. Il était présent lors des temps de prière et de
célébration. Il a marché dans la montagne en compagnie des pèlerins. Il a
photographié la nature, la lumière parmi les cimes, l’arrivée impérieuse de
la neige après les si brèves chaleurs.
A la demande de la communauté du Grand-Saint-Bernard, ce travail tente
de faire miroir, avec cette distance et cette proximité particulières que le
miroir instaure, de telle sorte que la vie de l’hospice s’y reflète dans une
lueur renouvelée, où se fondent la subjectivité discrète du photographe et
la réalité objective du lieu. Une réalité à la fois immense et fragile.
Immense,
car elle s’inscrit dans l’histoire de la chrétienté, qui a bouleversé
le cours de l’humanité. Immense aussi du fait des montagnes, qui élèvent
en même temps qu’elles écrasent, et qui ne montrent pas de fin. Fragile
enfin, car cette réalité hospitalière, vouée au secours puis à l’accueil du
prochain, est animée par des hommes et des femmes que l’époque cerne
de toutes parts. A l’hospice sied merveilleusement l’image de l’arche,
microcosme lumineux sur la houle obscure.
L’art du photographe n’étant pas celui du peintre d’icônes, ces images
exposées sous les voûtes n’ont rien de définitif. Leur beauté et, parfois,
leur vivacité désignent simplement l’aujourd’hui de l’hospice, soit la
pérennité
de la foi dans un désert d’altitude. Mais tout de même, malgré le
caractère instantané d’un tel témoignage, on voit que peu à peu, à force
d’être là, jour après jour, siècle après siècle, les gardiens de l’oeuvre de
Bernard connaissent les profondeurs d’un éternel présent, où ce qui était,
ce qui est et ce qui sera ne font qu’un. Manière de dire que le temporel
naît de son contraire, et le révèle. Saint Augustin, autre patron des lieux,
acquiescera peut-être.
Pierre Rouyer
Extraits de la presse
« Un superbe ouvrage,
qui célèbre la formidable beauté du site et la pérennité d’un esprit.»
Yves Lassueur,
L’Illustré , 9 septembre 2009.
« L’auteur évoque
magnifiquement le double chemin qui mène à l’hospice. Le chemin pédestre, et
puis l’autre, le chemin intérieur.»
Annick Monod, La
Liberté, 5 août 2009.
« Mille ans que la
porte n’est jamais fermée à clé. Il fallait le dire, le redire, le
souligner, et pour cela, les chanoines publient ces jours-ci un livre
magnifique. »
Philippe Dubath, 24
Heures, 15 juin 2009.
Un brin d’histoire sur la
Confédération des chanoines de saint Augustin
Le chanoine René-Meinrad
Kaelin me demande, au nom des Confrères du Grand –Saint- Bernard, pour
leur revue, de vous parler de la Confédération des Chanoines Réguliers de
Saint Augustin. Je l’avais déjà fait, il y a 4ans, et c’est volontiers que
je reprends la plume aujourd’hui . Je vais simplement vous donner des
nouvelles de notre Confédération, en rappelant plusieurs évènements qui
ont marqué ces dernières années . Nouvelles regroupées autour de trois types
de manifestations : - Les conseils primatiaux
- le Congrès de 2007 à Vorau
- le Conseil et le Congrès de l’année
jubilaire 2009
1) Les conseils primatiaux.
La proposition de réunir le Conseil Primatial sur trois
jours a permis aux Membres de ce Conseil ( qui comprend, pour chaque
Congrégation, le Supérieur Général, un délégué et un substitut choisis par
les chapitres respectifs) a favorisé une meilleure connaissance mutuelle et
un partage des situations de chacune des Congrégations . Cela a donné lieu
à des rencontres fructueuses
A)
Le Puy en Velay : Le 43ème Conseil
Primatial s’est tenu à Chadenac, en Haute Loire.
Ce furent des journées d’échange et de convivialité . Nous avons pu profiter
de l’accueil fraternel de notre Confrère , Monseigneur Henri Brincard,
évêque du Puy et nous avons également bénéficié de la grâce du Grand Jubilé
du Puy
B)
Klingenthal au pied du Mont-Saint Odile, en Alsace.
Du 12 au 15 mai 2005, les Chanoines réguliers du Latran ont
célébré les 600 ans de présence de présence de leur Congrégation à
Cracovie, plus précisément dans le quartier de Kasimiers un riche
programme, »connaître son héritage » avait été magnifiquement organisé.
Trente sept interventions de quinze minutes chacune, ont montré le nombre
et l’influence spirituelle et culturelle des implantations monastiques et
canoniales en Europe centrale en Europe centrale de l’Est. Il est vrai que
ces pôles de vie intellectuelle ont grandement concouru
à façonner le visage de l’Europe Le » docteur Henryck
Gapski, de l’université de Lublin soulignait que si l’on marquait d’un point
sur la carte tous les lieux où furent présents des Chanoines réguliers. Et
des moines on verrait que ce sont eux qui ont largement contribué à donner à
l’Europe sa physionomie actuelle du point de vue religieux et culturelle.L’apport
de ces recherches universitaires dans le domaine de l’histoire de l’Europe
est précieux, il nous met en garde contre un comportement amnésique quant à
nos racines. Sensible à ses appels naissait le projet d’une rencontre de
trois jours.Ces journées ont été préparées efficacement par notre ami M.
Philippe Fleck.
Du lundi 6 au jeudi 9 octobre 2008. Les membres du
Conseil Primatial se sont retrouvés à Klingenthal où ils furent accueillis
généreusement et gratuitement par Madame Stinzi, responsable de la
fondation Goethe. Nous avons pu dans ce contexte vivre un temps favorable
de réflexion sur l’Europe, avec l’aide du Père Henri Madelin,, De
Monseigneur Amédée Grab, évêque émérite de Choire et qui assura la
présidence des conférences épiscopales d’Europe, de Monseigneur Katz, évêque
de Strrasbourg, ainsi que du représentant du Saint Siège à Strrasbourg. Nous
eûmes aussi l’occasion de visiter le Conseil et le Parlement européen, qui
nous furent présentés.
Congrès 2007 : VORAU.
Nos confrères autrichiens ont organisé le Congrès 2007. Nous
avons bénéficié d’une hospitalité impériale. Nous gardons tous un souvenir
de journées fraternelles . Les échanges se sont faits autour du thème
proposé« communion et mission » On a discuté de l’ordre de ces termes :
mission pour la communion ou communion pour la mission ? L’Eglise est le
vignoble évangélique. Elle est mystère parce que l’amour du Père, du Fils et
de l’esprit Saint sont le don absolument gratuit, offert à tous ceux qui
sont nés de l’eau et de l’Esprit, appelés à vivre la communion même de Dieu,
à la manifester et à la communiquer dans l’histoire (mission) (cf
Jean-paul II . Christi fideles laici, n° 8).
2009 année exceptionnelle : Congrès et Conseil Primatial.
Un double anniversaire a été célébré
a)
50 ans de la Confédération. Le pape Jean XXIII, en la
fête de Sainte Monique instituait un lien entre diverses congrégations de
Chanoines reéguliers : la congrégation d’Autriche, la congrégation Saint
Sauveur du Latran, la congrégation du Grand –Saint-Bernard et la
congrégation de Saint Maurice.. Le foedus caritatis fut inauguré par le
nouvel Abbé Primat, Monseigneur Louis Séverin Haller, Abbé de Saint-Maurice
et Evêque titulaire de Bethléhem, dans l’Archibasilique du Latran
La confédération des Chanoines Réguliers de Saint Augustin,
créée à l’aube du Concile qui, précisément , a regardé l’Eglise dans son
mystère de communion comportait quelque chose de prophétique, elle invitait
les diverses congrégations à ne pas rester dans un isolement , mais à mieux
se connaître et s’entraider, en un moment où l’on ne peut demeurer seul et
s’autosuffire.
b)
le 950 ème anniversaire du 2ème synode du
Latran.
Ces deux anniversaires
ont été marqués par une double célébration : un Congrès extraordinaire,du 31
août au 4 septembre et un Conseil Primatial de 3 jours à Rome
Le Congrès s’est tenu à Capiago , dans le Nord de l’Italie, près de Côme,
dans un site très paisible et un cadre merveilleux de célébrations. Le
nombre de participants était impressionnant (130) ainsi que la diversité
présente, de toutes langues, peuples, et nations.
Le 1er
septembre nous nous sommes rendus à Milan, avec visite du Dôme et
célébration eucharistique, en la Basilique S. Ambroise. Quelle plongée dans
nos racines augustiniennes.
Le 2 septembre nous
nous retrouvés à Pavie, où sont gardés les restes de s. Augustin. Moment
très intense , surtout du fait que la Messe était présidée par Monseigneur
Paul Desfarges, S.J., évêque de Constantine et Hippone, donc actuel
successeur d’Augustin. L’émotion fut forte pour lui, mais aussi pour tous
les participants. Elle nous a fortifié dans notre lien à Augustin.
Le Conseil Primatial
s’est tenu à Rome les 6 et 7 octobre. La veille au soir, le Père Marc
Bonningues, Prieur de la congrégation de Saint Victor et Prieur Primatial
nous a donné une conférence : Le synode du Latran (1059) : mémoire et
perspective.. Le 6 , au matin, s’est tenu le Conseil. Nous nous sommes
retrouvé, l’après-midi à Saint Jean de Latran pour l’Eucha-ristie , présidée
par le Cardinal Frank Rodé, Préfet de la Congrégation pour la vie consacrée.
Le lendemain, nous
prenions part à l’Audience Générale, au cours de laquelle le Saint Père a
salué notre anniversaire. Au terme, de l’Audience, la nouvelle était
officielle : la nomination du Père Luc Ravel de la congrégation de Saint
Victor comme Evêque aux Armées . C’est une joie et un honneur pour la
Congrégation. Joie que nous partageons avec la Confédération
J’ai souligné des
moments marquants de la Confédération, des étapes plus visibles. Je n’oublie
pas le travail caché, au jour le jour ,de chacun, dans la fidélité à notre
vocation canoniale.
+Maurice BITZ Abbé-Primat
Homélie prononcée par Monseigneur
Paul Desfarges,
(2 septembre à Pavie)
Frères et sœurs,
Je ne peux vous cacher l’émotion que j’ai de me trouver avec vous, près du
corps de saint Augustin. Une grâce pour moi, c’est une grâce pour nous tous,
parce que je crois que vraiment le Seigneur veut nous dire que le feu qui a
habité saint Augustin, continue de nous habiter, de vous habiter. Alors un
grand merci à vous Père, merci Père Abbé de m’avoir invité à être avec vous
pour prier auprès du corps de saint Augustin. C’est vrai que j’ai encore du
mal à réaliser que je suis dans la succession de ceux qui, sur cette terre
d’Afrique du Nord, continuent de porter le nom de Jésus, afin que tout
homme, tout peuple découvre qu’il est aimé, non pas de l’extérieur, mais de
l’intérieur. Et si vous saviez, combien en Algérie, les algériens et les
algériennes ont besoin de savoir qu’ils sont aimés vraiment par Dieu.
Dans ma vie précédente, j’allais dire, j’étais enseignant et j’écoutais
beaucoup les jeunes (je faisais de l’aide psychologique) et ce qui me
frappait toujours, c’était la peur de Dieu, la peur qui habitait, comme si,
avec Dieu, on n’était jamais tout à fait sûr. Augustin a fait l’expérience
après un long temps de recherche, qu’il était voulu, aimé et choisi pour
lui-même, qu’il était aimé de toute éternité, et qu’il était aimé, lui qui,
pourtant, a vécu jusqu’alors une vie pas toujours recommandable. Alors,
c’est cette Bonne Nouvelle, que nous portons, que je porte. Un jour je
demandais à Augustin qu’est-ce qu’il y aurait à dire, qu’est-ce que vous
aimeriez dire à notre petite Église du Maghreb, l’Église du Constantinois,
qu’est-ce que vous auriez à lui dire pour aujourd’hui, au XXIe
siècle. Et il me disait , je crois qu’il me disait au fond du cœur:
«Je n’ai rien d’autre à vous dire que ce que je disais à mes diocésains du
IVe siècle: ‘Vita nostra dilectio est’ - ‘Pour nous, vivre, c’est
aimer’.»
Et le mot
dilectio
est un mot très fort, qu’il faut entendre dans toute sa force, qui dit le
mouvement-même du cœur de Dieu. Il est dilection, dilection pour vous, pour
nous, pour tous les hommes. Et chaque homme, chaque être humain est invité à
habiter pleinement ce mouvement du cœur qui est un mouvement de dilection
pour les autres.
Vous qui faites profession de vie commune, vous savez ce que ça veut dire
d’être les uns pour les autres une dilection. Nous portons cette bonne
nouvelle. Votre Père Abbé, le Père Maurice, me disait d’essayer d’aborder
devant vous cette phrase de saint Augustin
‘Pour vous je suis Évêque’.
Qu’est-ce que ça veut dire pour l’Évêque d’Hippone d’aujourd’hui, qui c’est
ce vous ?
Eh bien, le vous, pour l’Évêque d’Hippone d’aujourd’hui, du diocèse de
Constantine et d’Hippone, ce sont 12 millions d’algériens et d’algériennes,
musulmans, musulmanes, 12 millions, au milieu desquels vivent une toute
petite communauté de chrétiens, dont la plupart sont étrangers au pays :
400, 500, et parmi ces 400-500, quelques-uns dans le diocèse de Constantine.
Moins d’une trentaine sont baptisés :
des algériens et des algériennes baptisés, qu’est-ce que c’est que ce
mystère ?
Souvent, on me pose la question :
« Qu’est-ce
que vous faites, qu’est-ce que vous allez faire en Algérie ? »
Et peut-être en vous parlant, j’aimerais susciter des vocations. Nous sommes
un peuple, nous sommes une Église pour un peuple musulman. Nous sommes une
Église dans un peuple musulman, pour un peuple musulman. C’est ce peuple
qu’il nous est donné de rencontrer, d’aimer, et par lequel nous nous
laissons nous-mêmes aimer.
Et quelle est la première bonne nouvelle, la bonne nouvelle essentielle que
nous nous annonçons quotidiennement, dans le quotidien des rencontres, car
notre vie d’Église, c’est une vie d’amitié, une vie de rencontre – on
l’appelle parfois l’Église de la rencontre – une vie de la fraternité où
nous nous annonçons, en allant au marché, en allant chez un voisin, une
voisine, en s’écoutant les uns les autres, en se rendant visite. Cette Bonne
Nouvelle, c’est toi :
tu as du prix à mes yeux et je t’aime ;
ta vie a du prix pour moi, je veux que tu vives. Est-ce que tu veux bien que
ma vie aussi soit pour toi importante ?
que nous portions les uns les autres, l’un l’autre cette communion de vie :
c’est un grand défi.
Un jour – mais je m’éloigne de mon homélie préparée – avec des étudiants,
des étudiantes, à la sortie d’un cours, ils me disaient :
« Monsieur,... »
– ils m’appelaient Monsieur –
« Monsieur,
Monsieur Paul, pourquoi êtes-vous ici, pourquoi êtes-vous venu ? »
Alors, je ne pouvais pas leur dire :
« Je
viens pour vous annoncer Jésus Christ. »
Ça n’aurait pas été entendu. Alors, je leur ai dit :
« Voyez,
je crois à la fraternité universelle de tous les hommes ;
je viens d’un autre pays, d’une autre culture, d’une autre religion,
beaucoup d’histoire nous sépare. Alors que l’on pourrait croire qu’il y a
des frontières, des barrières entre nous, barrière de la langue, de la
religion, de la culture, je viens vivre parmi vous ma foi :
que nous sommes tous frères et sœurs. J’ai la joie d’avoir vécu, de vivre
parmi vous des amitiés, une amitié, quelques amitiés. »
Et donc, c’est vrai que nous sommes tous frères, que nous avons, comme nous
l’avons dit dans l’Évangile, le même Père, c’est vrai, et cela, c’est une
bonne nouvelle dont le monde entier a besoin. Nous sommes tous frères et
sœurs, parce que nous avons tous la même source, la même origine, un cœur de
Père. Pour vous, je suis Évêque, vous tous, algériens, algériennes,
musulmans, musulmanes, et il nous est donné sur la route, des hommes et des
femmes de ce pays, d’être nous-mêmes touchés par la foi que nous voyons
vivre par nos frères musulmans, musulmanes, qui sont des priants.
Le frère Christian de Thibérine disait :
« Nous
sommes des priants au milieu d’un peuple de priants. »
Vous savez que le frère Charles de Foucauld a été touché pour la première
fois en voyant prier des musulmans. C’est comme cela qu’il a été touché dans
son cœur et a eu envie de connaître Dieu.
Je suis donc donné à cette terre et à ce peuple ;
notre petite Église, c’est une Église pur un peuple. J’ai reçu au moment de
mon ordination comme Évêque cette parole sous laquelle j’ai mis tout mon
épiscopat
‘ Elle
le déposa dans une mangeoire. ’
Marie le déposa dans une mangeoire... Plus je vis, plus je suis touché par
cette parole. Cette mangeoire dans laquelle est déposé Jésus, c’est aussi
notre Église, notre petite église, qui est là, offerte pour un peuple. Le
frère Christian de Thibérine disait encore :
« Le
Christ a tellement aimé l’Algérie, qu’il a donné sa vie pour elle, pour ce
peuple et les nôtres à sa suite. »
C’est une grâce, vous savez, de recevoir, d’aimer un peuple. Quand j’y suis
allé pour la première fois, – j’ai été envoyé, je voulais partir en
mission – mais je ne peux pas dire que j’aimais l’Algérie, que j’aimais les
algériens, et puis après un certain temps, tout d’un coup, je me suis dit,
j’ai senti que j’aimais ce peuple. Quand il est heureux, je suis heureux ;
quand il est malheureux, je suis malheureux ;
quand il gagne des matches de foot, je suis heureux et quand il les perd, je
suis malheureux. C’est quelque chose que cet amour qui vous saisit. Les
hommes et les femmes a priori qui vous sont étrangers et dont on peut se
faire proche, vivre une vraie fraternité, une vraie amitié. C’est le
Cardinal Duval qui disait:
«Je crois à la force révolutionnaire de l’amitié.»
Qui sont mes diocésains, qui est cette petite Église qui est dans la
mangeoire ?
Je me disais, sur 12 millions dans le diocèse, 17 Prêtres, 30 - 35
Religieuses. Il y a 400 - 500 chrétiens, la plupart sont des étrangers ;
mais nous sommes une Église très internationale: il arrive à certains de nos
rassemblements que nous soyons 25 - 30 - 35 nationalités :
beaucoup de pays africains, certains pays asiatiques et européens. Et nous
formons une petite Église pour ce peuple. Parmi ceux-ci, il y a ceux qu’on
appelle les expatriés, ceux qui travaillent dans des bases-vies, pour les
chantiers internationaux ;
actuellement parmi eux beaucoup de philippins que nous essayons de rejoindre
au moins pour les grandes fêtes. Avant, nous avons eu les polonais ;
nous avons eu des égyptiens aujourd’hui également. Et c’est un peu le cœur
de notre petite Église, de nos paroisses plutôt. Nous avons des étudiants
d’Afrique Noire qui viennent faire leurs études en Algérie. Parmi eux un
certain nombre sont chrétiens et parmi eux des catholiques :
vraiment c’est un cadeau du Seigneur pour notre Église. Quand ils arrivent
en Algérie, ces jeunes noirs — un petit peu de racisme — ils ne sont pas
bien reçus et puis on leur dit :
« Mais
vous, vous êtes noirs, vous devriez être musulmans. »
Alors, ils disent :
« Non,
on est chrétiens. »
Ils sont comme bousculés à l’intérieur de leur vie, à l’intérieur de leur
foi. Alors, nous les accompagnons, nous les aidons, et certains font un beau
chemin d’humanité, de maturation et de foi. Ils sont de vrais témoins de
Jésus pour leurs frères algériens ou algériennes et nous ne pourrions pas
rêver pour des jeunes algériens ou algériennes qu’ils rencontrent de plus
près des témoins de Jésus. J’aime leur dire à ces jeunes, comme je vous le
disais tout à l’heure :
« Faites-vous
des amis, devenez des amis. »
Cette victoire de l’amitié est une grande victoire, surtout quand le racisme
est latent. Il y a un racisme anti-noir qui existe. Je veux vous confier,
confier à votre prière, parce que c’est très cher à mon cœur de pasteur, la
présence parmi nous de quelques algériens, chrétiens catholiques algériens
et protestants algériens.
[..........................................]
Quelques années après, je rencontre un ami algérien – je me fais un ami
algérien – j’apprends qu’il est évangélique. Je dis :
« Tiens,
il y en a quelques-uns. »
Puis il y a 15 ans, les algériens et les algériennes ont commencé à venir
frapper à notre Église. Je suis le parrain de plusieurs algériens et
algériennes :
l’un d’eux est devenu prêtre il y a un an. Ce sont des unités-surprises du
ciel :
nous ne sommes pas allés les chercher, nous ne faisons pas de prosélytisme.
Ils ont tous un peu la même histoire :
une quête intérieure. Quelque chose en eux qui leur dit :
« Mais
Dieu, ce ne doit pas être tout à fait ce que l’on nous raconte à la mosquée. »
N’est-il pas possible de vivre avec Dieu une relation plus intime, plus
proche. Et puis, l’un ou l’autre a eu un songe, un rêve, un autre a vu un
film, une émission, a entendu que dans les églises en France ou en Europe,
on priait pour les musulmans, pour les victimes du terrorisme. Je me
rappelle de l’un d’eux qui me disait :
« J’ai
vu un film qui s’appellait Marie de Nazareth. »
Je ne sais pas pourquoi il a vu ce film, mais il ajoutait :
« Ce
qui m’a touché dans ce film, c’est qu’il n’y a que de la paix. »
Il n’y a que la paix, c’est vrai. Vous savez, si vous regardez des films
musulmans, ce sont souvent des films d’épopée guerrière. Ce jeune homme a
été touché par ce climat de paix. Il me disait ensuite :
« Après,
je priais tout seul dans mon lit la nuit, et un jour, j’ai senti que Dieu
s’intéressait à moi, j’ai eu l’impression qu’il s’intéressait à moi. Et
puis, j’ai cherché, j’ai cherché et j’ai vu une émission et j’ai voulu lire
l’Évangile. Je me suis rendu compte que ce Dieu qui me parlait, qui me
faisait sentir sa présence, c’était Jésus. »
C’est pour cela que ces quelques convertis dans mon diocèse, ils sont moins
de 30 ;
dans le diocèse d’Alger, qui comprend la Kabylie, cette région berbère, ils
sont peut-être 150-200. Nos frères évangéliques sont beaucoup plus nombreux,
surtout en Kabylie, peut-être 10 000, peut-être 20 000. Dans mon diocèse,
ils sont peut-être 150. Ces frères et sœurs, on les appelle des amis de
saint Augustin, pour éviter de parler de chrétiens algériens, de catholiques
algériens. Dans certains papiers, dans certaines notes, on parle d’amis de
saint Augustin. Et le mot est bien choisi, car, les ayant accompagnés, on
peut dire qu’ils font la même expérience que saint Augustin. Ils découvrent
un Dieu intime, un Dieu intérieur, un Dieu bon, un Dieu qui ne juge pas, un
Dieu qui les aime malgré leur passé plus ou moins tumultueux. Et c’est de ce
Dieu-là dont nous sommes témoins. Comme le monde a besoin d’un Dieu qui ne
juge pas, d’un Dieu qui ne condamne pas, d’un Dieu qui dit :
« Mais,
viens, mais viens, toi, toi, toi... »
– « Ah,
mais je ne peux pas. »
– « Si !
toi, je t’attends, je t’aime, viens ! »
C’est de cela, frères et sœurs dont nous sommes les témoins. Vous, famille
de saint Augustin, c’est ce trésor que vous portez. Je prie pour vous, priez
pour moi. Prions pour que cette expérience de saint Augustin, ce Dieu du
cœur, ce Dieu intérieur, soit de plus en plus connu et aimé. Voyez...
Comment annoncer cette Bonne Nouvelle en Algérie ?
Nous l’annonçons d’abord par notre humanité :
l’apostolat du sourire, de la poignée de main, de la tasse de café partagée
ensemble, de la visite à un ami malade.Que notre humanité respire une
présence où toute personne se sente accueillie quelle qu’elle soit. C’est
cela notre défi. Oh !
nous sommes tous pareils, fragiles, faibles, limités, pécheurs et pourtant,
nous savons que Dieu nous aime, qu’il aime aussi nos frères, nos sœurs, vers
qui nous sommes envoyés et donc c’est à travers cette humanité, cette bonne
humanité.
L’Eucharistie chez nous a beaucoup d’importance, enfin comme partout, je
pense chez vous aussi, d’abord parce que notre vie est une vie eucharistique
qui s’offre, qui veut s’offrir, et aussi parce que dans nos Eucharisties, il
n’y a pas beaucoup de monde.. Voyez... Je vais parfois dire la messe dans un
petit village où il y a trois religieuses ;
un prêtre qui passe de temps en temps, tout le reste, ce sont des musulmans.
Qu’est-ce que cela veut dire qu’il y ait la messe avec trois sœurs dans un
ensemble totalement musulman ?
Mais, ces sœurs qui sont là-bas depuis longtemps ont des relations très très
fortes avec les gens :
l’une est infirmière, l’autre fait du soutien scolaire, une autre encore
travaille dans la broderie. Que font ces sœurs ?
Qu’est-ce qu’on fait pendant la messe, sinon en Christ, porter la vie de ces
hommes et de ces femmes, l’offrir, la donner, participer à ce grand mystère
du Christ qui prend l’humanité pour l’offrir à son Père. C’est pour cela
qu’il n’y a pas de petite Eucharistie, il n’y a pas d’Eucharistie où l’on
est 2 ou 3, ou bien où l’on est 10 000 ou 50 000. Il n’y a que
l’Eucharistie, le mystère du Christ, qui, comme il l’a dit :
« Quand
j’aurai été élévé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. »
Ce mystère de Dieu qui prend notre humanité et il nous envoie pour être
frères et sœurs d’humanité, pour que toute cette humanité que nous prenons
dans notre cœur, eh bien, nous préparions, nous aidions, nous participions à
ce que tout remonte au Père.
Voilà ce que je voulais vous partager, cher Augustin, chers amis et sœurs.
Par ta prière, avec ta prière, nous savons que Dieu continue d’intercéder
pour nous. Tu continues d’être Pasteur, tu continues de nous obtenir cette
grâce de faire connaître le cœur de Dieu, le cœur du Christ. Augustin,
aujourd’hui, nous te confions l’Église du Maghreb. Nous te confions toute la
famille augustinienne, toute cette grande famille de saint Augustin. Oui,
Augustin, nous mettons tout cela dans ta prière. Envoie des vocations dans
toutes les communautés augustiniennes. Envoie des vocations dans l’Église.
Soutiens ces amis de saint Augustin d’ici ou d’ailleurs, pour que oui,
Augustin, celui que tu as découvert, beaucoup d’autres puissent le
découvrir. Amen.
=
Paul Desfarges, Évêque de Constantine et d’Hippone
A
la découverte de notre novice Lionel Girard
1.-
Lionel, veux-tu te présenter brièvement aux lecteurs de notre Revue: date,
lieu de naissance, famille, curriculum vitae ?
Mon
long parcours avant d’arriver au Gd St Bernard est parti de Grenoble où je
suis né en 1966. Là, j’ai commencé mes études d’économie et de gestion, les
ai poursuivi à Münster en Allemagne. Licence en poche, j’ai accompli mes
obligations militaires dans le cadre de la coopération catholique à l’abbaye
bénédictine de Keur Moussa (Sénégal) pendant 2 ans avant d’entrer chez les
bénédictins bavarois d’Ettal.
Parti juste avant de prononcer mes vœux, j’ai depuis 93 mené un parcours
professionnel autour de fonctions relatives au secteur de la vente, du
marketing ou de l’exploitation dans le monde de la distribution, du tourisme
international et de l’hôtellerie de luxe avant de rejoindre Dominique Giroud
à Sion pour développer à ses côtés son complexe oeno-touristique. Le chemin
qui conduit à l’hospice n’est pas vraiment une autoroute !
J’ai donc œuvré pendant plus de 15 ans dans des univers ou performance,
efficacité, rendement, profit sont les mots-clés. Pourtant, au cœur même de
ces activités souvent passionnantes, l’humain constitue la matière première
de ces métiers liés au service et j’ai toujours été surpris d’y rencontrer
des personnes animées d’une vie intérieure riche ou en quête existentielle
peu structurée.
Dieu, à travers nombre de témoins précieux, m’a souvent adressé des signes
pour susciter une réponse. Ainsi mes parents, mes amis, de belles
rencontres…m’ont peu à peu permis d’y voir plus clair quant à la nature de
cet appel ressenti lors de ma première retraite chez des clarisses. Puis
vient le moment où je dois cesser toute résistance, entrer dans sa
confiance, consentir à être aimé sans raison.
Aussi merci à vous tous : je vous dois d’avoir osé franchir ce pas sans
vraiment comprendre!
2.-
Qu'est-ce qui t'attiré dans notre Congrégation et comment y es-tu parvenu ?
C’est très simple. Tout s’est enchaîné sans avoir planifié ou prémédité quoi
que ce soit.
Presque submergé par mes activités professionnelles de la fin de l’année
chez Giroud Vins, un ami me donne à lire les écrits de Silouane, moine de
l’Athos. Ces pages ont « réveillé mon cœur ».
Puis je lis sur St Bernard tout ce que me donne Jean-Jacques, le bouquiniste
de Sion. Interpellé, je rencontre le chanoine Jean-Michel - avec qui je ne
suis pas parent – qui me guide skis aux pieds à l’hospice. L’accueil n’est
pas un concept, c’est l’évangile appliqué. De même, on ne vient pas à
l’hospice par sa volonté propre, on y est conduit. J’ai été cet hôte,
recueilli suite à une tempête, nourri de la Parole dans la crypte, par des
échanges où mes questions pièges s’achoppent contre la force de ceux qui
vivent la charité. Je cherchais à connaître l’esprit propre de St Bernard…
les 4 religieux de la communauté en vivent aujourd’hui au quotidien. Ce qui
touche est leur disponibilité, détachement, qualité de l’attention apportée
à chacun, en toute humilité. C’est désarçonnant ! « Ici le Christ est adoré
et nourri » est la devise de l’hospice. Ici, Dieu se donne mystérieusement
et je me suis senti profondément aimé sans avoir rien fait pour cela,
gratuitement. Alors oui, quand l’âme est saisie, ça chamboule et réoriente
notre système de valeurs.
Je
confiai à ND de Valère le soin de veiller sur moi et de régler tous les
soucis d’ordre administratif, et partis pour une retraite d’élection qui
s’avéra décisive car il me fallait enfin savoir comment répondre à cet
appel. Le « Viens, suis-moi » s’actualise par le oui du prévôt à commencer
mon postulat. Je ne comprends toujours pas bien comment ce changement
radical s’est opéré et encore moins pourquoi moi. Alors, tant pis : les
questions des psy vont rester sans réponse ou faire railler. Je continue mon
noviciat dans la paix, essayant d’unifier mon temps pour le dédier
entièrement à la contemplation. Puisse toute ma vie rendre témoignage de cet
amour qui rend libre. Je compte sur la prière de mes frères et sur la vôtre
pour m’aider à rester fidèle et docile à l’Esprit de Notre Seigneur. Par
lui, le monde entre dans une nouvelle économie. Devenons tous actionnaires
de la vie éternelle !
3.-
Quelles sont les étapes de ta formation de chanoine du Grand-Saint-Bernard
et en quoi consistent-elles ?
Actuellement, pendant mon noviciat doit se discerner ma vocation. Les
confrères tout comme moi ont besoin de ces 12 mois pour analyser si cet
appel ressenti vient de Dieu ou s’il s’agit d’une illusion, d’un refuge. Si
je persévère, seule leur acceptation de ma candidature validera cet appel en
lui conférant l’assertion de vocation de chanoine. Pendant ce temps, il
m’est donné de vivre un enfouissement en Dieu par la prière, commune et
personnelle. De plus, sous la conduite de Mgr. Benoît Vouilloz comme P.
Maître, son enseignement quotidien de la règle de St Augustin, des
constitutions et de l’histoire de la congrégation… m’éclairent sur la
typicité canoniale bernardine.
Préalablement, j’ai effectué un postulat de quelques mois à l’hospice
du grand St Bernard, vivant au sein de la petite communauté locale, rendant
quelques services. Vérifiant ainsi mon dessein de m’engager, j’ai rédigé ma
demande officielle d’admission en août.
En
effet à chaque étape, le candidat doit exprimer et motiver sa demande
d’intégration, celle-ci restant soumise à un vote de la part des membres du
conseil du prévôt.
Etapes suivantes : la profession des vœux évangéliques de pauvreté,
chasteté et d’obéissance d’abord temporaire (pour 3 ans) puis solennelle est
émise si le prévôt et son conseil agréent le candidat. A l’issue de ces 4
ans de probation, le nouveau profès solennel devient membre du chapitre et
fait partie de la famille des chanoines réguliers du grand St Bernard.
Dès
la profession temporaire, ses études en théologie à Fribourg lui permettent
d’approfondir sa foi. Suivant sa vocation propre dans l’Eglise, il sera ou
non ordonné diacre ou prêtre, devenant ainsi ministre du Christ.
Mais je réalise en l’exposant que le chemin est long ! Je ne suis à Fribourg
que depuis mi-septembre…et dois apprendre avec la confiance, la patience.
Heureusement qu’Alberto, Jacques et Joseph sont là. Ainsi, avec Benoît, nous
apprenons à vivre en communauté dans l’esprit de St Augustin : d’un seul
cœur et d’une seule âme.
4.-
Peux-tu nous dire: 2 ou 3 paroles de la Bible que tu préfères ?
Les
écritures nous révèlent le mystère du Christ dans son unité. En extraire
quelques lignes est délicat, je voudrais avoir plus d’espace, plus de temps
et vous inviter à prier l’office ensemble ; il n’est pas rare que le verset
d’un psaume, d’un cantique, d’une hymne vienne résonner dans l’intime de
notre vécu !
« Ne rien préférer à l’amour du Christ » (RB 4, 21)
Agir de sorte « qu’en toute chose, Dieu soit glorifié » (1 P 4, 11)
« Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole » (Jn 14,23)
ou
encore la question bouleversante : « m’aimes-tu ? » (Jn 21, 17)
5.-
Quel est ton saint, ta sainte préférée ?
Je
ne peux me résoudre à n’en citer qu’un. Ainsi, parmi mes guides qui me sont
chers :
St
Benoît qui, par sa règle empreinte de sagesse, a formé mon esprit et donné
le goût de la liturgie. St Bruno, par sa vie et sa fidélité à servir
l’Eglise, m’a guidé pour ne chercher que Dieu seul. A sa suite, je rends
grâce pour toute sa bonté inlassable, loin des tentations illusoires de
possession ou de gloire. Le Bx Charles de Foucauld m’impressionne par sa vie
de converti et son zèle à rester fidèle à son appel où que ce soit. Comment
ne pas évoquer enfin St Silouane l’Athonite qui nous montre sans jamais
désespérer le chemin de l’humilité.
Plus récemment, St Augustin et St Thomas d’Aquin, pour leur engagement à
transmettre la révélation avec justesse. Leur chemin de sainteté : suivre
l’inspiration et offrir leur intelligence au service de l’édification de
leurs proches. Puissions-nous nous laisser guider sur leurs traces à la
rencontre du sauveur car "Que j'ai tardé à T'aimer, beauté si ancienne et si
nouvelle, que j'ai tardé à T'aimer... Tu m'as appelé et en criant, Tu es
arrivé à vaincre ma surdité... Je t'ai goûté et j'ai faim et soif de Toi :
Tu m'as touché et désormais, je brûle du désir de Ta paix." Confessions, X,
27. |