Année 2007 Numéro 3  Revue "Mission du Grand-Saint-Bernard
 
    Editorial, René-Meinrad Kaelin
 A l'écoute du saint curé d'Ars
   La Saint-Bernard 2007, Homélie de Mgr Anfossi
   "Hic Christus et pascitur", Jean-Pierre Voutaz
   Réflexions d'un curé de montagne chez le "grand" curé de campagne, Klaus Sarbach
  Inauguration et bénédiction de l'Espace Maurice Tornay, dans l'église d'Orsières. Jean-Michel Girard
  Présentation de la lettre historique du Pape Benoît XVI aux catholiques en Chine, Daniel Salzgeber
  Les catholiques des "Alpes Yunnanaises", Constantin de Slizewicz
  Témoins de la Lumière, Gabriel Délèze
 
Chers amis lecteurs,   A l’honneur, dans ce numéro 3, le dernier de l’année 2007 : saint Bernard du Mont-Joux -avec l’homélie de Monseigneur Anfossi, évêque d’Aoste, invité d’honneur et prédicateur de la Saint-Bernard à l’hospice, le 15 juin -avec une étude historico-spirituelle du chanoine JeanPierre Voutaz sur la fameuse devise : Hic Christur adoratur et pascitur » - avec la méditation du chanoine Klaus Sarbach, curé en Vallée d’Aoste, qui, en fils spirituel de saint Bernard,  entend être un pasteur selon le Cœur de Dieu, avec la lumière et l’aide du saint curé d’Ars. - et encore, dans la foulée de notre saint Bernard, un écho donné par le chanoine Jean-Michel Girard, sur l’inauguration de l’espace Maurice Tornay, dans l’église d’Orsières. La Chine Grâce à la présentation importante et fouillée de la lettre de Benoît XVI aux catholiques de Chine, par notre chanoine sinologue Daniel Salzgeber. Notre Mission du Tibet et de Taïwan, Avec 2 articles : L’un sur  les catholiques des Alpes Yunnnanaises, par Constantin de Slizewicz Le 2ème est du Père Gabriel Délèze qui a vécu de mars à juin ses vacances missionnaires dans ses terres nendardes et bernardines.. IL évoque la belle figure de Monsieur Nakao.   _______________________________________________________________________________ A l’écoute du saint curé d’Ars   Il  y en a, en ce monde, qui espèrent trop, et d'autres qui n'espèrent pas assez. Nous voulons aller au ciel, mais avec toutes nos aises, sans nous gêner en rien; ce n'est pas comme cela qu'on fait les saints. Que diriez-vous d'un homme qui travaillerait le champ du voisin et laisserait le sien sans culture! Voilà pourtant ce que vous faites. Vous fouillez continuellement dans la conscience des autres et vous laissez la vôtre en friche. Oh! quand la mort arrivera, quel regret nous aurons d'avoir tant songé aux autres et si peu à nous! car c'est de nous et non des autres qu'il faudra rendre compte... Nous avons toujours deux secrétaires: le démon qui écrit nos mauvaises actions pour nous accuser, et notre bon ange qui écrit les bonnes pour nous justifier au jour du jugement. Le démon nous amuse jusqu'au dernier moment, comme on amuse un pauvre homme en attendant que les gendarmes viennent le prendre. Quand les gendarmes arrivent, il crie, il se débat; mais on ne le lâche pas pour autant. Quand toutes nos actions nous seront présentées, qu'il y en aura peu d'agréables à Dieu, même parmi les meilleures! Tant d'imperfections, tant de pensées d'amour-propre, de satisfactions humaines, de retours égoïstes qui s'y trouvent mêlés! Elles ont bonne apparence, mais elles n'ont que l'apparence; comme ces fruits qui semblent plus jeunes et plus mûrs, parce qu'un ver les a piqués. Que diriez-vous d'un père qui traiterait de la même manière un enfant sage et un enfant sot? Vous diriez: "Ce père n'est pas juste." Eh bien, Dieu ne serait pas juste s'il ne faisait point de différence entre ceux qui le servent et ceux qui l'offensent. La terre est un pont pour passer d'un bord de l'éternité à l'autre; elle ne sert qu'à soutenir nos pieds... En mourant, nous faisons une restitution. Nous rendons à la terre ce qu'elle nous a donné... Une petite pincée de poussière, voilà ce que nous deviendrons. Il y a bien de quoi être fier! Nous ressemblons à ces petits tas de sable que le vent ramasse sur le chemin, qui tournent un petit moment et se défont tout de suite après... Nos frères et nos soeurs qui sont morts sont réduits à cette poignée de cendre. Pour notre corps, la mort n'est qu'une lessive. Il faut travailler en ce monde, il faut combattre. On aura bien le temps de se reposer toute l'éternité. Si nous comprenions bien notre bonheur, nous pourrions presque dire que nous sommes plus heureux que les saints dans le ciel. Ils vivent de leurs rentes; ils ne peuvent plus rien gagner; tandis que nous, nous pouvons à chaque instant augmenter notre trésor. Que diriez-vous d'une personne qui entasserait dans la maison des provisions qu'elle serait obligée de jeter, parce qu'elle se gâteraient, et qui laisserait des pierres précieuses, de l'or, des diamants qu'elle pourrait conserver et qui feraient sa fortune? Nous faisons pourtant ainsi; nous nous attachons à la matière, à ce qui doit finir, et nous ne pensons pas à acquérir le ciel, le seul véritable trésor. Allez de monde en monde, de royaume en royaume, de richesse en richesse, de plaisir en plaisir, vous ne trouverez pas votre bonheur. La terre entière ne peut pas plus contenter une âme immortelle qu'une pincée de farine dans la bouche d'un affamé ne peut le rassasier. Quel bonheur pour les justes quand, à la fin du monde, l'âme embaumée des parfums du ciel viendra chercher son corps pour jouir de Dieu pendant toute l'éternité! Alors nos corps sortiront de la terre comme le linge qui a passé par la lessive... Les corps des justes brilleront au ciel comme de beaux diamants, comme des globes d'amour. Quel cri de joie quand l'âme viendra s'unir à son corps glorifié qui ne sera plus pour elle un instrument de péché ni une cause de souffrance. Elle se roulera dans le baume de l'amour, comme l'abeille se roule dans les fleurs. Voilà l'âme embaumée

            Tiré des pensées du saint curé d’Ars

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Fête de saint Bernard d’Aoste –

A l’hospice du Grand-Saint-Bernard, le 15 juin 2007.

Homélie donnée par Monseigneur Giuseppe Anfossi, évêque d’Aoste

En cette solennité de saint Bernard, je voudrais, dans mon homélie, concentrer ma réflexion sur les paroles de l’évangile de Matthieu 25,38 : « Quand nous est-il arrivé de t’avoir vu… étranger et de t’avoir accueilli ? » Ce qui est mis en évidence ici, c’est le fait de donner l’hospitalité. Tout ce passage de l’évangile, qui n’a pas d’équivalent chez les autres évangélistes, demande quelques explications, pour être bien compris. Une analyse sérieuse nous permet d’exclure que le texte veuille démontrer que, à côté de l’Eglise telle que nous la connaissons, il puisse exister un mouvement humaniste d’inspiration chrétienne mais sans Christ et sans lois ; ce passage, toutefois, nous dit des choses intéressantes, en particulier à ceux qui, parmi nous, ont des responsabilités dans l’Eglise comme messagers de la Bonne Nouvelle et comme ministres du Christ. Il m’a donc paru bon de condenser ce message en deux assertions fondamentales.   La première affirme avec force que nous – les croyants – nous ne pouvons trouver de bonnes raisons ou des excuses pour nous désintéresser des personnes qui se trouvent dans le besoin : l’évangile demande à tous – et pas seulement au peuple d’Israël – d’aimer et d’accueillir les nécessiteux.   Aujourd’hui, dans un monde extrêmement complexe comme disent les sociologues, il faut beaucoup d’intelligence et de culture pour découvrir qui sont ceux qui ont besoin de notre charité et où ils sont.   La charité doit être intelligente, mais elle doit être bien réelle et s’exprimer à travers des gestes concrets : en agissant de la sorte, nous serons fidèles à l’esprit de saint Bernard.   La seconde affirmation nous ouvre à une Eglise plus vaste que celle que nous pouvons entendre quand nous prenons en compte seulement les fidèles qui assistent à nos liturgies. Les personnes qui auront exercé l’hospitalité envers ceux qui se trouvent dans le besoin, sans le savoir – c'est-à-dire d’une manière inconsciente – auront accueilli Jésus lui-même ;  alors, nous pouvons penser que le bien accompli dans le monde, ayant sa source en Jésus Christ, est plus grand que celui qui nous apparaît ; c’est bien là un motif d’espérance.   Notre cœur se réjouit, à la pensée que beaucoup d’hommes et de femmes peuvent, inconsciemment, mettre en pratique l’évangile et donc appartenir au monde des justes ; aussi ce type de charité exprimé à travers l’hospitalité trouve un modèle en saint Bernard. « Quant nous est-il arrivé de t’avoir vu… étranger et de t’avoir accueilli ? » (photo e-mail accueil 1) Cette pensée de l’évangile peut aussi guider l’interprétation que nous entendons donner de la première lecture : un texte très ancien et classique, très beau, qui a inspiré mystiques et peintres et qui relate l’apparition de Dieu au chêne de Mambré.   Ce passage est si grand et si beau qu’il me met en difficulté ; devant  tant de grandeur, je me sens si petit.   Le modèle d’hospitalité que ce texte propose renforce encore notre conviction que, en accordant l’hospitalité à n’importe quel hôte, nous accueillons Dieu lui-même.   Toutefois, je me plais maintenant à attirer votre attention sur des aspects plus secondaires, mais non moins importants pour nous. Abraham, présenté ici comme un patriarche – un chef – et comme le père d’une grande famille, reste debout pour accueillir les hôtes, et puis il va au-devant des hôtes avec empressement.   Ceci exprime que l’hospitalité est aussi faite de cœur – tout à l’heure j’ai parlé d’intelligence – et aussi de gestes concrets.   Saint Paul, dans le passage de la Lettre aux Romains que nous venons d’entendre, nous invite à donner de l’importance aux intentions intérieures et aux sentiments qui doivent animer la personne qui accueille : le fait de recevoir ne se limite pas à des gestes extérieurs, mais il implique toute ma personne.   Ce même passage exprime encore d’autres exigences ; il nous faut comprendre que celui qui veut être vraiment hospitalier doit s’appuyer sur une communauté : « Persévérez dans la prière, soyez attentifs aux besoins de vos frères et empressés de donner l’hospitalité.  Ayez les mêmes sentiments les uns envers les autres. »   Les chanoines du Grand-Saint-Bernard savent mieux que moi combien est vrai ce que je viens de dire : une communauté où règne l’unité permet une meilleure hospitalité.   Je voudrais toutefois donner plus d’ampleur à cette affirmation ; je pense que celle-ci vaut aussi pour nous, prêtres diocésains : seule une paroisse qui est une vraie communauté ou, comme on dit, une communauté de communautés, peut pratiquer l’accueil. (photo e-mail accueil 2)   Tout ce qui a été dit vaut enfin pour les familles. Sans harmonie interne, sans relations de qualité entre les personnes, cet esprit d’ouverture et d’accueil, qui caractérise toute famille chrétienne authentique, n’est pas possible.   Demandons alors l’intercession de saint Bernard : que chacun de nous devienne plus accueillant, en vivant fidèlement les charismes de sa vocation propre.   AMEN ___________________________________________________________________________ « Ici le Christ est adoré et nourri »   « Hic Christus adoratur et pascitur », Ici le Christ est adoré et nourri, Qui Christo è adorato e nutrito, Hier wird Christus Anbetung und Nahrung zuteil. Telle est la devise de l’hospice du Grand-Saint-Bernard, du Simplon, de la maison de Saint-Oyen, de la Mission à Taïwan, des paroisses et des autres lieux où vivent des chanoines du Grand-Saint-Bernard. Nous allons essayer d’explorer le sens de cette maxime dans l’histoire et le présent.   Il y a un peu plus d’un millénaire qu’a été inventé le collier à cheval. Par cette invention, c’est l’attelage des animaux de trait qui a été perfectionné. Ainsi ces derniers n’étaient plus étouffés par la traction des cordes qui maintenaient le poids de leur chargement sur leur cou. Au contraire, c’est l’ossature des épaules qui prend le relais, permettant de charger davantage ces animaux. Cette invention de génie a eu comme conséquence immédiate une explosion du commerce. C’est depuis cette époque que la laine des moutons d’Angleterre est exportée vers l’Italie pour fabriquer les splendides vêtements vénitiens. Mais les cols alpins avec leurs longs hivers ont été les témoins de la mort d’une multitude d’être humains. Avalanches, brouillard, froids, ou brigands se sont ligués pour la mort de l’homme.   Un homme, Bernard, archidiacre d’Aoste, a eu une prière embêtante dans les années 1040. Vous connaissez ces prières : après s’être disputé avec quelqu’un, vous vous mettez à prier le notre Père et vous restez croché sur le « pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi… ». Que faire ? Découper du Notre Père la partie embêtante ? C’est possible, mais cela provoque comme un malaise. Nous savons que c’est faux de faire ainsi et ce malaise ne nous laisse pas en paix. Nous essayons alors de conserver le morceau de prière embêtante, c’est souvent là que Dieu nous attend. Nous commençons alors à rouspéter à l’encontre de ces idiots qui nous ont agacés, puis lentement nous demandons à Dieu la grâce de ne plus les croiser, puis nous prions franchement pour eux et enfin nous refaisons la paix et la prière embêtante devient le lieu de notre rencontre avec Dieu. C’est cette partie de prière la plus importante pour nous, car elle nous indique le chemin de la vie. Et bien ce Bernard est resté croché aux paroles « Notre Père ». Si Dieu est vraiment le Père des hommes, les autres sont mes frères et sœurs. C’est simple comme constatation, mais les conséquences sont énormes. Si Dieu est mon Père, ceux qui meurent à mes côtés sont mes frères et sœurs. Si je vois leurs difficultés et que  je me contente de constater leur décès, je nie par mes actes la paternité de Dieu. Dans cette situation, l’archidiacre d’Aoste a eu sur la balance d’un côté sa vie aisée – il était jeune, noble, responsable des finances du diocèse, considéré comme une autorité économique, invité aux bonnes tables – de l’autre le nom de Dieu : Notre Père. Sans commentaire supplémentaire nous avons devant les yeux son dilemme. Après un combat intérieur difficile et de longues prières, il a donné la priorité à sa conscience. Il a choisi d’élire en son cœur Dieu comme Père et d’accepter les conséquences de son choix, soit de quitter ce qui faisait le confort de son quotidien pour servir le Christ dans la personne des hommes en danger dans la montagne. Avec des collaborateurs, il s’est lancé vers l’inconnu. Il a commencé à construire une maison au sommet du col du Mont Joux, à 2473 mètres d’altitude. C’est l’origine de l’hospice qui porte son nom. Des hommes se sont associés pour la vie de leurs frères et sœurs.   L’incendie général de l’hospice en 1554 n’a laissé subsister aucun document écrit sur les origines de l’hospice (vers 1045-1050). Il reste à ce jour l’œuvre d’hospitalité, le nom de saint Bernard et deux devises : « Ici le Christ est adoré et nourri » et « Plus courageux, plus fidèle, plus heureux ». Ces dernières, transmises par tradition orale depuis des temps immémoriaux, pourraient remonter à saint Bernard lui-même. « Ici le Christ est adoré et nourri » est un admirable résumé de l’idéal des chanoines du Gd-St-Bernard, et même de toute vie chrétienne. Le lieu mentionné, le « ici » est le cœur des fils spirituels de saint Bernard, avant d’être leur demeure. C’est une invitation exigeante à une vie de prière intense. La priorité des religieux est appelée à être l’adoration, la mise à genoux de l’être humain devant notre Dieu et Père, notre Maître et Seigneur. Dans le quotidien, Dieu se révèle progressivement comme le Dieu vivant et vrai, celui qui attire notre vie et vers lequel s’élance notre amour. Par la prière, Dieu visite notre cœur et nous donne la force de vivre au service des passants. Autrefois la prière donnait la force de sortir en montagne pour chercher les gens sur le chemin enneigé. Il était normal dans la pensée de chacun d’imaginer mourir en montagne dans la journée, en essayant de sauver une vie. La prière donnait la force nécessaire pour sortir de l’hospice et risquer sa vie. Aujourd’hui avec les flots de passants, la prière est plus qu’autrefois nécessaire pour demander à Dieu d’élargir notre cœur afin de rester disponibles pour les gens que nous rencontrons. Nous sommes invités à être des témoins de notre Père pour les gens qui passent dans nos maisons. Le premier espace dont nos contemporains ont besoin, c’est notre cœur. L’homme d’aujourd’hui a besoin d’être aimé. Il a besoin de croiser des témoins de l’Amour. Plus qu’autrefois où la structure de la société était très sociable, l’homme du monde industrialisé, informatisé et technique dans lequel nous vivons vit un grand isolement. Il est souvent considéré pour ce qu’il produit. Nos contemporains ont un besoin infini de croiser de témoins de l’Amour qui les aiment en vérité, selon Dieu. Ils ont besoin d’être considérés comme un frère, une sœur, un être humain digne d’être aimé pour ce qu’il est, tout simplement. Et cet amour n’est pas toujours spontané. Si pour la vingtième fois de la matinée vous devez répondre au téléphone qu’il a neigé 34 centimètres de neige et qu’il fait -5.4°c, votre patience risque d’être ébréchée et votre amabilité réduite. C’est la vie de prière qui peut donner cette force qui permet de rester disponible pour cette 20ème personne de la matinée. La source de toute vie et de tout amour c’est Jésus. Et la prière, c’est ce plongeon renouvelé bien souvent dans la vie même de Dieu qui vient soutenir notre vie et dilater notre cœur. Nos maisons sont invitées à être toujours davantage le reflet de ce dilatement intérieur. Ici, mon frère, ma sœur, tu es chez toi. C’est pour cela que dans certaines chambres il reste du mobilier de valeur. Les hospices et nos maisons d’habitation ne sont pas des maisons historiques qui doivent devenir des musées, mais des instruments au service de la charité. Si tel meuble est beau pour moi, toi mon frère, toi ma sœur que je ne connais peut-être pas encore, tu es digne de partager la beauté qui me réjouit… Mieux vaut se faire voler un beau meuble que de cultiver un a priori de méfiance par rapport à l’homme d’aujourd’hui.   Ici le Christ est aussi nourri. Le trois demandes du « Notre Père », celles du pain du jour, du pardon et de la protection contre le mal, sont essentielles. Ce que nous demandons, c’est le nécessaire pour vivre, soit notre besoin de nourriture, d’amour et de protection, rien que pour aujourd’hui. Donne-nous notre pain de ce jour, donne-nous quelque chose à manger, donne-nous quelqu’un qui nous considère dignes d’être aimés et donne-nous un lieu pour vivre. C’est cela que Dieu veut nous donner au quotidien et les maisons des chanoines sont appelées à être toujours davantage ces relais humains du « Notre Père » sur la route des hommes de ce temps. En voyant comme il est reçu, notre contemporain est invité à découvrir sa grandeur. Ne découvrons-nous pas bien souvent notre valeur dans le regard des gens qui nous aiment ? Et ayant redécouvert sa beauté notre contemporain est invité à devenir davantage le vivant témoin de la grandeur sublime de la vie humaine.   La devise des chanoines du Gd-St-Bernard, « Hic Christus adoratur et pascitur », Ici le Christ est adoré et nourri, est une splendeur. Elle s’explique par des circonstances historiques qui ont plus de mille ans. Elle est une invitation à une vie de prière intense qui rencontre le Seigneur dans la prière avant de le servir dans le frère que je rencontre. Ce qu’elle est surtout, ce n’est ni un saut dans le passé ou un chemin de vie pour le présent, mais une promesse d’avenir, soit le révélateur de la dignité de chaque être humain. Quelle que soit ton histoire, toi, homme de ce temps, tu es mon frère, tu es ma sœur, et tu es digne d’être aimé.   Chne Jean-Pierre Voutaz _____________________________________________________________________________ Réflexions d’un curé de montagne chez le «grand» curé de campagne   « Mon cimetière est plein de saints ! »  - Mot du Curé d’Ars Lors d’un pèlerinage des prêtres et des diacres valdôtains avec l’évêque d’Aoste dans au Sanctuaire du saint Curé d’Ars (11-12 mai 2007), à la fin des heures de partage et de prière avec les confrères chez le «Patron de tous les curés du monde», j’ai fait ces quelques réflexions et me suis posé des questions :   A l’époque «post-révolutionnaire» où l’abbé Jean-Marie Vianney était arrivé dans sa paroisse de campagne, «l’état de la foi chrétienne» était bien plus bas qu’aujourd’hui. Grâce à son amour profond de Dieu et des hommes ; grâce à sa foi «à transporter les montagnes» ; grâce à ses innombrables heures d’adoration et de prière devant le tabernacle; grâce à son enseignement clair et profond, adapté aux gens de la campagne; grâce aux forces reçues à travers les sacrements de la réconciliation et de l’Eucharistie, le « service  du serviteur inutile » a poussé les paroissiens à se convertir, à changer leur manière de vivre, à devenir de vrais amis de Jésus et des membres vivants de la communauté paroissiale. Ainsi, à la fin de sa vie, le curé pouvait dire cette belle phrase : « Mon cimetière est plein de saints ! »   Alors, moi le petit curé de montagne, facilement découragé en voyant les bancs d’église dégarnis, en constatant que même dans nos villages parsemés de chapelles la foi semble décroître à une vitesse terrible ; que toutes les «maladies du siècle» entrent jusque dans les beaux chalets de nos vallées et que la «voix des bergers» - qu’ils s’appellent Pape, évêque ou prêtre – reste sans écho; que la solidarité et le volontariat sont peu visible, si ce n’est aux heures d’accidents ou de catastrophes, je me demande :«Que dois-je faire ?»   Peut-être les paroissiens d’Ars sont morts comme des saints parce qu’ils ont imité leur curé qui était un grand saint ! Donc, c’est moi, appelé comme «pasteur d’âmes» dans la Vallée du Grand-Saint-Bernard, qui dois me convertir et me laisser transformer par celui qui est le seul saint !   En suivant le refrain d’un chant qui dit : « Change ton regard sur le monde et le monde changera », je peux reconnaître tous «ceux qui croient» et tout «ce qui croît» dans le cœur des amis de Jésus. Alors, je l’espère, je méditerai avec plus de ferveur la Parole de Dieu devant le tabernacle, j’annoncerai avec une plus grande conviction la Bonne Nouvelle de Jésus, je porterai avec entrain le trésor du Christ aux hommes, je donnerai envie aux autres de se laisser réconcilier par les sacrements du Pardon, nourrir par l’Eucharistie et engager au service des frères et de la communauté des chrétiens.   Alors je reconnaîtrai davantage les fruits cachés qui grandissent dans le cœur des chrétiens à moi confiés et ranimerai chaque matin la joie imméritée qui m’habite d’être simple prêtre à l’imitation du Curé d’Ars, mais heureux de pouvoir être un véritable ami de Jésus et un vrai compagnon des personnes dont j’ai reçu la charge.   Chanoine Klaus Sarbach   ______________________________________________________________________________ Inauguration et bénédiction de L’Espace Maurice Tornay, dans l’église d’Orsières   Les lecteurs de la Revue connaissent déjà la Fondation Maurice Tornay qui a été constituée pour gérer la maison natale du Bienheureux à La Rosière. Cette habitation est petite. Elle permet de se rendre compte des conditions de vie du début du XXème siècle que connut Maurice Tornay dans son enfance ; quelques photos le situent aussi dans sa famille. Les « pèlerins » visitent également la chapelle dont les vitraux évoquent les étapes de sa vie. Le Conseil de Fondation s’est aussi donné pour tâche de faire mieux connaître cet homme du pays honoré par l’Eglise. Il a semblé opportun de faire mémoire du Bienheureux dans l’église de son baptême, l’église paroissiale d’Orsières. Tout d’abord un tableau fut placé près du baptistère. Une salle sous la sacristie Nord de l’église était inoccupée. La Fondation a conçu le projet de l’utiliser pour présenter plus longuement la vie de Maurice Tornay. La salle fut aménagée avec un double accès, de l’extérieur ou de l’église. Ce deuxième est ouvert en permanence de sorte que le local est disponible durant tout le temps d’ouverture de l’église.   L’ « Espace »   Il est composé de 4 panneaux :          Enfant à La Rosière, interne au collège Saint-Maurice Novice, puis chanoine au Gd-St-Bernard Missionnaire au Yunnan Curé de Yerkalo Chaque panneau comporte un titre une ligne du temps avec les dates des principaux événements de la vie de Maurice Tornay au-dessous de la ligne et de ceux du monde au-dessus Un texte retraçant les événements et son évolution personnelle Quelques citations tirées de sa correspondance Une photo-portrait à gauche, une photo tramée à l’arrière-fond et 6 ou 7 photos avec légendes Des vitrines avec des objets ayant appartenus pour la plupart au Bienheureux : cahier de collège, bréviaire, calice, image de 1ère Messe, crucifix, soutanes.   Au centre de la salle des bancs pour pourvoir lire tranquillement les panneaux et quelques documents à disposition.   L’exposition a été réalisée par Sarah et Jean-Marc Hahling et Jean-François Maniglier.   D’autre part, un audio-visuel est à disposition à la cure ou à la Rosière. Ainsi, les personnes qui viendront auprès de Maurice Tornay auront quelques moyens pour mieux le connaître et s’enrichir au contact de cette personnalité , de ce chrétien qui a donné sa vie pour le Christ.   L’inauguration a eu lieur le 2 juin en présence de nombreux invités de la Congrégation du Gd-St-Bernard, de la famille de Maurice Tornay, des autorités civiles, des réalisateurs, des paroissiens. La cérémonie s’est déroulée devant l’église, près du clocher, présidée par M. Gaspard Pouget, président de la Fondation. Mme Sarah Hahling a présenté le concept de l’exposition.. Mr.. le Prévôt Benoît Vouilloz invita à la prière et demanda la bénédiction du Seigneur sur cet espace et ceux qui le visiteront. Enfin le Président de la commune d’Orsières, M. Jean-François Lattion, rappelant la cérémonie de béatification à Rome en 1993, souligna la légitime fierté que pouvaient ressentir les compatriotes de Maurice Tornay. Un moment convivial autour d’un apéritif offert par la commune d’Orsières permettait aux invités de fraterniser. La journée s’est terminée par l’Eucharistie du Secteur d’Entremont, présidée par Mr.  le prévôt.   Jean-Michel Girard _________________________________________________________________________________ Présentation de la lettre historique du Pape Benoît XVI aux catholiques en Chine     « Durant le premier millénaire chrétien, la croix fut plantée en Europe, durant le deuxième millénaire en Amérique et en Afrique. De même, durant le troisième millénaire, une grande moisson de foi sera recueillie dans le vaste continent asiatique. » Comment ne pas penser à ce mot prophétique que Jean-Paul II a prononcé il y a douze ans1, si on est conscient que l’Eglise en Chine est la partie de notre Eglise qui croît le plus vite et de la façon la plus dynamique. En fait, l’Eglise en Chine est un signe splendide de la résurrection. Au début des années huitante, elle sortait d’une période de vingt ans de persécution cruelle, durant laquelle toute manifestation religieuse était interdite et sanctionnée. Les églises avaient été démolies ou transformés en écoles, théâtres, usines, même en toilettes publiques. Les séminaires fermés, les membres du  clergé et des laïques jetés en prisons ou en camps de travail… Les religieuses renvoyées à la maison et souvent forcées de se marier… On la croyait morte, éradiquée, l’Eglise en Chine – et quelle image aujourd’hui, trois décennies plus tard ! Celui qui se rend aujourd’hui en Chine est témoin d’une église vivante qui est un des signes les plus porteurs d’espoir dans notre monde au début du 3ième millénaire. L’église en Chine vit ! Elle est jeune, l’âge moyen du clergé est autour de 35 ans. Dans beaucoup de régions, les vocations religieuses sont  surabondantes. L’église est active, non pas seulement dans la pastorale traditionnelle. Elle est profondément impliquée dans des oeuvres caritatives : crèches, orphelinats, homes pour personnes âgées, hôpitaux, dispensaires pour lépreux, aveugles, malades du sida, handicapés mentaux, même des écoles – contournant ainsi la maxime du gouvernement de l’éducation athée.  Elle aide les migrants dans les grandes métropoles, les travailleurs saisonniers qui ont quitté les campagnes pour trouver du travail et aussi de l’argent pour leurs familles, ils sont  trop souvent victimes d’un système de capitalisme sauvage à la chinoise,  exploités, traités comme  des esclaves. Sur 1.3 milliard d’habitants, entre 12 et 14 millions de catholiques témoignent aujourd’hui d’une demande spirituelle croissante. Chaque année, environ 150'000 adultes se font baptiser et une foule toujours plus nombreuses d’intellectuels s’intéressent au christianisme.  Des experts estiment qu’en 2020 la Chine sera le pays qui comptera le plus de chrétiens ! Mais en dépit de son évolution magnifique durant les derniers vingt ans, l’Eglise en Chine est encore aujourd’hui une église qui connaît aussi la souffrance. Il y a d’un côté le drame de sa division interne avec d’un côté une aile officielle,  « patriotique » qui est prête à faire quelques compromis avec l’Etat communiste, et de l’autre une aile non-officielle, « souterraine, clandestine » non reconnue par l’Etat, donc interdite et de ce fait (avec des degrés d’intensité qui diffèrent d’une province à l’autre), persécutée. Et il y a aussi la souffrance de ne pas pouvoir vivre pour l’heure la pleine communion avec l’Eglise universelle et surtout avec le Saint Père.   Annonce de la parution de la lettre  Dès le début de son pontificat, Benoît XVI, en suivant les traces de son prédécesseur Jean-Paul II,  essaie de tendre la main vers le gouvernement chinois afin de normaliser les relations entre le Saint Siège et Pékin. Pour étudier toutes les questions qui y sont liées, il a convoqué au début de cette année une réunion de haut niveau au Vatican. Ainsi, les 19 et 20 janvier derniers, une vingtaine de cardinaux, d’évêques de Taiwan, Hongkong et Macao, et de hauts représentants de la curie romaine se sont réunis sous la présidence du secrétaire de l’état, le cardinal Tarcisio Bertone. Cette réunion s’est conclue par l’annonce de la formation d’une commission permanente qui sera mise en place à Rome afin de coordonner le travail des personnes responsables du dossier « Chine » au Vatican, de la promesse de la poursuite du dialogue avec Pékin et de l’envoi d’une lettre du pape aux catholiques de Chine qui devrait paraître quelques temps après Pâques. Au courant du mois de juin, dans une initiative tout à fait inhabituelle, le cardinal Ivan Dias, préfet de la congrégation pour l’évangélisation des peuples, a envoyé une lettre à 610 couvents de religieuses contemplatives de par le monde pour leur demander de prier « afin que la lettre du Saint Père soit bien reçue, que la Chine s’ouvre à l’Evangile et donne à tous les croyants une liberté de religion sans restriction ». Quant les évêques « officiels » de l’Eglise catholique en Chine ont été convoqués pour une réunion de deux jours à Huairou, près de Pékin, les 28 et 29 juin, la parution de la lettre du pape était imminente. En fait, le cardinal Bertone, avait déjà déclaré au début du mois de juin, que la lettre « avait été définitivement approuvée par le pape » ;  d’autre sources romaines avaient annoncé qu’elle serait communiquée au gouvernement chinois avant d’être rendue publique. La réunion à Huairou éveilla des craintes que l’Association patriotique préparât une nouvelle campagne contre le pape, similaire à celle qui avait accompagné la canonisation de 120 martyrs de l’Eglise en Chine, le 1er octobre 2000. A cette époque, des évêques  « officiels »  avaient été sommés de dénoncer vigoureusement l’attitude du Vatican, qualifiée d’hostile envers la Chine. Bien qu’un haut responsable chinois ait signifié lors de cette réunion que les principes d’indépendance qui sont ceux le l’Association patriotique restaient toujours d’actualité (il lança aux évêques : « Nous vous avons servis du maotai, le meilleur alcool de Chine. Après y avoir goûté, vous n’avez plus besoin de vin étranger » [ !]), ces craintes furent heureusement d’infondées.   Très attendue, la « Lettre du Pape Benoit XVI aux évêques, aux prêtres, aux personnes consacrées et aux fidèles de l’Eglise catholique en République populaire de Chine » a été finalement rendue publique le samedi 30 juin, jour de la fête des premiers martyrs de Rome, au lendemain de la fête des apôtres Pierre et Paul.2   « En tant que pasteur universel de l’Eglise je désire manifester ma vive reconnaissance au Seigneur pour le témoignage de fidélité dans la souffrance donné par la communauté catholique chinoise dans des circonstances vraiment difficiles. En même temps, je ressens comme étant mon devoir profond et indéfectible, et comme l’expression de mon amour de père l’urgence de confirmer dans la foi les catholiques chinois et de favoriser leur unité par les moyens qui sont propres à l’Eglise. » (4)3  Ainsi, toute la lettre est une exhortation à l’unité, à la réconciliation et au pardon réciproque, écrit dans un ton serein et plein de respect, ce ton que Benoît XVI conserve même quand il se réfère aux limites de la liberté religieuse, aux attitudes inacceptables et aux tensions internes à l’Eglise (malgré ses divisions, il souligne, qu’il n’y a qu’une seule Eglise catholique de Chine et qu’elle est fidèle au Saint-Siège).  Il s’adresse comme un père aux catholiques chinois et avec respect aux autorités chinoises. Il estime la culture du peuple chinois « peuple que j’apprécie profondément et pour lequel j’ai des sentiments d’amitié » (4) et il loue « la splendeur de sa civilisation millénaire, avec toute son expérience de sagesse, de philosophie, ainsi que dans les sciences et dans les arts » (3).     La lettre, un document de 57 pages (l’équivalent d’une véritable encyclique), est présentée en deux parties.   Situation de l’Eglise, aspects théologiques  Dans la première partie, intitulée  « Situation de l’Eglise, aspects théologiques » (3-9), le pape évoque avec beaucoup de compréhension la situation difficile des catholiques chinois et pose les principes ecclésiaux fondamentaux.4 « La clandestinité ne rentre pas dans la normalité de la vie de l’Eglise » (8). Cette phrase pourrait résumer l’esprit de cette partie. Après plus d’un demi-siècle d’une histoire tourmentée et parfois sanglante, Benoît XVI veut tourner la page et régulariser la situation de l’Eglise catholique de Chine.  Pour cela, il s’adresse d’abord au gouvernement chinois, déclarant que « le Saint Siège demeure toujours ouvert aux négociations» (4), même plus, citant Jean-Paul II, il rappelle que  le Saint Siège souhaite –au nom de toute l’humanité- « l’ouverture d’un espace de dialogue avec las autorités de la République Populaire de Chine,  dans lequel, les incompréhensions du passé ayant été surmontées, l’on puisse travailler ensemble pour le bien du Peuple chinois et pour la paix dans le monde » (4) « Si l’Eglise invite les fidèles à être de bons citoyens (…), elle demande à l’Etat de garantir à ces mêmes citoyens catholiques le plein exercices de leur foi, dans le respect d’une authentique liberté religieuse » (4). Posé ce cadre, Benoît XVI en arrive à l’essentiel, à savoir la communion, qui est assurée par l’évêque, « principe et le fondement visible de l’unité dans l’Eglise particulière » (5), à la fois en communion avec les autres évêques et avec le pape. Une des plus grands problèmes de l’Eglise en Chine est justement que cette communion n’existe pas encore, qu’il y a tant de « tensions, divisions et récriminations » (6). Celles ne peuvent être surpassés que par une attitude de pardon et de réconciliation, par « la purification de la mémoire, le pardon de ceux qui ont fait le mal, l’oubli des torts subis et la pacification des cœurs dans l’amour » (6) même si cela exige « le dépassement de positions ou de visions personnelles issues d’expériences douloureuses ou difficiles » (6) Dans cet esprit sont alors examinés les deux principaux points de blocage. D’abord, l’Association patriotique, émanation du parti communiste pour organiser et contrôler l’Eglise catholique. Le pape tranche clairement que sa prétention « de se placer au dessus des Evêques eux-mêmes et de guider la vie de la communion ecclésiale ne correspond pas à la doctrine catholique » (7) et que sa finalité déclarée « de mettre en œuvre ‘les principes d’indépendance et d’autonomie, d’autogestion et d’administration démocratique de l’Eglise’ est inconciliable avec la doctrine catholique ». Et ensuite, la question de la nomination des évêques et de leur union avec le pape qui est constitutive de l’Eglise catholique. Le Saint Père analyse que l’épiscopat chinois comporte trois catégories d’évêques : Ceux qui  « se sont vus contraints de se faire consacrer clandestinement ». Le pape souhaite les voir désormais « reconnus comme tels par les autorités chinoises » (8) -Ceux qui « ont consenti de recevoir l’ordination épiscopale sans mandat pontifical, mais, par la suite, ils ont demandé de pouvoir être accueillis dans la communion avec le Successeur de Pierre et avec les autres Frères dans l’Episcopat ». Il leur est demandé  de rendre publique leur légitimation obtenue et qu’ils« posent toujours plus des gestes sans équivoques » (8) de leur communion. -Et enfin certains évêques –« en nombre très réduit »- qui ne sont pas en communion avec Rome, qui « sont à considérer comme illégitimes mais validement ordonnés » et qui « exercent validement leur ministère dans l’administration des sacrements ». Le pape espère une conciliation avec eux et s’exclame : « Quelle grande richesse spirituelle en découlerait pour l’Eglise en Chine si, présentant les conditions nécessaires, ces Pasteurs parvenaient aussi à la communion avec le Successeur de Pierre et avec tout l’Episcopat catholique ! » (8) Etant donné que l’actuel  Collège des évêques catholiques de Chine est composé aussi d’évêques encore illégitimes, mais que les « clandestins » n’en font pas partie, le pape déclare qu’il « ne peut être reconnu comme Conférence épiscopale par le Siège Apostolique » (8) Pour éviter  à l’avenir des ordinations épiscopales illégitimes, Benoît XVI demande la liberté de nomination des évêques, qui est « un élément constitutif du plein exercice du droit à la liberté religieuse » (9) et souhaite trouver un accord sur certaines questions avec le gouvernement.   Orientations de vie pastorale  En apportant des réponses claires aux questions pastorales brûlantes qui ont suscité la division au sein de l’Eglise de Chine depuis presque 50 ans, le pape tire dans la deuxième partie, plus courte, intitulée « Orientations de vie pastorale » (10-17), les conséquences pastorales de ses réflexions théologiques en s’adressant plus particulièrement aux prêtres (13), aux communautés religieuses (14), mais aussi aux laïcs et aux familles (15), non pas sans regretter que l’activité pastorale reste encore limitée : « Même si ces dernières années, au regard du passé, l’Eglise jouit d’une plus grande liberté religieuse, on ne peut nier que demeurent de graves limitations qui touchent le cœur de la foi, et qui, dans une certaine mesure, étouffent l’activité pastorale. »  (12)   Dans une conclusion à la portée considérable, Benoît XVI révoque « toutes les facultés qui avaient été concédées pour faire face à des exigences pastorales particulières, nées en des temps spécialement difficiles » (18). En un mot : l’époque des mesures d’exception (notamment pour l’ordination d’évêques clandestins) est finie. Finalement le pape institue une Journée de prière pour l’Eglise en Chine et il propose qu’elle soit fixée au 24 mai « qui est consacré à la mémoire liturgique de la bienheureuse Vierge Marie, Auxiliaire des chrétiens, vénérée avec tant de dévotion dans le sanctuaire marial de Sheshan* à Shanghai » (19). Cette journée au cours de laquelle « les catholiques du monde entier (…) feront preuve de leur fraternelle solidarité et de leur sollicitude pour (leurs frères et sœurs chinois) », sera désormais « une occasion pour les catholiques du monde entier de s’unir par la prière à l’Eglise qui est en Chine » (19).   Appréciation de la lettre La lettre du pape ne marque pas un changement de ligne sur le fond.  Benoît XVI reprend une politique mûrie au fil du pontificat de Jean-Paul II6 qui vise à réduire l’antagonisme historique entre les deux ailes de l’Eglise chinoise et à réaliser la pleine unité de l’Eglise en Chine avec l’Eglise universelle. Ici, Benoît XVI n’apporte aucun élément nouveau à ce que Jean-Paul II avait dit aux catholiques de Chine. La rupture de Benoît XVI est dans le style: on passe d’un vœu pieux à sa mise en œuvre efficiente. Cette rupture est dictée par l’urgence du temps présent, par le besoin pastoral d’une communauté de 10 à 14 millions de catholiques qui témoignent « d’une demande spirituelle croissante »,  et par l’évangélisation nouvelle qui exige l’annonce de l’Evangile à l’homme moderne, sur tout aux jeunes parmi lesquels on note « un intérêt croissant pour la dimension spirituelle et transcendante de la personne humaine, avec comme conséquence un intérêt pour la religion, particulièrement pour le christianisme » (3).  Cette évangélisation  passe pour  le pape par l’évêque**, centre de la vie de l’Eglise. Dans le contexte chinois, l’urgence touche bel et bien justement aussi (et même en premier lieu !), la question des évêques : une cinquantaine d’évêques sont décédés depuis 2000. Sur 148 diocèses, l’Eglise en Chine compte actuellement moins de cent évêques dont plus de 60% ont plus de 75 ans, l’âge de la retraite selon le droit canon. Le peuple des catholiques en Chine risque se retrouver en fait sans pasteurs. Sans doute, cette lettre de Benoît XVI est avec la lettre dans laquelle Jean Paul II présentait en 2001 ses excuses pour toutes les erreurs commises par des membres de l’Eglise catholique en Chine, le document le plus important jamais écrit par Rome à l’adresse de l’Eglise en Chine. Elle ouvre une nouvelle phase dans l’histoire de cette Eglise, marquée par la réconciliation et l’unité au sein de l’Eglise et par le dialogue avec les autorités civiles sur la base de l’égalité et du respect mutuel. Elle apporte un grand réconfort spirituel aux catholiques chinois et aura un impact décisif sur le développement à venir de l’Eglise en Chine. Dans le prochain numéro de notre revue, je présenterai les réactions que la lettre du Pape a suscitées en Chine. Daniel Salzgeber LES CATHOLIQUES DES « ALPES YUNNAISES »   Constantin de Slizewicz Photographe, reporter, Constantin de Slizewicz vit en Chine depuis 1999 et depuis deux ans il vit dans le Yunnan, sur les rives du Lac Lugu. Cet article a été publié dans la revue missionnaire des M.E.P .   Cette terre de Missions, l’écrivain explorateur du National Géographique, JF Rock, la nommait comme étant « les derniers postes de la Chrétienté ». Une tentative d’évangélisation du Tibet, où soixante pères français et suisses vont se succéder de 1854 à 1952, date à laquelle ils furent définitivement chassés par les Gardes rouges. Cinquante ans après le départ des missionnaires, cinquante ans coupé de Rome, voici un voyage nostalgique vers ses églises des « Marches tibétaines ».   Les poutres de l’église sont bien équarries, les vitraux ont disparu et les fenêtres laissent généreusement rentrer des bouffées de vent qui font vaciller les bougies. Dans cette nef rouge, glacée, mon cœur est réchauffé par ces litanies. Réunis pour la prière, ils sont plus de deux cents fidèles, à genoux, les mains jointes, chantant des Ave Maria ; face à eux, une statue en bois représente la vierge de Lourdes. Dans la pénombre, les flammes des cierges accentuent le cuivre des visages, visages aux pommettes saillantes, visages de catholiques tibétains. Tibet ! La piste se perd dans des canyons désertiques, aux passages scabreux. Parfois des oasis jettent une note de verdure dans ce paysage désolé. Dans cette vallée, les rares hameaux se cachent dans les ravins, construits sur d’étroites plaines. Soudain surgit Yerkalo. La résidence de la mission, est plantée comme un fortin, à quelque 300 m au-dessus du Mékong. Cette Mission fondé en 1867 par les Pères Biet et Desgondins, est aujourd’hui administrée par un jeune prêtre tibétain, le Père Lu Rendi. Il est le seul curé de ce diocèse grand comme un département français. Dans son église, une fresque gigantesque représente un Christ ressuscité aux yeux bridés, sur les statues des Saints sont posés des hada, écharpes de soie tibétaines. Aujourd’hui, le jeune prêtre va à Lhassa  y chercher un architecte pour restaurer sa chapelle, endommagée par un tremblement de terre. La paroisse de Yerkalo peut se vanter d’être la seule implantée sur le territoire proprement dit du Tibet. La raison est historique. Au XIX siècle, le royaume des Dalaï-lama interdisait toutes infiltrations étrangères et à fortiori l’intrusion d’une religion autre que le Bouddhisme. Après quelques déboires avec les lamas, se soldant par la mort de pères et de catéchumènes, les missionnaires trouvèrent plus prudent d’établir leurs terres d'apostolats dans le nord du Yunnan, dans cette régions tampon aux pays des neiges, appelées les « marches tibétaines ». Pour retrouver ces églises, il faut longer le Mékong, direction plein sud ! À la gare routière de Dequen, une employée m’explique que « exceptionnellement, il n’y a pas de bus pour Tsedzhong » : sur ces 80 km de route, les pluies ont causé de nombreux éboulements. Seule solution, être pragmatique comme un Tibétain, avancer par tous les moyens : à pied, en camion, à moto… Lors de cette descente le long du Mékong, le paysage se métamorphose brusquement, maintenant il y a des cultures et des forêts luxuriantes en amont du fleuve. L’on peut attribuer cette végétation et le changement radical de climat aux voisinages des puissants massifs du Khawakarpo  « le Génie de la Neige blanche » (6 809 mètres), qui, avec ses cinq sommets, forme un écran, retenant les pluies. En découvrant ce pays, le géographe Jacques Bacot écrit « gorges parallèles, démesurées, absolument pareilles, il n’y a rien de si géométrique au monde ». Dans ce décor hostile, sans routes ni ponts où les rives escarpées des torrents ne sont reliées que par des câbles de fibres végétales, seul un montagnard aguerri peut survivre. Les Français, dont beaucoup moururent par accidents, maladies seront rejoints par des Suisses de l’hospice du Grand-Saint-Bernard. Des vignes au Tibet.Au crépuscule, je pénètre dans la plaine de Tsedzhong ; « étroite bande de terre de trois kilomètres de longueur en bordure du Mékong » écrit le père Goré, qui vécut ici plus de trente années. Le hameaux doit compter plus d’une soixantaine de familles, de culture naxi, tibétaine et loutse. Avec une majorité de catholiques, Tsedzhong regroupe aussi des foyers de confessions bouddhiste et animiste. C’est un catholique, Alibert (Liu Wei Zhang), 64 ans, qui me fait visiter la basilique, il en connaît tous les secrets qu’il mêle volontiers à des souvenirs d’enfance enjolivés. D’architecture de style sino-gothique, l’église fut solennellement bénite par les missionnaires en 1911. Au-dessus de la porte, sur le fronton, est gravée une inscription en latin « Venite ad me omnes qui labotatis et onerati estis »(« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau »). La maxime avait aussi été écrite en chinois et tibétain, mais elle disparut et dans la tourmente de la Révolution culturelle, même sort pour la cloche, les statues et le couvent des religieuses. « Durant ces années où les religions furent interdites, nous fûmes martyrisés et l’église fut transformée en école ». raconte Alibert. Réouverte au culte en 1979, elle est depuis le début des années 1990 classée monument historique d’importance provinciale. « Le gouvernement a financé la restauration du presbytère où vivaient les Pères ». Il ajoute que ce sont les Pères français qui lui ont appris le chinois, par la suite il est devenu instituteur. Avec nostalgie, il fait revivre le passé de chaque pièce. « Voici la bibliothèque du Père Goré. » Cet érudit parlait et lisait couramment le tibétain, «« mieux que les lamas ! », chinois, anglais, allemand et latin. Alibert ouvre la porte de la pièce voisine : « Ici, le Père Lovey aimait fumer sa pipe. Lorsque le Père André descendait de Bahang, il dormait dans cette chambre ; enfant, je venais jouer en m’agrippant à sa longue barbe… Le soir, les Pères prenaient leur repas dans la pièce centrale du bâtiment. » Fixé contre deux poutres, deux gros clous. « Ils servaient à accrocher le hamac de monsieur Chapelet. » Un drôle d’homme. C’était, hormis les missionnaires, le seul Européen à vivre dans ce pays perdu. Suisse, il est venu au Tibet on ne sait pour quelle raison. C’était une sorte d’aventurier, réfractaire à toutes sociétés policées. Comme dit le père Goré « cet homme ne craint pas le chômage », il avait pratiqué comme métiers, entre autres, ceux de chef de chantier, brocanteur, valet de ferme, opérateur de cinéma, dresseur de chiens pour aveugles, garçon d’hôtel, sergent suisse, violoniste, menuisier et enfin, capitaine dans l’armée américaine durant la guerre sino-japonaise. La guerre terminée, les situations les plus avantageuses lui furent offertes en Amérique. Mais le grand Chapelet n’était pas un homme à aimer les honneurs, il retourna à Tsedzhong pour aider la mission. « C’est lui qui a fabriqué les pressoirs et qui était chargé de produire le vin de la mission » se souvient le vieux Tibétain. En contre-bas de l’église, éclairées par la lumière pâle du soleil, les vignes des Pères. Ces cépages, importés de France, produisent toujours un vin doux et sucré, « la fierté du village »  ! Afin de perpétrer cette tradition, l’entreprise Yunnan Hong, a planté en juin 2001 plus de 4 hectares de nouvelles vignes. Les Alpes yunnanaises :Les fleuves Mékong et Saluen sont séparés par des chaînes de montagnes dont l’altitude moyenne est de 4 500 m, trois cols permettent, de rejoindre à pied les deux vallées : le Latsa, le Sila et le Dokerla. Les missionnaires suisses qui leur trouvaient une étrange ressemblance avec leur terre natale surnommeront ces montagnes « les Alpes yunnanaises ». Alibert n’a jamais eu l’occasion de visiter ses voisins catholiques de la Saluen. Un baluchon, son poignard tibétain, un chapelet en guise de carte d’identité, on marche deux jours pour passer le col de Latsa (3780 m) par l’ancienne piste du père André. La trace se perd souvent parmi les éboulements de rocaille et la végétation dense. Au sommet, quelques alignements de pierres rappellent le rêve inachevé des chanoines du Grand-Saint-Bernard qui entreprirent en 1936 de construire ici un hospice, trait d’union entre les deux vallées. Une idée de montagnards élevés dans la tradition du refuge. On comprend pourquoi. La veille de notre passage, un homme est mort de froid sur les névés glacés du col, saisi malgré lui par le « baiser de la mousson ».?Sur la vallée de la Saluen, un tout petit homme à la foi conquérante et au cœur généreux veille sur les quinze églises catholiques du district. Surnommé le patriarche de la Saluen, ce vénéré doyen de 98 ans, se prénomme Zacharie. Les cheveux ras, il porte une barbiche blanche sur un visage parcheminé. Malgré son âge, aidé de ses neufs enfants, chaque dimanche il se rend à cheval dans l’une de ses paroisses pour enseigner le catéchisme. Le vieux Zacharie se souvient bien des Pères français et suisses. Dans sa modeste chambre, à Tsekai, ou il vit la semaine, il conserve des vieux tirages noir et blanc ou l’on distingue des Occidentaux aux barbes impressionnantes élevant des routes, traversant des fleuves sur des « ponts de singe », vêtus de soutanes de style chinois....Ce dimanche, coiffé de son bonnet, muni de sa Bible et de sa croix, le patriarche, monte à Bahang. Les vingt et quelques maisons du hameau, dissimulées au milieu des champs de maïs, sont réunies à la mission par des petits sentiers. L’église presque centenaire, conserve une architecture originale, mélange des styles taoïste, bouddhiste et chrétien. Dans son livre Missions perdues au Tibet, l’explorateur Guibaut décrit la mission tel « un nid d’aigle qui eût mieux convenu à un repaire de brigands ; ou à un monastère, car la vue s’étendant sur le vaste paysage est sévère ». À l’intérieur du presbytère, dans l’ancienne chambre du Père André, je découvre des livres appartenant aux missionnaires, dont un volume du magazine l’Illustration datant de 1927. Durant son hivernage de soixante-dix huit jours à Bahang en compagnie de Liotard, Guibaut raconte : « J’élève autour de mon grabat des barricades de numéros de l’Illustration pour barrer la route aux courants d’air. » Le patriarche, qui a la mémoire longue, évoque les deux illustres voyageurs, qui « aimaient se donner à l’opium. » Mais ici, sous ce clocher de Bahang, le plus émouvant, ce sont ces habitants. Loutse, Tibétains et Lissous catholiques forment une communauté de sentiments comme les membres d’une même famille. Braves de cœur, généreux, joyeux et insouciants. Pour se différencier de leurs frères bouddhistes, ils portent, accrochés aux vestes, sur leurs chapeaux défoncés, autour de leur cou, des chapelets, des croix, des médailles miraculeuses… Ils s’appellent par des noms bibliques, comme Elie, Maria, Jacoba ou Zacharie…?Ce soir, le village de Bahang est en fête, réuni dans la maison communale pour y célébrer un mariage bouddhiste. Autour des jeunes mariés, se rassemble la foule des différentes confessions : animistes, bouddhistes et catholiques. La flamme du foyer éclaire la grande pièce sombre dont le plancher résonne sous les coups de bottes des danseurs. Sans exception, tous les villageois chantent, dansent, remplissent leurs verres de vin. « Ici, tant qu’on a de l’alcool et que la santé est bonne, tout est pour le mieux », me confie Alibert. Après Dieu, l'alcool est la grande passion de ce peuple. Dans la beauté de cette nuit, entre ces croix et ces lamas, l’ivresse fut collective : miracle du vin, miracle divin ? Témoins  de la Lumière   «Voici  le message que nous avons entendu  de Lui  (le Verbe de vie) et que nous  vous  annonçons : Dieu est Lumière, en Lui point de ténèbres » (1 Jn l,5).   Attirés par l’étoile de Bethléem et drapés de la lumière du Ressuscité, des « hommes de bonne volonté » s’en allèrent de par le monde, dissipant les ténèbres du Mal. Aussi, lorsqu’au septième siècle les chrétiens nestoriens entrèrent en contact avec le monde chinois, ils annoncèrent la « doctrine de la Lumière ». Neuf siècles plus tard, lorsque les jésuites pénétrèrent en Chine, ils dénommèrent le catholicisme : « doctrine du Maître du Ciel ».   Vers les années l93O, annoncées par des presbytériens et des pentecôtistes, les premières bribes d’Evangile se répandirent parmi les habitants de la côte est de l’île de Taiwan. Durant les années l95O, maîtres de la Chine continentale, les disciples de Mao Zedong s’acharnèrent contre les disciples de Jésus-Christ. Par contrecoup, Taiwan connut une forte expansion chrétienne, surtout parmi les populations aborigènes.   Durant l’été l953, un détachement de soldats vient couper des chaumes dans les environs de Hsiulin afin de réparer les toits de leurs casernes. Dans la matinée, un soldat est subitement atteint d’un accès de fièvre. L’intendant infirmier, Monsieur Liao, se met en quête d’une bicyclette afin d’aller rapidement chercher des remèdes à l’hôpital militaire situé à quinze kilomètres.   A l’époque, rare étaient les aborigènes qui possédaient un vélo. Un villageois conduit M. Liao chez Nakao, –Hu Chinshui-, qui travaillait à la mairie comme employé cadastral. M. Liao demande à la femme de Nakao,  Youale, -Hu Meiyüeh-, de bien vouloir lui prêter le vélo de son mari. Youale lui répond : « Désolée ! Je ne peux pas vous le prêter, car mon enfant lui aussi est malade. Lorsque mon mari reviendra, il aura besoin de la bicyclette pour emmener notre enfant chez le médecin ». M. Liao lui répond : « Moi aussi, je me connais en médecine ! Prêtez-moi le vélo de votre mari et je vous rapporterai les médicaments dont votre enfant a besoin » !   En début d’après-midi, M. Liao ramena le vélo et offrit à Youale des médicaments pour soigner son enfant. Par suite, M. Liao fraternisa avec Nakao. En cours de conversation, M. Liao demanda à Nakao : « de quelle religion êtes-vous » ? Nakao lui répondit : « J’ai l’esprit religieux, mais je ne me rattache à aucun groupe religieux spécifique. J’ai essayé d’aller chez les presbytériens, mais ça mal finit ! Ma femme s’est prise de bec avec la responsable des activités féminines… » M. Liao lui dit alors : « Le mieux est de devenir catholique ! Personnellement, je suis fils de fonctionnaire d’état. Comme toi, durant mes jeunes années, je ne me rattachais à aucune religion particulière. Vers la fin de mes études, des amis m’ont initié à la ‘doctrine de Maître du Ciel’. Dès lors, tout a été différent : à travers mon quotidien je devinais le doigt de Dieu et, sans cesse ballotté à travers l’immense Chine, partout je rencontrais des coreligionnaires qui m’accueillaient comme un frère… »   Quelques semaines plus tard, un dimanche après-midi, M. Liao revint rendre visite à Nakao. Ensemble, à vélo, ils allèrent visiter les églises de Meilun et de Kalaiwan. A Kalaiwan, ils rencontrèrent le Père P. Peckels, prêtre des Missions Etrangères de Paris. Nakao décida alors de s’inscrire aux cours de doctrine. Ainsi, dorénavant, une à deux fois par semaines, Nakao enfourchait son vélo et, avec sa femme, parcourait  quinze kilomètres pour se rendre à Kalaiwan et participer aux cours de formation catholique.   En janvier l954, le Père E. Barreau vint s’installer à Hsincheng. Ainsi, Nakao et les siens n’avaient plus que trois kilomètres à parcourir pour venir participer aux cours de catéchèse. Le groupe des néophytes s’agrandit petit à petit.   Le treize mars, à Hsincheng, dans la cour du presbytère, Youale fut soudain prise d’une crise aiguë : contractions violentes, difficultés pour respirer, malaise général… Monsieur Kou, catéchiste originaire d’une famille catholique de Taichung et qui travaillait au service de la mission de Hsincheng, en parla au Père Barreau qui lui répondit : « baptisez-la et ça ira beaucoup mieux ! »  Sur ce, il conféra le sacrement de baptême à Youale. Le mal cessa et, une heure plus tard, elle rentra chez elle en parfaite santé.   Lors des cérémonie pascales, le quinze avril l954, Nakao et ses cinq premiers enfants furent baptisés par le Père J.F. Poupon, vicaire épiscopal du diocèse de Hualien.   Dès lors, Nakao et sa femme demeurèrent fidèles aux engagements pris lors de leur baptême. Bien qu’employé municipal, Nakao collabora avec les Pères et les seconda dans leur travail d’évangélisation auprès des Taroko de Hsiulin. Naturellement, à plusieurs reprises, il eut quelques disputes avec les Pères. Cependant, Nakao et sa femme participaient régulièrement aux liturgies dominicales, car, comme Nakao aimait à le répéter : « je participe à la messe, non pas pour faire plaisir au Père, mais pour mettre ma vie sous le regard de Jésus et vivre sous sa protection ». Tant que ses forces physiques le lui permirent, il fut le répondant de la communauté catholique de Hsiulin et, lors des liturgies, il traduisait en dialecte Taroko l’Evangile et les commentaires faits par le Père.   Ces dernières années, sa santé se détériora, mais, jusqu’à son dernier souffle, il vécut en « témoin fidèle », portant dans une lampe d’argile la Lumière du Ressuscité. Le l8 mars 2OO7, vigile de la Saint-Joseph, il s’endormit dans la paix du Seigneur Jésus, âgé de quatre-vingt-cinq ans.   Chanoine Gabriel Délèze