Année 2006 Numéro 2  Revue "Mission du Grand-Saint-Bernard"
 
 Lire René-Meinrad Kaelin (crb), Editorial et présentation
 Lire Hilaire Tornay (crb), Appelés à la sainteté
 Lire Jean-Pierre Voutaz (crb), Les miracles de saint Bernard
Lire   En hommage au chanoine Albert Gaillard
Lire François Lamon (crb), Les paroisses : une école de communion
Lire

Présentation du groupe  « Parole en liberté »

Lire +Benoît Vouilloz , Prévôt, Au retour de Taiwan
Lire   Daniel Salzgeber (crb), Mgr Joseph Zen Ze-kiun, le nouveau cardinal chinois !
Lire «Et la Parole s’est fait chair », Témoignages de Chen Yingfang et Hu Chongxin
   Editorial et Présentation Chers amis lecteurs, Dans ce numéro 2 de l’an de grâce 2006, tout commence par le grand appel au large : - Le chanoine Hilaire Tornay nous rappelle, dans un style limpide et chaleureux, que nous sommes tous appelés à la sainteté. - Notre historien archiviste, le chanoine Jean-Pierre Voutaz, évoque le rayonnement de notre illustre Patron, saint Bernard, à travers des témoignages émouvants relatant quelques-uns des miracles obtenus par son intercession. - S’il y a un confrère qui était convaincu que notre devoir d’état, c’est de devenir saint, c’est bien le cher Albert Gaillard, qui a quitté la terre des hommes, le 23 mars 2006. En hommage à ce confrère attachant, vous pourrez lire le faire-part, quelque peu complété, de sa pâque terrrestre et un  « A Dieu, oncle Albert » de sa nièce Françoise, au nom de toute la famille. - Tendre à la sainteté, pour des chanoines travaillant en milieu pastoral, ne serait-ce pas vivre et rayonner une pastorale de communion. François Lamon, curé à Martigny, en est convaincu et il nous partage sa soif et sa joie de vivre et de travailler en communion fraternelle, en actualisant au mieux la dynamique de la pastorale dite de secteur. - La vocation à la sainteté, elle nous engage toujours davantage au service des pauvres, des petits, des marginaux. Merci à l’abbé Henri Roduit, curé à Monthey, de nous présenter le beau mouvement « Parole en liberté », au service des détenus. - Et notre mission de Taïwan ?  3 articles lui sont plus directement consacrés. ~Tout d’abord, à tout seigneur tout honneur, notre Prévôt a eu la grâce de faire une visite pastorale et amicale à Formose. Cette fois-ci, il était accompagné de notre confrère Jean-Michel Lonfat et de Jacqueline Lattion, oblate à l’hospice du Grand-Saint-Bernard. Cela nous vaut un reportage-témoignage extrêmement intéressant sur la géographie pastorale de notre Mission et le travail apostolique de nos confrères missionnaires. ~Puis c’est le chanoine Daniel Salzgeber qui nous dresse un portrait très fouillé du nouveau cardinal chinois, Mgr Joseph Zen Ze-kium. ~Enfin, pour le dessert, le Père Gabriel Délèze nous présente la pastorale de la jeunesse à travers ce qu’il appelle les « camps de vie chrétienne en montagne ». Et les témoignage de deux jeunes taïwanaises : Chen Yingfang et Hu Chongxin,  nous aident à nous réjouir et à nous encourager sur les chemins de la sainteté.

Chanoine René-Meinrad Kaelin, rédacteur

Appelés à la sainteté… Le titre n’est pas accrocheur. Certainement on a déjà entendu la formule ici ou là. Mais distraitement. Car allez croire que la chose vous concerne. Je pense au célèbre tableau du Caravage où le Christ appelle Matthieu. Ce dernier n’est qu’étonnement incrédule. « Est-ce bien à moi que Tu t’adresses ? » L’événement dépasse tellement tous les possibles. Il est une pure surprise, une stupeur même. Et l’on a bien des raisons pour réagir comme Matthieu, sous le choc. C’est tout d’abord, jointe à l’intime conviction que nous sommes assez nuls, la très haute image que nous avons des saints, des saintes. Ce sont des êtres d’exception, des « cas » comme on dit, comme le sont les génies dans les autres domaines. Les saints, à cause de leur rareté précisément, peuvent bien être proposés comme des modèles, des réussites à tout point de vue. Certes ils provoquent notre admiration et nous sommes sûrs qu’ils prient pour nous, pour que cahin-caha nous allions au ciel, nous aussi. Mais nous, appelés à devenir des saints ? L’idée même paraît inconvenante. A moins qu’on ne parle plus maintenant que d’une sainteté au sens large, moins exigeante, plus accessible, un peu comme on a démocratisé les études. Avec la conséquence cependant, pour celles-ci, que les diplômes et les certificats semblent avoir perdu de leur valeur, du fait même de leur multiplication. S’agirait-il aussi d’une sainteté généralisée désormais, décernée plus généreusement que par le passé ? Des soldes de sainteté, en somme ?   Et pourtant… Du côté de Dieu rien n’a changé. Celui qui appelle est toujours le même. Celui qui appelle c’est Dieu par son Verbe, sa Parole, par son Christ. Dieu appelle en prononçant sa Parole toute-puissante, créatrice. Aussi bien pour appeler ses créatures à l’existence que pour les mener à leur perfection. Il dit : que la lumière soit, et la lumière fut ! Il dit, et ce qu’il dit survint ! « Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils… par qui aussi il a fait les mondes ».  C’est le même qui avait dit dans les commencements : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance ». Cette précision concerne la créature humaine exclusivement. Tout le reste de l’univers porte des traces de la beauté de Dieu, Mais avec la création de l’homme, on devine que Dieu a un projet sur cette créature tout à fait singulière. Dire « image et ressemblance » fait d’emblée allusion à une relation parent-enfant. En effet la ressemblance se dit du côté de la progéniture. « Comme notre enfant nous ressemble ! » s’exclame un couple. On dirait que Dieu le Père rêve de donner à son Fils des frères et sœurs qui auraient quelque chose de ses traits à Lui. « Nous voici, moi et les enfants que Dieu m’a donnés » (He  2,13) . Or il est Lui, le Fils, le resplendissement de la gloire du Père, la parfaite effigie de sa substance, comme l’empreinte exacte que laisse un sceau. Il est la parfaite ressemblance du Père. « Philippe, qui me voit , voit le Père ! » Donc il faudrait que, en bonne logique, qui voit un chrétien, une chrétienne, voie le Christ. Saint Paul en tout cas le comprend ainsi , sans nuance, sans faux-fuyant : « Ceux  que Dieu a appelés selon son dessein, ceux que d’avance il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l’image de son Fils, afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères » (Rm 8,29). Mais où cela va-t-il nous emmener ? Entre tant d’autres mots qui essayent de dire qui est Dieu ou comment est Dieu, il y a la mystérieuse, l’intraduisible parole « saint ». Peut-être  est-ce notre chance inestimable d’être incapables d’en rendre le sens. Mais la réalité se laisse bien entrevoir. L’absolue certitude est que Dieu seul est saint. « Le Saint » est son Nom. Ceci vaut également pour son Fils, sa parfaite expression. « Toi seul es saint », chante le Gloria. Et les prières eucharistiques de le répéter à l’envi : « Toi qui es vraiment saint, toi qui es la source de toute sainteté… » Le mot « source » détient le secret, dans la symphonie du vocabulaire apparenté ; jaillir, se répandre, avoir soif, boire… On est mis sur la bonne voie d’intelligence. On s’approche : Les saints et les saintes qui nous impressionnent tant sont tout simplement des créatures comme nous, mais qui ont osé accueillir en elles Dieu le seul saint, par son Fils, dans l’effusion de l’Esprit qui est leur Amour entre eux deux (le Père et le Fils) ainsi que leur Amour pour nous. De même que l’amour fait que l’époux et l’épouse ne sont plus deux, mais un seul, ainsi l’Esprit d’Amour conjoint le Fils et sa créature. A tel point que celle-ci, parvenue à un certain degré d’intimité, peut s’extasier : « ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ! » Telle est l’incroyable merveille de la sainteté donnée à vivre à la créature Du fait que c’est l’Esprit d’Amour qui réalise l’unité, la sainteté étend la présence incarnée du Verbe de Dieu à des humanités de surcroît (Elisabeth de la Trinité), qui consentent à se laisser prendre sous l’ombre de ce même Esprit-Saint. Comme Marie à l’Annonciation : « Je suis la servante du Seigneur . Que tout m’advienne selon ta Parole ». Et jusqu’à la fin des temps, le lieu de l’appel, de la source et de la réalisation de la sainteté est par excellence le mystère de l’Eucharistie : « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. De même qu’envoyé par le Père, qui est vivant, moi, je vis par le Père, de même celui qui me mange vivra, lui aussi,  par moi » (Jn  6, 56-57). Ainsi donc, l’appel à la sainteté est bel et bien adressé à tous et à toutes. Qu’il nous soit accordé d’y croire ! Chanoine Hilaire Tornay Les miracles de saint Bernard Les détails de la vie de saint Bernard de Menthon, d’Aoste ou de Montjou sont restés dans les secrets de Dieu. De son passage sur terre, il ne reste qu’une partie de son squelette à Novare, des reliques dispersées dans la chrétienté, ainsi que l’hospice du Grand-Saint-Bernard, son œuvre d’hospitalité quasi-millénaire. Nous pouvons avoir accès à saint Bernard de manière plus existentielle, par les nombreux témoignages de miracles survenus sur son tombeau ou à la suite de prières qui invoquent son intercession auprès de Dieu. Jusqu’au début du vingtième siècle, l’Hospice imprimait des images pieuses à l’aide d’une plaque de cuivre gravée qui servait de négatif en relief pour l’image à imprimer. On y voit au centre le Saint terrassant le démon et dans des petits carrés situés tout autour de l’image principale, les miracles attribués à saint Bernard. Nous allons en présenter quelques-uns dont nous avons aux archives de la Congrégation des documents notariés certifiant leur authenticité. 1. Le plus ancien objet qui mentionne un miracle attribué à saint Bernard est le splendide calice gothique daté de 1507 qui est au trésor du Grand-Saint-Bernard. Il est en argent massif doré, muni de 6 émaux. Sur sa patène nous lisons en latin l’inscription suivante : « En 1507, Nicasius d’Habarq, d’Arras a donné ce calice à l’église du Grand-Saint-Bernard. » Dans une chronique de l’hospice écrite en 1709 nous pouvons lire que ce calice « a été donné à l’église St-Bernard par un marchand qui, se trouvant sur mer en danger avec sa marchandise, (…) voua sa plus belle pièce ; la tempête s’apaisa et ledit marchand donna donc à l’église de ce monastère ce calice qu’il voulut racheter pour six cents pistoles. C’est effectivement un citoyen d’Arras qui a donné ledit calice. » Il existe une représentation de ce miracle sur la porte de la chapelle de notre maison de Saint-Oyen. En effet, nous y voyons un panneau de noyer sculpté représentant un grand navire. 2. En 1536, lorsque les Bernois ont envahi le Pays de Vaud pour apporter la Réforme protestante à Genève, ils ont respecté les propriétés du Grand-Saint-Bernard dont les revenus étaient utilisés pour accueillir les gens à l’Hospice, en particulier la ferme de Roche et des vignes dans la région de Clarens. De plus, ils ont autorisé les quêteurs catholiques de l’Hospice à faire du porte à porte chez eux, « en raison de la charité de leur religion », ce qui signifie en raison du fait que l’Hospice continue d’accueillir avec le même soin les hommes quelles que soient leurs opinions religieuses. C’est le début du respect des personnes indépendamment de leurs croyances, le début de l’œcuménisme. 3. Pierre Vallet, curé de Vacheresse (vallée d’Abondance), atteste de miracles survenus dans sa paroisse: le premier au temps de son prédécesseur François Anthonioz en 1585. Claude Duppin, cordonnier, ayant dérobé à la cure une statuette peinte de S. Bernard, la promena dans le village en se moquant. Rentré chez lui il eut une poussée de pustules qui le torturaient au point qu'il appela le curé. Il confessa son larcin et ses moqueries et il fut libéré de toutes souffrances. En 1612, environ, le bétail de la montagne d'Hubenaz est guéri d'une épidémie par l'intercession de S. Bernard. Une chapelle en l'honneur du saint y fut construite. La lettre est signée du curé. 4. Le 5 mai 1614, le feu a éclaté à Martigny-Bourg. Barbara, veuve du notaire François Paris, fait vœu d'offrir une vache à S. Bernard pour qu'il préserve le grenier de Nicolas Paris, son fils. Elle est exaucée bien que tous les édifices environnants aient été consumés par le feu. Aussi elle fait rédiger un acte retraçant l’événement par le notaire Jacques Hugon qui atteste que ce qui est écrit est vrai. 5. Le 21 décembre 1660, l'avoyer et le conseil de Fribourg attestent que le feu ayant éclaté près de la porte de Berne le 25 juin 1660 et atteint nombre de maisons, on fit des prières à Dieu et à saint Bernard. Dès lors le vent tomba et il fut facile de maîtriser l'incendie. Le conseil de Fribourg en envoie relation au Grand-Saint-Bernard pour la gloire du saint et obtenir qu'il protège leur ville. La lettre est signée Python, avec le sceau de la ville imprimé dans le papier. 6. Au musée et au trésor sont exposés plusieurs ex-voto qui remercient saint Bernard pour plusieurs motifs. Le plus ancien est daté de 1687. La mère de famille qui l’a offert est représentée sur la droite du tableau, les mains jointes. Elle remercie Saint Bernard car lors d’une débâcle, son fils de 9 ans a été pris par l’eau et a été sauvé sans aucune blessure, tandis qu’il y a eu nombre de noyés. On voit en effet son fils sur un tronc d’arbre dans le lit de la rivière juste avant son sauvetage. Un second ex-voto, daté de 1692, est très intéressant. On y lit en latin qu’en février 1692 André Moret de Bourg-Saint-Pierre a été 28 heures sous 6 pieds (environ 1m80) de neige et a été sauvé par les chanoines. Le tableau très abîmé montre au premier plan ledit Moret en prière devant saint Bernard et au second plan la scène de son sauvetage en montagne. 7. La marquise Angelica Giachetti avait un fils estropié. Elle et son mari promirent à saint Bernard s'il le guérissait, d'apporter ses béquilles à l'Hospice. La guérison étant intervenue, ils apportèrent les béquilles à l'Hospice en témoignage de guérison et de reconnaissance. Lors de leur pèlerinage de remerciement, ils écrivent un papier racontant le miracle et le signent tous les trois, le 19 juillet 1896. 8. En 1955, Sada Giovanni de Salerno est atteint de thrombose cérébrale. Saint Bernard entouré de deux chiens lui apparaît. Dès lors son état s'améliore et Giovanni d'incrédule devient un dévot de S. Bernard. On conserve le récit du miraculé et l’attestation de son médecin. Les miracles ont comme but de nous rappeler que Dieu est le Dieu vivant et vrai, qu’il agit aujourd’hui encore. Les saints, les amis de Dieu qui ont terminé leur chemin sur cette terre, font partie de l’histoire, certes, mais ils sont encore vivants. Ils sont dans la lumière de Dieu et peuvent nous aider à les rejoindre. Les miracles sont des signes de cette vie de Dieu qui se communique à nous. Tels des doigts pointés vers le ciel, ils nous encouragent à cheminer vers la rencontre du Visage du Christ Jésus, Chemin, Vérité et Vie. Saint Bernard, daigne nous protéger et intercéder en notre faveur auprès de Dieu. Chanoine Jean-Pierre Voutaz En hommage à Mr. le chanoine Albert Gaillard

Le faire-part de son décès

 « Tous les athlètes s’imposent une ascèse rigoureuse ; eux c’est pour une couronne périssable, nous pour une couronne impérissable » (1 Co, 9, 25)

    Unis à ses neveux et nièces, Clara, Bernard, Marguerite, Anne-Marie, Françoise, Jean-Paul, Daniel, Madeleine, et leurs familles, ainsi qu’aux familles parentes et alliées,   Le Prévôt, la Communauté  des Chanoines  du Grand-Saint-Bernard,   Ont le chagrin de vous faire part du décès de leur cher oncle et confrère   le chanoine Albert Gaillard   né à Martigny le 16 janvier 1915.   Après une conversion profonde à l’âge de 25 ans, il s’est donné tout entier au Christ, dans un souci constant d’obéissance à son Eglise. Entré au noviciat du Gd-St-Bernard le 22 novembre 1942, il émit profession une année plus tard et fut ordonné prêtre le 26 juin 1955. Il exerça son ministère pastoral avec un zèle infatigable dans les paroisses de Martigny, d’Orsières, de Liddes et de Lens. Retiré à la Maison St-Bernard de Martigny en 2001, il vécut les derniers mois de sa vie au Castel Notre-Dame, et c’est de là qu’il s’en est allé dans la Paix du Christ vers sa demeure d’Eternité au soir du 23 mars 2006. Qu’il repose en paix !

A Dieu, oncle Albert

Oui, c’est près de Dieu que nous te retrouverons avec ta personne complètement unifiée en toutes ses nuances, transfiguré par le regard d’Amour de Dieu sur toi. Et c’est vrai pour chacun. Il faut dire que, enfants, nous avions de toi une image quelque peu négative. Lorsque tu venais à la maison, tous, nous disparaissions, qui sous un lit, qui dans une autre pièce et même parfois sur la grande terrasse qui nous était précieuse car souvent complice de nos fuites ou escapades (il y avait une échelle en fer qui descendait sur le toit du garage Orsat : une porte de sortie intéressante pour nous nous enfants). En fait, nous te trouvions trop moralisant. Et puis, comme nous étions tous très attachés à notre grand-père Paul et que ton choix de vie lui avait porté un grand coup, il se peut que cela avait encore accentué le rejet. Oui, nous étions en admiration devant notre grand-père qui, malgré tout, était venu à ton ordination sacerdotale et avait chanté, durant le repas festif, de sa belle voix de ténor :« Le Credo du paysan ». Il avait même menacé de te déshériter mais sans donner suite à cette brutale mesure et finalement, il avait accepté de recevoir les derniers sacrements. Plus tard, nous t’avions quelque peu oublié, pris par nos parcours de vie, et nous ne faisions plus grand cas de ce que tu pouvais nous faire comme remarque ! Je crois que c’est surtout maman qui veillait à l’unité et qui maintenait un esprit de famille envers et contre tout. Ne m’avait-t-elle pas acheté une petite icône pour te l’offrir ? Petit à petit, j’ai pris conscience – et d’autres avec moi – que, malgré tes raideurs, nous te devions beaucoup à travers la prière. Et c’est surtout depuis ta retraite à la Maison Saint-Bernard, à Martigny, que les liens se sont resserrés, cela surtout avec Anne-Marie et moi-même. Comme le Petit Prince et le renard, nous nous apprivoisions mutuellement et tout devenait plus simpel, même dans les gestes. C’était beau de te voir nous accueillir invariablement avec cette expression : « Eh ! d’où tu sors … » et un large sourire t’illuminait. Oui, cher oncle Albert, nous ne pouvons mesurer les bienfaits  de ton intercession pour chacun et je te dis merci. Merci de bien vouloir nous accompagner encore : tes confrères et leur apostolat, ta famille, ta parenté et toute l’Eglise. Et peut-être que tu nous accueilleras à la porte du Paradis, en t’exclamant : « Eh ! d’où tu sors ! ». A  Dieu Ta nièce Françoise Les paroisses : une école de communion Les entreprises économiques tendent de plus en plus à la globalisation, et les personnes vivent de plus en plus dans l’individualisme : paradoxe de la richesse. Les paroisses, elles, se regroupent en secteurs par la force de la réalité, celle du manque de vocations et du manque de fidèles, mais la demande d’un service à la carte des sacrements, dans un cercle privé, voire dans l’intimité, se fait parfois très (trop) insistante : paradoxe de l’incompréhension. La paroisse aujourd’hui, mission impossible ? Le but de cet article est d’aller au-delà du paradoxe et d’essayer de comprendre la paroisse comme une famille dont les membres désirent vivre l’amour réciproque : richesse du partage. Benoît XVI nous encourage : « L’amour est possible, et nous sommes en mesure de le mettre en pratique, parce que nous sommes créés à l’image de Dieu. Par la présente encyclique, voici à quoi je voudrais vous inviter : vivre l’amour et de cette manière faire entrer la lumière de Dieu dans le monde » (Dieu est Amour, no. 39). L’Eglise communion L’Eglise, comme une mère, nous porte à la vie : incarner le cœur de l’Evangile, le commandement nouveau : « Comme je vous ai aimés, dit Jésus juste avant de mourir, aimez-vous les uns les autres ». (Jn 13,34). Jean-Paul II a clairement manifesté cette exigence dans la lettre apostolique Au début du nouveau millénaire où il écrit que la spiritualité du 3ème millénaire sera celle de la communion : « Faire de l’Eglise la maison et l’école de la communion : tel est le grand défi qui se présente à nous dans le millénaire qui commence, si nous voulons être fidèles au dessein de Dieu et répondre aussi aux attentes profondes du monde » (no.43). Noter la double exigence qu’il donne à la spiritualité de la communion : exigence du dessein de Dieu, exigence des attentes du monde. De là s’ouvre un chemin nouveau pour l’union avec Dieu, dans lequel le prochain n’est plus seulement une personne à aimer et à servir, mais à impliquer dans la réciprocité de l’amour, parce que c’est seulement dans cette réciprocité qu’on peut vivre l’amour caractéristique de Dieu : l’amour trinitaire. La vie commune des prêtres du secteur Lorsqu’en 1992, le Chapitre Général de notre Congrégation,  avec à sa tête le nouveau Prévôt Mgr. Benoît Vouilloz, a pris la décision de regrouper sous un même toit les prêtres d’un secteur, il voulait montrer la nécessité de l’entraide mutuelle et celle du signe de la communion. Les prêtres et le frère religieux  qui habitent au Prieuré de Martigny ne se sont pas choisis, mais ont choisi de répondre à l’appel du Christ à vivre en communauté. La règle est aussi simple que difficile : toujours commencer à vivre l’amour réciproque. Le partage des expériences pastorales, l’écoute attentive du confrère à la recherche d’une solution, le soutien mutuel dans un moment de surcharge sont des fruits de la Parole de Jésus : « Là où deux ou trois sont réunis en mon Nom, je suis au milieu d’eux. (Mt 18,20). Et quand il dit « en mon Nom », il veut dire en Lui, dans son amour. Si nous sommes unis, Jésus est au milieu de nous. Voilà ce qui compte plus que tous les trésors, voilà la grande richesse. Des paroisses unies Le ministère paroissial se colore aussi par cette vie commune des prêtres. Il n’y a plus un curé ou un recteur exclusivement pour chaque lieu de culte,  (il y en avait 9 en 1992, 4 aujourd’hui), mais une communauté de prêtres qui porte le souci de l’ensemble du secteur. Néanmoins chaque prêtre est responsable d’une ou deux communautés paroissiales, afin d’être plus directement le serviteur d’unité de cette communauté et de faciliter le suivi de la vie paroissiale avec le conseil de communauté et les agents pastoraux. Les paroisses unies par les prêtres peuvent devenir  « la maison et l’école de la communion ». Le pape Jean-Paul II, dans la même encyclique, dit comment promouvoir une spiritualité de la communion : « Une spiritualité de la communion consiste avant tout en un regard du cœur porté sur le mystère de la Trinité qui habite en nous, et dont la lumière doit aussi être perçue sur le visage des frères qui sont à nos côtés. Une spiritualité de la communion, cela veut dire la capacité d’être attentif, dans l’unité profonde du Corps mystique, à son frère dans la foi, le considérant « comme l’un des nôtres », pour savoir partager ses joies et ses souffrances, pour deviner ses désirs et répondre à ses besoins, pour lui offrir une amitié vraie et profonde. Une spiritualité de la communion est aussi la capacité de voir surtout ce qu’il y a de positif dans l’autre, pour l’accueillir et le valoriser comme un don de Dieu : un « don pour moi », et pas seulement pour le frère qui l’a directement reçu. Une spiritualité de la communion, c’est enfin savoir « donner une place » à son frère, en portant « les fardeaux les uns des autres » (Ga 6,2) et en repoussant les tentations égoïstes qui continuellement nous tendent des pièges et qui provoquent compétition, carriérisme, défiance, jalousies. Ne nous faisons pas d’illusions : sans ce cheminement spirituel, les moyens extérieurs de la communion serviraient à bien peu de chose. Ils deviendraient des façades sans âme, des masques de communion plus que ses expressions et ses chemins de croissance » ( no. 43). Les paroisses unies dans un même secteur doivent avoir ce souffle et cet idéal de communion qui donnent vie à une réalité interpellant le monde : c’est la dimension missionnaire de l’Eglise. Si elles sont des communautés parlant réellement de Dieu, elles ont alors quelque chose à donner au monde que les autres ne peuvent donner. Parler de Dieu, cela ne veut pas dire fuir les problèmes dans des histoires pieuses et anodines. Non, cela veut dire vivre la Parole de Dieu de façon qu’elle change notre vie, nos valeurs et notre attitude. C’est ainsi que des rapports naissent entre des personnes qui auparavant étaient indifférentes les unes aux autres ou qui ne pensaient qu’à leur intérêt propre. Les paroisses ont la tâche de rassembler des groupes, des associations qui trop souvent oeuvrent les uns à côté des autres, quand ce n’est pas les uns contre les autres ? Nous ne devrions pas être satisfaits tant que qu’une paroisse ou les membres d’un groupe ne considèrent pas comme leur le travail de l’autre paroisse ou d’un autre groupe ! Cela signifie, pour les membres d’un secteur paroissial : « aimer l’autre paroisse comme sa paroisse ». Là où des personnes se mettent en route dans ce sens, des paroisses vivantes et unies en secteur pourront voir le jour. Elles dépasseront les paradoxes du début de cet article. Elles seront l’expression de communautés pleines de nuances et de richesses. Chanoine François Lamon

Présentation du groupe  « Parole en liberté »

L’association « Parole en liberté a été créée le 11 février 2003  par le groupe valaisan « Parole en liberté » lancé en 1989. Elle  est formée d'une trentaine de personnes, pour la plupart chrétiennes. Elle est ouverte à d'autres religions. Elle veut apporter aux détenus une écoute, un dialogue vrai sur tout sujet. Elle est en accord avec la charte des visiteurs bénévoles de prisons, revue en mai 1998. Activités •          Les visites en grand groupes , 4 fois par an à Crêtelongue. •          Les visites en petits groupes:  à Pramont  au moins de 17 ans, à Pramont au plus de 17 ans et à Crêtelongue •          Les visites individuelles en prisons préventives, à Crêtelongue et aux LMC •          Cadeaux aux détenus lors de leur anniversaire et à l’occasion de Pâques •          Divers Situation actuelle du groupe « Parole en liberté » Le groupe comprend une trentaine de visiteurs dont une musulmane. Il a la joie de compter sur la présence, à chaque réunion, de l'un des deux aumôniers et une fois l'an, des directeurs des diverses prisons valaisannes et de la Bergerie avec lesquels nous avons une très bonne collaboration. Le groupe complet fait quatre visites annuelles avec dîner sur places  à Crêtelongue (avec un loto). Chaque mois, 3 groupes de 5 à 8 membres vont rendre visite aux jeunes de Pramont: l’un au moins de 17 ans et l’autre au plus de 17 ans et  un autre aux détenus de Crêtelongue. Sur demande de prévenus, nous faisons des visites individuelles dans les diverses préventives valaisannes, à Crêtelongue et à la Bergerie (lieu des LMC). Nous suivons de façon très régulière une ou deux personnes qui nous sont spécialement confiés par la direction. À Pâques, nous offrons un paquet à chaque détenu, ainsi que les paquets restants aux gardiens. La plupart des détenus reçoivent également un cadeau lors de leur anniversaire. A Noël, nous animons une célébration à Crêtelongue et à Pramont.. Les gens du groupe parlent diverses langues : allemand, italien, portugais, anglais, arabe, polonais. Les contacts continuent souvent avec les membres du groupe à la sortie de prison, lors d'un week-end à l'extérieur ou lors d'une incarcération dans un autre canton.  ORGANISATION DES VISITES A CRÊTELONGUE L’association « Parole en liberté » a prévu plusieurs genres de visites à Crêtelongue. Chacun des membres visiteurs peut ainsi faire un choix pour l’engagement qu’il désire prendre en faveur des détenus de Crêtelongue. 1.Visites en groupe L’association organise 4 visites en groupe par année, à Crêtelongue. Ces visites se font un samedi. Le rendez-vous est à 11h40 devant l’entrée de la prison. Tous les membres visiteurs sont invités à participer. Nous prenons le repas de midi avec les détenus et nous nous plaçons librement parmi eux pour entrer en dialogue. Après le repas, le café et des gâteaux sont partagés. Lors de visites en groupe, un loto avec les prisonniers est souvent organisé. Les visiteurs peuvent jouer avec les détenus, mais ils s’abstiennent de gagner des lots. A la fin du jeu, même les détenus qui n’ont rien gagné reçoivent un lot. Une visite en groupe est  toujours prévue pour Noël. 2. Visites le 4ème samedi du mois Tous les 4èmes samedis du mois, il est prévu des visites pour un nombre plus restreint de visiteurs (environ 5 à 8 membres). Le rendez-vous est à 11h40 devant l’entrée de la prison.  Le repas est pris avec les détenus pour partager avec eux un moment d’amitié. Ensuite le café et les gâteaux. 3. Visites individuelles le premier samedi du mois Tous les premiers samedis du  mois, quelques membres visiteurs se tiennent à disposition des détenus qui ont font la demande, pour une visite individuelle qui est un temps d’écoute et de partage. Les détenus intéressés doivent en faire la demande en s’inscrivant au plus tard le lundi précédent. La visite commence vers 9h30 et se termine vers 11h00. Elle se déroule dans la salle des visites et chaque détenu est seul avec le visiteur. Pour ces visites on n’apporte rien. Les membres visiteurs ont aussi la possibilité de faire des visites en semaine de leur propre initiative, en prenant rendez-vous avec les responsables de la prison. Des témoignages de détenus visités « Je suis bien ici, j’ai un lit, des repas et des  personnes qui me parlent gentiment. Je n’ai jamais eu ça dans ma vie ». Un jeune de 15 ans « Merci beaucoup, j’ai beaucoup de plaisir pour les visites. Je suis très content, c’est très sympa et très fort. Vous représentez toute la famille que je n’ai pas et les copains. C’est la seule visite que j’ai ». Un jeune «. « Après tous ces mois passés en milieu carcéral où c’était très dur, où j’ai été anéanti car ma femme et mes enfants ont coupé toutes relations avec moi, aujourd’hui je constate le chemin qui s’est fait en moi. Je n’ai plus d’amertume, je me suis réconcilié, je pars en paix.  Vos visites, vos regards, vos mains tendues ont été porteuses de vie». Homme, à la veille de son départ  Témoignages de visiteurs Parmi tous ces moments partagés à Crételongue, je retiendrai cette célébration de Noël où nous nous sommes tous retrouvés près de la crèche -          ensemble pour faire famille (chacun se situant sur la carte du monde) nous nous sommes retrouvés à plus de 15 nationalités. -          ensemble pour ce jeu scénique avec les 4 bougies symbolisant : la Paix – Foi – l’Amour – l’Espérance. -          ensemble pour partager la parole -          ensemble pour transmettre la paix avec un dessin  fait par un  enfant -          ensemble pour entendre ce souhait « Que l’Espoir ne s’éteigne jamais à l’intérieur de vous » Noël merveilleux qui résonne en profondeur par sa fraternité universelle, sa simplicité et cette joie de la crèche. Ces visites nous permettent de changer notre regard sur l‘autre et sur nous-mêmes. Nous nous sentons de mieux en mieux au milieu de ces personnes que nous visitons. Nous rencontrons des amis. Au retour de Taiwan Une vingtaine d’heures entre ciel et terre, et nous voilà plongés dans un environnement si différent du nôtre : climat, végétation, langue, mentalité, culture, coutumes, alimentation… - Pour Jacqueline Lattion et Jean-Michel Lonfat : étonnement émerveillé de la découverte - pour moi : plaisir de la re-découverte ; - pour tous les trois : la même joie de retrouver nos frères missionnaires, Charles Reichenbach, Jean-Claude Fournier, Gabriel Délèze, et de partager pendant quinze jours leur vie quotidienne. Avec générosité, ils se sont mis à notre disposition pour nous faire apprécier les beautés naturelles et culturelles de la « Belle Ile » (Formosa) : les spectaculaires gorges de Taroko, le Parc national, le Parc de la forêt Chinan (Etang du sud), les curiosités géologiques sur le bord du Pacifique vers le sud, la route de la corniche longeant la côte vers le nord, les villes de Hualien et de Taipei (la capitale), avec leurs Temples bouddhistes ou taoïstes, irradiants de mystère, leurs marchés, hauts en couleurs et en odeurs exotiques, le splendide Musée de la culture chinoise, à Taipei, sans manquer (modernité oblige), la fameuse Tour, le building le plus haut du monde, avec ses 500 m. - le plus haut pour l’instant, en attendant que Shangaï ne lui dame le pion !- Voilà pour l’environnement culturel, évidemment passionnant. Mais notre visite se voulait avant tout fraternelle et communautaire, en ce sens que nous désirions mieux connaître notre Mission de Taiwan, héritière de celle des Marches tibétaines. Rappelons-nous donc tout d’abord que nos premiers confrères débarquèrent à Taiwan en 1952, après avoir dû fuir la Chine continentale passée sous régime communiste. Regardez le croquis de l’île. Relisez l’excellent article du P. Gabriel Délèze paru dans notre Revue (3/2004) : « Notre bonne vigne d’Ilan ». Nos confrères se sont donc établis dans un premier temps dans le diocèse de Taipei, dans la région d’Ilan, à 80 km. de la capitale, sur la côte est. En 1958, Mgr Vérineux (MEP=Père des Missions étrangères de Paris), premier évêque de Hua-Lien (1),  sollicite nos confrères avec empressement de venir lui prêter main-forte dans son diocèse, étant donné le développement rapide de la communauté catholique  dans cette région. Notre Congrégation répondit à cet appel ; nos missionnaires se déplacèrent ainsi à une centaine de km. plus au sud et se virent confier par Mgr Vérineux la zone pastorale de Hsincheng : zone qui s’étend sur 55 km, toujours sur la côte est, entre Hoping et Chiali (appelé aussi Kalewan). Actuellement, le P. Reichenbach dessert la paroisse de Chungte-Hoping, le P. Fournier celle de Chiali (faubourg de Hua-Lien), et le P. Délèze les paroisses centrales de Hsincheng et Hsiulin, avec, aussi, le centre d’accueil « St-Bernard » à Tienhsiang, à 25 km. de Hsincheng et à 400 m. d’altitude, sur la route qui s’engage dans les gorges de Taroko et traverse l’île d’est en ouest, atteignant un col situé à 3.200 m. d’altitude. En lien avec le centre d’accueil de Tienhsiang se trouve, à 1000 m. d’altitude,  le pittoresque village de Bambous (Chutsun)- (en réalité ce sont quelques fermes) -,que l’on rejoint, en 3 heures de marche, par un sentier de montagne empruntant plusieurs ponts suspendus, de toute beauté. Aux abords de ces fermes, les confrères ont bâti une petite chapelle et un refuge : lieu de prédilection pour y vivre des journées de camp-retraite avec des groupes de jeunes (cf. dernier article de ce numéro). C’est là, également, qu’a vécu pendant 44  ans Monsieur Bi (cf. l’article du P. Délèze dans la Revue de 3/2003) ; M. Bi, hospitalisé à Hua-Lien, au début mars 2006, a rendu, peu après, sa belle âme à Dieu, à l’âge de 95 ans. Voilà pour l’environnement géographico-pastoral. (1)l’orthographe romanisée de tous ces noms chinois a varié ; à noter donc : Taipé= Taipei (6 millions d’hab.) Houalien = Hua-Lien (200.000 hab) ; Sintchen = Hsincheng (5.000 hab) Nos confrères sont au service de l’évêque de Hua-Lien, qu’ils rencontrent régulièrement : Mgr Philip Houang (52 ans) est un enfant du terroir, très apprécié de tous. Ils oeuvrent en communion avec le clergé local : le diocèse de Hua-Lien compte une cinquantaine de prêtres, dont la moitié sont étrangers (français : MEP, et suisses : Immense et Gd-St-Bernard) ; en collaboration avec les nombreuses religieuses ( presque toutes indigènes), spécialement avec les sœurs de Sainte-Marthe, dont la Maison –Mère est voisine de notre Prieuré de Hsincheng. Quelques chiffres encore pour mieux situer cet environnement pastoral : Taiwan     23 millions hab.          300.000 catholiques Diocèse de Hua-Lien      56.000  hab.       50 prêtres    110 religieuses Zone pastorale de nos confrères  4.000   hab. Le ministère lui-même de nos missionnaires n’est pas si différent du nôtre, en Europe. Au-delà, ou plutôt « en deçà » de toutes les différences visibles et sensibles, liées à la culture, le « fond » commun d’humanité se retrouve sous toutes les latitudes et fait de notre planète un grand village, au destin unique. Le partage de la vie quotidienne de nos confrères nous permettait de découvrir, au fil des rencontres et des échanges, combien l’annonce de l’Evangile passe par les mêmes étapes, connaît les mêmes difficultés et les mêmes joies partout : là-bas comme ici, il s’agit avant tout d’être proche des fidèles (et des moins-fidèles !).  En cela, nos missionnaires excellent : très enracinés dans le terroir, ils sont étroitement liés à leurs « brebis », issues essentiellement de la population aborigène, c’est-à-dire des couches sociales les plus pauvres, et, sans doute pour cela, plus perméables au message du Christ.  Là-bas comme ici, il s’agit de travailler et retravailler inlassablement la « pâte » pour que la communauté chrétienne vive la charité, en particulier le pardon des offenses, et s’abreuve fidèlement à la source des sacrements, notamment l’Eucharistie dominicale.  A Taiwan comme en Suisse, comme en Palestine, au 21e comme au 1er siècle, l’exhortation de la Lettre aux Hébreux demeure d’actualité : «  sans fléchir, continuons à affirmer notre espérance, car il est fidèle, celui qui a promis. Veillons les uns sur les autres, pour nous stimuler à la charité et aux œuvres bonnes. Ne désertons pas nos assemblées, comme certains en ont pris l’habitude, mais encourageons-nous et cela d’autant plus que vous voyez s’approcher le Jour du Seigneur »           (He 10, 23-25). La mission pastorale de nos missionnaires pourrait se résumer ainsi : veiller à la vitalité de cette toute petite minorité chrétienne afin qu’elle devienne, à son tour, « levain » dans son monde ambiant, - où coexistent bouddhisme, taoïsme, matérialisme, indifférence - portant témoignage de l’Amour du Père donné en Jésus , par l’Esprit de vérité, pour tant de frères et sœurs qui ne connaissent pas encore cette Bonne Nouvelle. Notre joie la plus profonde restera sans doute liée au souvenir de ces célébrations eucharistiques à l’autre bout du monde, avec une poignée de fidèles, aux visages graves et lumineux, chantant avec ferveur en langue et modulation chinoises, le mystère du Christ Sauveur, en communion avec l’Eglise universelle, dont les signes, - Marie, saints et saintes de partout, Benoît XVI -, sont présents en tous lieux de prière. +Benoît Vouilloz    Prévôt     Mgr Joseph Zen Ze-kiun, le nouveau cardinal chinois ! En la solennité de l’Annonciation, le 25 mars passé, lors du premier consistoire convoqué par Benoît XVI,  quinze nouveaux cardinaux ont reçu les insignes cardinalices. Parmi eux se trouve aussi Mgr Joseph Zen Ze-kiun, l’évêque du diocèse de Hongkong.  Mgr Zen, qui est officiellement1 le sixième évêque chinois2 à être élevé à la dignité de cardinal, n’est pas un inconnu à l’hospice du Grand Saint Bernard. En 1996, il y avait passé une semaine pour prêcher une retraite aux jeunes prêtres, sœurs et séminaristes chinois qui faisaient en ce moment des études en Europe. Il  avait terminé son séjour au Grand-Saint-Bernard avec la messe concélébrée de la fête de Saint Augustin et un entretien cordial avec Mgr Angelin Lovey alors Prévôt de notre Congrégation. Durant les premiers mois de son pontificat, Benoît XVI a multiplié des signes prouvant qu’il a fait sienne une des plus grandes préoccupations de Jean-Paul II, l’avenir de l’Eglise en Chine. L’annonce de la  « création »  de Mgr Zen comme cardinal, lors de l’audience générale le jour de la fête  de la « Chaire » de St Pierre, le 22 février passé, s’inscrit dans cette ligne et il était attendu, d’autant plus que son prédécesseur au siège épiscopal de Hongkong, Mgr Wu, faisait déjà  partie du collège cardinalice.   Avec ses 250'000 catholiques, Hongkong est le plus grand diocèse chinois. Salésien Zen est né en 1932 dans une famille catholique à Shanghai. A  l’âge de 12 ans déjà, il entre chez les salésiens comme aspirant. Un an avant la fondation de la République populaire (dans le langage officielle, « la libération ») sous Mao Tse-tung, il commençe le petit séminaire des salésiens à Hongkong. Envoyé en Italie pour faire ses études, il est ordonné prêtre à Turin en 1961. Trois ans plus tard, il termine ses études avec un doctorat en philosophie à l’université salésienne de Rome. Revenu à la colonie britannique  d’alors pour enseigner, il est professeur, à partir de 1971, au séminaire diocésain. De 1978 à 1983 il est aussi Supérieur provincial des salésiens pour Hong Kong, Macao et Taïwan.  En 1989, il reçoit, en tant que  premier prêtre du diocèse de Hongkong,  l’autorisation par la Chine populaire de se rendre sur le continent pour y enseigner dans les séminaires « officiels ».  De cette date jusqu’à son ordination épiscopale, il passe près de six mois par an sur le continent, dans différents séminaires. Le 9 décembre 1996, Jean-Paul II le nomme évêque coadjuteur de Hongkong, en même temps que Mgr John Tong Hon, était nommé évêque auxiliaire de ce même diocèse. Depuis la mort du cardinal Wu, le 23 septembre 2002, il dirige le diocèse de Hongkong. Militant des droits de l’homme En tant qu’évêque coadjuteur puis ordinaire du diocèse de Hongkong, Mgr Joseph Zen n’a jamais hésité à prendre position dans le débat public sur des sujets touchant à la vie politique et religieuse de sa ville. Fervent défenseur des droits de l’homme, ses coreligionnaires hongkongais l’appellent « Desmond Tutu  chinois ». Il s’en prend surtout aux autorités de Hongkong, qui font tout pour plaire à Pékin et méprisent les droits de l’homme. Son franc-parler aussi vis-à-vis de Pékin n’a jamais failli : « Ne nous traitez pas en ennemis. Nous sommes Chinois. Si vous nous donnez la liberté, nous serons de bons     citoyens », disait-il en avril 2005. En mars de cette année il expliqua : « Selon l’enseignement de l’Eglise, il faut se référer aux droits de l’homme et s’exprimer quand c’est nécessaire. A Hongkong c’est tout à fait nécessaire. Il faut utiliser la liberté d’expression tant qu’on peut encore le faire sans quoi l’on se trahit. » Peu après la rétrocession, il a défendu en 1997, avec ténacité, le droit au regroupement familial pour les Chinois du continent installés à Hongkong. En septembre 2000, tandis que Pékin protestait contre la canonisation à Rome de 120 martyrs de l’Eglise en Chine (ler octobre), il fit paraître un article dans la presse locale pour expliquer et défendre la position du Saint-Siège. Plus tard, il a été l’un des plus virulents opposants à la législation dite anti-subversion, la dénonçant comme potentiellement liberticide et encourageant les catholiques hongkongais à défendre la démocratie. En juillet 2003, il avait été l’un des artisans du succès de la manifestation (500'000 personnes) pour la défense des libertés à Hongkong. Plus tard, son engagement sur la scène publique n’a pas faibli. En décembre dernier, Mgr Joseph Zen a déposé une plainte devant la justice hongkongaise pour s’opposer à une loi sur l’éducation, votée en juillet 2004 et jugée par lui menaçante pour la tutelle qu’exerce l’Eglise catholique sur une partie significative des écoles du territoire. Sa combativité lui est parfois reprochée, jusque dans les rangs des catholiques de Hongkong où certains se sont dits inquiets par l’image que l’évêque donnait de l’Eglise par ses prises de positions. A quoi Mgr Zen répond : « Ceux qui disent qu’un prêtre doit s’en tenir à la prière n’ont rien compris à ce qu’est l’Eglise. » Pour son engagement en faveur de la démocratie et des droits de l’homme,  il fut désigné « homme de l’année » à Hong Kong en 2003. A cause de son franc-parler à l’égard des autorités de son pays, les relations ont été durant des années tendues avec Pékin, Mgr Zen étant de facto persona non grata sur le continent. L’atmosphère s’est détendue lorsqu’en avril 2004, l’évêque de Hongkong a été invité par Mgr Jin Luxian3 à se rendre en pèlerinage dans sa ville natale de Shanghai. A Rome, Mgr Zen semble jouir d’un soutien constant. Jean-Paul II l’avait ainsi nommé membre du conseil post-synodal réuni à la suite du Synode des évêques pour l’Asie du printemps 1998. Benoît XVI l’a aussi nommé membre du conseil post-synodal du Synode pour l’Eucharistie, tenu à Rome en octobre 2005 et l’an dernier, il l’a nommé membre de la congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements. Réactions variées Les réactions à l’annonce de la désignation de Mgr Zen comme cardinal furent très variées. Du côté du gouvernement, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, l’a commentée d’une manière laconique « Nous avons pris note ... Nous recommandons aux personnalités religieuses de ne pas se mêler de politique". (Il en faudra sans doute plus pour faire taire Mgr  Zen, qui n’a jamais craint de faire entendre sa voix !) Le porte-parole du ministère a également souhaité que cette nomination ne provoque pas d'instabilité sociale à Hongkong. "Nous espérons que toutes les communautés à Hongkong maintiendront la stabilité sociale et l'harmonie et le développement de Hongkong". Peu après, le ministre du même ministère, Li Zhaoxing, déclara : « Hong Kong est une province de la Chine et ses habitants sont nos compatriotes. La Chine est heureuse de voir les succès obtenues par nos compatriotes.» Des vives critiques étaient émises –une fois de plus- par le malheureux Liu Bainian, le vice-président de l’Association patriotique et véritable patron de cette organisation, mise en place par les autorités communistes pour assurer leur contrôle sur les structures « officielles » de l’Eglise5. Il a décrit Mgr Zen comme représentant une menace pour Pékin, comme l’était le pape Jean-Paul II pour le régime communiste en Pologne, et il a précisé que l’évêque de Hongkong était « largement connu pour être un opposant au communisme ». Son élévation au cardinalat témoignait de « l’hostilité du Vatican à l’égard de la Chine ». Deux jours après ces déclarations, Liu Bainian a paru revenir sur ses propositions, qui montrent  une fois de plus à quel point la perspective d'une normalisation des relations entre la Chine et le Saint-Siège inquiète les fonctionnaires de l’Association patriotique. De toute façon, ces propos sont en stricte contradiction avec la joie des chrétiens en Chine, de l’église officielle comme de l’église inofficielle, à l’exemple de Mgr Wei Jingyi,  évêque inofficiel de Qiqihar4  « La création cardinalice de Mgr Zen montre l’attention du Pape envers la Chine et l’église de Chine. C’est un geste amical et je pense qu’il peut jouer un rôle positive et pour les rapports entre la Chine et le Vatican et pour le développement de l’Eglise en Chine.»  Plusieurs évêques officiels estimaient aussi que l’élévation au cardinalat de Mgr Zen pouvait être avantageuse pour les relations sino-vaticanes. En fait, comme il a des contacts dans l’Eglise officielle comme dans l’Eglise in-officielle, Mgr Zen pourrait se révéler un homme-clé dans le processus de rapprochement –en dents de scie- entre la Chine et le Saint-Siège. Mgr Joseph Zen Ze-kiun quant à lui, a estimé que sa promotion confirmait que le pape accorde grande valeur à la Chine et le sort de son église. Il a du reste remercié le pape pour sa bienveillance à l’égard du peuple chinois. Malgré la mise en garde de Pékin, il a souhaité l’ouverture d’un dialogue avec la Chine : « J’espère que nous serons capable de renouer une amitié entre la Chine et la Vatican." Chanoine Daniel Salzgeber 1 Le pape Jean-Paul II a nommé durant son dernier consistoire un cardinal « in pectore». Dans les profondeurs de son âme, Jean-Paul II avait tenu à garder secret ce nom jusqu’à son mort. Plusieurs spécialistes du Vatican supposent que c’était un évêque chinois. 2 Ces six cardinaux sont dans l’ordre chronologique : Thomas Tien Heng-hsin, à Pékin (1890-1967), Paul Yu Pin, à Nankin (1901-1978), Ignatius Kong Pin-mei, à Shanghai (1901-2000) [Jean-Paul II l’a nommé cardinal « in pectore » lors de son premier consistoire, en 1979, lorsque Mgr Kong était encore en prison. Après avoir quitté la Chine pour s’exiler aux Etats-Unis, il a reçu les insignes, le jour même où Mgr Henry Schwery était crée cardinal, le 29 juin 1991], John Baptist Wu Cheng Chung, à Hongkong (1925-2002) et Paul Shan Kuo-hsi, évêque émérite du diocèse de Kaohsiung, à Taiwan. 3 Mgr Aloysius Jin Luxian est l’évêque de Shanghai (cf notre numéro 3, 2005). Durant ses quatre visites en Suisse, il s’est rendu comme premier évêque chinois en Valais et a visité entre autre le Saint Bernard et,  à deux reprises, l’Hospice du Simplon.  4Qiqihar (dans la province Heilongjiang, au nord-est de la Chine) fut le centre de la mission des Pères d’Immensee (SMB), qui y œuvraient entre 1924 et 1953.  5 Dans un commentaire publié le 10 avril 2005, Mgr Zen faisait le point sur la question des relations entre le Vatican et la Chine peu après la mort du pape Jean-Paul II. Dans ce commentaire il soulignait, en ce qui concerne Liu Bainian : « J’ai bien peur que ce soit les soi-disant fidèles de l’Association patriotique, tels que Liu [Bainian], qui sont en réalité les forces conservatrices qui, à ce jour, ont échoué à aider le gouvernement central à comprendre la nature pastorale du ministère pontifical. Pour des raisons évidentes, si une normalisation réelle de la situation religieuse se mettait en place, ces personnes, et Liu en particulier, ne seraient plus en mesure de passer par-dessus la tête des évêques et de garder entre leurs mains le contrôle de l’Eglise.  Liu  et moi-même, ne sommes plus tout jeunes et il n’est pas très éloigné le jour où nous aurons à rendre compte de notre vie devant Dieu. Faisons en sorte de laisser de côté tout intérêt à courte vue et de faire quelque chose de vraiment bénéfique pour l’Eglise et pour notre pays. »   «Et la Parole s’est fait chair » Surgie de l’abîme originel comme réponse à l’appel de Dieu, l’univers ne cesse de manifester le Créateur : « non point récit, non point langage, nulle voix qu’on puisse entendre … mais sa louange éclate jusqu’aux limites du monde » (Ps 19,4-5). Abraham fit confiance à la Parole du Seigneur, il marcha en sa présence et il devint ainsi le père du « peuple élu », le père des croyants. A sa suite, durant près de deux mille ans et à travers d’innombrables vicissitudes, le peuple de l’Alliance essaya de conformer son quotidien à la Parole de Dieu : « Ecoute, Israël, Yahvé notre Dieu est l’Unique » (Dt 6,4). Arriva enfin le jour où l’impensable, le merveilleux au-delà de toute conception humaine, se produisit : « La Parole s’est fait chair et elle a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire », (Jn 1,24). Humble naissance à Bethléem de Judée, enfance et jeunesse effacées à Nazareth en Galilée, prédication sur les chemins de Palestine, élévation sur la croix et retour glorieux auprès du Père : Dieu lui-même se fait personne historique et sublime le quotidien de ceux qui « ont des oreilles pour entendre et des yeux pour voir ». Par ses actes et par ses paroles, Jésus le Nazaréen est Bonne Nouvelle, Voie salvifique qui achemine la création vers la Plénitude. De Jérusalem, la Parole se répandit sur toute la terre habitée. Parole non pas codifiée dans un livre, mais ferment d’humanité pour notre monde. De nos jours, comme autrefois, les disciples de Jésus en sont imbibés : ils essayent de la comprendre et désirent la propager afin qu’elle se répande en tous lieux et transforme tout ce qui est humain en germes d’éternité. Ici à Taïwan, dans une société matérialiste, séculière et superstitieuse, il est bien difficile de transmettre aux jeunes la lumière que nous apporte la Parole faite chair. De plus, la plupart des habitants de Taïwan n’ont de la religion qu’une notion étriquée : pratique de quelques rites propitiatoires, baume spirituel qui allège les difficultés de la vie… Il faut une dose de courage et un grain de sagesse pour choisir d’aller à l’église afin de prier et d’apprendre un peu de « doctrine », plutôt que de suivre les camarades qui vous invitent à profiter et à jouir du quotidien. Cependant, pour les personnes de bonne volonté, les occasions d’écouter la Parole ne manquent pas : cours de catéchèse en fin de semaine, messes dominicales, réunions de réflexion et de prière … Durant les vacances scolaires, chaque paroisse essaie d’organiser quelques journées de formation chrétienne plus intense : prière, cours de catéchisme, détente et jeux communautaires… Comme nous possédons notre centre d’accueil à Tianhsiang et notre chalet-chapelle au village des Bambous, il y a une dizaine d’années, j’ai transformé ces quelques journées de catéchèse en un « camp de vie chrétienne en montagne » (C.V.C.M) Nous passons une dizaine de journées ensemble, dont sept en montagne. Le matin, le programme est rigoureux : deux cours de doctrine, un cours de chant et célébration de la messe. L’après-midi et la soirée, c’est plus relaxant : baignade, promenade en montagne, sketches et jeux… Nous essayons de créer une ambiance chrétienne et familiale : les aînés prennent en charge les plus jeunes. La partie récréative est organisée par les jeunes eux-mêmes qui, avant le camp, se réunissent plusieurs fois afin de mettre au point le programme de chaque jour. Le camp se termine le quinze août, lors de la fête patronale de la paroisse de Hsiulin. Père Gabriel Délèze, Chanoine du GSBernard L’an passé, à ma demande, deux des animateurs m’ont donné par écrit leurs impressions sur le C.V.C.M : les voici : Témoignage de Chen Yingfang Le temps des camps d’été est de retour. Chaque année, à cette période, des jeunes des paroisses de Hsiulin et de Hsincheng participent au « camp de vie chrétienne en montagne ». On se réjouit, on se fait de nouveaux amis, on se met à l’écoute de la nature et on essaie de mieux connaître le Seigneur Créateur de l’univers. Durant ce camp, les étudiants s’habituent à s’estimer mutuellement, à s’aimer les uns les autres et, c’est le plus important, ils apprennent comment faire pour vivre en authentiques chrétiens. Ayant participé plusieurs fois à ce camp, je réalise plus concrètement l’importance que l’Eglise attache à la formation des jeunes. L’éveil à la foi doit se faire dès l’enfance. Cependant, comment faire pour que les rites liturgiques visibles permettent aux jeunes de percevoir la grâce invisible : voilà une démarche difficile ! Durant ces C.V.C.M, le plus important est de personnaliser sa foi. Chrétiens, nous connaissons l’amour infini que le Père du ciel nous porte. Durant ces journées, les cours de catéchèse et les célébrations eucharistiques nous aident à expérimenter concrètement la présence de Dieu parmi nous. La messe nous offre une rencontre intime avec le Christ. Par la communion, Jésus en personne entre concrètement en notre cœur et nous permet de placer notre quotidien dans la main du Seigneur. Durant ces dix jours de camp passés en montagne, que d’occasions de dialoguer avec Dieu et de lui faire part de tout. Je suis très heureuse de participer à ce C.V.C.M. qui permet aux étudiants de mieux comprendre l’importance de notre foi  et son dynamisme qui transfigure notre vécu quotidien. Je remercie le Père Délèze qui, non seulement nous encourage à approfondir notre foi, mais nous aide également à réfléchir correctement et à prendre nos décisions en toute liberté. Témoignage de Hu Chongxin Chaque année, j’attends avec joie le « camp de vie chrétienne en montagne ». Durant ces quelques jours, j’enrichis mes connaissances religieuses et je fortifie ma foi. De plus, lors de ces diverses activités, j’apprends à résoudre correctement de nombreux problèmes et à bien équilibrer mes rapports inter-personnels. Vivant en montagne, je me rends mieux compte des merveilles que recèlent le ciel, la terre et les myriades de créatures ; je me sens plus proche du Seigneur et j’expérimente l’amour de Dieu pour les hommes. Cette année, le Père Délèze me demanda de mettre par écrit mes impressions concernant notre camp d’été. Après mûres réflexions, j’en dégage trois caractéristiques : La première : « se retrouver « en famille ». La famille nous procure toujours un sentiment de bien-être. Lorsqu’on a fauté, elle est toujours le havre qui nous permet de surmonter la tempête. Le C.V.C.M. me donne ce même sentiment. Durant ces dix journées, quoi que je sois très occupée, je demeure très paisible. Je sais que la raison principale en est que nous sommes près du Seigneur. Le Père et les Sœurs sont attentifs à mes besoins et je ressens un profond sentiment de douceur. A l’extérieur, durant les études, il est inévitable que l’on commette quelques fautes. Durant le camp, grâce au sacrement de la réconciliation, mon cœur reçoit comme un nouveau baptême et retrouve sa pureté. La deuxième impression : « gratitude et tradition ». Chaque année, à cette période, une équipe d’étudiants s’affaire à préparer le camp. Avant moi, c’était des « frères et sœurs » plus âgés. Je leur en suis très reconnaissante : ils m’ont donné le bon exemple, ils m’ont guidée et aidée. Et grâce à eux, je fais partie actuellement des responsables du camp. Après moi, d’autres cadets prendront la relève : je souhaite leur transmettre mon expérience, leur faire assimiler l’idéal et les exigences que le Père m’a transmis, leurs partager mes impressions et sentiments. Et j’espère que, quand leur tour viendra, ils suivront notre exemple et continueront de faire de ces C.V.C.M. une expérience d’ouverture, de joie et d’amour fraternel. La troisième caractéristique : « apprendre ». Le camp d’été est un lieu où l’on apprend beaucoup et en de nombreux domaines. Chaque année, j’y acquiers de nouvelles connaissances : j’approfondis ma foi chrétienne, mes rapports avec les autres s’assouplissent, ma qualité de vie s’améliore … Le camp de 2005 terminé, le Père Délèze me demanda : « L’an prochain, auras-tu encore le temps d’y participer ? » Sans hésiter une seconde, j’ai répondu : « Oui, je reviendrai ». Je ne prendrai aucun engagement durant cette période. Le « camp de vie chrétienne en montagne » m’apporte tellement de sensations fortes et de bons souvenirs que ne saurais le manquer.