Année 2008 Numéro 2  Revue "Mission du Grand-Saint-Bernard"
Chers amis lecteurs,  Pour l'essentiel, ce numéro 2 de l'année 2008 rend hommage à notre cher confrère Joseph Vaudan, qui nous a quittés, si brusquement, aux premières heures du vendredi   28 mars. A travers les témoignages donnés par des confrères, par les autorités du diocèse d'Aoste et de  l'Institut agricole d'Aoste, vous pourrez mieux découvrir et apprécier la personnalité du défunt et le rôle important qu'il a tenu dans la Congrégation et dans la Vallée d'Aoste. Qu'il repose en paix! Pour le reste, ce numéro a une couleur très bernardine, grâce à l'étude de notre historien Jean-Pierre Voutaz sur les « savants chanoines » de notre Congrégation. Et oui, sachez qu'au Grand-Saint-Bernard aussi, il y a eu – et il y a encore! - des érudits!! Jean-Pierre Voutaz nous présente aussi dans ce numéro notre 2ème nonagénaire (après notre cher doyen le chanoine Gabriel Pont). Il s'agit de frère Ermano Barelli. La couleur missionnaire du numéro est assurée grâce à notre spécialiste de la Chine, le chanoine Daniel Salzgeber. IL nous donne une étude très intéressante sur  ce qui se passe dans l'Eglise qui est en Chine après la lettre papale, déjà présentée dans les deux derniers numéros de notre Revue. Enfin, et cela fait certainement grand plaisir à notre cher Mr Vaudan,  il y a la couleur mariale: Mr l'abbé Martial Carraux nous offre un article sur le Jubilé des apparitions de Lourdes (150ème anniversaire de la première apparition) et notre numéro 2-2008 se termine en beauté avec la magnifique prière du Jubilé Chanoine René-Meinrad Kaelin, rédacteur       « Vierge Sainte, Dieu t'a choisie, depuis toute éternité Pour nous donner son Fils bien-aimé, Pleine de grâce, nous t'acclamons                 O Marie,Refuge très sûr, pour les hommes, tes enfant, Tu nous connais et veilles sur nous Pleine de grâce, nous t'acclamons Tu demeures près de nos vie, nos misères, nos espoirs, Pour que la joie remplissse nos coeurs, Pleine de grâce, nous t'acclamons   Ave, Ave, Ave Maria                                                                                     (cantique de Lourdes, « Vierge Sainte »; V 136)  

Le faire-part mortuaire du chanoine Vaudan

« Vous êtes ressuscités avec le Christ.Recherchez donc les réalités d’en haut…Le but de votre vie est en haut et non pas sur la terre » (Col 3,1-2)

    Unis à sa famille : -                       Gratien et Suzanne Vaudan-Magnin et famille au Cotterg -                       Pierre et Marcelle Vaudan-Besson et famille au Châble -                       Marguerite et Denis Perraudin au Châble -                       Vérène Vaudan-Mettan et famille à la Rasse (Evionnaz) -                       la famille de feu Joseph Bruchez-Vaudan au Cotterg -                       la famille de feu Joseph Bessard-Vaudan au Châble   ainsi qu’aux familles parentes et alliées,   Le Prévôt, la Communauté  des Chanoines  du Grand-Saint-Bernard,   ont le chagrin de vous faire part du décès de leur cher parent et confrère   le chanoine Joseph Vaudan   né à Bagnes le 15 avril 1925   Entré au noviciat le 8 septembre 1948, il émit profession une année plus tard et fut ordonné prêtre à l’Hospice du  Grand Saint Bernard le 15 juin 1954. Il exerça  les diverses responsabilités qui lui furent confiées – notamment celle d’Econome général – avec dévouement et le souci constant du bien de la Congrégation et de l’Eglise. C’est à l’Institut Agricole Régional d’Aoste qu’il donna principalement et durant de nombreuses années le meilleur de lui-même. Une leucémie inexorable a été finalement plus forte que sa courageuse ténacité. Il est décédé à la Maison  Saint Bernard à Martigny, le 28 mars 2008. C’est là qu’est déposé son corps, rue de l'Hôtel de Ville 18, à Martigny, où les visites sont libres.   La messe de sépulture sera célébrée le mardi 1er avril à 10h00 (Office des  défunts à 9h30), à l'église Saint-Michel de Martigny-Bourg.Le message de Monseigneur Giuseppe Anfossi, évêque du diocèse d'Aoste aux obsèques du chanoine Vaudan, au moment des adieux.   Chers frères et soeurs, J'ai voulu être présent aujourd'hui à la sépulture du chanoine Vaudan, pour témoigner la gratitude de l'Eglise valdotaine envers un religieux qui a su joindre, avec sagesse, la formation de l'homme, du travailleur des champs et le zèle pastoral du prêtre. Le chanoine Vaudan a grandement mérité , aux yeux des agriculteurs, des viticulteurs et de toute la population de notre Vallée, pour son enseignement à l'Ecole d'agriculture d'Aoste, qu'il a dirigée pendant de longues années avec compétence et avec la capacité de préparer le futur. On ne compe pas les initiatives qu'il a lancées ou contribué à créer en matière d'agriculture en Vallée d'Aoste.Tout le monde en reparle ces jours-ci et à juste titre Ma présence désire aussi marquer sa présence fraternelle au sein de notre Clergé, qu'il a aimé. Dès son retour à Aoste, il ne manquait jamais, sauf pour cause de maladie, les célébrations diocésaines, principalement à la cathédrale, et les rencontres de formation au Prieuré de saint Pierre ou ailleurs. Je tiens à rappeler aujourd'hui sa participation aux sépultures de nos confrères. Je ne veux pas non plus oublier son ministère à la paroisse de saint Martin, dans le temps où les chanoines du Saint-Bernard la desservait mais encore pendant ces dernières années: c'est lui qui a assuré pusqu'à la solennité de Pâques 2008, la sainte messe en langue française.   Je suis présent avec les confrères de la Vallée,  pour dire un grand merci au chanoine Vaudan et pour le confier à la miséricorde du Père: qu'Il le récompense pour tout le bien qu'il a fait.   A vous, Monsieur le Prévôt et à toute votre Congrégation notre amitié fraternelle et notre reconnaissance. Joseph Anfossi Le Chanoine  Vaudan, un frère, un ami Le Chanoine Vaudan  est d’abord un frère, un grand frère, né onze ans avant moi, entré au Grand-Saint-Bernard huit ans avant moi. Il est bien entendu que dans aucune famille on ne choisit ses frères. On les reçoit : de l’amour de ses parents, dans la famille humaine, de l’amour de Dieu, dans la famille religieuse. Normalement on est heureux d’en avoir plusieurs ; le bonheur, voire une certaine fierté augmentent à en avoir beaucoup. Je crois que ça a été le cas dans les années des premiers contacts et de la lente découverte de qui est qui. Il faut dire que la vie à cette époque ne favorisait guère les rencontres un peu personnalisées. La fête de s.Bernard ainsi que celle de s.Augustin rassemblaient un nombre considérable de confrères, c’est vrai, mais seulement pour le temps d’une célébration solennelle et d’un repas de circonstance, puis chacun retournait à son lieu de vie.   Pour se mieux connaître, il faut nécessairement vivre ensemble, partager un travail ou une responsabilité, ou des loisirs, pourquoi pas ? En un mot, il faut se fréquenter. Mis à part quelques Chapitres de la communauté, vécus ensemble mais à des titres fort différents, ce n’est qu’à partir des années 1987 que nos conditions de vie nous ont rapprochés. Après plus de trente ans passés en Italie, le Chanoine Vaudan avait reçu la charge d’aumônier de l’hôpital de Martigny ; de mon côté je revenais définitivement de Rome pour succéder à M. Pont dans cette portion de paroisse qui se trouve à Martigny-Bourg. Nous avions un point commun : nous étions pratiquement deux émigrés dans un environnement auquel nous n’étions pas du tout familiers. Sans trop le dire, nous avons connu là le sort d’innombrables ouvriers italiens venus chez nous pour gagner leur pain. Je cherchais mon français dans des sermons interminables… Avec son diplôme d’ingénieur agronome le Chanoine Vaudan, lui, se dévouait à la culture très humble et très délicate d’enfants de Dieu éprouvés dans leur santé. C’est d’ailleurs auprès de ceux-ci – toute paroisse a son lot de frères et sœurs malades – que nous avons commencé à nous apprivoiser.   Le service pastoral des bien portants n’est déjà pas facile. Mais tout de même c’est à cela qu’on nous prépare plus directement au cours de longues années d’étude. Des rayons de livres débordent de trésors d’expérience, d’indications précieuses pour un juste comportement face à telle ou telle situation, encore que la vie vivante ait le chic d’inventer toujours du neuf, du déconcertant. Mais devant la souffrance, on est très démuni. Même les médecins et le personnel infirmier connaissent souvent l’impuissance, le non-savoir. Le prêtre, comme homme, est moins nanti encore. Je puis dire que c’est le partage de cette pauvreté qui a vu naître entre le Chanoine Vaudan et moi-même une simple et belle amitié : comme une fleur des champs !   Dans nos origines montagnardes et paysannes cette fleur a pu prendre austère et solide racine. Elle a grandi ensuite sans déclaration tapageuse, sans extravagance et comme à notre mutuel étonnement. Et il devenait clair aussi autour de nous qu’on s’entendait particulièrement bien, un point c’est tout. Allez expliquer cette relation qui se fait petit à petit plus nette, jusqu’à devenir unique. Je le reconnais, nous nous sommes découverts vrais amis, sans que l’un pût avoir conscience d’être le bienfaiteur de l’autre, ou inversement. J’avoue toutefois avoir reçu beaucoup de M. Vaudan. Pourquoi éprouvions-nous du bonheur à nous rencontrer ? Sans doute le sien était-il grand, parce que grande est la joie de qui donne. M. Vaudan m’a donné beaucoup ; moi, tellement peu. Je lui offre ces quelques lignes qu’il m’a beaucoup coûté d’écrire. Chne Hilaire Tornay Le Chanoine Joseph VAUDAN en Vallée d’Aoste Dès les premières années de l’après-guerre (1946-1947), l’Administration régionale de la Vallée d’Aoste sentit l’exigence d’instituer une école d’agriculture semblable à celle de Châteauneuf en Valais.   L’objectif de la Région était de créer une institution capable d’assurer la formation humaine et professionnelle de la jeunesse rurale, selon les meilleures traditions familiales, civiques et religieuses du monde agricole valdôtain, et de contribuer au renouveau de l’agriculture.   Pour lancer cette école, la Région jeta son dévolu sur la Maison Hospitalière du Grand-Saint-Bernard, en raison de son expérience en agriculture. En effet, celle-ci avait fondé la première école d’agriculture du Canton du Valais. Le choix de la Région avait été guidé, sans doute, par son souci d’assurer l’enseignement en français, et aussi en raison des liens étroits entre la Congrégation et la Vallée d’Aoste, région dans laquelle elle a pris naissance ; ces liens étaient encore renforcés par la présence de Mgr Nestor Adam, originaire d’Etroubles, Prévôt de la Congrégation à ce moment-là.   Les cours débutèrent en novembre 1951 et toute la gestion fut assurée par les chanoines du Grand-Saint-Bernard, à l’exception du directeur, l’ingénieur Félix Piccot, qui était un laïc. Dès les débuts, la Congrégation ressentit l’exigence de pourvoir l’école d’un religieux ayant une formation technique appropriée et, en 1954, elle envoya le chanoine Joseph Vaudan, à peine ordonné prêtre, à l’Université catholique de Plaisance, où il obtint son diplôme d’ingénieur, en 1958.   Le 27 février 1959, le chanoine Vaudan fut nommé directeur de  l’Ecole Pratique d’Agriculture d’Aoste, charge qu’il occupa jusqu’en 1986. Durant ces 27 ans de présence, le chanoine Vaudan a été un protagoniste du développement de l’agriculture valdôtaine, grâce à sa préparation, à ses intuitions et à son esprit d’entreprise toujours prêt à innover.   Bien qu’ayant choisi comme sujet de thèse la principale production valdôtaine, à savoir la fontine, le chanoine Vaudan eut l’intuition de porter ses efforts sur un secteur moins bien organisé, de moindre importance économique et, carrément, en voie d’abandon : la viticulture. Convaincu que notre région était susceptible de produire des vins de qualité, il se lança dans une aventure à laquelle peu de gens croyaient. En peu de temps, son rêve devint une réalité; ce qui lui valut d’être considéré comme l’artisan de la viticulture moderne et de l’œnologie de la Vallée d’Aoste.   Conscient de diriger l’Ecole Pratique d’Agriculture, il était lui-même un homme très pratique. Il aimait sans doute parler, expliquer et argumenter, mais surtout il se passionnait à faire et à réaliser ce en quoi il croyait. Très nombreuses furent ses initiatives en faveur de l’agriculture valdôtaine; nous évoquerons seulement ses plus significatives.   En 1960, il entreprit les gros travaux d’amélioration foncière de la ferme de Montfleury ; travaux qu’il suivit personnellement durant 15 ans. Il dota la ferme de nouvelles structures et de nouveaux équipements, en particulier d’installations modernes d’irrigation et de séchage du fourrage.   Il contribua à étendre les surfaces des vignobles expérimentaux de Cossan et de Moncenis, pour permettre une activité de recherche plus importante et l’introduction de nouveaux cépages et de nouvelles techniques de culture. Ces initiatives eurent un double avantage : d’une part susciter et relancer la viticulture régionale selon des critères modernes et à travers la démonstration pratique et, d’autre part, fournir la matière première à la cave expérimentale, voulue innovatrice, qui fut réalisée en 1979.   Le chanoine Vaudan donnait une importance particulière aux rapports directs avec les personnes. Malgré les engagements que son rôle de directeur comportait, il a toujours enseigné différentes disciplines et entretenu des contacts privilégiés avec les élèves et leur famille; en outre il se rendait chaque jour dans les différentes structures pour vérifier personnellement le déroulement des travaux et pour maintenir le contact avec chacun.   Il avait le souci de promouvoir les cours de formation pour les adultes et il participait à de nombreuses rencontres et fêtes pour les agriculteurs ; il visitait fréquemment les exploitations agricoles, mettant à la disposition de chacun sa large compétence. Il convient de signaler aussi une émission radiophonique régionale, très suivie, qu’il anima pendant des années et dans laquelle, utilisant un langage simple et direct, il fournissait de précieux conseils aux agriculteurs.   Le chanoine Vaudan avait particulièrement à cœur la formation continue du personnel de l’école et, en même temps, la formation humaine et professionnelle des élèves. Il encouragea plusieurs d’entre eux à poursuivre des études en Italie et à l’étranger, favorisant ainsi la formation de techniciens qualifiés qui sont aujourd’hui exploitants agricoles ou employés dans les services techniques de la Région ou à l’Institut Agricole Régional.   A partir des années 70, il s’employa a promouvoir la construction de la nouvelle école, laquelle fut achevée en 1985.   Il fut ensuite un des pères fondateurs de l’actuel Institut Agricole Régional qui, en 1982, hérita le patrimoine humain et matériel de l’Ecole Pratique d’Agriculture. Il fut d’ailleurs le premier président du Conseil d’administration de cet Institut.   Malgré ses nombreux engagements professionnels, le chanoine Vaudan n’a jamais mis au second plan son ministère sacerdotal qu’il accomplissait tant à l’intérieur de l’Institut qu’au service du diocèse.   En 1986, il fut rappelé en Suisse pour exercer diverses charges, parmi lesquelles celle d’économe général de la Congrégation. En 2003, il fut nommé de nouveau membre du Conseil d’administration de l’Institut Agricole Régional et, en 2004, il revint à Aoste où il se retrouva à l’Institut qu’il avait toujours considéré comme sa maison.   Bien que  ne remplissant pas de fonction spécifique dans l’Institut, le chanoine Vaudan, même durant ces dernières années, a été, grâce à son autorité, à son charisme et à sa sensibilité particulière dans les relations avec les personnes, un point de référence précieux pour les élèves et le personnel de l’Institut, en même temps qu’un collaborateur particulièrement aimé de la communauté paroissiale de Saint-Martin de Corléans où il prodigua ses services jusqu’au bout.   La communauté valdôtaine ne peut qu’exprimer sa reconnaissance envers le chanoine Joseph Vaudan pour tout le bien qu’il a fait ; une immense reconnaissance envers cet homme qui, bien qu’étant suisse d’origine, est à compter parmi les Grands Valdôtains.     Oscar MARGUERETTAZ Directeur de l’enseignement à l’Institut Agricole Régional d’Aoste Le témoignage du chanoine Paul Bruchez Quelques traits caractéristiques du Chanoine Joseph VAUDAN   Voici tout d’abord quelques jalons de son existence : 14 avril 1925:        Naissance à Bagnes 1948-1949 :          Noviciat suivi de la profession religieuse 15 juin 1954:         Ordination sacerdotale à l’Hospice du Grand-Saint-Bernard 1954-1958 :          Etudes à l’Université de Piacenza 1959-1986 :          Directeur de l’Ecole d’Agriculture, puis de l’Institut Agricole Régional d’Aoste (1982-1986) 1986-2001 :          Econome général de la Congrégation 1986-1992 :          Aumônier de l’Hôpital de Martigny 1992 :                            Curé « in solidum »  dans le secteur de Martigny – Trient 1998 :                            Retraité à la Maison  Saint-Bernard à Martigny 2004 :                            Retour à Aoste : il retrouve l’Institut Agricole Régional, toujours considéré par lui comme « sa » maison 28 mars 2008 :      Mort subite à la Maison Saint-Bernard, à Martigny     Monsieur Oscar Marguerettaz, l’actuel directeur de l’enseignement à l’Institut Agricole Régional, a évoqué en détail ce que le chanoine Vaudan a fait pour le plus grand bien de l’agriculture valdôtaine. Je me contenterai, ayant œuvré à ses côtés pendant une quinzaine d’années, de souligner sa « manière » bien à lui d’affronter les difficultés et d’aborder les gens, en relevant quelques traits de sa très riche personnalité.   Tout d’abord, malgré ses occupations multiples liées à sa tâche de directeur, il tenait à donner plusieurs heures d’enseignement aux jeunes ; ce qui lui permettait de rester informé sur les différentes branches et surtout d’entretenir des contacts directs avec l’ensemble des élèves ; il les suivait aussi dans les travaux pratiques, si bien qu’à la fin du cycle scolaire, il était très à même d’orienter chacun d’eux, vers des stages de formation ou vers une formation universitaire. Il était vraiment très proche de ses élèves et il était aussi très proche de leurs parents.   Outre ses activités à l’intérieur de l’Ecole, il fut « l’homme du terrrain ». En principe il sortait chaque jour plus d’une heure dans les domaines – vignes, jardins, fruitiers, ferme de Montfleury – afin de suivre les activités et de promouvoir les améliorations foncières. En outre, il cultivait les contacts avec le monde des agriculteurs, en visitant les   exploitations et en prodiguant ses conseils. Comme chacun a pu le constater, il ne se contentait pas de la théorie, mais il multipliait les initiatives concrètes auprès des agriculteurs : cours du soir, journées de formation, visites des domaines partout où l’on sollicitait son avis, présence aux fêtes des vignerons et des producteurs de fruits et, enfin, participation aux fameuses émissions radiophoniques de la « Voix de la Vallée », en compagnie d’un partenaire qui lui posait les questions dans la langue de tout le monde (c’est-à-dire le patois local qui n’est autre que le franco-provençal parlé autrefois en Valais, en Suisse Romande, ainsi qu’en Savoie). Ces émissions, qui étaient à la portée de tout un chacun et qui arrivaient dans tous les foyers, connurent un grand succès populaire.   Le chanoine Vaudan n’est pas arrivé d’emblée à cette popularité ; il y parvint peu à peu, grâce à sa ténacité. Il travaillait tout particulièrement dans le domaine viti - vinicole. Or, chacun sait que les vignerons sont très traditionalistes, que leur vin est meilleur que celui du village voisin. Il me vient à l’esprit une petite anecdote. Un jour je rencontrai un d’entre eux qui avait planté un cépage tardif à plus de 900 m. d’altitude. Comme je lui avais manifesté mon étonnement, il me répondit, très sûr de lui : « On a toujours fait ainsi… ça va bien comme ça ». Monsieur Vaudan,sans doute, a rencontré souvent ce genre de réflexion, mais il était un volontaire, il se disait volontiers un lutteur, il savait patienter, il savait revenir à la charge pour arriver à ses fins.   Quand il était convaincu de défendre une juste cause, il ne se décourageait jamais. D’une part, son autorité, son esprit de décision inspirait confiance, d’autre part, son dévouement, son amour pour les petites gens faisait le reste. En tout cas les résultats sont là. Chacun le reconnaît : il contribua grandement à l’amélioration de la qualité des vins valdôtains qui sont renommés aujourd’hui, bien au-delà des frontières de la Vallée d‘Aoste.   Le chanoine Vaudan se montrait religieux dans toute sa conduite ; s’il n’arrivait pas à convaincre ses opposants et si des décisions contraires à ses vues étaient prises, il savait respecter les ordres de ses supérieurs.   Pour conclure, j’aimerais encore souligner sa disponibilité en tant que prêtre. Il aidait volontiers les curés qui recouraient à ses services. En outre, et surtout, il avait un grand amour des pauvres et des plus petits. Même lorsque sa santé commença à décliner et jusqu’à ses derniers jours, il rendit beaucoup  de visites, à domicile et à l’hôpital, à des personnes seules, âgées ou souffrantes !   Sous des dehors parfois austères, il cachait un grand cœur. Il avait compris qu’au soir de cette vie, nous serons jugés sur l’AMOUR. Il avait compris l’importance des grands et des petits gestes concrets qui expriment cette loi d’amour, se souvenant sans doute de l’affirmation de Jésus : « En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ».  (Mt 25,40).   Chanoine Paul BruchezDe savants chanoines   Les chanoines du Gd-St-Bernard ont pour vocation d’expliciter une devise millénaire : « Ici le Christ est adoré et nourri ». Aussi leur vie sur la montagne se polarise-t-elle sur ces deux points que sont la prière et l’accueil des voyageurs. Ce modus vivendi les met en contact direct avec les gens qui franchissent le col du Gd-St-Bernard, aussi sont-ils naturellement immergés dans les courants d’idées qui parcourent l’Europe.   Les premiers « historiens » Les prémices de l’intérêt scientifique des chanoines, ce sont les biographies de leur fondateur. C’est leur abbé, le Prévôt Roland Viot qui ouvre cette série en 1626, suivi par le chanoine Jean-Louis Liabel (vers 1640) et Nicolas Cornu (1663). Cette redécouverte de la vie de St-Bernard, présentée de manière plus pieuse qu’historique, va aboutir à son inscription au martyrologe romain en 1681. Le culte de ce saint s’étend ainsi des régions alpines à l’Eglise universelle.   Louis Boniface (1664-1728), coadjuteur puis prévôt, est le premier chanoine à faire œuvre d’historien. Pendant trente ans, il défend les droits temporels de la Congrégation en Valais et dans les Etats voisins, ce qu’il décrit dans ses voyages. Son confrère Pierre-François Ballalu, prieur de l’hospice, termine en 1709 une chronique précise des us et coutumes ainsi que de la gestion temporelle de l’hospice.   Les premiers archéologues Le véritable essor scientifique des religieux du St-Bernard a lieu dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, ce qui correspond au passage des philosophes et écrivains des Lumières qui partagent avec les Pères leurs idées. Ces derniers se questionnent sur l’antique appellation de leur col, le Mont Joux. Le seul moyen de connaître le lien réel entre Jupiter et le col, c’est de trouver des preuves. Aussi, de 1760 à 1764, le prieur Jean-Isidore Darbellay (1733-1812), les chanoines Jean-Joseph Ballet (1738-1813) et Laurent-Joseph Murith (1742-1816) entreprennent les premières fouilles archéologiques au lieu dit « Plan de Jupiter ». Dès les premières découvertes, les chanoines présentent leurs trouvailles aux hôtes, c’est l’origine du Musée de l’hospice. Le chanoine Darbellay dessine et décrit ce qu’il trouve à la fin d’une biographie imprimée de S Bernard (AGSB 64), mais les inventaires des trouvailles sont rédigés une bonne dizaine d’années plus tard, c’est le temps qu’il leur faut pour s’initier à ces domaines et surtout pour déterminer les monnaies   Laurent-Joseph Murith       Le chanoine Murith est le type même de l’ecclésiastique érudit. Entré au St-Bernard en 1760, à l’âge de 18 ans, il assume successivement les charges de quêteur (1762), de clavendier ou économe de l’hospice (1769), de prieur claustral (1775) avant d’être nommé curé de Liddes (1778) et enfin prieur de Martigny, de 1791 à sa mort en 1816. Le 20 mai 1800, il accompagne le Premier Consul Bonaparte de Martigny à Etroubles, ce dernier allant vaincre les Autrichiens à Marengo. Homme d’action et de responsabilités, Murith allie une solide formation théologique – il est notaire apostolique – et une érudition rare. Son activité scientifique, il l’effectue durant ses loisirs, soit durant les nuits et les heures de récréation.   Depuis les fouilles archéologiques, le chanoine Murith travaille pour identifier avec précision ses découvertes. Il consulte les spécialistes de son époque dont Sir William Hamilton, ministre plénipotentiaire du roi Georges III à Naples de 1763 à 1801. En remerciement de son aide, Murith lui offre quelques objets antiques dont deux petits ex-voto actuellement exposés au British Museum. Estimant ses recherches terminées, vers 1808, il envoie pour publication à la Société des Antiquaires, à Paris, un manuscrit consacré aux antiquités du Gd-St-Bernard. Quelques pages sont publiées en 1821, mais le manuscrit s’est perdu jusqu’à ce qu’on le retrouve aux archives nationales de France (ANF 36 AS 87), au début du 21ème siècle. Durant ses promenades, encouragé par de Saussure, Murith ramasse des pierres. Il fait aussi le tour des mines du Valais et du Val d’Aoste et constitue ainsi le noyau des collections minéralogiques de l’hospice. Il s’intéresse aussi à la géologie, la conchyliologie, l’ornithologie, l’entomologie – ses insectes étaient très abîmés en 1862 – faisant une collection par domaine d’intérêt. Murith s’intéresse aux mesures d’altitude. Il n’hésite pas à escalader le Vélan, en 1786 ou 1787, pour faire des observations barométriques, publiées par Bourrit (Description des cols, ou passage des Alpes. Première partie, Genève 1803, p. 249). Il fait aussi des mesures de l’humidité relative de l’air, se familiarisant avec les instruments de météorologie. Ami de la famille Thomas, vendeurs de graines et plantes à Bex, il fait avec eux des excursions botaniques et collecte les plantes pour son herbier, terminé en 1800. Ce dernier, en deux volumes, est bien conservé pour son âge. Il introduit d’Italie en Valais le peuplier pyramidal. En 1810 il publie le guide du botaniste qui voyage dans la Valais, édité en format poche en 1839. Les objets d’histoire naturelle rassemblés par le chanoine Murith, ainsi que quelques objets romains découverts sur le col pouvaient se visiter au prieuré de Martigny : il s’agit des premiers prêts du tout jeune musée de l’hospice. Il écrit aussi de petits articles d’histoire locale et se passionne en faveur du passage d’Hannibal au Gd-St-Bernard. Murith est membre de la société d’émulation de Lausanne, de l’Académie celtique de Paris et membre fondateur de la Société helvétique des sciences naturelles. Pour célébrer sa mémoire, la Société valaisanne de sciences naturelles fondée à St-Maurice le 13 novembre 1861 sera baptisée la Murithienne. Les Botanistes et autres naturalistes Les religieux vivent dès lors une période de boulimie scientifique, s’intéressant à l’archéologie, à la numismatique, à la botanique et aux autres sciences naturelles, achetant les ouvrages de référence de leur époque, tels les livres d’Arnauld d'Andilly, Linné, Bonnet, Lamarck, Haller, Candolle et leurs successeurs.   Le chanoine François-Joseph Biselx (1791-1870) est prieur de l’hospice lorsque le professeur Pictet de Genève y installe la station météorologique, le 14 septembre 1817. Vice-président de la société helvétique des sciences naturelles, il publie quelques articles sur le climat du Gd-St-Bernard, les roches et les plantes. Jean François Benoît Lamon (1792-1858), s’intéresse à la botanique sa vie durant, bien qu’il se marie et devienne pasteur. Pierre Germain Tissières (1828-1868), membre fondateur et premier président de la Murithienne, est l’auteur d’une notice sur le chanoine Murith (1862) et du guide du Botaniste sur le Grand-St-Bernard (1868). Gaspard Abdon Delasoie (1818-1877), deuxième président de la Murithienne, précise l’altitude de plus de 400 localités et sommets à partir du niveau du lac Léman. Il écrit des articles allant de la géologie au catalogue des arbres et arbustes du Valais. Avec le chanoine Tissières, ils sont membres de la Société helvétique des sciences naturelles et de la Société Hallérienne de Genève.   Camille Carron (1852-1911) écrit un répertoire méthodique botanique et des notices sur les avalanches. Maurice Besse (1864-1924) se passionne pour la botanique. Ses comptes-rendus des activités de la Murithienne, dont il est le président de 1897 à 1922, en sont témoins. En 1923, il préside la Société helvétique des sciences naturelles à Zermatt. Il collabore aussi au Glossaire des patois de Suisse romande.   Emile Florentin Favre (1843-1905) s’oriente d’abord vers la botanique et publie un supplément au guide du botaniste du Gd-St-Bernard et un guide du botaniste du Simplon, avant d’éditer trois ouvrages d’entomologie. Sa collection d’insectes, vérifiée chaque deux ans, est en parfait état de conservation. Nestor Cerutti (1886-1940), docteur en philosophie, s’intéresse surtout à l’entomologie. Il répertorie en Valais plusieurs nouvelles espèces d’insectes. Il publie également ses observations sur les oiseaux du Gd-St-Bernard (1935).   Les archéologues En 1836, un anonyme qui pourrait bien être le chanoine Pierre-Joseph Barras (1787-1858), clavandier, rédige une mise à jour des collections numismatiques de l’hospice en annotant et complétant un manuscrit du chanoine Murith afin de refléter l’état des collections à son époque, ce qu’il précise en écrivant que ces monnaies ont été trouvées après la formation du catalogue.   Le chanoine Pierre-Joseph Meilland (1838-1926) fouille le Plan de Jupiter entre 1860 et 1863. En quatre étés, il exhume 160 monnaies antiques. Pour les déterminer, il s’adresse à trois érudits de son temps, soit au Prieur Gal, d’Aoste, et à Messieurs Promis de Turin et Loescher, de Berlin.   Au début de 1871, le chanoine Jean-Baptiste Marquis (1851-1909) effectue des recherches archéologiques au plan de Jupiter pendant trois ans. Il y trouve quelques bronzes, des monnaies celtiques et romaines, ainsi que des inscriptions sur pierre.   A partir de 1883, le chanoine Henri Lugon (1863-1926)   récolte un grand nombre d'objets, de tablettes, d'inscriptions et de monnaies celtiques sans pouvoir établir une topographie du site, ce qui se fera dès 1888 sur ordre du ministère de l’Instruction publique du Royaume d’Italie. Ce sont Messieurs Castelfranco, Ferrero et von Duhn qui réaliseront ce travail jusqu’en 1894. Cette même année, il est élu membre de l’Académie St-Anselme. Avec le chanoine Lugon se clôt l’époque des chanoines archéologues, l’Etat prenant le flambeau depuis lors.   Certains chanoines font des découvertes lors de leurs promenades, tels Jean Claude Carruzzo (1849-1890) qui découvre à environ deux cents mètre de dénivellation du Sud de l’hospice, sur le Mont-Mort un menhir et deux Cromlech, ou Louis Emery (1919) qui signale en 1987 avoir découvert dans la région du Simplon une pierre à cupule.   Les érudits du vingtième siècle Philippe Farquet (1883-1945), laïc et oblat chez les chanoines dès 1922 s’intéresse surtout à l’histoire et à la botanique. Autodidacte de génie, il classe et remet en ordre la majorité du patrimoine du Gd-St-Bernard. A la suite de son père, il tient une chronique de Martigny, de 1850 à 1945. Il publie des centaines d’articles d’histoire locale sous le pseudonyme d’Alpinus. Il classe patiemment les revues de la bibliothèque du St-Bernard à Martigny, réordonne les collections des chanoines décédés, s’occupe des archives mixtes de Martigny, refait les herbiers du Gd-St-Bernard et reste en contact avec les naturalistes de son temps. Il est membre de la Murithienne pendant 40 ans.   Alfred Pellouchoud (1888-1973), travailleur acharné, rédige les fichiers manuscrits de la bibliothèque du Gd-St-Bernard, remodèle le musée du St-Bernard en 1923, musée qui gardera la même présentation jusqu’en 1987. Il classe les collections de monnaies antiques et modernes (plus de 10'000 pièces), met à jour les inventaires du Musée et publie de nombreux articles concernant l’histoire des paroisses du St-Bernard. Son essai d’histoire de Sembrancher est sa publication la plus élaborée parue sous son nom. Le chanoine Lucien Quaglia (1905-2001), réordonne patiemment les archives de la Congrégation de 1953 à 1987. Il écrit plus d’une trentaine de monographies et d’ouvrages en lien avec l’histoire du St-Bernard, son œuvre majeure étant La maison du Gd-St-Bernard des origines aux temps actuels (1955). Avec Alfred Pellouchoud, ils sont membres de l’Académie St-Anselme.   Signalons deux écrivains, les chanoines Jules Gross (1868-1937) et Gabriel Pont (1917), ayant tous deux publié une trentaine d’ouvrages. Jules Gross a exploré la grotte du Poteux à Saillon et découvert une quantité d’objets de l’âge de la pierre taillée dont 450 sont déposés au Musée de Valère à Sion. Le chanoine Marcel Marquis (1924) a publié en 1956 une monographie historique consacrée aux fameux chiens du St-Bernard. Réédité plus de dix fois, c’est l’ouvrage le plus vendu de tous ceux écrits par les chanoines au cours du temps. Enfin, le chanoine Jean-Michel Girard (1946) repense le musée en 1987 et décide d’une mise à jour des inventaires des collections. Le musée ayant souffert d’un incendie en 1996, il est réorganisé sous la direction de son conservateur, M Jacques Clerc (1931).     Les chanoines du Gd-St-Bernard sont depuis des siècles sur la route des hommes de leur temps, les accueillant chez eux. Aussi tout naturellement, ils vivent au rythme des soucis et des passions de leurs hôtes. C’est ainsi qu’est né à l’époque des Lumières leur intérêt pour les sciences et il s’est souvent transmis par l’émulation réciproque. La beauté du patrimoine et l’entretien du Musée plus que bicentenaire, invitent chaque génération à se dépasser, dans la mesure de ses forces, pour présenter aux passants quelques bribes de la vie au Col au fil des siècles. Chanoine Jean-Pierre VoutazFrère Ermanno Barelli   Vers la fin de 1917, deux jeunes se promettent en mariage dans la région de Milan. Mais il doit quitter sa promise pour aller au front. Les amoureux commandent deux sceaux identiques sur lesquels brûle la flamme de leur amour. Ce sera la signature de leurs courriers. Puis un jour il ne répond plus. Il fait partie des derniers conscrits et des derniers morts de la guerre de 14-18. Elle restera célibataire. Ermanno Barelli, né le 28 janvier 1918 hérite au berceau du sceau de son oncle Ettore, sceau qui l’accompagne au long des années et lui rappelle que c’est l’amour, la beauté la plus sublime de ce monde. Le jeune Ermanno voit mourir ses frères, les médecins indiquent aux parents que le fils qu’il leur reste n’atteindra pas l’âge adulte. Aimer, espérer contre toute espérance, ce sont des réalités inscrites dans sa chair.   Ermanno se passionne pour la construction, aussi entreprend-il des études en architecture à l’université de Florence. Mais voilà qu’en 1939, la guerre reprend. Ermanno est mobilisé. Il doit quitter l’université après deux ans d’études pour les armes. Jeune soldat, il vit les drames de l’époque : le train dans lequel il se trouve est mitraillé par des résistants, les avions alliés envoient des bombes sur les troupes italiennes, ce sont des amis qui meurent à quelques pas de lui. Les horreurs de la guerre, il les a vécues. Comment faire pour ne pas devenir fou ? Peut-être croire encore et toujours que c’est l’amour qui a le premier et le dernier mot.   Et voilà qu’arrivé à 54 ans, Ermanno frappe à la porte de la Congrégation des chanoines du Gd-St-Bernard. Il y est accepté en tant que Frère. Il ira successivement à Liddes, au Simplon, au Séminaire puis à Bovernier, mettant à disposition sa vie et ses compétences tant dans le domaine de la menuiserie que de la cuisine, avant de rejoindre la Maison St-Bernard à Martigny où il vient de fêter ses nonante ans. Depuis plusieurs années, il s’étonne d’être si âgé et nous dit parfois « je me réjouis d’aller chez le Seigneur, ici la vie ne m’apporte plus rien, je n’entends plus, mais chez le Seigneur ce sera tellement plus beau. » Merci Frère Ermanno pour ce que vous êtes, merci de nous rappeler que notre vie religieuse c’est un élan d’amour vers le Seigneur. Notre amitié et notre prière vous accompagnent. Chne Jean-Pierre VoutazL’ère après la lettre papale – Le rapprochement prudent entre le Saint-Siège et la Chine Dans son discours traditionnel de Noël à la Curie romaine,  le 21 décembre dernier, le pape Benoît XVI a mentionné : ses voyages au Brésil et en Autriche, sa lettre aux 138 savants musulmans et tout spécialement sa lettre aux catholiques de Chine. Cette lettre que nous avons présentée et commentée dans les deux derniers numéros de notre revue est en effet un des points forts non pas seulement  de l’année pontificale 2007, mais elle le restera sans doute pour toute la durée du  pontificat de Benoit XVI . « Par cette lettre », expliquait le pape lors de son discours aux cardinaux et aux différents membres de la Curie, « j'ai voulu manifester à la fois mon affection spirituelle profonde pour tous les catholiques de Chine et mon estime cordiale pour le peuple chinois ». Le Saint-Père a évoqué le contenu de la lettre sur la conception de l'Eglise en disant : « J'y ai rappelé les principes permanents de la tradition catholique et du concile Vatican II dans le domaine ecclésiologique. A la lumière du dessein  originaire  que le Christ a eu de son Eglise j'ai indiqué certaines orientations pour affronter et résoudre, en esprit de communion et de vérité, les problématiques délicates et complexes de la vie de l'Eglise en Chine ». Et de souligner la « disponibilité du Saint-Siège à un dialogue serein et constructif avec les autorités civiles afin de trouver une solution aux divers problèmes concernant la communauté catholique ». « La lettre », s'est réjoui le pape, « a été accueillie par les catholiques de Chine avec joie et avec gratitude. Je formule le vœu qu'avec l'aide de Dieu, elle puisse produire les fruits espérés ». Un peu plus d'une  demi-année après la publication de la lettre de Benoît XVI aux catholiques chinois, on peut se poser la question: où en est l'Eglise de Chine ? L’agence de presse Zenit1 a demandé au père Yihm Sihua de Hong-Kong, francophone, qui se rend régulièrement sur le continent chinois pour des visites pastorales, d'analyser l'impact de la lettre de Benoît XVI sur la vie de l'Eglise, aujourd'hui, en Chine. Celui-ci a répondu entre autre : «J'ai pu constater que le message du pape avait des effets favorables dans trois domaines : Tout d'abord ce message éclaire les catholiques chinois sur l'état réel de leur Eglise locale, écartelée entre différentes tendances. Cette situation était d'autant plus difficile à appréhender, quand on était sur place, que la propagande officielle s'efforçait de brouiller les esprits et de désinformer les croyants. Ce message contient une information fiable et une analyse fine et cohérente de la situation. D'autre part, la réflexion du Sain-Père offre une présentation de l'ecclésiologie catholique en référence à la situation chinoise. A partir de ces considérations, chacun est maintenant amené à se poser de bonnes questions et à en chercher, en Eglise, les réponses. Chacun peut maintenant mieux comprendre ses frères et sœurs dans la foi qui ont fait des choix différents. Un approfondissement des bases de la foi est lancé. Enfin, un rapprochement est maintenant envisagé par certains, alors qu'avant il paraissait être une lâcheté, voire une trahison. Des communautés sortent de leur isolement et s'intéressent à l'ensemble de l'Eglise de Chine. Elles vont finir par découvrir que les catholiques qui n'ont pas fait les mêmes choix qu'eux sont aussi des frères et des sœurs et qu'il y a chez eux une foi authentique. En même temps, les extrémistes des deux bords sont désarmés : ceux qui ont adhéré à l'Association Patriotique par conviction et les « irréductibles » des communautés souterraines. Ils se sentent désavoués par le Saint-Père lui-même. Le tissu ecclésial commence à évoluer pour s'assainir, il en avait bien besoin. Mais il faudra encore du temps pour que le processus de réconciliation et de réunification parvienne à son terme». Le point crucial de cette réconciliation reste sans doute la question de la nomination et de l’ordination des évêques. Sur ce point, nous pouvons constater que le Saint–Siège et Pékin semblent avoir 1Zenit du 18 décembre 2007 trouvé un modus-vivendi. Ainsi après les deux ordinations dont nous avons parlé dans notre dernier numéro (celle de l’évêque du diocèse de Guizhou et celle de l’évêque du diocèse très important de Pékin), trois autres évêques ont été ordonnés de la même manière. Pékin fait en sorte que les candidats élus soient acceptables pour le Vatican, et le Saint-Siège donne son mandat pontifical avant l’ordination. Ainsi ont été ordonnés le 30 novembre MgrFrancis Lu Shouwang évêque de Yichang (province du Hubei), le 4 décembre Mgr Joseph Gan Junqiu évêque de Canton et le 21 décembre, Mgr Joseph Li Jing, coadjuteur de Ningxia au centre de la Chine. Entre parenthèses, Mgr Joseph Li Jing est un des jeunes prêtres qui ont fait une partie de leurs études en Allemagne, à Sankt Augustin. Lors de son séjour là-bas, en été 1995, il avait participé à la retraite des prêtres, séminaristes et sœurs chinois qui s’était tenue à l'hospice du  Grand Saint Bernard. Cette façon de faire permet à Pékin de sauver la face et au Saint-Siège d’éviter que des prêtres qui ne lui sont pas conformes soient ordonnés évêques. Certes, ce modusvivendi ne peut pas cacher que l’épineux problème n’est actuellement pas encore réglé d’une manière officielle. Les pourparlers secrets continuent. Ainsi, peu après la mi-novembre 2007, une haute délégation emmenée par le sous-secrétaire de la Secrétairerie d’Etat pour les Relations avec les Etats, Mgr Pietro Parolin, s’est rendue en Chine pour y rencontrer les autorités chinoises. C’était la première fois que le Vatican dépêchait en Chine une délégation d’un rang aussi élevé! Mais ni les autorités vaticanes ni les autorités chinoises n’ont fait aucun commentaire sur cette visite. Trois mois plus tard une rencontre à Washington éveilla de nouvelles spéculations  concernant  un dégel progressif des relations entre le Vatican et  la Chine. En fait, en marge d’une manifestation à l’université jésuite de Georgetown à Washington il y  avait, le 20 février, une rencontre qualifiée du côté chinois  « d’importante » entre le nonce apostolique aux Etats-Unis, Mgr Pietro Sambi, et le directeur de l’administration d’Etat des affaires religieuses chinoises, Ye Xiaowen. Pour ne pas mettre en danger le processus de rapprochement entre les deux parties,  le pape Benoît XVI a renoncé début décembre à accueillir le Dalaï Lama. Par le passé, chaque fois que ce chef spirituel et politique des Tibétains était venu en Italie, les papes lui accordaient une audience. Il y avait même une relation très amicale entre lui et Jean-Paul Imettre  Mais cette fois-ci, surtout à la suite des réactions extrêmement critiques de Pékin vis-à-vis de l’Allemagne, après que sa chancelière, Angelika Merkel, eut reçu officiellement le Dalaï Lama, le Vatican a voulu éviter à tout prix une polémique avec le gouvernement chinois qui traite le Dalaï Lama de « séparatiste dévoué à l’indépendance du Tibet » et qui l’accuse « d’orchestrer des activités antichinoises ».  Le chef des Tibétains a du se contenter alors de rencontrer, le 6 décembre, le cardinal Dionigi Tettamanza, l’archevêque  de Milan. Les prochains mois vont montrer si le rapprochement entre le Vatican et la Chine continuera. Mais il va de soi que pour cela les deux côtés doivent faire des concessions pour dénouer ce nnoeud gordien.  Le Saint-Siège exige en effet, en premier lieu, le respect de la liberté religieuse dans l’Empire du Milieu et la liberté de nommer l’ensemble des évêques du pays. La Chine par contre attend que le Vatican rompe d’abord ses liens avec Taiwan pour nouer des relations diplomatiques avec Pékin et qu’il accorde à l’Eglise chinoise l’autonomie de nommer elle-même ses évêques. La nomination d’un évêque a attiré tout particulièrement l’attention de l’Eglise en Chine ces derniers mois. En fait, au début de l’année passée, à l’occasion de son 75ème anniversaire, l’évêque de Hongkong, le cardinal salésien Zen a demandé à Rome d’être déchargé de ses responsabilités à la tête de son diocèse. Après que le pape lui ait demandé de rester encore à son poste, Mgr Zen a exprimé son désir d’avoir à ses côtés un coadjuteur. Le 30 janvier, le Saint-Siège annonça la nomination de Mgr John Tong Hon à ce poste. Il a été jusqu’ici l’évêque auxiliaire de ce même diocèse. Ce choix s’inscrit tout à fait dans la continuité. Comme il présidait depuis 1980 le Holy Study Center, structure où le diocèse de Hongkong concentre son analyse de la situation de l’Eglise en Chine, Mgr Tong est comme le cardinal Zen (auquel, d’ailleurs, Benoît XVI a confié la rédaction des méditations du traditionnel Chemin de Croix du Vendredi Saint de cette année), un fin connaisseur des réalités de l’Eglise en Chine. Mais  la modération de ses expressions contraste avec la vivacité de celles du  cardinal Zen qui est connu pour son franc-parler,. IL passe d'ailleurs pour p être la « bête noire» du Pékin. Dans un communiqué publié à l’annonce de sa nomination, Mgr Ton a déclaré qu’il fera « son maximum » pour que le diocèse de Hongkong garde son rôle « d’Eglise- pont » entre l’Eglise universelle et l’Eglise en Chine. Il a également appelé le gouvernement chinois à garantir une pleine liberté religieuse aux catholiques en Chine, « afin que ceux-ci apportent la plus grande contribution possible à la société et que, de cette manière, notre mère patrie voit son statut international renforcé ». Chne Daniel Salzgeber 150ème anniversaire des Apparitions de Notre-Dame Chemin du Jubilé de Lourdes Le 11 février 2008, après la messe de l’autre côté du Gave, la procession s’est rendue à la Grotte pour une évocation de la première apparition, il y avait exactement, ce jour-là, 150 ans, à l’heure de l’Angélus. A midi, le silence, un recueillement impressionnant a saisi la foule de plus de 65'000 personnes. Cette première visite de Marie à Bernadette a eu lieu dans cette grotte au bord du Gave. Comme un vent de Pentecôte ce jour-là attire l’attention de cette fille de Lourdes qui venait ramasser du bois mort parce sa famille était trop pauvre pour en acheter. Ce 11 février 2008, seul le bruit soyeux de l’eau du Gave glissait sur les pèlerins en prière. Il y a des événements qui entrent dans la mémoire comme un moment privilégié de l’histoire. C’est que la liturgie appelle « faire mémoire ». Ce 11 février 2008 dans ce lieu devenu sanctuaire, les pèlerins et tous ceux qui étaient ce jour-là unis à l’événement de Lourdes ont vécu une sorte de grand Magnificat d’action de grâces. Pour marquer concrètement cette mémoire et pour que celle-ci devienne pour le pèlerin source de grâces, les responsables du sanctuaire proposent un chemin du Jubilé sur les pas de Bernadette dans les lieux qui évoquent sa vie à Lourdes. Ce chemin, je voudrais en quelques lignes l’évoquer pour vous.   1) L’église paroissiale de Lourdes  Même si l’église n’est plus la même qu’au temps de Bernadette, elle renferme un trésor : le baptistère où  Bernadette a reçu le sacrement du baptême, et dans un sous-verre, l’extrait du registre dans lequel le curé de l’époque y a inscrit l’événement.   2) le Cachot Nous nous rendons ensuite au Cachot : une pièce qui avait servi de prison pour la ville de Lourdes et qui était désaffectée. La famille Soubirous, réduite à la pauvreté, s’était réfugiée là après avoir tout perdu à cause d’un accident du papa et des conséquences de la révolution industrielle. La famille avait dû quitter ce que Bernadette appelait le « Moulin du Bonheur, »en contrebas, là où elle a vécu sa petite enfance. Bernadette a connu, au Cachot de Lourdes, la faim, le froid et le déshonneur d’une famille ruinée. Le lieu rejoint les préoccupations familiales de chacun, mais aussi le courage et l’affection que vivait la famille Soubirous. La suite du chemin nous conduit à accomplir l’itinéraire que Bernadette a emprunté le 11 février 1858 du Cachot par le point sur le Gave jusqu’à la Porte St-Michel. Au fond de l’Esplanade apparaît alors la Basilique du Rosaire, ornée des nouvelles mosaïques, évoquant les mystères lumineux, donnés à l’Eglise par Jean-Paul II, venu deux fois en pèlerins à Lourdes. Apparaît aussi la flèche de la magnifique Basilique Supérieure, la première chapelle demandée par Marie.   3) La Grotte est le résumé du message de Lourdes. C’est un rocher solide comme Dieu lui-même. C’est un lieu protecteur, c’est une invitation à la confiance. Le pèlerin passe entre la source qui rappelle le baptême et l’autel qui invite à la communion. Il quitte la grotte après avoir touché le rocher. Il sort de la grotte sous le regard de Marie et près du buisson de cierge qui rappelle les paroles du Christ : je suis la lumière du monde… vous êtes lumière du monde. »   4) l’Hospice de Lourdes Dernière étape du chemin du Jubilé, nous nous rendons à l’hôpital de Lourdes. Au temps de Bernadette, les sœurs de la Charité de Nevers y tenaient l’école et le dispensaire. C’est là, le jour de la Fête-Dieu, le 3 juin 1858, Bernadette y a fait sa première communion. C’est là aussi que Bernadette a servi les malades, protégée par le sœurs. C’est là qu’elle a commencé le service des pèlerins malades. C’est de là que Bernadette quittera Lourdes après avoir dit au revoir à sa famille et un adieu à sa chère grotte.   Au terme de cette évocation du Chemin du Jubilé, je vous invite à accueillir à nouveau avec joie le message de Marie à Bernadette : « Je suis l’Immaculée Conception. » Abbé Martial-Emmanuel Carraux Animateur des pèlerinages du diocèse de Sion   Prière du Jubilé       Dieu notre Père, Parmi toutes tes créatures, tu as fait éclore Marie, La créature parfaite, « l’Immaculée Conception ». Ici, à Lourdes, Elle a prononcé ce nom et Bernadette l’a répété. L’Immaculée Conception, c’est un cri d’espérance : Le mal, le péché et la mort ne sont plus les vainqueurs. Marie, signe précurseur, aurore du salut !   Marie, Toi l’innocence et le refuge des pécheurs : Notre-Dame de Lourdes, nous te prions.   Ave Maria, gratia plena !   Seigneur Jésus, Tu nous as donné Marie comme Mère. Elle a partagé ta Passion et ta Résurrection. Ici, à Lourdes, elle s’est montrée à Bernadette, Attristée de nos péchés mais rayonnante de ta lumière. Par elle, nous confions nos joies et nos peines, Les nôtres, celles des malades, celles de tous les hommes.   Marie, Notre sœur et notre mère, Notre confidente et notre soutien : Notre-Dame de Lourdes, nous te prions.   Ave Maria, gratia plena !   Esprit Saint, tu es Esprit d’amour et d’unité. Ici à Lourdes, par Bernadette, Marie a demandé De bâtir une chapelle et de venir en procession. Inspire l’Eglise que le Christ construit sur la foi de Pierre : Rassemble-la dans l’unité. Guide le pèlerinage de l’Eglise : Qu’elle soit fidèle et audacieuse !   Marie, toi qui es comblée de l’Esprit Saint, Tu es l’épouse et la servante. Tu es le modèle des chrétiens et le visage maternel de l’Eglise : Notre-Dame de Lourdes, nous te prions.   Ave Maria, gratia plena !