Année 2010 - Numéro 1
Revue " Mission du Grand-Saint-Bernard"

Editorial

Chers amis lecteurs,

Heureux de vous retrouver en ce début de l’an 2010. Selon une coutume bien établie, qu’il ne faut surtout pas changer, ce numéro commence par les bons vœux de notre cher Prévôt, Jean-Marie Lovey.Disons qu’en guise de vœux, il nous offre à tous un beau bouquet de fleurs.
Puis deux grand sujets sont à l’ordre du jour :
Tout d’abord, nous partons à la découverte du magnifique ouvrage de Pierre Rouyer consacré à l’hospice du Grand-Saint-Bernard : « Un cœur dans les pierres ». C’est l’occasion d’évoquer, en beauté, notre Maison-Mère, le lieu-source des bernardins.
Nous parlons ensuite de la Confédération des chanoines de saint Augustin. Le PèreMaurice Bitz, Abbé-Primat rappelle pour nous quelques grand événements qui ont jalonné la vie de la Confédération durant ces dernières années. Je le remercie chaleureusement pour sa collaboration. Comme cadeau augustinien, nous avons la magnifique homélie que Mgr Paul Desfarges, évêque de Constantine et Hippone, donc successeur de saint Augustin, nous a partagée lors de l’Eucharistie célébrée à Pavie.
Pour terminer avec une pousse qui annonce le printemps, j’ai demandé à notre novice, Lionel Girard, de se présenter à vous, chers lecteurs et donc amis de notre famille religieuse.
Et pour terminer moi aussi avec des vœux, je vous partage ce texte offert par le pasteur Claude Hoyois à ses paroissiens :
« Et si nous vivions un peu mieux l’extraordinaire en cette nouvelle année ?
Croire quand tout le monde doute ;
Etre souriant quand tout le monde est grognon ;
Etre content de ce qui nous reste au lieu de pleurer ce qui est perdu ;
Aimer dans un milieu hostile ;
Vibrer dans un milieu amorphe ;
Servir d’appui au lieu de chercher à s’appuyer ;
Consoler au lieu de se prendre en pitié ;
Espérer quand tous se découragent.
Chanoine René-Meinrad Kaelin, rédacteur


Des fleurs en guise de vœux pour chaque jour de l’année nouvelle.

Des vœux, des messages, des cadeaux, des souhaits ! Le passage d’une année à l’autre apporte, avec la nouveauté de l’évènement, son avalanche de bonnes formules. Genre littéraire oblige. Mais la coutume est bonne ! Elle est même très bonne. Comme le regard de Dieu sur l’œuvre de ses mains : « Et Dieu vit que cela était bon ». A chaque étape de la création Dieu s’émerveille et ne se lassera pas au chant du même refrain. ‘On connaît la chanson’, a-t-on envie de lui dire ! Mais tout à coup, c’est la nouveauté. Nouveauté dans le surgissement et dans le refrain qui vient le sanctionner. Devant l’homme et la femme au jour de la création première Dieu ne dira plus : « c’est bon », mais « c’est très bon ». Il y a ici plus qu’une nuance littéraire. Il y a un jugement de valeur, une profession de confiance en la réussite du projet, une espérance inébranlable en l’avenir de l’homme. Plût à Dieu qu’il ne se fût pas lui-même trompé ! Quand on voit ce que l’homme a fait de l’homme au cours de l’histoire on est en droit de se demander s’il n’y a pas erreur sur la réalisation. Et tout cela a commencé très tôt. Dès la deuxième génération. Après le meurtre d’Abel par Caïn, la question est posée : « qu’as-tu fais de ton frère ? ». Mais la création est en acte de perpétuel surgissement et Dieu continue de renouveler fidèlement son regard sur son œuvre, disant : « C’est très bon ». Voudriez-vous, qu’au seuil d’une année nouvelle, ensemble nous relayions la voix de Dieu pour prolonger son refrain ? C’est mon souhait. Il s’agit d’abord de voir la nouveauté et d’en reconnaître l’excellence. Non pas naïvement, mais avec la force de l’Espérance. Entrer avec vous tous dans cette approche théologale de la vie, de ses évènements, grands ou petits. Nous nous jetterons ainsi des fleurs. Nous nous offrirons des bouquets. Chaque jour. Jusqu’à réaliser une magnifique composition dont la gerbe ne sera liée qu’au dernier instant du dernier jour de l’année.
La rose rouge du désir d’aimer, elle va pour le Seigneur. Il sait, Lui, nos maladresses et nos incapacités à aimer juste. Cette fleur, c’est celle d’un désir que nous allons réorienter, dès l’aube, vers en haut. Une année nouvelle nous est donnée pour qu’on regarde un peu mieux le ciel.
Pour vous, j’offre les prémisses de la fleur du printemps : la tulipe. Fleur de l’Eucharistie inventée pour recevoir en son Calice ouvert et coloré le vin jaune puis le sang violet de nos célébrations. En cette Année sacerdotale, je souhaiterai vous mettre tous au cœur de chacune des Eucharisties que j’aurai la grâce de célébrer.
Voici qu’au jardin printanier se cueille pour chanter l’éclat du Jour Nouveau, les flammes du forsythia. Nous y penserons en taillant l’arbuste : le Christ est ressuscité ! « Et Dieu vit que cela était très bon ».
Les branches du cerisier ou de l’amandier disent assez la profusion de la promesse en même temps que la fragilité de sa réalisation. Elles nous sont offertes pour nous apprendre à veiller avec délicatesse sur tout ce qui est en germe dans nos vies. Le gel d’avril saisit la fleur et tout est « grillé ». Le cerisier en fleurs rachètera les milliers de vies humaines en promesses et que la froide morsure des pratiques barbares aura arrachées au sein maternel, durant cette année, avant la naissance du fruit. « Et Jésus le fruit de tes entrailles est béni ».
De Taïwan, visité en novembre dernier, j’ai ramené des teintes, des formes et des parfums exotiques. Ces fleurs n’ont pas de nom dans notre langue. Elles sont cependant familières à nos confrères de là-bas. Elles éveillent en même temps l’attention missionnaire que chacun de nous doit nourrir et celle que notre Congrégation doit porter sur nos jeunes confrères venus de ces cultures lointaines. Orchidées, flamboyants, callistemons ou autres tulipiers d’Asie et d’Amérique latine.
L’asparagus et la plus large aspidistra apporteront leur équilibre de verdure. Il en faut dans un beau bouquet. Comme il nous faut des raisons d’espérer. Je les souhaite à tous. Je les demande avec l’Eglise en prière. En cette année sacerdotale le vert de l’Espérance présage à une floraison nouvelle de vocations. Je prierai aussi pour que, là où nous nous trouvons, chacun puisse ajuster encore davantage sa vie au projet de Dieu. La vocation sacerdotale s’invitera alors, ou surgira, voire même s’imposera, comme un complément indispensable à l’équilibre de l’ensemble. Pas de bouquet sans verdure ! Et si la pénurie des prêtres sous nos latitudes venait contester d’abord nos erreurs d’ajustement au projet de Dieu sur nous, nos défauts d’identité ?
Les chrysanthèmes, pour les jours de deuil. Je voudrais bien n’avoir pas à les offrir pour cette circonstance. Mais le deuil sera au rendez-vous au cours de l’année. Le chrysanthème qui n’en finit pas de finir nous parlera de l’après ; de la vie qui n’est pas finie et qui est déjà toute autre. Dieu fit le chrysanthème pour revêtir d’or et de lumière les enfants du monde nouveau, « et Dieu vit que cela était bon ». Comme il est souhaitable que les parents apprennent aux enfants, et dès leur plus jeune âge, qu’il y a une vie Autre ; qu’ils sont faits pour le ciel, un ciel qui se prépare dès maintenant. Il faut parler du Paradis ! Si l’année nouvelle pouvait réparer un peu la déchirure infligée par le divorce ciel-terre ! Peut-être simplement en contemplant les représentations d’artistes. Le sol paradisiaque où se célèbre les noces de l’Agneau Mystique de Van Eyck est parsemé de marguerites, mot qui veut dire pierres précieuses. « Marguerite je t’aime, un peu, beaucoup… ». A Ravenne, les fleurs du Paradis de St. Apollinaire poussent partout, y compris sur les rochers. Et que dire des parterres de Fra Angelico ou ceux des peintres mystiques flamands ! Les spécialistes n’arrivent pas à dénombrer les variétés qui fleurissent dans leurs Paradis ! Les Fleurs sont théologiennes. Elles sont à elles seules, malgré leur vie éphémère, un traité de la Vie éternelle. « Regardez les lys des champs… (Mat. 6,29) ».
Une fleur pour chaque jour de l’année ? Et il en restera beaucoup au jardin de la création. Nous cueillerons aussi les plus humbles violettes, la petite gentiane le narcisse des prés ou encore d’autres très communes pour que le souci quotidien n’envahisse pas toute la plate-bande. Il a sa part, bien sûr, et sa place ; mais il sait aussi être tenace. Alors il nous faudra bien le prendre en main, sans qu’il nous laisse croire qu’il n’y a plus que lui. D’ailleurs, à le regarder de près, il n’est pas interdit de penser qu’il a une forme semblable à celle de la marguerite. A déposer donc entre les mains du Jardinier il en fera les ‘pierres précieuses’ de notre Paradis.
Je souhaite donc à chaque lecteur une année fleurie. Peut-être s’agit-il moins de « savoir cultiver son jardin », comme le disait le philosophe, que de consentir à devenir bonne terre entre les mains du Jardinier du matin de la Résurrection. C’est Lui qui jette la semence à profusion. A tourner et à retourner la terre de nos cœurs nous en viendrons, par grâce, comme Marie–Madeleine, à nous retourner nous-mêmes vers Lui, l’appelant « Rabbouni, Maître ! » Nous sera-t-il offert de recevoir de ses mains la fleur qui donne la touche indispensable à la beauté de l’année nouvelle ? : la passiflore ou fleur de la Passion. Une Passion qui a fait refleurir le vieux bois mort de la Croix parce qu’elle a le dynamisme de l’Amour. C’est Sa préférée. Qu’elle puisse pousser aussi sur nos terres et l’année sera meilleure.
Jean-Marie Lovey, Prévôt


« Un cœur dans les pierres. L’hospice du Grand-St-Bernard aujourd’hui »

La naissance d’un projet qui délivre une Parole

En automne 2007, les quatre religieux de la communauté de l’hospice, emmenés par leur Prieur d’alors Jean-Marie Lovey, se retiraient trois jours dans la vallée voisine de Chamonix pour partager la joie de vivre ensemble et d’être unis. Nous désirions simplement nous retrouver et mettre en commun les aspirations et les intuitions de chacun, sans oublier les nécessaires remises en question, afin de nous disposer à écouter Celui qui sonde les cœurs et qui sait quel est le désir de l’Esprit ajusté aux vues de Dieu (Rm 8,27). Bien que l’Esprit vienne au secours de notre faiblesse, il n’est pas toujours aisé de reconnaître les gémissements ineffables du Souffle Saint s’exprimant au creux du silence partagé ou de la parole écoutée.
Animés par le désir d’offrir en partage la grâce qui nous fait vivre sur le col, nous avions discerné le besoin de renouveler nos moyens de communication. Lors de ce séjour à Combloux, nous avions décidé d’écrire ensemble un livre sur l’aujourd’hui, tel qu’il est vécu à l’hospice du Grand-St-Bernard. Nous pensions que ce chantier alimenterait nos rencontres hebdomadaires de communauté. Mais l’Esprit souffle où il veut, et la fragile communauté fait ce qu’elle peut, lorsque les vents tourbillonnants de la mission d’hospitalité la désinstalle sans cesse de ses objectifs pour l’appeler à rejoindre son cœur… ce « cœur dans les pierres » qui donne la pulsation de l’amour désintéressé au rythme de l’engagement du Christ en nos vies.
Au fur et à mesure que le temps passait, notre communauté réalisait l’impossibilité de son projet : où trouver la disponibilité ? angoisse devant la page blanche, par où commencer ? qui fait quoi ? Nous étions démunis. Pas facile sur le moment d’accueillir ces manques comme l’espace où Dieu libère les énergies pour une création nouvelle ! L’échec de notre entreprise n’était qu’apparent : alors que le chantier du livre était au point mort, nos échanges communautaires étaient stimulés par le travail sur le Cd « Pèlerin de l’infini » ainsi que par la collaboration de Jean-Marie Lovey et de Paul Bruchez à la publication d’un ouvrage à paraître prochainement, consacré à notre fondateur et à la spiritualité bernardine.
Le manque éprouvé, faut-il donc encore l’envisager comme un échec, une absence de vie, ou bien plutôt comme un lieu d’hospitalité, un espace de disponibilité, une source de créativité ? Et si l’impossible – au lieu de nous démobiliser intérieurement – était un appel de Dieu à quitter une forme de toute-puissance pour nous ouvrir à la rencontre avec l’autre, avec cet hôte qui nous orientera sur les chemins du possible.
Le poêle de l’hospice est l’un de ces lieux où le partage d’un thé élargit parfois les horizons. Ce matin-là, je ne comptais pas m’y attarder, juste le temps d’une boisson avant de me replonger dans du courrier en retard. Mais mon regard fut attiré par l’appareil du photographe présent dans le réfectoire, car son Canon ressemblait à celui que la Paroisse de Martigny m’avait offert. Andrea Alborno me remit son outil de travail entre les mains et nous sommes restés à échanger près de deux heures ensemble. Au lendemain de cette rencontre, nous sommes en avril 2008, Andrea intégrait le projet du livre resté au point mort depuis 6 mois.
Mais notre photographe avait lui aussi besoin de faire alliance, il ne voulait pas opérer la sélection des photos pour le livre, c’est ainsi qu’il nous proposa de confier ce travail à Pierre Rouyer qui était alors rédacteur en chef du magazine Animan. Nous apprenions par la suite que Pierre venait d’éditer un ouvrage sur le Parc national suisse dont il était le co-auteur. Dès lors, le projet de notre livre devenait possible.
C’est en juin 2008, en la fête des saints Pierre et Paul, que Pierre Rouyer est monté à l’hospice pour la première fois, accompagné de son épouse Olga et de leurs enfants Pablo et Blanca. Une rencontre simple, belle et profonde avec notre communauté où le cœur de chacun s’est laissé rejoindre, mystérieusement et en douceur.
Une rencontre qui en a suscité tant d’autres, tout aussi vivifiantes, car l’ouvrage paru en juin 2009 est le fruit d’un regard attentionné qui scrute avec bienveillance l’horizon de l’être et d’une écoute patiente qui révèle à chacun sa part d’éternité.
« Un cœur dans les pierres » est le symbole d’une amitié millénaire qui aujourd’hui se tisse entre les visages évoqués au fil des pages et tous ceux qui les recueilleront en eux au fil de leur lecture.
Chanoine José Mittaz

Témoignage de l’auteur

Le texte ci-dessous a été lu par Pierre Rouyer, lors de la messe du 15 juin 2009, dans l’église de l’hospice du Grand-Saint-Bernard. Il témoigne de ce qui a été vécu lors de l’écriture du livre Un cœur dans les pierres – L’hospice du Grand-Saint-Bernard aujourd’hui

Celui qui vient d’écrire un livre sur un sujet aussi important que l’Hospice du Grand Saint Bernard pourrait, au moment d’en parler, se sentir sûr de lui, maître des mots, en pleine possession de ses capacités oratoires. Il n’en est rien. Je suis tel l’enfant devant un père immense, parmi des frères et des sœurs immenses, plus que jamais poussière, disciple et non maître, point minuscule et mouvant quelque part entre l’Alpha et l’Omega, humble, et profondément joyeux. Comment pourrait-il en être autrement, dès lors que nous vivons maintenant le temps de l’Eucharistie ?
A l’hospice du Grand-Saint-Bernard, c’est ainsi. Vous venez pour la première fois, vous passez le seuil de la maison millénaire, et vous êtes immédiatement accueillis par des êtres qui prient, travaillent, partagent jour après jour les joies et les peines. Alors vous priez, vous travaillez avec eux, vous vivez quelque temps au rythme de leur communauté. Peu à peu vous sentez votre existence se remplir d’une vie nouvelle.
Vous avez reconnu dans les fils et les filles de Saint Bernard la présence de Dieu sur le chemin des hommes – ce sont les mots du prévôt. Vous avez découvert un lieu où tout est enseignement, où même les imperfections sont parfaites, car elles nous enseignent que rien n’est jamais acquis, et qu’il faut constamment entretenir, tel un feu, le lien avec les vertus qui nous habitent et nous entourent. Vous avez été saisi, conquis par ce charisme né de l’humain et de la montagne.
Un beau jour, le prévôt lui-même, vous invite à venir au milieu du chœur, pour évoquer, en simplicité, en vérité dit-il, l’un ou l’autre aspect de ce qui a été généré lors de l’écriture de ce livre. L’air de rien, les gens du Grand-Saint-Bernard savent exprimer en quelques mots doux, des exigences qui vous bouleversent. Je parlais tout à l’heure de l’enfant devant le Père immense. Mais, parmi les choses qui se donnent et se gagnent ici, il y a la confiance. Si le prévôt m’invite à présenter ce nouveau livre devant vous, à l’intérieur de l’eucharistie, c’est qu’il juge que c’est non seulement possible, mais juste. En m’adressant à votre assemblée, c’est donc sur la congrégation du Grand-Saint-Bernard que je m’appuie, comme à l’épaule d’un guide plein de vie, sagesse et bonté.
Nous avons entendu Saint Paul, dans sa lettre aux Romains, énoncer que « selon la grâce que Dieu nous a donnée, nous avons reçu des dons qui sont différents. » Si c’est le don de servir, il faut servir, j’en conclus que si c’est le don d’écrire, il faut écrire. Bien. Mais quel est le premier commandement que Jésus enseigne au scribe? Au scribe, Jésus demande d’abord d’écouter. Cela se lit dans l’Evangile de St Marc. « Ecoute », dit Jésus. J’ignorais l’existence de cet enseignement en commençant l’écriture de ce livre, mais je l’ai découvert en chemin.
Que serait l’écriture, si écrire n’ouvrait à la découverte et à l’apprentissage de cela même que l’on écrit. Pour cela, j’ai suivi sans le savoir le commandement que Jésus à donné au scribe, j’ai écouté. Et j’ai écouté avec tout mon être, toutes mes forces, afin que chaque mot qui prendrait forme dans la plume ait d’abord traversé le fourneau du cœur.
Je ne vous dirai pas ce qui a été écrit, mais ce que j’ai entendu, et recueilli, ces paroles humaines nées de l’expérience et du questionnement. Elles m’ont été données par les sages d’ici, dans le flux merveilleux du dialogue, c’est-à-dire l’écoute mutuelle. J’ai choisi dix de ces paroles, qui témoignent de différents aspects de la vocation bernardine. Certaines de ces paroles sont limpides, d’autres aussi denses que le roc. Mon métier, ici, est de vous les transmettre.
- « La communauté est la dimension la plus importante, le lieu où l’on accède à la connaissance de soi, de l’autre, de Dieu »
- « Franchement, la chose que je vois, c’est la fragilité de tout, à commencer par celle de la communauté. En même temps, cette fragilité est une chance, car elle nous garde de croire que nous maîtrisons quoi que ce soit »
- « Si l’on veut permettre aux êtres humains de donner le meilleur d’eux-mêmes, il faut leur donner des exemples de ce qu’il y a de plus beau »
- « L’accueil doit être le plus large possible. Nous ne demandons rien aux gens, ni leur origine, ni leurs croyances, car c’est secondaire. La personne qui se présente, il faut la recevoir et l’accueillir. »
- « Ce qui est au centre, ce n’est ni une morale, ni une loi, ni même une religion, c’est vivre »
- « Tu dois prendre en compte la trajectoire de Dieu en chacun, et tu ne dois pas être une entrave. »
- « Ce que nous accueillons dans la confidence, nous le transmettons à Dieu par la prière personnelle et communautaire. »
- « La douleur de la personne est la même douleur que celle du Christ. Celui qui est dans la souffrance est dans un processus de crucifixion, indépendamment de sa relation avec Dieu. »
- « La montagne est la plus belle des cathédrales »
- « L’amour que je ressens ne vient pas de moi. C’est une grâce immense. »
De telles paroles sont la source et le grain de l’écriture. Ici, j’ai vu ce que peuvent devenir l’homme, et l’écrivain. L’écrivain est comme l’ombre du chocard sur la pente enneigée. Ecrire est le fruit de la lumière et de la vie qui passe. En écoutant l’autre, je me suis rapproché de Dieu, et en me rapprochant de Dieu, j’ai entendu battre mon propre cœur. J’ai entendu ce qui unit cette communauté et qui m’unit désormais à elle. Il s’agit de ce mystère qui, maintenant, nous est offert.

Descriptif du livre

Dans les Alpes valaisannes, à la frontière entre Suisse et Italie, l’hospice du Grand-Saint-Bernard est un haut lieu, un havre de paix unique au monde. Depuis près de mille ans, les religieux y vivent, été comme hiver, pour garder dans la montagne le feu sacré de l’accueil, matériel et spirituel. Les photographies élégantes, les textes vivants révèlent la vie quotidienne de la communauté du Grand-Saint-Bernard. Les chanoines ne sont pas des moines : ils vivent en contact permanent avec le monde extérieur, recevant chaque jour les voyageurs venus se ressourcer.
Un livre où se rejoignent des témoignages essentiels de la foi, de la connaissance de soi et de l’altruisme. Le Grand-Saint-Bernard est un îlot d’humanité au coeur d’une nature âpre et splendide.

Les auteurs

Originaire du Val d’Aoste, Andrea Alborno est photographe pour la pressmagazine internationale. Sollicité par la communauté du Grand-Saint-Bernard, il a consacré plusieurs mois à observer et à photographier la vie quotidienne à l’hospice, d’une manière à la fois esthétique et informative. L’un de ses reportages les plus récents concerne les enfants des rues à Odessa, en Ukraine. Ce travail a donné lieu à plusieurs expositions en Italie, ainsi qu’à un livre, Gioventú negata, publié en 2009 sous le patronagde l’Unicef. Journaliste, Pierre Rouyer a été pendant sept ans rédacteur en chef dumagazine suisse Animan. Pour l’écriture du livre Un coeur dans les pierres, il s’est immergé dans la triple dimension communautaire, hospitalièreet religieuse du Grand-Saint-Bernard. Il est l’auteur de L’aventure absolue, avec l’himalayiste valaisan JeanTroillet (Favre, 2001), et de Nature souveraine – Le Parc national suisse, avec le peintre Eric Alibert (Les Editions du Midi, 2008).

Un coeur dans les pierres
L’hospice du Grand-Saint-Bernard aujourd’hui
Photographies d’Andrea Alborno
Texte de Pierre Rouyer

Les Editions du Midi & Les Editions du Grand-Saint-Bernard; 144 pages; 123 photographies; 1 carte.


Un coeur dans les pierres
L’hospice du Grand-Saint-Bernard aujourd’hui
Présentation de l’exposition

Comment saisir la réalité d’un lieu tel que l’hospice du Grand-Saint-Bernard, où brûle, depuis près de mille ans, le feu sacré de l’accueil ?
La modernité a apporté incertitudes et changements, mais n’a rien diminué de l’essentiel, qui est la présence religieuse dans une nature âpre, autrement dit, un coeur dans les pierres.
Pour approcher cette dimension, le Valdôtain Andrea Alborno s’est donné du temps. Pendant près de neuf mois, jusqu’en décembre 2008, il a photographié la vie quotidienne de l’hospice, dedans et dehors. Il était présent lors des temps de prière et de célébration. Il a marché dans la montagne en compagnie des pèlerins. Il a photographié la nature, la lumière parmi les cimes, l’arrivée impérieuse de la neige après les si brèves chaleurs.
A la demande de la communauté du Grand-Saint-Bernard, ce travail tente de faire miroir, avec cette distance et cette proximité particulières que le miroir instaure, de telle sorte que la vie de l’hospice s’y reflète dans une lueur renouvelée, où se fondent la subjectivité discrète du photographe et la réalité objective du lieu. Une réalité à la fois immense et fragile. Immense, car elle s’inscrit dans l’histoire de la chrétienté, qui a bouleversé le cours de l’humanité. Immense aussi du fait des montagnes, qui élèvent en même temps qu’elles écrasent, et qui ne montrent pas de fin. Fragile enfin, car cette réalité hospitalière, vouée au secours puis à l’accueil du prochain, est animée par des hommes et des femmes que l’époque cerne de toutes parts. A l’hospice sied merveilleusement l’image de l’arche, microcosme lumineux sur la houle obscure.
L’art du photographe n’étant pas celui du peintre d’icônes, ces images exposées sous les voûtes n’ont rien de définitif. Leur beauté et, parfois, leur vivacité désignent simplement l’aujourd’hui de l’hospice, soit la pérennité de la foi dans un désert d’altitude. Mais tout de même, malgré le caractère instantané d’un tel témoignage, on voit que peu à peu, à force d’être là, jour après jour, siècle après siècle, les gardiens de l’oeuvre de Bernard connaissent les profondeurs d’un éternel présent, où ce qui était, ce qui est et ce qui sera ne font qu’un. Manière de dire que le temporel naît de son contraire, et le révèle. Saint Augustin, autre patron des lieux, acquiescera peut-être.
Pierre Rouyer

Extraits de la presse
« Un superbe ouvrage, qui célèbre la formidable beauté du site et la pérennité d’un esprit.»
Yves Lassueur, L’Illustré , 9 septembre 2009.

« L’auteur évoque magnifiquement le double chemin qui mène à l’hospice. Le chemin pédestre, et puis l’autre, le chemin intérieur.»
Annick Monod, La Liberté, 5 août 2009.

« Mille ans que la porte n’est jamais fermée à clé. Il fallait le dire, le redire, le souligner, et pour cela, les chanoines publient ces jours-ci un livre magnifique. »
Philippe Dubath, 24 Heures, 15 juin 2009.


Un brin d’histoire sur la Confédération des chanoines de saint Augustin

Le chanoine René-Meinrad Kaelin me demande, au nom des Confrères du Grand –Saint- Bernard, pour leur revue, de vous parler de la Confédération des Chanoines Réguliers de Saint Augustin. Je l’avais déjà fait, il y a 4ans, et c’est volontiers que je reprends la plume aujourd’hui . Je vais simplement vous donner des nouvelles de notre Confédération, en rappelant plusieurs évènements qui ont marqué ces dernières années . Nouvelles regroupées autour de trois types de manifestations : - Les conseils primatiaux
- le Congrès de 2007 à Vorau
- le Conseil et le Congrès de l’année jubilaire 2009

1) Les conseils primatiaux.

La proposition de réunir le Conseil Primatial sur trois jours a permis aux Membres de ce Conseil ( qui comprend, pour chaque Congrégation, le Supérieur Général, un délégué et un substitut choisis par les chapitres respectifs) a favorisé une meilleure connaissance mutuelle et un partage des situations de chacune des Congrégations . Cela a donné lieu à des rencontres fructueuses

A) Le Puy en Velay : Le 43ème Conseil Primatial s’est tenu à Chadenac, en Haute Loire. Ce furent des journées d’échange et de convivialité . Nous avons pu profiter de l’accueil fraternel de notre Confrère , Monseigneur Henri Brincard, évêque du Puy et nous avons également bénéficié de la grâce du Grand Jubilé du Puy

B) Klingenthal au pied du Mont-Saint Odile, en Alsace.

Du 12 au 15 mai 2005, les Chanoines réguliers du Latran ont célébré les 600 ans de présence de présence de leur Congrégation à Cracovie, plus précisément dans le quartier de Kasimiers un riche programme, »connaître son héritage » avait été magnifiquement organisé. Trente sept interventions de quinze minutes chacune, ont montré le nombre et l’influence spirituelle et culturelle des implantations monastiques et canoniales en Europe centrale en Europe centrale de l’Est. Il est vrai que ces pôles de vie intellectuelle ont grandement concouru à façonner le visage de l’Europe Le » docteur Henryck Gapski, de l’université de Lublin soulignait que si l’on marquait d’un point sur la carte tous les lieux où furent présents des Chanoines réguliers. Et des moines on verrait que ce sont eux qui ont largement contribué à donner à l’Europe sa physionomie actuelle du point de vue religieux et culturelle.L’apport de ces recherches universitaires dans le domaine de l’histoire de l’Europe est précieux, il nous met en garde contre un comportement amnésique quant à nos racines. Sensible à ses appels naissait le projet d’une rencontre de trois jours.Ces journées ont été préparées efficacement par notre ami M. Philippe Fleck.
Du lundi 6 au jeudi 9 octobre 2008. Les membres du Conseil Primatial se sont retrouvés à Klingenthal où ils furent accueillis généreusement et gratuitement par Madame Stinzi, responsable de la fondation Goethe. Nous avons pu dans ce contexte vivre un temps favorable de réflexion sur l’Europe, avec l’aide du Père Henri Madelin,, De Monseigneur Amédée Grab, évêque émérite de Choire et qui assura la présidence des conférences épiscopales d’Europe, de Monseigneur Katz, évêque de Strrasbourg, ainsi que du représentant du Saint Siège à Strrasbourg. Nous eûmes aussi l’occasion de visiter le Conseil et le Parlement européen, qui nous furent présentés.

Congrès 2007 : VORAU.

Nos confrères autrichiens ont organisé le Congrès 2007. Nous avons bénéficié d’une hospitalité impériale. Nous gardons tous un souvenir de journées fraternelles . Les échanges se sont faits autour du thème proposé« communion et mission » On a discuté de l’ordre de ces termes : mission pour la communion ou communion pour la mission ? L’Eglise est le vignoble évangélique. Elle est mystère parce que l’amour du Père, du Fils et de l’esprit Saint sont le don absolument gratuit, offert à tous ceux qui sont nés de l’eau et de l’Esprit, appelés à vivre la communion même de Dieu, à la manifester et à la communiquer dans l’histoire (mission) (cf Jean-paul II . Christi fideles laici, n° 8).

2009 année exceptionnelle : Congrès et Conseil Primatial.

Un double anniversaire a été célébré

a) 50 ans de la Confédération. Le pape Jean XXIII, en la fête de Sainte Monique instituait un lien entre diverses congrégations de Chanoines reéguliers : la congrégation d’Autriche, la congrégation Saint Sauveur du Latran, la congrégation du Grand –Saint-Bernard et la congrégation de Saint Maurice.. Le foedus caritatis fut inauguré par le nouvel Abbé Primat, Monseigneur Louis Séverin Haller, Abbé de Saint-Maurice et Evêque titulaire de Bethléhem, dans l’Archibasilique du Latran
La confédération des Chanoines Réguliers de Saint Augustin, créée à l’aube du Concile qui, précisément , a regardé l’Eglise dans son mystère de communion comportait quelque chose de prophétique, elle invitait les diverses congrégations à ne pas rester dans un isolement , mais à mieux se connaître et s’entraider, en un moment où l’on ne peut demeurer seul et s’autosuffire.

b) le 950 ème anniversaire du 2ème synode du Latran.
Ces deux anniversaires ont été marqués par une double célébration : un Congrès extraordinaire,du 31 août au 4 septembre et un Conseil Primatial de 3 jours à Rome
Le Congrès s’est tenu à Capiago , dans le Nord de l’Italie, près de Côme, dans un site très paisible et un cadre merveilleux de célébrations. Le nombre de participants était impressionnant (130) ainsi que la diversité présente, de toutes langues, peuples, et nations.
Le 1er septembre nous nous sommes rendus à Milan, avec visite du Dôme et célébration eucharistique, en la Basilique S. Ambroise. Quelle plongée dans nos racines augustiniennes.
Le 2 septembre nous nous retrouvés à Pavie, où sont gardés les restes de s. Augustin. Moment très intense , surtout du fait que la Messe était présidée par Monseigneur Paul Desfarges, S.J., évêque de Constantine et Hippone, donc actuel successeur d’Augustin. L’émotion fut forte pour lui, mais aussi pour tous les participants. Elle nous a fortifié dans notre lien à Augustin.
Le Conseil Primatial s’est tenu à Rome les 6 et 7 octobre. La veille au soir, le Père Marc Bonningues, Prieur de la congrégation de Saint Victor et Prieur Primatial nous a donné une conférence : Le synode du Latran (1059) : mémoire et perspective.. Le 6 , au matin, s’est tenu le Conseil. Nous nous sommes retrouvé, l’après-midi à Saint Jean de Latran pour l’Eucha-ristie , présidée par le Cardinal Frank Rodé, Préfet de la Congrégation pour la vie consacrée.
Le lendemain, nous prenions part à l’Audience Générale, au cours de laquelle le Saint Père a salué notre anniversaire. Au terme, de l’Audience, la nouvelle était officielle : la nomination du Père Luc Ravel de la congrégation de Saint Victor comme Evêque aux Armées . C’est une joie et un honneur pour la Congrégation. Joie que nous partageons avec la Confédération
J’ai souligné des moments marquants de la Confédération, des étapes plus visibles. Je n’oublie pas le travail caché, au jour le jour ,de chacun, dans la fidélité à notre vocation canoniale.
+ Maurice BITZ Abbé-Primat

Homélie prononcée par Monseigneur Paul Desfarges, (2 septembre à Pavie)
Frères et sœurs,
Je ne peux vous cacher l’émotion que j’ai de me trouver avec vous, près du corps de saint Augustin. Une grâce pour moi, c’est une grâce pour nous tous, parce que je crois que vraiment le Seigneur veut nous dire que le feu qui a habité saint Augustin, continue de nous habiter, de vous habiter. Alors un grand merci à vous Père, merci Père Abbé de m’avoir invité à être avec vous pour prier auprès du corps de saint Augustin. C’est vrai que j’ai encore du mal à réaliser que je suis dans la succession de ceux qui, sur cette terre d’Afrique du Nord, continuent de porter le nom de Jésus, afin que tout homme, tout peuple découvre qu’il est aimé, non pas de l’extérieur, mais de l’intérieur. Et si vous saviez, combien en Algérie, les algériens et les algériennes ont besoin de savoir qu’ils sont aimés vraiment par Dieu.
Dans ma vie précédente, j’allais dire, j’étais enseignant et j’écoutais beaucoup les jeunes (je faisais de l’aide psychologique) et ce qui me frappait toujours, c’était la peur de Dieu, la peur qui habitait, comme si, avec Dieu, on n’était jamais tout à fait sûr. Augustin a fait l’expérience après un long temps de recherche, qu’il était voulu, aimé et choisi pour lui-même, qu’il était aimé de toute éternité, et qu’il était aimé, lui qui, pourtant, a vécu jusqu’alors une vie pas toujours recommandable. Alors, c’est cette Bonne Nouvelle, que nous portons, que je porte. Un jour je demandais à Augustin qu’est-ce qu’il y aurait à dire, qu’est-ce que vous aimeriez dire à notre petite Église du Maghreb, l’Église du Constantinois, qu’est-ce que vous auriez à lui dire pour aujourd’hui, au XXIe siècle. Et il me disait , je crois qu’il me disait au fond du cœur: «Je n’ai rien d’autre à vous dire que ce que je disais à mes diocésains du IVe siècle: ‘Vita nostra dilectio est’ - ‘Pour nous, vivre, c’est aimer’.» Et le mot dilectio est un mot très fort, qu’il faut entendre dans toute sa force, qui dit le mouvement-même du cœur de Dieu. Il est dilection, dilection pour vous, pour nous, pour tous les hommes. Et chaque homme, chaque être humain est invité à habiter pleinement ce mouvement du cœur qui est un mouvement de dilection pour les autres.
Vous qui faites profession de vie commune, vous savez ce que ça veut dire d’être les uns pour les autres une dilection. Nous portons cette bonne nouvelle. Votre Père Abbé, le Père Maurice, me disait d’essayer d’aborder devant vous cette phrase de saint Augustin ‘Pour vous je suis Évêque’. Qu’est-ce que ça veut dire pour l’Évêque d’Hippone d’aujourd’hui, qui c’est ce vous ? Eh bien, le vous, pour l’Évêque d’Hippone d’aujourd’hui, du diocèse de Constantine et d’Hippone, ce sont 12 millions d’algériens et d’algériennes, musulmans, musulmanes, 12 millions, au milieu desquels vivent une toute petite communauté de chrétiens, dont la plupart sont étrangers au pays : 400, 500, et parmi ces 400-500, quelques-uns dans le diocèse de Constantine. Moins d’une trentaine sont baptisés : des algériens et des algériennes baptisés, qu’est-ce que c’est que ce mystère ? Souvent, on me pose la question : « Qu’est-ce que vous faites, qu’est-ce que vous allez faire en Algérie ? » Et peut-être en vous parlant, j’aimerais susciter des vocations. Nous sommes un peuple, nous sommes une Église pour un peuple musulman. Nous sommes une Église dans un peuple musulman, pour un peuple musulman. C’est ce peuple qu’il nous est donné de rencontrer, d’aimer, et par lequel nous nous laissons nous-mêmes aimer.
Et quelle est la première bonne nouvelle, la bonne nouvelle essentielle que nous nous annonçons quotidiennement, dans le quotidien des rencontres, car notre vie d’Église, c’est une vie d’amitié, une vie de rencontre – on l’appelle parfois l’Église de la rencontre – une vie de la fraternité où nous nous annonçons, en allant au marché, en allant chez un voisin, une voisine, en s’écoutant les uns les autres, en se rendant visite. Cette Bonne Nouvelle, c’est toi : tu as du prix à mes yeux et je t’aime ; ta vie a du prix pour moi, je veux que tu vives. Est-ce que tu veux bien que ma vie aussi soit pour toi importante ? que nous portions les uns les autres, l’un l’autre cette communion de vie : c’est un grand défi.
Un jour – mais je m’éloigne de mon homélie préparée – avec des étudiants, des étudiantes, à la sortie d’un cours, ils me disaient : « Monsieur,... » – ils m’appelaient Monsieur – « Monsieur, Monsieur Paul, pourquoi êtes-vous ici, pourquoi êtes-vous venu ? » Alors, je ne pouvais pas leur dire : « Je viens pour vous annoncer Jésus Christ. » Ça n’aurait pas été entendu. Alors, je leur ai dit : « Voyez, je crois à la fraternité universelle de tous les hommes ; je viens d’un autre pays, d’une autre culture, d’une autre religion, beaucoup d’histoire nous sépare. Alors que l’on pourrait croire qu’il y a des frontières, des barrières entre nous, barrière de la langue, de la religion, de la culture, je viens vivre parmi vous ma foi : que nous sommes tous frères et sœurs. J’ai la joie d’avoir vécu, de vivre parmi vous des amitiés, une amitié, quelques amitiés. » Et donc, c’est vrai que nous sommes tous frères, que nous avons, comme nous l’avons dit dans l’Évangile, le même Père, c’est vrai, et cela, c’est une bonne nouvelle dont le monde entier a besoin. Nous sommes tous frères et sœurs, parce que nous avons tous la même source, la même origine, un cœur de Père. Pour vous, je suis Évêque, vous tous, algériens, algériennes, musulmans, musulmanes, et il nous est donné sur la route, des hommes et des femmes de ce pays, d’être nous-mêmes touchés par la foi que nous voyons vivre par nos frères musulmans, musulmanes, qui sont des priants.
Le frère Christian de Thibérine disait : « Nous sommes des priants au milieu d’un peuple de priants.» Vous savez que le frère Charles de Foucauld a été touché pour la première fois en voyant prier des musulmans. C’est comme cela qu’il a été touché dans son cœur et a eu envie de connaître Dieu.
Je suis donc donné à cette terre et à ce peuple ; notre petite Église, c’est une Église pur un peuple. J’ai reçu au moment de mon ordination comme Évêque cette parole sous laquelle j’ai mis tout mon épiscopat  ‘ Elle le déposa dans une mangeoire. ’ Marie le déposa dans une mangeoire... Plus je vis, plus je suis touché par cette parole. Cette mangeoire dans laquelle est déposé Jésus, c’est aussi notre Église, notre petite église, qui est là, offerte pour un peuple. Le frère Christian de Thibérine disait encore : « Le Christ a tellement aimé l’Algérie, qu’il a donné sa vie pour elle, pour ce peuple et les nôtres à sa suite. »
C’est une grâce, vous savez, de recevoir, d’aimer un peuple. Quand j’y suis allé pour la première fois, – j’ai été envoyé, je voulais partir en mission – mais je ne peux pas dire que j’aimais l’Algérie, que j’aimais les algériens, et puis après un certain temps, tout d’un coup, je me suis dit, j’ai senti que j’aimais ce peuple. Quand il est heureux, je suis heureux ; quand il est malheureux, je suis malheureux ; quand il gagne des matches de foot, je suis heureux et quand il les perd, je suis malheureux. C’est quelque chose que cet amour qui vous saisit. Les hommes et les femmes a priori qui vous sont étrangers et dont on peut se faire proche, vivre une vraie fraternité, une vraie amitié. C’est le Cardinal Duval qui disait: «Je crois à la force révolutionnaire de l’amitié.»
Qui sont mes diocésains, qui est cette petite Église qui est dans la mangeoire ? Je me disais, sur 12 millions dans le diocèse, 17 Prêtres, 30 - 35 Religieuses. Il y a 400 - 500 chrétiens, la plupart sont des étrangers ; mais nous sommes une Église très internationale: il arrive à certains de nos rassemblements que nous soyons 25 - 30 - 35 nationalités : beaucoup de pays africains, certains pays asiatiques et européens. Et nous formons une petite Église pour ce peuple. Parmi ceux-ci, il y a ceux qu’on appelle les expatriés, ceux qui travaillent dans des bases-vies, pour les chantiers internationaux ; actuellement parmi eux beaucoup de philippins que nous essayons de rejoindre au moins pour les grandes fêtes. Avant, nous avons eu les polonais ; nous avons eu des égyptiens aujourd’hui également. Et c’est un peu le cœur de notre petite Église, de nos paroisses plutôt. Nous avons des étudiants d’Afrique Noire qui viennent faire leurs études en Algérie. Parmi eux un certain nombre sont chrétiens et parmi eux des catholiques : vraiment c’est un cadeau du Seigneur pour notre Église. Quand ils arrivent en Algérie, ces jeunes noirs — un petit peu de racisme — ils ne sont pas bien reçus et puis on leur dit : « Mais vous, vous êtes noirs, vous devriez être musulmans. » Alors, ils disent : « Non, on est chrétiens. » Ils sont comme bousculés à l’intérieur de leur vie, à l’intérieur de leur foi. Alors, nous les accompagnons, nous les aidons, et certains font un beau chemin d’humanité, de maturation et de foi. Ils sont de vrais témoins de Jésus pour leurs frères algériens ou algériennes et nous ne pourrions pas rêver pour des jeunes algériens ou algériennes qu’ils rencontrent de plus près des témoins de Jésus. J’aime leur dire à ces jeunes, comme je vous le disais tout à l’heure : « Faites-vous des amis, devenez des amis. » Cette victoire de l’amitié est une grande victoire, surtout quand le racisme est latent. Il y a un racisme anti-noir qui existe. Je veux vous confier, confier à votre prière, parce que c’est très cher à mon cœur de pasteur, la présence parmi nous de quelques algériens, chrétiens catholiques algériens et protestants algériens. [...]
Quelques années après, je rencontre un ami algérien – je me fais un ami algérien – j’apprends qu’il est évangélique. Je dis : « Tiens, il y en a quelques-uns. » Puis il y a 15 ans, les algériens et les algériennes ont commencé à venir frapper à notre Église. Je suis le parrain de plusieurs algériens et algériennes : l’un d’eux est devenu prêtre il y a un an. Ce sont des unités-surprises du ciel : nous ne sommes pas allés les chercher, nous ne faisons pas de prosélytisme. Ils ont tous un peu la même histoire : une quête intérieure. Quelque chose en eux qui leur dit : « Mais Dieu, ce ne doit pas être tout à fait ce que l’on nous raconte à la mosquée. » N’est-il pas possible de vivre avec Dieu une relation plus intime, plus proche. Et puis, l’un ou l’autre a eu un songe, un rêve, un autre a vu un film, une émission, a entendu que dans les églises en France ou en Europe, on priait pour les musulmans, pour les victimes du terrorisme. Je me rappelle de l’un d’eux qui me disait : « J’ai vu un film qui s’appellait Marie de Nazareth. » Je ne sais pas pourquoi il a vu ce film, mais il ajoutait : « Ce qui m’a touché dans ce film, c’est qu’il n’y a que de la paix. » Il n’y a que la paix, c’est vrai. Vous savez, si vous regardez des films musulmans, ce sont souvent des films d’épopée guerrière. Ce jeune homme a été touché par ce climat de paix. Il me disait ensuite : « Après, je priais tout seul dans mon lit la nuit, et un jour, j’ai senti que Dieu s’intéressait à moi, j’ai eu l’impression qu’il s’intéressait à moi. Et puis, j’ai cherché, j’ai cherché et j’ai vu une émission et j’ai voulu lire l’Évangile. Je me suis rendu compte que ce Dieu qui me parlait, qui me faisait sentir sa présence, c’était Jésus. » C’est pour cela que ces quelques convertis dans mon diocèse, ils sont moins de 30 ; dans le diocèse d’Alger, qui comprend la Kabylie, cette région berbère, ils sont peut-être 150-200. Nos frères évangéliques sont beaucoup plus nombreux, surtout en Kabylie, peut-être 10 000, peut-être 20 000. Dans mon diocèse, ils sont peut-être 150. Ces frères et sœurs, on les appelle des amis de saint Augustin, pour éviter de parler de chrétiens algériens, de catholiques algériens. Dans certains papiers, dans certaines notes, on parle d’amis de saint Augustin. Et le mot est bien choisi, car, les ayant accompagnés, on peut dire qu’ils font la même expérience que saint Augustin. Ils découvrent un Dieu intime, un Dieu intérieur, un Dieu bon, un Dieu qui ne juge pas, un Dieu qui les aime malgré leur passé plus ou moins tumultueux. Et c’est de ce Dieu-là dont nous sommes témoins. Comme le monde a besoin d’un Dieu qui ne juge pas, d’un Dieu qui ne condamne pas, d’un Dieu qui dit : « Mais, viens, mais viens, toi, toi, toi... » – « Ah, mais je ne peux pas. » – « Si ! toi, je t’attends, je t’aime, viens ! »
C’est de cela, frères et sœurs dont nous sommes les témoins. Vous, famille de saint Augustin, c’est ce trésor que vous portez. Je prie pour vous, priez pour moi. Prions pour que cette expérience de saint Augustin, ce Dieu du cœur, ce Dieu intérieur, soit de plus en plus connu et aimé. Voyez... Comment annoncer cette Bonne Nouvelle en Algérie ? Nous l’annonçons d’abord par notre humanité : l’apostolat du sourire, de la poignée de main, de la tasse de café partagée ensemble, de la visite à un ami malade.Que notre humanité respire une présence où toute personne se sente accueillie quelle qu’elle soit. C’est cela notre défi. Oh ! nous sommes tous pareils, fragiles, faibles, limités, pécheurs et pourtant, nous savons que Dieu nous aime, qu’il aime aussi nos frères, nos sœurs, vers qui nous sommes envoyés et donc c’est à travers cette humanité, cette bonne humanité.
L’Eucharistie chez nous a beaucoup d’importance, enfin comme partout, je pense chez vous aussi, d’abord parce que notre vie est une vie eucharistique qui s’offre, qui veut s’offrir, et aussi parce que dans nos Eucharisties, il n’y a pas beaucoup de monde.. Voyez... Je vais parfois dire la messe dans un petit village où il y a trois religieuses ; un prêtre qui passe de temps en temps, tout le reste, ce sont des musulmans. Qu’est-ce que cela veut dire qu’il y ait la messe avec trois sœurs dans un ensemble totalement musulman ? Mais, ces sœurs qui sont là-bas depuis longtemps ont des relations très très fortes avec les gens : l’une est infirmière, l’autre fait du soutien scolaire, une autre encore travaille dans la broderie. Que font ces sœurs ? Qu’est-ce qu’on fait pendant la messe, sinon en Christ, porter la vie de ces hommes et de ces femmes, l’offrir, la donner, participer à ce grand mystère du Christ qui prend l’humanité pour l’offrir à son Père. C’est pour cela qu’il n’y a pas de petite Eucharistie, il n’y a pas d’Eucharistie où l’on est 2 ou 3, ou bien où l’on est 10 000 ou 50 000. Il n’y a que l’Eucharistie, le mystère du Christ, qui, comme il l’a dit : « Quand j’aurai été élévé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. » Ce mystère de Dieu qui prend notre humanité et il nous envoie pour être frères et sœurs d’humanité, pour que toute cette humanité que nous prenons dans notre cœur, eh bien, nous préparions, nous aidions, nous participions à ce que tout remonte au Père.
Voilà ce que je voulais vous partager, cher Augustin, chers amis et sœurs.
Par ta prière, avec ta prière, nous savons que Dieu continue d’intercéder pour nous. Tu continues d’être Pasteur, tu continues de nous obtenir cette grâce de faire connaître le cœur de Dieu, le cœur du Christ. Augustin, aujourd’hui, nous te confions l’Église du Maghreb. Nous te confions toute la famille augustinienne, toute cette grande famille de saint Augustin. Oui, Augustin, nous mettons tout cela dans ta prière. Envoie des vocations dans toutes les communautés augustiniennes. Envoie des vocations dans l’Église. Soutiens ces amis de saint Augustin d’ici ou d’ailleurs, pour que oui, Augustin, celui que tu as découvert, beaucoup d’autres puissent le découvrir. Amen.
+ Paul Desfarges, Évêque de Constantine et d’Hippone


A la découverte de notre novice Lionel Girard

1.- Lionel, veux-tu te présenter brièvement aux lecteurs de notre Revue: date, lieu de naissance, famille, curriculum vitae ?
Mon long parcours avant d’arriver au Gd St Bernard est parti de Grenoble où je suis né en 1966. Là, j’ai commencé mes études d’économie et de gestion, les ai poursuivi à Münster en Allemagne. Licence en poche, j’ai accompli mes obligations militaires dans le cadre de la coopération catholique à l’abbaye bénédictine de Keur Moussa (Sénégal) pendant 2 ans avant d’entrer chez les bénédictins bavarois d’Ettal.
Parti juste avant de prononcer mes vœux, j’ai depuis 93 mené un parcours professionnel autour de fonctions relatives au secteur de la vente, du marketing ou de l’exploitation dans le monde de la distribution, du tourisme international et de l’hôtellerie de luxe avant de rejoindre Dominique Giroud à Sion pour développer à ses côtés son complexe oeno-touristique. Le chemin qui conduit à l’hospice n’est pas vraiment une autoroute !
J’ai donc œuvré pendant plus de 15 ans dans des univers ou performance, efficacité, rendement, profit sont les mots-clés. Pourtant, au cœur même de ces activités souvent passionnantes, l’humain constitue la matière première de ces métiers liés au service et j’ai toujours été surpris d’y rencontrer des personnes animées d’une vie intérieure riche ou en quête existentielle peu structurée.
Dieu, à travers nombre de témoins précieux, m’a souvent adressé des signes pour susciter une réponse. Ainsi mes parents, mes amis, de belles rencontres…m’ont peu à peu permis d’y voir plus clair quant à la nature de cet appel ressenti lors de ma première retraite chez des clarisses. Puis vient le moment où je dois cesser toute résistance, entrer dans sa confiance, consentir à être aimé sans raison.
Aussi merci à vous tous : je vous dois d’avoir osé franchir ce pas sans vraiment comprendre!

2.- Qu'est-ce qui t'attiré dans notre Congrégation et comment y es-tu parvenu ?
C’est très simple. Tout s’est enchaîné sans avoir planifié ou prémédité quoi que ce soit.
Presque submergé par mes activités professionnelles de la fin de l’année chez Giroud Vins, un ami me donne à lire les écrits de Silouane, moine de l’Athos. Ces pages ont « réveillé mon cœur ».
Puis je lis sur St Bernard tout ce que me donne Jean-Jacques, le bouquiniste de Sion. Interpellé, je rencontre le chanoine Jean-Michel - avec qui je ne suis pas parent – qui me guide skis aux pieds à l’hospice. L’accueil n’est pas un concept, c’est l’évangile appliqué. De même, on ne vient pas à l’hospice par sa volonté propre, on y est conduit. J’ai été cet hôte, recueilli suite à une tempête, nourri de la Parole dans la crypte, par des échanges où mes questions pièges s’achoppent contre la force de ceux qui vivent la charité. Je cherchais à connaître l’esprit propre de St Bernard… les 4 religieux de la communauté en vivent aujourd’hui au quotidien. Ce qui touche est leur disponibilité, détachement, qualité de l’attention apportée à chacun, en toute humilité. C’est désarçonnant ! « Ici le Christ est adoré et nourri » est la devise de l’hospice. Ici, Dieu se donne mystérieusement et je me suis senti profondément aimé sans avoir rien fait pour cela, gratuitement. Alors oui, quand l’âme est saisie, ça chamboule et réoriente notre système de valeurs.
Je confiai à ND de Valère le soin de veiller sur moi et de régler tous les soucis d’ordre administratif, et partis pour une retraite d’élection qui s’avéra décisive car il me fallait enfin savoir comment répondre à cet appel. Le « Viens, suis-moi » s’actualise par le oui du prévôt à commencer mon postulat. Je ne comprends toujours pas bien comment ce changement radical s’est opéré et encore moins pourquoi moi. Alors, tant pis : les questions des psy vont rester sans réponse ou faire railler. Je continue mon noviciat dans la paix, essayant d’unifier mon temps pour le dédier entièrement à la contemplation. Puisse toute ma vie rendre témoignage de cet amour qui rend libre. Je compte sur la prière de mes frères et sur la vôtre pour m’aider à rester fidèle et docile à l’Esprit de Notre Seigneur. Par lui, le monde entre dans une nouvelle économie. Devenons tous actionnaires de la vie éternelle !

3.- Quelles sont les étapes de ta formation de chanoine du Grand-Saint-Bernard et en quoi consistent-elles ?
Actuellement, pendant mon noviciat doit se discerner ma vocation. Les confrères tout comme moi ont besoin de ces 12 mois pour analyser si cet appel ressenti vient de Dieu ou s’il s’agit d’une illusion, d’un refuge. Si je persévère, seule leur acceptation de ma candidature validera cet appel en lui conférant l’assertion de vocation de chanoine. Pendant ce temps, il m’est donné de vivre un enfouissement en Dieu par la prière, commune et personnelle. De plus, sous la conduite de Mgr. Benoît Vouilloz comme P. Maître, son enseignement quotidien de la règle de St Augustin, des constitutions et de l’histoire de la congrégation… m’éclairent sur la typicité canoniale bernardine.
Préalablement, j’ai effectué un postulat de quelques mois à l’hospice du grand St Bernard, vivant au sein de la petite communauté locale, rendant quelques services. Vérifiant ainsi mon dessein de m’engager, j’ai rédigé ma demande officielle d’admission en août.
En effet à chaque étape, le candidat doit exprimer et motiver sa demande d’intégration, celle-ci restant soumise à un vote de la part des membres du conseil du prévôt.
Etapes suivantes : la profession des vœux évangéliques de pauvreté, chasteté et d’obéissance d’abord temporaire (pour 3 ans) puis solennelle est émise si le prévôt et son conseil agréent le candidat. A l’issue de ces 4 ans de probation, le nouveau profès solennel devient membre du chapitre et fait partie de la famille des chanoines réguliers du grand St Bernard.
Dès la profession temporaire, ses études en théologie à Fribourg lui permettent d’approfondir sa foi. Suivant sa vocation propre dans l’Eglise, il sera ou non ordonné diacre ou prêtre, devenant ainsi ministre du Christ.
Mais je réalise en l’exposant que le chemin est long ! Je ne suis à Fribourg que depuis mi-septembre…et dois apprendre avec la confiance, la patience. Heureusement qu’Alberto, Jacques et Joseph sont là. Ainsi, avec Benoît, nous apprenons à vivre en communauté dans l’esprit de St Augustin : d’un seul cœur et d’une seule âme.

4.- Peux-tu nous dire: 2 ou 3 paroles de la Bible que tu préfères ?
Les écritures nous révèlent le mystère du Christ dans son unité. En extraire quelques lignes est délicat, je voudrais avoir plus d’espace, plus de temps et vous inviter à prier l’office ensemble ; il n’est pas rare que le verset d’un psaume, d’un cantique, d’une hymne vienne résonner dans l’intime de notre vécu !
« Ne rien préférer à l’amour du Christ » (RB 4, 21)
Agir de sorte « qu’en toute chose, Dieu soit glorifié » (1 P 4, 11)
« Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole » (Jn 14,23)
ou encore la question bouleversante : « m’aimes-tu ? » (Jn 21, 17)

5.- Quel est ton saint, ta sainte préférée ?
Je ne peux me résoudre à n’en citer qu’un. Ainsi, parmi mes guides qui me sont chers :
St Benoît qui, par sa règle empreinte de sagesse, a formé mon esprit et donné le goût de la liturgie. St Bruno, par sa vie et sa fidélité à servir l’Eglise, m’a guidé pour ne chercher que Dieu seul. A sa suite, je rends grâce pour toute sa bonté inlassable, loin des tentations illusoires de possession ou de gloire. Le Bx Charles de Foucauld m’impressionne par sa vie de converti et son zèle à rester fidèle à son appel où que ce soit. Comment ne pas évoquer enfin St Silouane l’Athonite qui nous montre sans jamais désespérer le chemin de l’humilité.
Plus récemment, St Augustin et St Thomas d’Aquin, pour leur engagement à transmettre la révélation avec justesse. Leur chemin de sainteté : suivre l’inspiration et offrir leur intelligence au service de l’édification de leurs proches. Puissions-nous nous laisser guider sur leurs traces à la rencontre du sauveur car "Que j'ai tardé à T'aimer, beauté si ancienne et si nouvelle, que j'ai tardé à T'aimer... Tu m'as appelé et en criant, Tu es arrivé à vaincre ma surdité... Je t'ai goûté et j'ai faim et soif de Toi : Tu m'as touché et désormais, je brûle du désir de Ta paix." Confessions, X, 27. 27.