Année 2008 Numéro 1 Revue "Mission du Grand-Saint-Bernard"
Chers amis lecteurs,  Heureux de vous retrouver avec le premier numéro de cette nouvelle année 2008, qui s’ouvre par les vœux traditionnels de notre Prévôt, Mgr. Benoît Vouilloz. A parcourir attentivement ensuite les différents articles, aux thèmes très divers,  de notre Revue, il y a comme un fil rouge qui se dessine, qui se devine : la vie. En effet, chaque auteur, à sa manière, nous parle de vie. Mgr. Maurice Bitz, notre Abbé-Primat, évoque la vie de la Confédération canoniale dans son premier article. Puis il évoque les beaux fruits du rayonnement de sa Congrégation de Saint-Victor à travers les fondations canoniales en Afrique. Puis c’est le prieur Jean-Marie Lovey qui évoque la vie de l’hospice du Grand-Saint-Bernard, à travers sa chronique estivale qui s’attache à montrer comment la vie agit et fleurit dans l’ordinaire des jours. On entre ensuite un peu  dans le monde de l’extraordinaire, avec l’article du chanoine Jean-Pierre Voutaz, qui évoque la vie exceptionnelle du chanoine Jules Detry. IL y a ensuite un bref article du Père Gabriel Délèze, pour compléter l’étude du Père Savioz sur les martyrs du Tibet. Puis c’est au tour du chanoine Daniel Salzgeber de nous parler des réactions et des répercussions de vie de la Lettre du pape aux catholiques de Chine dans cet immense continent, où la vie bouillonne dans tous les sens. Et on termine par un magnifique signe de vie, le cadeau de l’entrée au noviciat de Jacques Tran, comme une transfusion de sang vietnamien dans le corps un peu usé et essoufflé de notre Congrégation ! En guise de vœux, je vous partage ce beau texte, puisé dans la brochure « Chemins de Noël 2007 », éditions Signes : »En ce premier jour, que vos vœux se changent en promesses ! Les vœux se dissipent et demeurent stériles. Les promesses s’engagent pour la récolte.             A vos aimés promettez le soleil de votre tendresse.             Y-a-t-il meilleur pain quotidien ?                         A vos proches promettez le regard de bienveillance,                         le sourire en signe d’humaine complicité,                         le respect accordé d’avance, la main tendue en signature d’entraide,                         la lutte obstinée contre la misère et la solidarité en gage de juste partage. A votre Eglise, promettez votre présence fidèle et fraternelle pour chanter avec elle « Dieu parmi les hommes » et, avec elle mettre au monde son amour. A votre Dieu ne promettez rien ! IL connaît votre désir. Dites-lui simplement, avec joie et émerveillement : «  Merci pour ton amour ! Comment pourrai-je le partager ?  »  Chanoine René-Meinrad Kaelin, rédacteur

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En guise de vœux pour  2008

Un événement d’Eglise important qui aura marqué l’année 2006 c’est la Lettre aux catholiques de Chine, par le pape Benoît XVI. Chers lecteurs de notre Revue, je vous invite à partager un vœu très cher, pour l’année nouvelle : Que la semence jetée en terre chinoise par cette Lettre porte du fruit en abondance ; que la Lumière du Christ et la Force de l’Esprit-Saint demeurent la joie de nos frères et sœurs chinois, dans la communion ecclésiale universelle, garantie par le service apostolique du successeur de Pierre, au-delà des choix pastoraux pouvant varier selon les circonstances. A nous de témoigner note attachement et notre solidarité, en portant dans la prière les fidèles catholiques de ce vaste peuple, cher au cœur du Sauveur, + Benoît Vouilloz, Prévôt __________________________________________________ Comment va la Confédération  de saint Augustin ? On me demande : comment va la Confédération des Chanoines réguliers de Saint Augustin? Peut-être faut-il d'abord vous dire ce qu'est cette  Confédération. La Confédération des Congrégations canoniales des Chanoines réguliers de Saint Augustin a pris naissance avec les quatre Congrégations (Latran, Autriche, Saint Bernard, Saint Maurice). La Confédération a été confirmée par la Lettre Apostolique "Caritatis Unitas" du Pape Jean XXIII, en date du 4 mai 1959. Je me souviens de cet évènement. J'étais étudiant au Collège de Saint-Maurice. Une Messe pontificale a marqué cette nouvelle. Monseigneur Louis-Séverin Haller, Abbé de Saint-Maurice, a été choisi comme  premier Abbé Primat. Moi-même, j'avais décidé d'entrer au noviciat chez les Chanoines de Saint-Maurice, au mois d'août. Cet évènement ne pouvait que me marquer . Le vieil Ordre canonial se constitue sous une forme nouvelle, à savoir la forme confédérale. Elle ne donne pas naissance à une nouvelle Congrégation et chaque Congrégation garde son autonomie. Aux quatre Congrégations qui ont d'abord formé la Confédération se sont jointes par la suite 5 autres Congrégations  (Congrégation de l'Immaculée Conception, Windesheim, Marie Mère du Rédempteur, Saint  Victor, les Frères de la Vie Commune). Pourquoi créer une telle Confédération? Ce fut, sans doute, un geste prophétique. C'était avant le Concile.On a estimé qu'il n'était pas bon que chaque Congrégation reste repliée dans son propre univers. .L'Ordre ne pouvait que s'enrichir par des contacts avec d'autres frères, porteurs du même idéal. Les Statuts précisent le but de la Confédération : "Selon la Lettre Apostolique "Caritatis Unitas", la Confédération des Chanoines réguliers de Saint Augustin a été établie : 1) pour que Congrégations et Chanoines soient unis entre eux plus étroitement par le lien de la charité 2) pour qu'ils se prêtent un appui mutuel surtout sur le plan spirituel dans la formation des jeunes et l'attention à tout être humain. 3) pour que soient accrues les forces vives de l'Ordre tout entier. Cette promotion de la vie canoniale, selon des formes adaptées au temps, doit être considérée comme la tâche principale de la Confédération". Cette tâche a été menée courageusement à travers semaines d'études, Congrès,divers échanges entre Maisons. Personnellement, j'ai suivi la plus grande partie de ces rencontres.   Je puis témoigner d'un progrès, surtout dans un accueil mutuel, fraternel, ouverture aux richesses de l'autre, contact avec d'autres manières de penser, d'autres cultures. Cela conduira à d'autres progrès  encore. Pour ma part, puisque l'on m'interroge sous cet angle de la vitalité de la Confédération,  je voudrais redire :"Lorsqu'il m'a été demandé si j'acceptais la charge d'Abbé Primat, au sein de la Confédération des Chanoines  réguliers de Saint Augustin, ma réponse était lourde de l'intime et fort désir de tout mettre en oeuvre pour en réaliser la mission, telle que demandée par nos Statuts. « L'Abbé Primat est le promoteur de la vie canoniale. En conséquence sa charge l'oblige à développer l'esprit canonial chez tous les membres de la Confédération et, en dehors de l'Ordre, de promouvoir la vie commune du clergé. Ce charisme que nous avons reçu peut et doit être partagé avec d'autres personnes. » Je suis disposé à y oeuvrer à mon tour, après tous ceux qui m'ont précédé et tracé le chemin. Je voudrais être attentif à développer ce qui  pourrait donner, en notre temps, un coup d'aile, un nouvel élan à notre famille canoniale Notre Ordre n'est pas condamné à rester dans les Musées, il est appelé à se rajeunir, à se renouveler, à l'intérieur même du grand renouveau de l'Eglise. Voici quelques propositions que j'ai faites pour les prochaines années. 1) Je termine une Lettre aux Confrères. La visée de ce document est de revisiter « la maison » chanoine régulier avec la boussole du Concile de Vatican II. J'y développe le thème de l'actualité de la Règle de Saint Augustin. Elle exhorte "à vivre unanimes à la maison". Dans la perspective de l'Eglise-Communion reprise par le Concile, je propose que la "maison canoniale soit une école de communion". Ensuite, la Règle s'achève par ces mots :"Que le Seigneur vous donne tout cela avec amour, comme des amants de la beauté spirituelle". En notre temps, "la voie de la beauté" est  préconisée comme chemin d'évangélisation et de dialogue. 2) Le prochain Conseil Primatial se tiendra à Klingenthal (en Alsace) autour du thème : l'Europe et nos racines chrétiennes. 3) Pour le 50ème anniversaire de la création de la Confédération, nous envisageons le projet d'un pélerinage sur "les pas de Saint Augustin", en Afrique du Nord. Superemineat Caritas!                              + Maurice Bitz.   Abbé Primat  __________________________________________________ La Congrégation de Saint-Victor et l'Afrique "Vouée au service de l'Eglise, notre famille canoniale entend se consacrer de toutes ses forces au bien des Eglises particulières auxquelles elle est attachée, et servir de la même manière l'Eglise universelle (Constitutions de la Congrégation de Saint-Victor, n°177). Des liens et des échanges  avec plusieurs Eglises d'Afrique de l'Ouest conscientes qu'une vie religieuse sacerdotale pouvait apporter une richesse pour ce continent "mûr pour l'Evangile" se sont noués très tôt et les appels se sont faits plus pressants. 1.- Afrique de l’Ouest a) Sénégal Ce mouvement est d'abord lié aux appels que nous avons reçus du Cardinal Thiandoum, Archevêque de Dakar. Il nous a demandé en 1978 d'accueillir l'un de ses prêtres pour une année sabbatique. Le Père Pascal Sambou est venu chez nous, où il a passé deux années. Les relations furent excellentes, au point qu'il demanda à son archevêque la permission d'entrer chez nous. Il est venu pour commencer son noviciat. Des projets pour une fondation au Sénégal prenaient corps. Mais quelques jours après son arrivée, subitement, le Père Pascal rejoignait la maison du Père. L'évêque de Ziguinchor (en Casamance) nous demandait, à son tour d'accueillir des prêtres pour une année sabbatique et des séminaristes pour leur formation. Ils furent nombreux et le contact était établi. Nous étions tournés vers le Sénégal. Nos confrères, le Père Olivier Giraud a exercé son ministère au Sénégal durant six ans et le Père Jean-Régis Fropo durant quatre ans.  b) Cameroun En 1981, un médecin de Lyon, ami de la Communauté nous demandait d'accueillir, le temps de la convalescence, l'archevêque-émérite de Douala, qu'il avait soigné dans sa clinique. Au terme de son séjour chez nous, l'Archevêque nous disait: "à mon retour au pays, je vais proposer à mon successeur de vous envoyer des séminaristes afin qu'ils profitent de la formation donnée à Champagne". Le climat de prière et de vie fraternelle lui paraissait un élément important dans la formation des prêtres africains. Les premiers séminaristes sont arrivés à l'automne 1981, au moment de la béatification d'Alain de Solminihac. L'un d'eux, le Père Richard Ngiebouri a été accueilli dans notre Fraternité, comme Familier. Il va fêter ses 25 ans de sacerdoce au mois de décembre. L'accueil a porté des fruits. Le neveu du Père Richard, le Frère Armand, s'est engagé dans notre notre Congrégation, par des voeux solennels.  c) Bénin Des liens se multiplient également avec l’église qui est au Bénin. L’archevêque de Cotonou nous a envoyé trois prêtres de son diocèse. Ils font un stage pastoral dans l’une de nos communautés, puis ils poursuivent des études universitaires, avant de retourner dans leur pays. Nous évoluons vers une formule de partenariat. Cette solution permet de renforcer nos prieurés dans leurs tâches pastorales devenues très lourdes, vus les espaces à couvrir et elle favorise la découverte d’une vie commune des prêtres. 2.-Afrique de l’Est  a) Tanzanie Depuis des  premiers contacts établis à partir de 1979 avec des jeunes de Tanzanie, c'est dans ce pays que l'élan missionnaire canonial a pris forme concrète, à la demande de l'Eglise locale. J'ai été envoyé en Tanzanie par Monseigneur Mayer, alors Secrétaire de la Congrégation des Religieux qui me demandait de visiter une communauté de religieuses qui avait un lien avec la Congrégation Windesheim-Saint -Victor. J'y ai rencontré des jeunes qui désiraient une religieuse commune, rattachée à la Congrégation. Nous n'avions pas la possibilité de détacher un petit groupe d'européens pour assurer la formation en Tanzanie. Le Chapitre Privé de Windesheim-Saint-Victor a décidé d'accepter cette demande et a demandé à l'Abbaye de Champagne de l'assurer en son Abbaye. J'ai reçu la demande de fondation d'un Evêque, l'évêque de Mbulu, Monseigneur Nicodemus Hando. C'est donc à travers cet évêque que nous est parvenu ce que nous considérons toujours comme un appel de Dieu. Aujourd'hui 18 Frères ont intégré la Congrégation en venant se former à Champagne et plusieurs chanoines prêtres sont déjà à la tâche dans divers ministères autour du Prieuré Notre-Dame de Bethlehem à Basotu  rayonnant dans une large région et suscitant chez d'autres jeunes le désir de partager une vie fraternelle au service de l'évangélisation. Ce fut un appel à nous ouvrir à l'Afrique d'une manière toute concrète, avec toutes les difficultés que cela pouvait représenter pour nous. Le Père Marc Bonningues, Prieur général de notre Congrégation, dans la brochure qu'il a rédigée sur Basotu, situait cette aventure dans la lumière d'Abraham. "L'épitre aux Hébreux nous donne la foi des Patriarches en exemple. Il faut quitter les sérénités de la ville, les "Ur" qui nous habitent pour devenir nomades et reprendre l'expérience jamais close des fondations". Le Seigneur nous appelle à avancer dans la confiance, dans l'abandon. Les Sœurs oblates A Champagne, non loin de l’abbaye, il y a une communauté de sœurs, chanoinesses de Saint Victor, dépendantes de la communauté d’Ypres. Ce petit rameau s’est développé, depuis quelques années en Tanzanie. Elles sont aujourd’hui une dizaine actives dans divers services : liturgiques, enseignement, dispensaire. Actuellement, il y a 4 regardantes. b) Rwanda Les chanoinesses de Windeshein sont implantées au Rwanda. Elles y ont un monastère Notre-Dame de la Paix à Rwamangana. Des jeunes gens manifestent leur intérêt pour une vie spirituelle et communautaire, à l’école de Saint Augustin. Le père Luc Ravel s’y est rendu à trois reprises et il a animé des journées sur la spiritualité augustinienne pour les sœurs et les jeunes gens intéressés. Evidement, à distance il n’est pas facile de discerner les motivations. A ce jour, deux Rwandais ont rejoint notre communauté en France. Ils ont prononcé les vœux temporaires et poursuivent leur formation. Le Pape Jean-Paul II, dans l’exhortation apostolique « Ecclesia in Africa », écrivait : " il semble qu’est venue une heure de l’Afrique, une heure favorable qui incite instamment les messagers du Christ à avancer en eau profonde et à lâcher les filets pour la pêche…" L’Afrique, par certains côtés, est également la deuxième patrie de Jésus de Nazareth puisque encore tout enfant, c’est en Afrique qu’il a trouvé refuge contre la cruauté d’Hérode… Aujourd’hui, en raison des innombrables difficultés, crises, conflits, misère qui assaillent le continent, les fils et les filles d’Afrique ont besoin de présence compréhensive et de sollicitude pastorale ».  + Maurice Bitz.   Abbé Primat __________________________________________________
La vie à l’hospice du Gd-St-Bernard : Chronique estivale
Quand un pape, et qui plus est un théologien de la trempe de Benoît XVI, décide de faire une visite à l’hospice du Grand-St-Bernard, c’est un événement ! Normal que la chronique s’en souvienne ! Et notre revue a consacré un numéro entier à ce sujet. C’était l’année passée. Mais cette année, cet été, pas de visite pontificale au col. Quel événement retenir qui soit digne de nourrir une chronique ? Je retiens d’abord ce non – événement ! Puisqu’il a alimenté les colonnes de quelques journaux. Le pape s’étant rendu dans les Dolomites pour ses vacances, il s’est trouvé des « journalistes » pour se scandaliser du coût occasionné par la mise en place du service d’ordre autour de sa maison de repos. Si c’est pas un événement, ça !  Il y en a d’autres qui choisirent de renoncer à la garde rapprochée pour leur vacances. Un petit yacht, dont le coût représente un nombre à 6 chiffres, vous vous éloignez des côtes avec votre maison et vous faites l’économie d’ une garde rapprochée ! Ces cancans résument à eux seuls tout ce qui transite durant les mois d’été sur le col et dont il nous est donné d’être témoins. Je voudrais porter un autre regard sur ces petits riens qu’il nous est donné de vivre au quotidien de l’été. Car finalement qu’est-ce qui fait une chronique, qu’est-ce qui fait l’histoire ? Les grands de ce monde et les fausses questions qu’on se pose à leur sujet ? Ou les petits événements qui apportent leur part de soleil à une journée de brouillard ? Les gestes insignifiants, souvent, qui redonnent le goût à la fadeur du quotidien ? Les rencontres aussi enrichissantes qu’inattendues ?
  • C’était un dimanche de juillet. 9 jeunes de 6 nationalités et religions différentes, membres de l’école de musique de San Francisco, venus sans garde rapprochée, offraient du Bach et du Ravel aux touristes de passage. Véritable prélude à  une communion possible, au-delà des différences de nationalités  ou de religions, par la beauté de la musique.
Peut-être qu’un jour, des événements de ce type, multipliés à la ronde,    pourraient imprimer un tournant à l’Histoire, sous le regard réjoui des anges musiciens qui ont investi le chœur de l’église de l’hospice. Comme on l’a senti ce jour-là.
  • « Bénévolat et compétences » tel était le thème de la rencontre annuelle organisée pour la 4ème fois dans nos murs par le Centre des Services pour le bénévolat en Vallée d’Aoste. Double événement que retient la chronique. Un des intervenants invités est syndic d’une ville de 5'000 habitants dans le Piémont. Il nous partage son champ d’action : Il constitue un team des élus comme lui, qui réfléchissent à la dimension de service que représente la fonction politique et  qui seraient d’accord de poser le geste historique suivant : un politicien est élu pour défendre les intérêts du peuple ; ce service est le lieu rêvé du bénévolat.  Pour signifier le refus de toute recherche d’intérêt personnel, l’élu renonce à toute forme de salaire !
Peut-être qu’un jour l’histoire donnera raison aux citoyens qui comprendront la politique, non pas comme une lutte de pouvoir, mais comme la plus haute forme du service de l’homme.
  • Lors de cette rencontre, le prix spécial St-Bernard a été décerné à un autre invité : dom Luigi Ciotti humble prêtre italien, qui a passé ses jeunes années en Vallée d’Aoste ;  il avait des raisons de venir, lui, avec sa garde rapprochée puisqu’il est toujours sous menace de mort de la Mafia. Son action coupable ? S’opposer par les voies juridiques, aux mafieux. Dom Luigi rachète et fait racheter les terrains  que la Mafia confisque aux pauvres ; là où on plantait du cannabis ou autres  hallucinogènes  il cultive des fruits et légumes  embauchant pour ce travail d’anciens toxicomanes !
Peut-être qu’un jour l’histoire se souviendra de ceux qui en nourrissant les corps ne détruisent pas les psychismes.
  • Un dimanche de juillet pas comme les autres. En fin d’après-midi, un hélicoptère dépose devant l’hospice un groupe d’alpinistes rescapés d’une course au Grand Combin. L’appareil s’envole et revient aussitôt nous laissant juste de temps de comprendre ce qui s’est passé. Un sixième de cordée a fait une chute mortelle. Ils sont tous allemands, la cinquantaine, amis de loisirs et maintenant agenouillés sur le dallage de l’église où nous avons improvisé un espace d’accueil pour leur camarade décédé. Les gestes sont simples, graves ;  les paroles difficiles, du fait de la langue,  malhabiles sinon inutiles du fait du choc. Il n’y a rien à dire, mais plutôt à entendre de ce que cet événement nous murmure : Dieu, tu es le maître de toute vie, reçois celle qui s’en vient de notre histoire en ton éternité. Le médecin secouriste me glissera à l’oreille en quittant l’église pour remonter dans l’hélicoptère : « Je suis Valdésien, mais nous avons tous le même Dieu. »
Peut-être qu’un jour l’histoire exhumera de nos archives la lettre reçue une semaine plus tard « Nous ne savions pas du tout où nous atterrissions, mais aussitôt quelqu’un nous attendait à l’entrée de l’hospice… et vous êtes restés avec nous par votre simple présence… Peu importe que vous appeliez cela   amour chrétien du prochain ou parfait acte de solidarité humaine. Nous avons pu - comme nous étions sans défense, égarés, perturbés, -simplement être là. »  Je retiens  une expression de cette lettre qui pourrait bien définir notre rôle sur la montagne : être pour tout passant « une simple présence ».
  • Parmi les faits significatifs vécus à l’hospice, il y a ce qu’en langage informatique on appelle ‘reconfiguration’ ; une reconfiguration de la communauté. Le visage de notre communauté locale a changé. Avec le départ de deux confrères et l’arrivée d’un autre, nous passons de cinq à quatre membres désormais. Provocation à l’espérance ? à l’inventivité pour trouver d’autres formes de collaboration,  puisque les activités demeurent et que les forces diminuent? Signe des temps que d’autres jeunes gens devraient pouvoir interpréter comme une invitation à s’engager dans la vie religieuse à la suite de St. Bernard et des chanoines qui l’ont suivi depuis 1000 ans ? Or, il y eut une entrée au noviciat, la veille même de la Saint Augustin.   Jacques,  qui se présente lui-même dans cette Revue,  nous arrive du lointain Vietnam ; sa présence parmi nous, pourrait déjà nous paraître comme le petit nuage que le prophète Elie apercevait, très haut dans le ciel,  et qui présageait à une pluie généreuse.
Peut-être que l’histoire verra un jour des hommes reprendre le chemin de la montagne, vivre ici haut un service de louange divine et d’accueil pour que cette maison demeure un haut lieu, un phare allumé sur la route des hommes.
  • S’il fallait encore parler de ces ‘trois fois rien’ qui font l’histoire, alors je ne décompterais pas le nombre de touristes qui passent dans la maison ; je ne calculerais pas les entrées  au Musée Chenil ; je ne feuilletterais pas le livre d’or des passants célèbres ; je n’irais même pas de l’autre  côté de l’antenne à l’écoute des émissions radio ou T.V. enregistrées sur le col. Non !  je relèverais ce brin de conversation d’une habituée des lieux d’hébergement après les longues marches en montagne et qui avouait : « A l’Hospice du Grand-St-Bernard ce n’est pas la même chose ; quand j’arrive ici, je suis à la maison. »
Peut-être qu’un jour l’histoire donnera raison à Ramuz  qui, ayant vécu sa « Montée au Grand-St-Bernard » pensait que ceux qui venaient ici-haut montaient « à cause d’une correspondance préétablie entre ce qui était en eux et ce qu’ils ont trouvé autour d’eux.[1] »  Je suspens cette chronique et,  avec Ramuz et avec vous, lecteurs, je m’arrête devant « ces bâtiments (qui) sont beaux de n’avoir pas prétendu à autre chose qu’à servir. [2]» Jean-Marie Lovey, prieur [1] C.F. Ramuz, Montée au Grand-St-Bernard, collection Séquences  Ed. 1990, p.27 [2] ibid. __________________________________________________

Echo des archives : le chanoine Jules Detry (1905-1980)

Ces dernières années, de nombreux chercheurs ont consulté les archives du Grand-Saint-Bernard, s’intéressant à des sujets aussi variés que les avalanches au 18èmesiècle, la mission en Asie, la culture de la vigne et du vin par les chanoines à la fin du Moyen-âge, les rapports entre les curés d’Entremont et les autorités civiles à la même époque, les fouilles archéologiques au col du Grand-Saint-Bernard, les ouvrages de médecine du 16ème siècle… Les vies de certains confrères passionnent des étudiants, tels le bienheureux Maurice Tornay, martyr au Tibet (+1949), les chanoines Jules Gross, écrivain (+1937), Jean-Benoît Lamon, botaniste (+1858), Jules Detry, missionnaire et aventurier de Dieu (+1980), Laurent Joseph Murith, savant (+1816)… Le mercredi 5 décembre 2007, Mlle Glarey a présenté aux chanoines réunis à Martigny l’histoire de leur mission en Orient depuis 1930. C’est leur présence à Taïwan qui l’émeut et la passionne, car en un demi-siècle la tribu des Tarocco a reçu par nos confrères la première annonce de l’Evangile et s’est presque intégralement convertie. Le chanoine Alphonse Savioz a patiemment écrit le premier dictionnaire de leur langue locale, il l’a prêté à Mlle Glarey qui est en train de l’étudier pour en faire le sujet de son doctorat. A cette occasion nous avons pensé qu’il serait intéressant pour les lecteurs de la revue d’avoir un bref écho de chaque publication universitaire, en suivant l’ordre de leur arrivée aux archives. En 2001, une homélie du chanoine François Lamon, curé d’Orsières, a intrigué un auditeur. Dans une incise, il a mentionné le chanoine Jules Detry, aviateur et boxeur d’origine belge. Un homme de l’assemblée, M le docteur Pierre Cryns, originaire de Belgique et passionné d’aviation s’est aussitôt intéressé à cette anecdote, ce qui l’a conduit à quelques cinq années de recherches avant d’imprimer son manuscrit « Un Aventurier de Dieu. Chanoine Jules Detry », soit une biographie du chanoine. A son tour par un bouche à oreilles universitaire, Mlle Caroline Gillet, étudiante à Louvain est lancée sur le sujet Detry et elle obtient, en 2006, sa licence en Histoire avec son mémoire intitulé « Jules Detry dans les Marches tibétaines. Itinéraire d’exploration d’un missionnaire ethnologue (1947-1951). De ces ouvrages, nous tirons ces quelques lignes relatant la vie vraiment extraordinaire du chanoine Jules Detry. C’est le 11 décembre 1905 que vient au jour Jules Joseph Detry, fils de Gaston et Hélène Huberty, tous deux issus de la haute bourgeoisie belge. Jusqu’à l’âge de 15 ans, sa formation est assurée par des professeurs particuliers, puis il est envoyé à Château d’Oex quelques mois, pour des raisons de santé, avant de rentrer au pays et de terminer sa formation sous la conduite du Commandant Giraud-Magnin. Il effectue son service militaire de 1926 à 1928, puis sous la direction de son oncle Joseph Huberty, secrétaire général des chemins de fer du Katanga (Afrique de l’Ouest) et de la Bourse de Mayumbe, il s’initie pendant six mois aux affaires coloniales, sans y trouver de grand intérêt. En 1929, il entreprend des études de navigation et s’engage en qualité de cadet (élève officier) dans la Royal Navy. Il effectuera plusieurs voyages en Europe. En 1932 il sert comme officier à bord du S/S Ramsès qui le mène à Beyrouth, puis en Egypte où il visite les pyramides (3 avril 1932). L’aéronautique le passionne. Aussi, pendant les vacances d’été, il suit des cours de pilotage et obtient le brevet n°381. Sportif accompli, il pratique la natation, l’escrime, le jiu-jitsu , l’équitation et le football. Inscrit au Central Boxing Club, il participe à des tournois de boxe où il côtoie des champions belges du moment. En 1933, il aurait été finaliste des championnats de boxes de Belgique des poids mi-lourds (moins de 79 kg 378… !!). Cette même année, il est finaliste des championnats de Belgique de cyclisme (vitesse pour amateurs). Il effectue aussi un grand nombre de courses en montagne (Mont-Blanc…). Profitant d’un congé, il va au Grand--Saint-Bernard,  les 15 et 16 mars 1933. La confession et la communion reçus à cette occasion éclairent sa vie : il lui semble qu’il est appelé à devenir chanoine du Grand--Saint-Bernard. Rentré en Belgique, il se confie à sa mère. Est-ce pour chasser cette idée ou pour en vérifier le bien fondé, il s’engage comme matelot dans la marine marchande anglaise. Il visite ainsi l’Amérique, l’Afrique du Nord et le Proche Orient. Accepté au noviciat en automne 1934, il arrive en voiture de sport carrossée en partie en bois, une voisin C 7c, modèle 1923. Cette voiture de luxe sera démontée à la Prévôté de Martigny, aucun chanoine ne sachant conduire, le châssis du véhicule sera transformé pour servir de char à fumier. Jeune religieux, le chanoine Detry est envoyé à Louvain pour y effectuer ses études de théologie. Avec la déclaration de guerre, il est mobilisé et sert comme brigadier infirmier. Fait prisonnier le 28 mai 1940, il s’évade et trouve refuge chez le frère d’une dame d’honneur de la Reine Astrid et amie de la reine Marie-José d’Italie, que le chanoine connaissait. Il poursuit se études et est ordonné prêtre le 21 septembre 1941 mais ne peut pas regagner la Suisse en raison de la guerre. Remarqué par l’abbé Froidure en 1942, ce dernier l’engage pour l’aider dans ses Stations de Plein Air, sortes de colonies de vacances pour jeunes. Arrêté en octobre 1942, l’abbé Froidure terminera la guerre en camp de concentration, le chanoine devra alors assurer jusqu’à la fin de la guerre la direction de cette oeuvre et nourrir au quotidien durant le vacances plus de 10'000 jeunes au sein de 10 externats, 3 internats et 3 écoles, cette œuvre hébergeant en secret une trentaine d’enfants israélites et des réfractaires. Remplaçant de l’abbé Froidure, le chanoine Detry est délégué officiel des évêques de Belgique auprès du Ministère du ravitaillement et responsable de l’approvisionnement de 25'000 enfants et membre de plusieurs comités oeuvrant dans les domaines de l’enfance, de la formation et de l’aide aux familles de militaires. Etroitement surveillé par la Gestapo, il en subira les conséquences sa vie durant par une certaine défiance, ce qui ne l’empêchera pas d’entrer discrètement dans la résistance et d’être en septembre 1944 aumônier de l’Etat Major de la Réserve Mobile. Démobilisé en octobre 1944, il rentre en Suisse où il est nommé aumônier de l’hospice du Grand--Saint-Bernard. Après des années trépidantes, il s’ennuie à l’hospice et se déclare volontaire pour aller en mission aux confins du Tibet. Mgr NestorAdam, Prévôt de la Congrégation, le charge d’aller y recueillir du matériel de propagande, soit de connaître les lieux et de les documenter par des photographies et des films en vue de conférences en Europe en faveur de la Mission. En 1946, les chanoines Louis Emery, Alphonse Savioz, François Fournier et Jules Detry quittent l’Europe. Ils foulent de leurs pieds d la Chine le 31 décembre 1946. Chargé d’explorer le pays et d’en ramener un maximum de renseignements et de matériel visuel, le chanoine se lance dans six voyages successifs, exploits périlleux, au prix d’innombrables kilomètres à pied. Il se battra à mains nues avec un chef local qu’il vaincra, il traversera le fleuve de la Salouen à la nage en sortant vivant sur l’autre rive parce qu’on lui refusait le droit de passer par le pont, ce qui fera briller son prestige loin à la ronde. Parce qu’il a guéri la migraine d’un chef local au moyen d’une aspirine, il sera le premier homme à filmer les danses sacrées tibétaines à la lamaserie de Yong-Drou-Ting, les 25 et 26 août 1947. En octobre, il cherche et retrouve les débris d’un avion américain dont les pilotes sont morts des suites de l’accident. Finalement, en mai 1948, il rejoindra l’Europe pour assurer l’aumônerie au Grand--Saint-Bernard. Les rencontres effectuées à l’hospice et la bienveillance de ses supérieurs lui permettent d’effectuer trois expéditions au Congo Belge entre 1948 et 1952. Avec d’autres explorateurs, il étudie les pygmées et effectue des ascensions du Ruwenzori. En 1955 il fait partie d’une expédition suisse au Népal. Entre ses voyages, il fait des tournées de conférences européennes sur la mission des chanoines au Tibet et sur ses diverses expéditions : Louvain, Namur, Bruxelles, Lièges, Anvers, Bruges, Luxembourg, Paris, Rennes, Bordeaux, Marseille, Lyon, Lille, Nice, Cannes, Monaco, Londres, Lausanne, Genève et Le Caire sont les principales villes qui font salle comble à son passage. Depuis son retour du Népal, il est autorisé par ses supérieurs à loger à Genève dans un appartement, car il occupe le poste d’aumônier de Sa Majesté la Reine Marie-José d’Italie, à son Château de Merlinges (près de Genève) et il est Chargé de Mission de Belgique aux Relations culturelles. Il roule alors en Mercedes 190 SL puis en Porsche 911 SC, véhicules pouvant convenir à ses fonctions. Très lié au professeur Pittard, du Musée d’ethnographie de Genève, le chanoine poursuit ses études sur le terrain en participant, en 1958 à une expédition ethnologique à l’Himalaya, via le Pakistan, l’Inde et le Sikkim. C’est en 1961 et 1962 que le chanoine Detry effectue sa dernière expédition, au Nil Bleu, soit en Ethiopie. Il s’agit de descendre le fleuve en canoë à raison de 40 à 45 km par jour, car il existe un tronçon de fleuve inexploré de 450 km. Le chanoine s’occupe de l’intendance avec M Beaudet. Ils voyagent en jeep. Ils visitent des villages éthiopiens de rite copte et photographient quelques bribes du patrimoine chrétien de l’endroit. Dans la nuit du 22 au 23 janvier 1962, l’expédition vire au cauchemar. Les hommes en canoë sont attaqués par des inconnus et deux explorateurs sont tués par balles. Avec l’aide de la police , des recherches s’effectuent. A cette occasion, le chanoine Detry se retrouve nez à nez avec des pillards. Il a la présence d’esprit de sortir de son portefeuille une photo du chanoine Gabriel Pont qui, avec sa barbe, ressemble étrangement au Négus. Impressionnés par les relations de cet étranger, les pillards passent leur chemin sans le brutaliser. L’enquête découvrira que lors d’une cérémonie, des jeunes d’une tribu locale devaient tuer d’autres hommes pour être acceptés parmi les adultes. Ce rite coïncidant jour pour jour au passage des explorateurs, ces derniers ont été mis à mort, leurs têtes exposées sur la place du village et leurs corps donnés aux crocodiles. La justice a arrêté trois suspects qui ont été jugés coupables, puis pendus. En 1963 le chanoine fait encore un séjour au Congo Belge et en Haute-Volta, mais de manière privée. Lentement sa santé se dégrade : l’audition diminue, l’usure se fait sentir irrémédiablement. En 1967, il se fait renverser par l’automobile d’un diplomate cubain. Blessé il rejoint la communauté des Chanoines à Champittet, où il donne quelques cours aux élèves du Collège. En mars 1968, la Reine d’Italie reçoit le roi Baudouin de Belgique, que le chanoine rencontrera. Il aura aussi la grâce d’approcher le pape Paul VI lors de sa visite à Genève. En février 1980, il est victime d’un accident vasculaire qui nécessite son hospitalisation à Martigny. C’est là qu’il meurt, 23 mars suivant et son corps attend la résurrection au cimetière de Martigny, dans la chapelle-caveau des chanoines du Grand-Saint-Bernard. Chne J-Pierre Voutaz __________________________________________________ "Les martyrs chrétiens du Tibet" (complément) (Le Père Délèze a lu et apprécié l’étude du Père Savioz  sur les martyrs chrétiens du Tibet, parue dans les numéros 1 et 2, 2007 de notre Revue. Mais il tient à présenter le premier  martyr tibétain , le lama Yongdjrongtseouang, note de la rédaction).. Le vendredi sept avril de l'an trente à Jérusalem, Jésus préféra se laisser  crucifier, comme un malfaiteur, plutôt que de forcer ses opposants à reconnaître que, étant Emmanuel  -Dieu-avec- nous - il a reçu tout pouvoir pour régir et régénérer l'humanité. Cette mort ignominieuse déstabilisa ses disciples. Mais, le troisième jour, il sortit vivant de son tombeau et il emporta son corps transfiguré à la droite du Père. Eclairés par l'Esprit Saint, ses apôtres comprirent peu à peu que, avec Jésus, la mort nous offre la vraie vie, la mort et les ténèbres sont dissipées par la lumière :" si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous tenons ferme, avec lui nous règnerons". (2Tm 2,11-12) Trois à  quatre ans plus tard, un néophyte, Etienne, fut le premier à suivre Jésus sur la route du martyre: il préféra se laisser massacrer plutôt que de renoncer à proclamer la Bonne Nouvelle apportée par le Christ, le vainqueur du péché et de la mort. Etienne éliminé, de nouveaux témoins se levèrent et s'en allèrent sur les chemins du monde proclamer que, en Jésus, le Crucifié, la mort nous apporte la vraie vie. Peu à peu le message du Ressuscité se répandit jusqu'aux limites du monde. Partout sur notre terre, des disciples de Jésus choisirent de mourir plutôt que de renoncer a l'espérance qui les habitait.  Dans cette revue, en janvier et mai  2007, le Chanoine A. Savioz nous a parlé des "martyrs chrétiens du Tibet". Malheureusement , par mégarde, il a passé sous silence le premier chrétien  tibétain dont le martyre nous a été rapporté avec certitude; il s'agit du lama Yongdjrongtseouang. Il était le chef de la petite lamaserie de Tsadam, au village Tchrana, dans le Tsarong, à une journée de marche de la chrétienté de Bonga. " Il avait eu d'excellentes relations avec le Père Renou, auquel il avait souvent servi de copiste, tâche dont il s'acquittait fort bien. Il avait étudié un peu  la doctrine chétienne, puis , retourné à son couvent, il fit partager ses vues, sinon ses convictions, a ses subordonnés. A la fin du mois de juin 1863, il demanda un missionnaire, et Mr. Fage alla chez lui installer M. Durant. ' « Nous prîmes possession da la lamaserie et de la pagode, , écrit ce dernier; transformant la première en presbytère et la seconde en église; des lamas convertis remplissaient les fonctions de sacristains!' " (A. Launay, Histoire de la Mission du Tibet I, p.390) Même dans un coin reculé du Tibet, une petite lamaserie transformée en chapelle catholique devait nécessairement provoquer de vives réactions.  Au mois de juin 1864, les adversaires des Pères et de leur nouvelle religion lancèrent une offensive générale afin de ramener à l'ordre lamaiste les tibétains qui s'étaient laissé séduire par ces étrangers qui, disait-on, voulaient s'assujettir la "terre des dieux". Les demeures des convertis furent pillées. Une dizaine de chrétiens, dont le lama Yongdjrongtseouang, furent fait prisonniers et amenés plus à l'intérieur du Tibet. Près de Menkong, le chef-lieu administratif du Tsarong, les prisonniers subirent les premiers supplices. " Arrivés devant une pagode, les lamas attachèrent à l'un des mâts superstitieux qui se dressent devant la façade, une longue perche, de manière à former une croix. Puis, liant Yongdjrongtseouang par les poignets à une des extrémités de la perche, ils tirèrent l'autre extrémité au moyen d'une corde; le patient, ainsi soulevé, resta pendant plus de deux heures suspendu à une assez grande hauteur et exposé aux ardeurs d'un soleil brûlant. Quand on le descendit, les cordes avaient déchiré les chairs, qui n'offraient plus qu'une horrible plaie, et pénétré jusqu'aux os mis à nu. Ponsong , un Loutse, subit le même supplice et reçut une très forte bastonnade." (id. p.426)  " De Menkong, les prisonniers furent amenés à Kiangka, puis à Kerta et enfin à Konguieur, ou ils eurent à subir d'horribles supplices. L'ancien supérieur de la lamaserie de Tsadam, Yongjrongtseouang en particulier, fut cruellement torturé. On lui lia les deux mains et les deux pieds derrière le dos et on le suspendit ainsi, le milieu du corps tourné vers la terre, après avoir placé sur ses reins d'énormes pierres. Il fut ensuite décapité avec deux autres chrétiens courageux, Ponsong et Tobrou. Leurs têtes furent exposées sur un arbre où elles restèrent assez longtemps." (id. p.427) L'année suivante, tous les néophytes catholiques du Tsarong furent contraints de revenir à l'obédience lamaïste. Grièvement blessé, le Père G. Durand fut emporté par les eaux du Salouen et s'en alla rejoindre son Disciple Yongdjrongtseouang auprès du Ressuscité. Les autres Pères et les quelques catholiques récalcitrants furent expulsés définitivement du Tsarong. De nos jours , pratiquement plus personne ne parle de Yongdjrongtseouang, de ses "vertus héroïques", de sa passion, de son sang répandu en communion avec le Crucifié du Golgotha. Cependant, j'ose apercevoir, dans les siècles prochains, des communautés de chrétiens tibétains assemblés auprès de Jésus-Eucharistie et chantant des hymnes en l'honneur de saint Yongdjrongtseouang et des autres martyrs du Tibet.                                                                                                                      Père Gabriel Délèze __________________________________________________ La lettre du Pape – la clé pour le développement de l’église en Chine Après avoir présenté dans notre dernier numéro la lettre historique du Pape Benoît XVI aux catholiques de Chine, nous voudrions regarder aujourd’hui, comment cette lettre a été accueillie en Chine. -       Depuis l’annonce de la lettre, communiquée au terme de la réunion de haut niveau  regroupant une vingtaine de cardinaux et d’évêques de Taiwan, Hongkong et Macao et des hauts représentants de la Curie romaine qui a eu lieu les 19 et 20 janvier 2007 au Vatican, les catholiques en Chine attendaient avec beaucoup d’impatience et de curiosité le message du Saint-Père. Beaucoup parmi eux considéraient que l’engagement maximal dans l’évangélisation à travers un témoignage vivant et une participation active à la vie sociale étaient les meilleurs moyens pour l’accueillir. D’autres ont  vécu intensément les fêtes liturgiques dans la prière et dans l’adoration eucharistique. -       Quelques jours avant la publication de la lettre le 30 juin, des prêtres à Pékin donnaient  ce témoignage : « Nous attendons depuis longtemps, dans la prière, une orientation précise et concrète du Saint-Siège. En outre nous prions afin que tous puissent vraiment comprendre la grande considération et l’attention du Saint-Père pour la Chine. Et jusqu’à maintenant nous remercions le Pape Benoît XVI. »1 De plus, ils ont renouvelé leur proposition de mener une vie chrétienne authentique, par l’engagement missionnaire, pour « ne pas décevoir l’amour du Saint-Père ». -       La lettre censurée -       Les jours précédant la publication de la lettre, les fonctionnaires ont convoqué les évêques catholiques de l’ »église officielle », pour coordonner une réponse. Beaucoup d’experts craignaient alors une réaction hostile, une véritable campagne contre le pape, similaire à celle  qui avait accompagnée la canonisation de 120 martyrs de l’Eglise en Chine, le 1er octobre 2000. Mais, signe de changement aussi à Pékin ( ?), cette réponse fut finalement, semble t-il, de ne rien faire. -       La lettre n’a pas été rendue publique durant les messes du dimanche qui suivit sa publication et le Vice-président de l’Association Patriotique, Liu Bainan, a indiqué qu’une distribution de la lettre n’était pas au programme. Il a toutefois déclaré que les fidèles pouvaient se la procurer gratuitement sur Internet, s’ils le souhaitaient. En fait, dans les heures qui ont suivi la publication de la lettre, de nombreux  sites internet catholiques en Chine ont téléchargé la version chinoise du texte pour la rendre accessible aux fidèles. Mais dès le lendemain, la plupart de ces sites ont été sommés, par les autorités, de la retirer sous peine de fermeture ou de problèmes  pour leurs gestionnaires. Par contre, la déclaration du porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères au sujet de la Lettre disant  que  la Chine  espérait« que le Vatican adoptera(it) une attitude réaliste et ne mettra(it) pas de nouveaux obstacles » à savoir la rupture des relations diplomatiques entre le Vatican et Taïwan ainsi que le pouvoir accordé à Pékin de nommer les évêques,  a bel et bien été mise en ligne sur ces sites. Cette réaction est restée jusqu’à aujourd’hui la seule réponse officielle de la part du gouvernement. -       Ainsi cette censure n’illustrait malheureusement que trop combien le pape avait raison dans sa Lettre lorsqu’il y dénonçait les ingérences du gouvernement dans les affaires religieuses et relevait que la liberté dont jouissait l’Eglise en Chine était loin d’être une réalité. -       Pourtant malgré la censure sur internet et l’interdiction imposée dans plusieurs provinces par les bureaux pour les affaires religieuses de parler de cette lettre dans des assemblées de fidèles, le contenu de la lettre s’est très vite répandu dans toute la Chine. Elle circulait par exemple à titre de document privé. Ceux qui ont de la famille à l’étranger, par exemple à Hongkong ou à Taïwan, la reçurent par courrier personnel et la firent circuler autour d’eux. D’un autre côté, les évêques et prêtres ne respectèrent pas l’interdiction et convoquèrent des assemblés pour l’étudier. Surtout à l’occasion de la fête de l’Assomption, qui est très largement célébrée  en Chine, la lettre fut présentée aux fidèles à travers tout le pays.  -       Immense gratitude -       Les réactions de la part des catholiques chinois étaient avant tout une grande reconnaissance envers le Saint-Père, à l’exemple de ce prêtre de Pékin qui déclara : « Dès les premières phrases, il nous a émus. Merci Saint-Père ! Merci pour votre grande attention et votre affection exprimée dans cette lettre. Nous recevons cette lettre avec soulagement parce que l’enseignement religieux du Saint-Père nous aidera à cheminer avec sécurité sur la voie de l’évangélisation authentique. Nous attendions depuis longtemps des indications claires sur la vie religieuse en Chine, et notre bien-aimé Saint-Père, le Pasteur de l’Eglise universelle, nous a entendus et nous réconforte par le don de sa parole. A nous d’étudier et de mettre en pratique ce que le pape Benoît XVI nous indique à présent, en priant pour lui et pour l’église en Chine. » -       Mgr Jingfeng, évêque de Fengxiang,  souligna le juste appel à l’unité. Pour lui la lettre est « un grand message à toute la Chine, un message très profond sur les principes de l’Eglise catholique, basée sur l’ecclésiologie de la tradition catholique. Sa publication est arrivée juste à temps pour sauver l’Eglise chinoise. » -       Comment ne pas voir un signe de la providence qu’au lendemain de la publication de la lettre 262 catéchumènes (parmi eux il y avait des jeunes travailleurs et des adultes intellectuels, des familles entières avec les grands-parents, les parents et les enfants) ont reçu le baptême, la confirmation et la première eucharistie dans la paroisse de l’Immaculée Conception à Pékin? -       La réaction de l’association patriotique -       On attendait avec certaines craintes la réaction des responsables de l’Association patriotique. Le pape a été très clair en ce qui concerne les prétentions de cet organisme : créé par le gouvernement dans les années 50 pour contrôler l’église, il prétend se placer au-dessus des évêques eux-mêmes et guider la vie de la communauté ecclésiale. Tout ceci ne correspond absolument pas à la doctrine catholique. Son but déclaré de mettre en œuvre les principes d’indépendance et d’autonomie, d’autogestion et d’administration démocratique de l’Eglise est inconciliable avec la doctrine catholique qui, depuis ses débuts, professe que l’Eglise est une, sainte, catholique et apostolique. Les paroles du pape sont un refus clair de l’association patriotique (et d’autres organismes, comme les bureaux pour les affaires religieuses) en tant qu’elle usurpe le droit de gérer la vie de l’église catholique en Chine. -       Deux jours après la parution de la lettre, Liu Bainan, le Vice-président de l’association  patriotique, qui est normalement bien connu pour ces propos virulents contre le Vatican, a surpris avec une déclaration dans laquelle il a salué les « bonnes intentions » de Benoît XVI. « Le pape a exprimé son amour et son intérêt pour les fidèles en Chine (…) C’est un ton nouveau (…) Les précédentes lettres papales s’opposaient au communisme et au socialisme, et voulaient punir les membres de l’Eglise patriotique. Maintenant la situation est différente, le pape cherche à comprendre  l’Eglise chinoise. »  Et quelques jours plus tard, il surprit même les autres dirigeants de l’association patriotique en saluant encore une fois, dans une interview accordée à un quotidien italien, le caractère positif de la lettre et, surtout, en souhaitant que le pape se rende en Chine : « J’espère vivement pouvoir voir le pape célébrer un jour ici à Pékin la messe pour nous, les Chinois (…) Nous prions toujours pour lui, demandant au Seigneur que nous recevions la grâce de pouvoir l’accueillir ici, parmi nous. » Il s’était peut-être trompé lui-même dans  sa déclaration, car le lendemain, il a rectifié ses paroles en précisant que les conditions pour une visite du pape restaient bien sûr encore à créer (la rupture des relations diplomatique entre le Vatican et Taïwan, et le droit de l’église en Chine de nommer elle-même des évêques).  Quelques jours plus tard, Liu Bainan confirmait que malgré les consignes claires donnés dans la lettre papale, l’église de Chine continuerait de nommer et d‘ordonner elle-même ses évêques. Vu le besoin urgent dans beaucoup de diocèses, pour le moment dirigés par des évêques très âgés ou priés d’évêques (en effet, durant les premiers neuf mois de cette année –2007 uniquement, -, neuf évêques sont décédés), l’ordination des évêques est « une nécessité vitale pour la vie ecclésiale en Chine et  personne ne peut donc empêcher ces ordinations ». Il  s’est montré aussi en désaccord avec les paroles du Pape concernant l’association patriotique. Après un demi-siècle de fonctionnement, cette association aura aussi « dans l’avenir à accomplir son rôle historique à mener le clergé et les laïcs vers l’unité, à les protéger d’une exploitation par l’étranger, évitant ainsi la répétition de l’histoire coloniale de la Chine et d’aider le gouvernement à comprendre l’église catholique et ses doctrines ». -       Par ses paroles, Liu Bainan, a démontré  une fois de plus que le véritable obstacle aujourd’hui pour une normalisation et de la situation ecclésiale en Chine et des relations entre le Vatican et la Chine, est précisément  l’existence et les objectifs de cette association. -       Des déceptions du côté de l’église non-officielle -       A côté de ces commentaires positifs, il y avait aussi quelques regrets énoncés par l’église non-officielle. On y déplorait d’une part le fait, que, pour des raisons diplomatiques, le pape ait omis de parler de façon plus explicite des évêques, prêtres et laïcs qui sont encore emprisonnés.  D’autre part la révocation des privilèges accordés par Rome, il y a vingt ans, aux prêtres et aux évêques clandestins, est  interprétée douloureusement comme la perte totale du statut qu’elle avait eu jusqu’à maintenant, celui d’être l’église catholique romaine légitime dans la République populaire de Chine. Car soudainement, elle doit apprendre par cette lettre que son « existence clandestine » n’est pas un état normal de l’église et qu’elle ne vit plus dans une situation particulière qui justifierait une telle existence. Il faut dire que la lettre ne n’aide pas beaucoup à comprendre ce changement et surtout elle ne montre pas, comment les catholiques qui ont refusé jusqu’à présent de se soumettre aux lois (par exemple celui de l’enregistrement) ou aux exigences de  l’association patriotique pourraient faire face à ce changement. Dans les premières semaines qui suivirent la parution de la lettre, on a malheureusement dû constater des tensions au sein de l’église non-officielle, et même, plus grave encore, de véritables ségrégations parmi les catholiques non-officiels, entre ceux qui seraient maintenant disposés à travailler pour la réconciliation avec l’église officielle et ceux qui, se sentant trahis et plein d’amertume au regard de leurs sacrifices passés,  persistent dans cette opposition.. -       Les espoirs pour l’avenir -       La lettre a néanmoins suscité  certains espoirs concrets : -       -qu’elle contribuer au pardon et à la réconciliation entre les différents groupes de l’église en Chine ; -       -servir de forme de catéchisme et de guide pour l’avenir de l’église en Chine ; -       - aider à surmonter les obstacles sur le chemin de l’unité ; -       - contribuer à de meilleurs rapports et à une meilleure coopération entre les prêtres de l’église non-officielle et ceux de l’église officielle ; -       - préparer le chemin à la « communicatio in sacris » des évêques et prêtres qui sont en lien avec le Pape ; -       - fortement influencer, voir diriger le futur développement de l’église en Chine et mener l’église en Chine vers l’église universelle ; -       - aider l’église en Chine à accueillir l’enseignement du concile de Vatican II. -       - donner des conseils pratiques pour la vie de l’église, pour l’évangélisation et pour l’avenir de l’église en Chine -       -être « un point de départ commun pour un dialogue constructif entre l’église locale et le gouvernement de Pékin » (Cardinal Zen) ; -       - donner aussi un point de départ clair pour le chemin de la normalisation des relations sino-vaticanes. -       Ces espoirs correspondent totalement à l’intention missionnaire que Benoît XVI avait confiée  à l’apostolat de la prière pour  le mois d’août de cette année (2007) : « Pour que l’Eglise en Chine témoigne d’une cohésion interne toujours plus grande, et qu’elle puisse manifester sa communion effective et visible avec le successeur de Pierre. » -       Ordinations épiscopales -       Trois semaines après la parution de la lettre du pape, le 24 juillet, trois prêtres non-officiels de la province du Hebei (dans laquelle l’église non-officielle est traditionnellement très forte) ont été arrêtés et transférés dans un lieu inconnu. Le 23 août Mgr Julius Jia Zhiguo, évêque non-officiel d’un diocèse également dans la province de Hebei, a été arrêté pour la deuxième fois cette année.  Il avait été déjà séquestré durant 17 jours au mois de juillet. Au total, cet évêque de 73 ans a passé jusqu’à maintenant plus de 20 ans en prison. Cette fois-ci, on l’accusait d’avoir voulu organiser illégalement une réunion avec ses prêtres pour étudier la lettre papale. Ces arrestations, ainsi que les fortes pressions exercées dans plusieurs provinces sur des évêques et prêtres non-officiels pour les faire adhérer à l’association patriotique, ont été interprétés dans différents médias comme une réaction hostile du gouvernement et de l’association patriotique à la lettre. Mais il faudrait plutôt les interpréter comme des excès de zèle de la part de fonctionnaires locaux, problème propre à la Chine depuis des siècles. -       Depuis l’annonce de la lettre, fin janvier, toutes les nominations (élections par un presbyterium élargi composé des prêtres, de quelques religieuses et représentants des paroisses et des communautés catholiques) et ordinations d’évêques ont été suspendues. Début septembre Liu Bainan déclara dans une interview que « les sièges des diocèses vacants depuis longtemps doivent être pourvus et les évêques âgés doivent pouvoir être remplacés (…) Avec davantage de jeunes prêtres ayant gagné en expérience pastorale et en connaissances, nous allons certainement accélérer l’ordination de nouveaux jeunes évêques », précisant que le facteur clé qui retardait l’amélioration des relations avec le Vatican résidait dans le choix des types d’évêques à nommer : « Tandis que les catholiques chinois veulent choisir des prêtres ayant de bonnes connaissances religieuses et aimant le peuple et la patrie, le Vatican veut ordonner ceux qui s’opposent au Parti communiste ». -         Heureusement, la virulence du discours de Liu Bainan contrastait avec les circonstances des deux premières ordinations d’évêques après la parution de la lettre papale.  Ainsi les deux nouveaux évêques (Mgr Xiao Zejiang, ordonné coadjuteur du diocèse de Guizhou, le 8 septembre,  et Mgr Li Shan , ordonné évêque du diocèse très important de la capitale, Pékin, le 21 septembre)  n’ont été pas seulement ordonnés avec l’accord du Saint-Siège et du gouvernement chinois, mais l’ordination de Mgr Li Shan a été même commentée par de hautes instances au Vatican comme étant « indubitablement un signe positif (…qui ouvre), nous l’espérons, le  premier chapitre d’une longue histoire, celui d’une réalité nouvelle ».  Même l’Osservatore Romano a publié un article à propos de cette ordination, ce qui est totalement inédit, car c’était la première fois en plus d’un demi-siècle que ce journal du Vatican mentionnait l’ordination d’un évêque en Chine continentale.2 -       Malgré la virulence des propos de Liu Bainan, l’heure n’est pas à la confrontation. Pékin agit de telle manière que les candidats élus soient acceptables pour le Vatican, et le Saint-Siège  donne son mandat pontifical avant l’ordination. Les prochaines ordinations vont démontrer si les deux côtés ont trouvé ce modus vivendi qui pourrait se prolonger jusqu’à ce que les pourparlers secrets entre les deux arrivent enfin à régler cet épineux problème. -       La responsabilité de l’église en Suisse -       Après la lettre du pape, les catholiques en Chine se retrouvent devant la question difficile de savoir ce qu’ils doivent faire chez eux pour y répondre au mieux. Nous, nous sommes confrontés à la question suivante : Que devons ou pouvons nous faire pour nos frères et sœurs en Chine, mais aussi pour les Chinois qui sont chez nous. Il faut espérer que nous nous ne dérobions pas à notre responsabilité. Personnellement, je rêve que l’église en Suisse (et avec elle, bien sûr, aussi enfin! ses évêques) commence à s’intéresser à la Chine. Ce serait un signe plus que déplorable, si dans notre pays nous laissions l’intérêt pour la Chine qu’aux responsables de l’économie et du tourisme. -       En ce moment où l’église catholique en Chine est affrontée à un délicat et riche défi ,chacun de nous est appelé à prier l’Esprit- Saint, pour que nos frères et sœurs chinois s’engagent à rendre manifeste et efficace l’esprit de communion, de compréhension et de pardon, qui est le sceau visible d’une authentique existence chrétienne, mais aussi pour que le gouvernement chinois donne enfin à tous les catholiques (et bien évidemment aussi à tous les croyants des autres confessions chrétiennes et d’autres religions !) une vraie liberté religieuse. Cette prière devrait trouver dorénavant une forme particulière tous les 24 mai, jour de la mémoire liturgique de la bienheureuse Vierge Marie, Auxiliaire des chrétiens, jour que le pape Benoît XVI a nommé dans sa lettre comme « journée de prière pour l’église en Chine », au cours de laquelle « les catholiques du monde entier feront preuve de leur fraternelle solidarité et de leur sollicitude pour (les chrétiens en Chine) ».. Oui, que la Vierge  Marie, Auxiliaire des chrétiens, vénérée avec tant de dévotion dans le sanctuaire marial de Sheshan à Shanghai, veille sur eux.  Chne Daniel Salzgeber -       1 Les citations proviennent de différents articles des agences « Fides », « UCAN-News », « Zenit ». -       2 cf Osservatore Romano du 22 septembre 2007 __________________________________________________ Nouveau novice dans notre Congrégation Depuis le lundi 27 août, notre Congrégation a la joie de compter un nouveau novice. Après Alberto Zambrano-Sayre, du Pérou, notre famille religieuse prend un peu les couleurs et les accents mélodieux du Viet-nam. Pendant la célébration des  premières vêpres de Saint-Augustin, après un postulat d'une année, Jacques Tran a en effet été accueilli dans notre Communauté.  Il nous raconte lui-même son cheminement.  Ma vocation Je suis né et j’ai grandi dans une famille catholique, dans un village de tradition catholique dans lequel les villageois se rencontrent régulièrement à l’église. C’est aussi le meilleur endroit de rendez-vous des jeunes après avoir participé à la messe du matin ou au chapelet du soir. C’est proche de l’église qu’il nouent des relations amicales. Les prêtres et religieux y sont très bien accueillis et ainsi j’eus l’occasion de faire leur connaissance. Un peu curieux j’ai commencé à me poser des questions à propos de leur vie : comment sont-ils ainsi et pourquoi faire ?... Et alors, je me suis mis à chercher désireux de savoir et de comprendre. Et voilà, je me suis intéressé à la vie sacerdotale. Plus encore, j’imaginais comment je prierais, quel livre dans la Bible je lirais… Ma mère m’avait dit que si je souhaitais être religieux, il fallait que je m’y exerce. Un jour, le temps est arrivé de quitter ma famille, mon village. Après deux jours et une nuit de car, très fatigué, je suis bien arrivé à Saigon. Que de monde ! Quelle chaleur ! Il me semblait que je nageais dans une mer de gens pour chercher un Ordre qui me conviene. Au fait, j’ai vu des Abbés, des Supérieurs qui étaient vraiment accueillants, sympathiques. Mais, personnellement, je sentais qu’il y avait quelque chose qui ne me conviendrait pas. En fin, je suis tombé sur « la Colline contemplative » qui m’attirait profondément : quel silence et quel profondeur ! Dans mon cœur prit naissance quelque chose de mystérieux et les paroles de St. Pierre survinrent dans ma tête : « Seigneur, il est heureux que nous soyons ici… » (Mt 17, 4). Durant dix ans, dans un monastère qui compte 186 jeunes vocations, je vivais sur le sommet contemplatif où j’aurais voulu rester comme Pierre. Mais Dieu me préparait d’autres chemins ! J’avoue que le chemin de Dieu n’est pas toujours celui que je veux. De plus, Dieu ne me le montre pas tout d’un coup lorsque je lui demande de m’indiquer sa volonté. Au contraire, Il me la dévoile petit à petit. C’est pour cela que je le prie toujours de me donner un cœur qui écoute et qui prend la Parole du Seigneur comme la lumière de ses pas. Par ailleurs, au rythme de l’Esprit Saint, je danse et je m’adapte. Une grande surprise ! Pour approfondir mes études, je suis envoyé en Suisse. Avant d’arriver à l’étranger, j’avais peur et m’inquiétais des difficultés de la langue… Heureusement, la parole du Seigneur et l’obéissance me comblent de force. Bien sûr, je ne saute pas comme les sauterelles. En revanche, au fond de mon cœur, dans la prière, les signes de l’Esprit me sont lumière et Rythme. Le Vent souffle ! Je connais une communauté idéale dont la vie est la vie des Apôtres. « Ici le Christ est adoré et nourri » est sa devise, « la vie commune et le ministère » est sa forme de pastorale. Ce qui est parfait parce qu’elle fusionne la contemplation et le ministère. Cette vie me passionne vraiment : elle est ineffable. Il me semble que je suis né une deuxièmes fois. J’ai commencé à bégayer les premiers mots de français. Plus encore, je dois m’adapter culturellement : la pensée, le climat, le comportement relationnel sont si différents. Spirituellement, j’apprends à m’oublier pour faire toute la place au Seigneur. En formation, j’habite dans le Convict Salésianum qui est une maison internationale de formation communautaire et spirituelle, très bien organisée, en lien avec l’université et appartenant au Evêques suisses. On y parle le français, l’allemand, l’italien, l’anglais parmi vingt-trois nationalités. Nous sommes trois, une petite communauté (Séminaire Grand Saint Bernard) dans une grande communauté (les professeurs, les guides spirituels, les étudiant(e)s théologien(ne)s et autres…). Chacun, chacune se sent en famille : les relations sont empreintes de respect et de fraternité. Par rapport à tout cela, j’éprouve vraiment que la vocation sacerdotale est une réponse à l’ appel d’amour que Dieu nous adresse personnellement. Dans la vie quotidienne, il apparaît sous forme de signes et d’intermédiaires, toujours discrets, qui se lisent mieux dans le silence de chacun. Par exemple : Moise a été appelé par un signe alors qu’il gardait son troupeau (le buisson ardent), pour Natanaël, Philippe est le signe, le geste de Dieu qui le conduit au Christ. La vocation est éclairée et grandit dans la conversation profonde avec Dieu, dans la prière et la méditation de la sainte Écriture : « Je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur (Osée 2,16 »). Il vaut mieux s’adresser directement à Dieu. Dieu répond toujours, mais différemment à chacun. Cependant il nous invite toujours à le rejoindre : « venez et voyez… » . Jacques Tran