Année 2005 Numéro 3  Revue "Mission du Grand-Saint-Bernard"
 
Kaelin René-Meinrad (crb), Editorial et présentation
Voutaz Jean-Pierre (crb), Allons visiter saint Bernard... à Novare
Lire Bitz Mgr Maurice (crsv), Homélie de Mgr Maurice Bitz, Abbé-Primat de la Confédération des Chanoines réguliers de saint Augustin pour la fête de saint Bernard, le 15 juin 2005, à l'hospice du Grand-Saint-Bernard.
Voutaz Joseph (crb), Notes de voyage d'un jmj'iste au retour de Cologne
Salzgeber Daniel (crb), Hommage des catholiques de Chine au Pape défunt et à son successeur
Sarbach Klaus (crb), Les Chanoines du Grand-Saint-Bernard en vallée d'Aoste
How-Man Wong et Savioz Alphonse (crb), Dans le Tibet par une "porte clandestine"
Délèze Gabriel (crb), Beipu [Taïwan]: Bénédictiuon de la nouvelle église
Fête de saint Bernard, le 15 juin 2005, à l'hospice du Grand-Saint-Bernard Homélie de Mgr Maurice Bitz, Abbé-Primat de la Confédération des Chanoines réguliers de saint Augustin   Monseigneur le Prévôt Benoît, chers confrères chers frères dans le sacerdoce chers frères et scieurs dans la vie consa­crée. chers amis pèlerins, Je ne vais pas m'attarder dans une entrée en matière. Brièvement et sim­plement, je vous dis ma joie d'être avec vous et pour célébrer Saint Ber­nard de Menthon. Archidiacre, zélé semeur d'Évangi­le, il a fondé sur les cols des Alpes des hospices pour accueillir les voyageurs souvent victimes, en ces temps-là, des brigands ou des intempéries. Pour le service de ces hospices, il a rassemblé des Frères voués à l'adoration et à l'hospitalité. Ils ont choisi la vie canoniale particulièrement adaptée à cette mission. Avec vous. ce matin, je voudrais contempler ce charisme sous diversaspects. Ce charisme, Bernard de Menthon l'a reçu comme un don del'Esprit Saint et il l'a transmis à ses Frères et mis au service de l'Eglise. «Hic christus adoratur et pasci­tur» = «Ici le Christ est adoré. Il nourrit et il est nourri» (pascitur, semble-t-il peut être traduit de l'une ou l'autre manière: comme verbe pas­sif ou comme un déponent - de forme passive à sens actif ). Cette mission c'est la vie profonde de l'Église, le double battement de son coeur en un mouvement systolique et diastolique. 1. L’ adoration sur la montagne Vous êtes ainsi établis comme des sentinelles sur les remparts: témoinspar toute votre vie consacrée de l'Absolu de Dieu, témoins que Dieu est lavéritable richesse du coeur humain. Frères Chanoines, vous êtes établis sur les sommets des Alpes. Dieu vous y institue comme des sentinelles, des veilleurs. Vous êtes donnés aux hom­mes comme des témoins pour les con­duire à l'adoration, pour les accompa­gner dans leur montée vers la Source. Vous savez la situation de l'humanité qui a voulu rejeter Dieu, le drame de l'humanisme athée. En un tel temps, l'hospice n'est pas une tour d'ivoire, il est un lieu où celui qui se sent débous­solé, enfermé dans sa solitude, sansrepère, trouve un ami qui l'accompa­gne, qui lui ouvre un chemin. Pour vos frères humains, errants, déboussolés, souvent «peuple sans berger», soyez des compagnons qui par la voie étroite de l'adoration. les conduisent vers des sommets de lumiè­re, vers la source de la Beauté. La montagne est un lieu privilégié. Elle nous enseigne Dieu. Elle exerce sur l'homme un attrait irrésistible, à même de lui faire décou­vrir l'appel vers lui que Dieu met au plus profond de notre coeur. Monta­gnes de Dieu, sommets où l'homme se réalise dans un dépassement de lui­-même, dans l'abandon au Tout-Autre, dans l'adoration. Elle nous invite àdonner le consentement le plus pro­fond de notre être à l'appel à quitter ce que nous connaissons pour un pays que Dieu nous montrera. Elle mani­feste une invitation pressante à sortir de soi Je voudrais vous lire un poème de Jean-Paul II: «La forêt telle une lagune descend au rythme des torrents de montagne. Si tu veux trouver la source. Tu dois aller vers le haut, à contre-courant. Hâte-toi, cherche, ne renonce pas. Tu le sais, elle doit être quelque part. Où es-tu, ô source... Où es-tu, ô source?! Le silence... Torrent, torrent de forêt, Dévoile-moi le mystère De ton commencement! Le silence... - pourquoi demeures-tu muet'? Avec quel soin n'as-tu pas caché Le mystère de ton commencement. Laisse-moi humecter mes lèvres Aux eaux de la source Pour sentir la fraîcheur - la fraîcheur vivifiante! ("triptyque romain. Méditations.)   2. «Christus pascitur»: le Christ est nourri En Jésus la source s'est ouverte. Il nous révèle le secret de la source, la Trinité Sainte la source surabondante de lumière et d'amour en Dieu, Père, Fils et Esprit Saint. L'hospice devient le lieu où Jésus le Bon Pasteur conduit ses brebis et les nourrit (pascitur). Deux tables y sont dressées: la table où la Parole de Dieuest reçue, accueillie dans une lecture savoureuse comme nourriture de notre vie divine et la table où Jésus se fait nourriture pour que nous vivions de sa vie. L’ hospice est un lieu où l'on accueille le pauvre, l'inconnu, celui qui peut-être n'a pas de visage pour nous. Les circonstances ont changé, me direz-vous, depuis le temps de Ber­nard de Menthon. Certes, il n'y a plus de brigands qui, sur les cols, dépouillent les voyageurs. Mais il y a toujours, etde plus en plus, les blessés de la vie. Accueillir le pauvre, c'est accueillir Jésus «Ce que vous aurez fait au pluspetit d'entre les miens, c'est à moi que vous l'aurez fait.» Le Seigneur nous a donné en notre temps une figure emblématique: MèreTeresa dee Calcuta. «Le cri de soif de Jésus sur la croix, exprimant la pro­fondeur du désir de Dieu à la recher­che de l'homme a pénétré l'âme deMère Teresa et a trouvé dans son cœur un terrain fertile. Assouvir la soifd'amour et la soif des âmes de Jésus, en union avec Marie la Mère de Jésus, cela est devenu l'unique but de l'exis­tence de Mère Teresa et la force inté­rieure qui l'a poussée en dehors d'elle-­même, qui l'a fait courir en hâte dans le monde entier pour travailler au salut et à la sanctification des plus pauvres des pauvres. » (Jean Paul Il à la béatifi­cation de Mère Teresa). Elle apparaissait si souriante, mais elle a connu une grande épreuve dans sa vie, l'épreuve de la foi, la grande purification. Au début du XX, siècle. Thérèse de Lisieux a vécu dans sa foi «la grande nuit de l'athéisme». L'épreuve que tra­versa Mère Teresa l'amène à s'identifier à ceux qu'elle servait chaque jour et à trouver Jésus non dans les consolations et les joies qui découlent d'un coeur à cœur (elle en est sevrée), mais dans les plus petits. Jésus, elle le rencontre véri­tablement dans les laissés-pour-compte. N'est-ce pas l'Évangile que nous venonsd'entendre: «Ce que vous aurez fait au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous l'aurez fait.»