2011/1
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Année 2011 - Numéro 1
Revue " Mission du Grand-Saint-Bernard"

Editorial

Chers amis lecteurs,
Et voici, dans vos mains accueillantes, le numéro 1.2011 de notre Revue Mission du Grand-Saint-Bernard, numéro qui vous offre un menu très varié :
Tout d’abord, comme il se doit, au début d’une nouvelle année, les bons vœux de notre Prévôt,Mgr. Jean-Marie Lovey.
vPuis, pour notre plus grande joie, 2 articles du cher Père Gabriel Délèze, prieur de la communauté missionnaire à Formose. En tout premier, ses vœux, présentés à la couleur chinoise : «Soyons des lièvres ruminants ». Puis quelques nouvelles sur les chanoines encore en mission actuellement à Formose : « Les trois serviteurs quelconques ».
Puis nous avons quelques couleurs du Tibet, grâce à l’article de Maître Daniel Cipolla : Découvertes.
Un parfum de la mission encore, avec la réflexion, très pertinente, du Père Abbé Adrien CISHUGI KALANGA prêtre de l’archidiocèse de Bukavu, bien connu dans le secteur pastoral de Martigny car il est venu plusieurs fois, et encore cet été 2010, pour des stages d’aide pastorale au clergé local.
De retour dans son pays, il nous partage son « Regard sur la mission ».
Je vous donne ensuite un petit écho sur un événement canonial important, vécu cet été, à Rome : « Un nouvel abbé-primat pour la Confédération des chanoines réguliers de saint Augustin ».
Puis nous avons quelques nouvelles de l’hospice du Grand-Saint-Bernard, grâce à un article écrit conjointement par le chanoine José Mittaz et notre sœur oblate Anne-Marie Maillard.
Enfin nous faisons provision de sagessse et de confiance pour toute l’année, grâce à la belle méditation du chanoine Gabriel Pont : « Face au cèdre ».
Et, au terme de mon éditorial, je vous demande de faire bon accueil, au bulletin de versement inséré dans ce numéro 1.2011. Il vous permet de renouveler votre abonnement à notre Revue et surtout, de manifester, par votre versement agrémenté d’un don, votre appui bienveillant à nos missionnaires de Formose et à leurs œuvres. Merci et… bonne route en 2011, dans le souffle de l’Esprit-Saint.

Chanoine René-Meinrad Kaelin, rédacteur


Les vœux de Mgr Jean-Marie Lovey

Mes vœux ce sont les événements
L’an dernier, à cette même place, c’est-à-dire sous la rubrique des souhaits pour le temps qui vient, j’avais proposé des « fleurs en guise de vœux pour chaque jour de l’année nouvelle ». Au regard des fleurs qui m’ont été offertes, envoyées au long de l’année, je me trouve en dette. J’ai pensé alors, en guise de remerciement, devoir à mon tour offrir « des vœux en guise de fleurs » à vous tous qui les méritez bien. Les événements qui marquent l’actualité sont parfois plus fugaces que des fleurs de printemps. Du moins les événements que les médias dits ‘d’actualité’ retiennent et nous donnent en lecture. Si les faits relevés sont parfois si éphémères c’est précisément qu’ils sont des non-événements ! Je ne parlerais pas de ceux-là. J’en évoque deux qui, au moment où j’écris, marquent l’actualité. Ils me servent de paraboles à la formulation des vœux pour l’année à venir. Ce sont : la sortie du Film « Des hommes et des dieux ». Et ensuite le massacre des chrétiens d’Iraq.
Le superbe film de X. Beauvois touche au plus intime de l’être humain. A travers l’aventure historique des moines de Thibirine, il redit ce que c’est qu’être homme.
Le film émeut et bouleverse le spectateur parce qu’il le renvoie à la meilleure part de lui-même. Chacun se sent honoré dans son humanité. On se surprend profondément solidaire des gestes et attitudes tâtonnantes, des questionnements permanents, des hésitations, des décisions lentes à se forger, mais aussi des courageuses déterminations, et des très libres acquiescements des moines de N.D. de l’Atlas. Mon vœu : que notre vie ait la force de contagion et la grandeur d’orientation de celle des moines, eux qui tiraient leur souveraine liberté d’une nette option commune de départ : le don d’eux-mêmes : « S’il m’arrivait un jour –et ce pourrait être aujourd’hui- d’être victime du terrorisme … j’aimerais que ma communauté, mon Eglise, ma famille sachent que me vie était donnée à Dieu et à ce pays». (Testament du Père Christian, prieur de Thibirine, extrait) Chaque jour de 2011 pourra tirer de l’aventure de ces 7 là de quoi ressourcer, dynamiser la part d’humanité qui, en chaque être, demande à s’épanouir ; à défaut de quoi elle pourrait aussi dégénérer dans la violence du non-sens.
Le massacre des chrétiens d’Iraq, la veille de la Toussaint dernière est inadmissible et d’une barbarie innommable.
Quel vœu tirer de l’horreur ? D’abord que devant le mal, notre cœur ne cède pas à la tentation de la violence, ni à celle de la vengeance. Jamais. Nous connaissons tous des options politiques qui, parfois, ont l’âcre saveur des vengeances cachées. « Là où il y a la haine que je mette l’amour », disait saint François d’Assise. L’horreur peut réveiller de vieux démons ! Là où dans ma vie je perçois de la souffrance et du mal, que je mette de la douceur, de la paix et de la beauté. Ensuite, si la tentation du repli ou de l’enfermement nous menaçait, que chaque jour de 2011 devienne alors une occasion de marquer la communion avec nos frères chrétiens persécutés partout dans le monde, mais au Moyen Orient et en Iraq en particulier. Nous n’avons pas le droit de les oublier.
Les fleurs se fanent. Les événements d’actualité aujourd’hui ne le sont plus demain. Mais ces deux-ci doivent nous accompagner dans l’année nouvelle. Ils contiennent quelque chose de toute la grandeur et de toute la misère dont chacun de nous est capable. Voilà pourquoi je les propose comme miroir tendu à l’âme, comme les « immortelles » de nos jardins de 2011.

+ Jean-Marie Lovey, Prévôt


Soyons des lièvres ruminants!

Chers amis lecteurs, nous, les trois chanoines du Grand-St-Bernard - Charles. Reichenbach, Jean-Claurde Fournier, Gabriel Délèze - qui vivons à Taïwan, nous vous présentons tous nos meilleurs vœux pour 2011. Nous vous envoyons ce bref message pour souhaiter à chacun de vivre intensément cette nouvelle année, en compagnie de Jésus, et surtout pour témoigner une fois de plus de l’amitié qui nous unit au-delà des terres et des océans, depuis des années.
En 2011, à Taïwan nous fêterons le centenaire de la fondation de la République de Chine dont le gouvernement s’est replié à Taïwan en 1949, expulsé par les armées rebelles de Mao Tsetung qui proclama la République Populaire de Chine et instaura la dictature communiste sur le continent chinois. Que ces deux gouvernements trouvent enfin un modus vivendi qui permette à chacun de vivre en paix et qui respecte les libertés chéries par les 22 millions de Taïwanais!
Le trois février, nous entrerons dans l’année du lièvre, un animal bien représentatif de notre monde moderne toujours en quête de ce qui avance plus vite. Enfant, j’étais émerveillé par la rapidité et l’élégance avec laquelle détalaient les lièvres que nous surprenions parfois durant nos marches en campagne. De même, il est merveilleux de constater que, de nos jours, grâce aux infrastructures actuelles, en moins d’une heure une nouvelles importante est répandue sur les cinq continents et, en deux jours de voyage, on peut atteindre n’importe quelle ville. Ainsi, comme des lièvres, on saute à pieds joints d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre, par-dessus mers et océans. L’univers habité est devenu comme un grand village; mais connaît-on vraiment ce qui se passe? L’instantané, la première impression, les brefs séjours à l’étranger sont privilégiés. On ne prend plus le temps d’aller au fondamental, à l’essentiel, au trésor caché que possèdent chaque personne, chaque communauté de vie, chaque pays, chaque peuple… On sautille comme un saltimbanque qui croirait diriger, voire sauver l’humanité entière.
Face à une telle agitation, souvent je songe à un autre souvenir d’enfance. Durant mes jeunes années, l’automne je faisais paître nos trois vaches familiales. Après avoir tondu avec avidité un bout de pré, vers les onze heures, elles cherchaient un replat, rentraient leurs pattes sous leur ventre et, comme assises en position de méditation, elles commençaient à ruminer. Elles semblaient alors être au-delà des contingences terrestres: l’herbe fraîche ne les intéressait plus, elles savouraient ce qu’elles avaient mangé le matin et pratiquement rien ne pouvait les déranger.
Lors de mon dernier séjour en Suisse, au printemps 2010, j’eus souvent l’impression que très peu de personnes avaient encore la sagesse de dépasser leur perception première, de prendre le temps nécessaire pour méditer sur les faits quotidiens, d’essayer de comprendre plus en profondeur les choses et les événements actuels. De nombreuses personnes prennent leur façon de vivre et de penser comme la norme universelle. On médiatise « l’expérience très forte » vécue par des gens qui ont séjourné durant quelques mois, voire quelques années, sur un autre continent, mais on s’intéresse peu aux dires d’un missionnaire qui s’est immergé dans un autre pays, une autre culture, une autre mentalité… depuis des dizaines d’années.
Que durant l’année du lièvre, chacun essaye de concilier la rapidité du lièvre et la sagesse des ruminants! A l’excitation, préférons la sagesse.

Gabriel Délèze


Les trois serviteurs quelconques.

Depuis le retour en Suisse du Père A. Savioz, il y a déjà plus de cinq ans, nous ne sommes plus que trois chanoine du Grand-St-Bernard en mission à Taïwan. Chacun, selon son caractère et son tempérament, essaie de travailler dans la Vigne du Seigneur Jésus, certain que Dieu ne demande pas l’impossible et que demain est dans la main du Tout-Puissant. Heureusement, dans notre diocèse, il y a quelques prêtres indigènes qui un jour poursuivront à leur manière, avec leurs talents et avec leur sensibilité l’œuvre que nous avons commencée.
Devant la monotonie de notre quotidien et le peu de résultat apparent que nous obtenons, nous ne pouvons que méditer ces paroles de Jésus: « nous sommes des serviteurs quelconques » (Lc. 17,10).
Comme n’importe quel religieux-prêtre, nous avons d’abord à essayer de vivre en intimité avec Jésus et d’être fidèle à notre vocation de prière en Eglise. Chacun de nous prend soin de quelques petites communautés de fidèles: messes, sacrements, visites des malades, catéchismes, conseils pratiques, aides particulières… Nous avons relativement peu de tâches administratives et passablement de temps pour développer un apostolat de proximité. Nous ne proclamons pas l’Evangile à tue-tête et n’importe où, mais nous souhaitons de tout cœur répandre le ferment qui fortifie les fidèles, développe les valeurs chrétiennes et incite certaines personnes à devenir enfants du Père et disciples de Jésus.
Durant l’année écoulée, tous les trois, nous avons eu quelques ennuis de santé. Nous devons constater que, physiquement parlant, nous sommes en déclin, mais nous restons sereins et confiants, car nous savons que le Seigneur veille sur nous. Nous espérons compenser par plus d’intériorité ce que nous perdons en exubérance et en activité. Que l’Esprit-Saint nous vienne en aide!

Gabriel Délèze


Découvertes

Un jeune anthropologue italien de la région de Trente vient d’écrire un superbe livre ayant pour titre : « Il lato invisibile del paradiso (Le côté invisible du paradis) » avec comme sous-titre : Pèlerinages aux confins du Tibet.
Ce jeune doctorant de Cambridge a étudié pendant plusieurs années, de 2003 à 2009 la région de Deqin (Atuntze pour ceux qui se sont intéressés de près ou de loin à la mission du Tibet des chanoines du Grand-St-Bernard). Cette région englobe non seulement la ville que les chinois appellent Deqin, mais également Tsekou, Tsedjrong, Patong, etc… En d’autres termes, les quelques principaux hauts lieux de la mission du Tibet dans le haut Mékong, où ce sont en particulier illustrés comme vicaires, l’ancien prévôt du Grand-St-Bernard, le chanoine Angelin Lovey, mais également le bienheureux Maurice Tornay.
Giovanni Da Col, auteur du livre précité, avec l’aide d’un photographe en la personne de Luke Duggleby, s’est également intéressé à Yerkalo.
Voici quelques informations qu’il nous donne dans ce livre, informations qu’il a glanées au fil de ses études, qui feront l’objet d’un livre à paraître vraisemblablement l’année prochaine à savoir :
1. L’UNESCO a considéré que les terrasses de sel de Yerkalo, plus précisément de Tsakalho faisaient partie du patrimoine culturel de l’humanité. Il s'agit de l'unique lieu au monde où le sel est recueilli dans un fleuve (Mékong).
2. Pour bien comprendre l’importance du sel dans cette région où le bienheureux Maurice Tornay a été quelque temps curé, les habitants de Yerkalo (Yanjing en chinois) ont toujours en mémoire les valeurs d’échange de leur « or blanc ». Ainsi, un kilo de sel valait trois kilos d’huile, neuf kilos de graines ou quatre kilos de viande.
3. A Yerkalo, l’hiver est appelé « le temps lors duquel le sel est mort » (tshawa shidu).
4. Depuis plusieurs siècles, les deux ethnies Naxi, aussi appelée Mosso, et Tibetaine se partagent l’exploitation et le commerce du sel. Les Tibétains travaillent sur la rive occidentale du fleuve Mékong et les Naxi occupent la rive orientale.
5. Le travail d’exploitation est pour grande partie exécuté par les femmes, les hommes collaborent seulement durant les mois du printemps et cela quand la production est plus abondante.
6. Les puits sur la rive occidentale du Mékong produisent un sel blanc, pendant que des puits de la rive orientale est extrait un sel rosacé.
7. Dans la préfecture tibétaine de Deqin, les tibétains sont l’ethnie majoritaire par rapport aux treize ethnies peuplant cette région, suivie par les Lissou, les Han (chinois majoritaires), les Naxi, les Bai, les Nu (ou Loutze) et également les Hui (musulmans). L’auteur en tant qu’ethnologue-anthropologue arrive même à dire que dans ce creuset des cultures, le concept même d’ethnie est en train de « se dissoudre » ou même plus affirmativement se dissout.
8. Selon les lois de la préfecture autonome, les Tibétains ont des avantages dans les charges publiques. Or, l’ignorance ethnologique et linguistique du gouvernement permet pourtant aux Naxi, Lissou et même Chinois Han à se faire passer pour Tibétains pour obtenir les bons postes au service du gouvernement.
9. Les Chinois pour alimenter leur industrie touristique ont même créé le mythe de Shangri-La. Ainsi, ils ont appelé l’ancienne ville de Zhongdian par ce nom. La racine de ce mythe est basée tant sur la tradition chrétienne que sur celle bouddhiste. C’est un romancier américain (James Hilton) qui en a fait un livre paru en 1933. Shangri-La était gouvernée par un grand Lama qui se révèle être un frère capucin qui est arrivé dans ce lieu magique quelques siècles avant pour porter la parole de Dieu.
10. Giovanni Da Col indique tout de même que parmi les points obscurs de cette si belle région, on constate encore la présence de lépreux et cela dans la région montagneuse et perdue de Tsechung.
11. Or, les Bouddhistes considèrent les lépreux comme des non humains, situés au niveau cosmologique inférieur à celui d’un animal. Pire encore, la lèpre est considérée comme une impureté spirituelle.
12. Seulement les « Tibétains » catholiques ainsi que le gouvernement chinois (qui officiellement considère la lèpre comme éradiquée) fournissent soins et aide aux lépreux. Il est vrai que la lèpre pour les chrétiens n’est pas source de contamination spirituelle comme pour les bouddhistes, mais bien une occasion pour accomplir des actions vertueuses.
13. Cette région unique possède également une montagne sacrée le Khawa Karpo (6'800 m). Cette montagne reste avec le mont Kailash une des montagnes sacrées les plus importantes (du Tibet) et jusqu’à aujourd’hui inviolée. La première tentative d’escalade fut effectuée en 1987. En janvier 1991, une expédition sino-japonaise fut ensevelie dans une avalanche et cela durant la descente au camp N° 3 à 5100m. Les 17 alpinistes composant cette expédition sont morts. Les cadavres furent retrouvés seulement en 1998.
Il y aurait encore bien d’autres informations à citer. Ainsi, comme l’ont relevé bien des connaisseurs des marches tibétaines du Yunnan, notamment l’auteur de la "Croix tibétaine" en la personne de Jean-Louis Conne (éditionsmondialis.com) alors que les monastères bouddhistes Nyngmapa (bonnets rouges) toléraient les chrétiens, les conflits avec les monastères de l’école dominante des Gelugpa (bonnets jaunes) étaient fréquentes. Ainsi la lamaserie Karmda d’où venaient les personnes qui ont tué celui qui est devenu notre bienheureux Maurice, provenaient effectivement de l’école Gelugpa.
A une autre occasion je vous raconterai et fournirai d’autres "perles" que j’aurai récoltées au gré de mes lectures.

Daniel Maurice Cipolla
De 1998 à 2007, les touristes chinois et étrangers dans cette si belle région ont passé de 54'630 à 3'300'000 par année. Sans commentaire !


REGARD SUR LA MISSION

Il parait que les grands prédicateurs prêchent mieux quand ils improvisent leurs homélies, parce qu’en cette circonstance, ils parlent non seulement avec la bouche mais aussi avec leur cœur.
Cela est vrai pour eux mais ne s’applique pas aisément à un cœur partagé, comme le mien, entre désir de rentrer au chaud « en terre de mission» et sentiment de quitter la terre où coulent le vin et la raclette.
Besoin de la mission oblige, il faut partir. Pourtant il me serait si agréable de savourer la beauté, le froid des premières neiges…
C’est dans ce sentiment d’amour du beau et désir de chaleur que nous allons répondre à la question qui nous a été posée ; comment nous avons vécu le mois d’octobre, mois de Notre Dame du Rosaire et de la mission universelle de l’Eglise. Et cela d’autant plus que, par grâce, l’Afrique était au centre de la campagne missionnaire 2010 pour l’Eglise qui est en Suisse : « En marche avec l’Afrique. »
Qu’est-ce qui restera de ce thème après l’hiver qui vient de s’installer ?
Pour y répondre, nous allons jeter un regard introspectif sur la dimension de la mission aujourd’hui.
Comme vous, je suis convaincu que la mission ne consiste plus seulement à « partir pour les terres lointaines » mais qu’il faut aussi vivre la mission chez nous.
Négligeant le trajet à parcourir, plusieurs ont tendance de nos jours à négliger un bon équipement. Et pourtant notre Eglise, plus que jamais, dans ce monde informatisé, rencontre des nouveaux défis auxquels elle doit faire face.
Lors de la séance d’évaluation des activités du dimanche de la mission universelle (24 octobre 2010), le responsable demande à une grand-mère, membre depuis 40 ans d’un centre missionnaire, ce qu’elle a retenu de ce jour.
Cette grenouille de bénitier répond : « l’ennemi de l’Eglise ce n’est plus celui qui dit qu’il ne croit pas, ni celui qui a renié son baptême, ni le croyant non chrétien, mais l’ennemi de l’Eglise, c’est le prêtre. »
On attendrait d’elle tout sauf une telle parole. Un proverbe Mashi (Bukavu RDC) dit : « Seul le chien qui connaît le chacal sait le poursuivre à la chasse ». Ce rat de la sacristie renchérit en disant : « nos curés ont du temps pour tout sauf ce pourquoi ils sont consacrés ». « J’accepte, dit-elle, que les gens ne supportent plus une messe longue (45 minutes). Les pauvres, ils n’y sont pour rien ! Ils ont trop à faire, surtout les grandes dames qui doivent préparer le dîner ». Mais notre curé, par exemple, à la fin d’une journée, peut-il évaluer le temps qu’il a consacré au sacré, en lien avec son ministère ?
Autant les stades sont devenus les nouvelles cathédrales, autant la télévision est devenue le nouveau tabernacle, devant lequel on passe le plus de temps pour se ressourcer. Notre curé expédie les offices (15 minutes) au profit d’un match, ou d’un combat de boxe à la télévision, qui lui prend des heures. Voilà, dit-elle, ma raison de penser que les prêtres ont baissé les bras à l’heure où la mission exigerait d’eux plus d’énergie pour que le message de l’Evangile ne soit pas décrié. »
De tels propos n’étaient pas les bienvenus dans les oreilles d’un responsable de la formation du clergé. En plus, doit-on recevoir des leçons de morale de tout premier venu ? Nous avons nos responsables pour le faire. Cependant les préoccupations de cette grand-mère moraliste ne nous laissent pas indifférents quand on examine la manière dont les campagnes du dimanche de la mission sont organisées, et même le quotidien de notre ministère sacerdotal. La « pastorale sociale », de plus en plus, prend le dessus au détriment des autres ministères de la vie ecclésiale.
Beaucoup d’efforts sont déployés pour mobiliser les fidèles pour la récolte des fonds en faveur des œuvres sociales (écoles, hôpitaux, salles polyvalentes, terrains de foot…) mais peu ont le courage de parler de la construction d’une église ou de la formation des séminaristes.
Un prélat que nous avions abordé au sujet de cette problématique nous a répondu : « Si vous demandez l’argent pour la construction d’une église, vous n’aurez aucun sous. Parlez-leur d’une salle polyvalente ».
Ne jouons-nous pas le jeu des détracteurs de l’Eglise ? Avec ceux qui disent : nous vous donnons l’argent si vous enlevez les croix dans les salles de classe où étudient nos enfants. Construisez les salles polyvalentes et de temps en temps vous y célébrerez une messe…
Malheureusement, même certaines institutions caritatives de l’Eglise pensent de la même façon. Elles obéissent aux lignes de conduite tracées par leurs bailleurs de fonds. Nous oublions souvent qu’il y a des nécessités que les autres ne peuvent pas assumer pour nous. C’est, entre autres, le soin de la liturgie et de la protection du sacré.
Il est curieuxque, à l’intérieur de la même Mère Eglise, certains enfants louent leur Père Céleste à l’ombre d’un baobab, faute de lieu de prière, alors qu’ailleurs les églises se ferment du jour au lendemain, sont vendues ou désaffectées par manque de fidèles ou de prêtres.
Dans les pays de vieille chrétienté, les séminaires ferment par manque de vocation ; en pays de mission, ils ferment par manque de subsides. Et un haut dignitaire de l’Eglise de nous dire : « Si vos Evêques n’ont pas de quoi nourrir leurs séminaristes, qu’ils appliquent enfin la limitation des naissances ». Bref, comme plusieurs l’ont déjà exprimé, notre Eglise a plus besoin de témoins que de prédicateurs. La mission nous oblige encore une fois à prendre notre courage à deux mains.

Abbé Adrien CISHUGI KALANGA
Prêtre de l’archidiocèse de Bukavu (rép. Dém. Du Congo) responsable du clergé diocésain de l’archidiocèse de Bukavu. Ordonné prêtre en 1991, en remplacement pastoral à la Paroisse de Martigny cet été.


Un nouvel Abbé-Primat

Peut-être est-il opportun de rappeler d’abord l’existence de notre Confédération canoniale :
En 1959, sous le pontificat du bienheureux Jean XXIII quatre Congrégations de chanoines ont décidé de renforcer leurs liens de charité en fondant la Confédération des Chanoines Réguliers, , le 4 mai 1959, le Bref apostolique Caritatis Unitas consacra de manière solennelle la création de cette Confédération des Chanoines Réguliers de Saint Augustin, présidée par un abbé primat, élu pour six ans. Cette Confédération regroupait quatre congrégations : la congrégation du Saint Sauveur de Latran, la congrégation d'Autriche, la congrégation des Saints Nicolas et Bernard de Mont-Joux, la Congrégation de Saint-Maurice d’Agaune.
Les Statuts précisent le but de la Confédération : "Selon la Lettre Apostolique "Caritatis Unitas", la Confédération des Chanoines réguliers de Saint Augustin a été établie :
1) pour que Congrégations et Chanoines soient unis entre eux plus étroitement par le lien de la charité
2) pour qu'ils se prêtent un appui mutuel surtout sur le plan spirituel dans la formation des jeunes et l'attention à tout être humain.
3) pour que soient accrues les forces vives de l'Ordre tout entier.
Cette promotion de la vie canoniale, selon des formes adaptées au temps, doit être considérée comme la tâche principale de la Confédération".
Puis s'ajoutèrent au cours des années la congrégation de Windesheim (Paring), la congrégation de l'Immaculée Conception, la congrégation des Frères de la Vie commune, la Congrégation de Saint-Victor, la congrégation de Marie, Mère du Rédempteur .Lors de son Congrès à Châteauneuf-de-Galaure, dans la Drôme, en 2004 la Confédération des Chanoines Réguliers de Saint Augustin a institué Mgr Maurice Bitz,, abbé général de la Congrégation de Saint-Victor, Abbé-Primat de l'Ordre pour six ans..
Le rôle de l’abbé-primat ? : « L'abbé primat est le promoteur de la vie canoniale. En conséquence sa charge l'oblige à développer l'esprit canonial chez tous les membres de la Confédération et, en dehors de l'Ordre, de promouvoir la vie commune du clergé. Ce charisme que nous avons reçu peut et doit être partagé avec d'autres personnes. » .
Réunissant chaque année le Conseil primatial, l’abbé-primat insuffle une esprit à chacune des Congrégations et promeut le « Traité de charité » qui les unit. La nomination de l’abbé-primat est faite par le Conseil primatial qui est composé du supérieur général et d'un délégué de chacune des Congrégations membres de la Confédération.
Dans ce contexte, la Confédération a vécu un événement important cet automne : le mardi 19 octobre, le Conseil Primatial réuni à Rome a élu un nouvel abbé-primat, en la personne de Monseigneur Bernhard Hermann Backovsky, abbé-général de la Congrégation des chanoines d’Autriche. Il succède ainsi à Mgr Maurice Bitz, qui était en fin de mandat et qui a été chaleureusement remercié pour son service à la tête de la Confédération.Ce sont les chanoines du Latran qui ont organisé et accueilli- magnifiquement – tous les participants à cet événement. Ils nous avaient d’abord tous invités à participer à une grande fête ecclésiale, à savoir la célébration, le dimanche 17 octobre¸sur la place Saint-Pierre, de 6 canonisations :
Le chanoine polonais de la Congrégation du Latran, Stanislas Kazimiercsyk,(1433-1489), apôtre de l’Eucharistie, le frère canadien André Bessette, les religieuses Candida Maria de Jesus Cipitria y Barriola (Espagne), Mary of the Cross Mac Killop (Australie) de Giulia Salzano et de Battista Camilla da Varano, Italie). Ce fut une grande fête, avec une participation massive de nos confrères chanoines de Pologne, tout à la joie de fêter leur nouveau saint compatriote.
Nous assurons notre nouvel abbé-primat de nos meilleurs vœux pour sa charge et nous l’entourons de nos prières.

Chanoine René-Meinrad Kaelin


Des changements au service de l’hospitalité

L’été fut une période propice aux changements mais sans faillir à notre mission d’hospitalité sur la montagne.
Ainsi, au début juillet, est arrivé notre confrère Alberto Zambrano-Sayre. Ses années de séminaire terminées, avec en poche, son diplôme obtenu avec succès à l’IFM. il s’est vu confié la coordination et l’accompagnement des différentes équipes de bénévoles. Une mission riche de sa présence, de son attention à chacun et de son engagement humain qui nous ont permis de découvrir la richesse d’Alberto au service de notre maison.
Les semaines se sont enchaînées amenant chaque jour des pèlerins d’un jour ou le temps d’une halte réconfortante. Venant de Canterbury, de Reims, de Dijon, ou même de Rome, qu’ils soient anglais, français, italiens ou même australiens, les voici dans les pas de tous les passants du col du Grand-Saint-Bernard, contents de trouver un abri.
N’oublions pas que l’hospice demeure le refuge des pèlerins, où l’on s’arrête avant de poursuivre sa route, depuis près d’un millénaire. Oui, ils sont venus de bien des horizons, avec des quêtes fort différentes, mais tous ont amené avec eux une présence que seul le cœur peut discerner. Le temps de boire un thé bien chaud, le temps d’une rencontre, le temps de décharger le poids d’une vie durement vécue (parfois bien plus lourd que le sac à dos), le temps d’un cœur à cœur à la crypte, le temps d’un repos réparateur et les voici partis vers un ailleurs.
Durant près d’un mois, 9 jeunes bénévoles ont suivis une formation à l’accueil et au service volontaire, du 15 juillet au 15 août, une première à l’hospice coordonnée par José Mittaz. Au programme des tâches simples, comme l’orientation des visiteurs dans l’hospice, la tenue des caisses dans le musée et la salle du trésor, et les travaux ménagers. Simples mais en lien à leur réalité humaine, car on a beau être à 2473m, il ne faut pas planer. En ouverture, 3 jours de formation humaine donnée pas José et Colette Sierro. Au programme : se découvrir les uns les autres au travers de jeux de communication, de partages d’Evangile, des temps de discussion commune et d’un pèlerinage depuis Ferret. Loin d’être homogène, le groupe composé de 4 suisses, 2 français, une valdotaine, un allemand et une lituanienne, a assisté la communauté locale dans le don de leur personne, dans la générosité et l’apprentissage d’une expérience fondatrice pour leur vie. Un des stagiaires, Pascal, originaire de Béthune (nord de la France) passera l’hiver sur le col. Nous lui souhaitons la bienvenue et tous nos encouragements.
La fête de saint Augustin a vu un nouveau changement s’opérer dans la communauté avec l’arrivée de notre oblate Anne-Marie Maillard qui, après 6 années vécues à l’hospice du Simplon, vient donner un nouveau visage à notre maison. Ainsi tout le mois de septembre fut consacré à la préparation de l’hiver. Avec l’aide de Jacqueline Lattion,l les commandes et les contacts sont pris. Il s’agit de ne rien oublier et durant la première quinzaine d’octobre, ce fut un flot d’allées et venues pour remplir non seulement les caves, mais aussi les congélateurs sans oublier tous les lieux de rangements de la maison. Une période très dense durant laquelle on apprend l’abandon à l’expérience des anciens. Merci à Jacqueline, à Frédéric et à Stéphane notre cuisinier.
C’est durant cette période que nous est arrivée la nomination de José Mittaz comme nouveau prieur, en remplacement de Joseph Voutaz, toujours atteint dans sa santé.
Après la longue période d’apprentissage qu’il a assurée en intérim. le voici en fonction, au service de la communauté qui est renouvelée dans sa moitié. Avec enthousiasme, fidèle à « la pédagogie du désir », José a pris sa fonction à cœur. La vie qui circule ici-haut nous a donné bien des occasions de fêter. Ainsi après 20 années vécues dans l’antique hospice, une grande fête est organisée pour le départ de Jacqueline. Ce ne fut pas sans certaines difficultés car nous voulions la surprise et Jacqueline pouvait à tout moment découvrir ce qu’il se préparait, car rien dans la maison ne lui échappe. Et pourtant c’est avec la participation de tous, et une grâce spéciale du moment que nous nous sommes retrouvés à la crypte, avec beaucoup d’émotions, et beaucoup d’amis… Une belle soirée partagée comme dans une grande famille où tous autour de notre sœur Jacqueline… chacun, chacune avait sa place privilégiée. Stéphane notre cuisinier, dans sa grande sensibilité a su ravir nos palais et exprimer au travers de son menu tous les sentiments en liens avec Jacqueline. Dans sa simplicité et ses choix de plats cuisinés avec amour, il a su nous aider à exprimer toute notre gratitude et notre reconnaissance à notre grande sœur. Nous lui souhaitons le meilleur dans son nouveau ministère à Martigny dans la Maison Saint-Bernard. Septembre fut aussi le mois des retraites. Nous avons accueillis plusieurs groupes venus pour préparer leurs confirmations dont le groupe de Martigny (KT5) avec Colette Sierro.
Nous avons eu la joie d’accueillir également 4 classes d’élèves de 1ère du cycle de Martigny pour deux jours de formations humaines.
Ainsi à partir de différents jeux les jeunes ont été invités à se découvrir, mais aussi à découvrir leurs camarades de classes. Deux jours intensifs durant lesquels il n’y a pas de perdant, pas de gagnant, pas de gentil, pas de méchant. Seul le respect trône à tout prix. Une invitation à l’écoute de soi, à l’écoute de l’autre sans aucun jugement. Une invitation à faire un chemin ensemble : « je n’accuse pas, par contre je peux dire mon sentiment en utilisant le « je ». Cela reste entre nous : ensemble nous construisons ».
Cette démarche animée conjointement avec l’hospice du Simplon (le chanoineJean-Pascal Genoud ett Manuel Theler), a permis aux élèves d’expérimenter en ce début d’année scolaire l’apprentissage de la vie de groupe, de la tolérance, du respect, de la différence. Ils ont pu découvrir une meilleure connaissance d’eux-mêmes et des autres dans différentes démarches d’ouverture. Accompagnés et animés par José, Colette Sierro et Anne-Marie ils sont redescendus du Grand-Saint-Bernard riches d’une expérience personnelle et collective pour l’année voire les années à venir.
Après la fermeture de la route, nous avons pu circuler encore jusqu’au 25 octobre, date à laquelle la neige a établit ses quartiers sur la route, par la formation de grosses « gonfles », pouvant atteindre 90cm. Les voitures sont en bas, il ne nous reste que nos pieds pour nous déplacer en attendant la prochaine chute de neige et pouvoir alors chausser les skis….

Anne-Marie Maillard


Face au Cèdre

Les sarments de la vigne subissent chaque année une longue période aride, à bout de souffle.
Le cèdre, lui aussi, n'échappe pas au vieillissement.
Cependant, durant les douze mois, la sève vivace circule dans son majestueux tronc. Toujours avec une nouvelle fraîcheur et un rayonnement attendrissant de verdure, couleur de notre espérance.
Face à sa nature imposante, notre pensée appelle humblement l'âme et le cœur au secours.
"Viens Esprit Saint
purifier mon âme,
éclairer mon intelligence,
fortifier ma volonté,
clarifier ma mémoire,
rendre limpides tous mes sens."

Le cèdre connaît les différentes saisons. La beauté du printemps, la chaleur de l'été, les lentes variations de l'automne, les surprises de l'hiver.
Le cèdre résiste et réjouit notre regard.
Face au cèdre, les yeux ouverts, il est sage, même nécessaire de regarder son ermitage invisible et vital, celui de ses racines.
Elles se cramponnent au sol, terre féconde et vivace.
Elles deviennent source de vie (féconde) et de sécurité constante.
Elles font grandir majestueusement l'arbre.
Tel l'homme, mon frère aimé. Telle la femme, ma sœur dévouée. Elle est la grâce d'une existence forgée par l'énergie (grandissante) d'une vraie vie de famille.
Où le rôle principal d'une mère, d'un père, devient la source des valeurs absolues et la dynamique d'une existence forte et rayonnante de générosité.

Tout concourt au bien de celui qui vit en confiance sous la houlette des parents. Ô immortalité de l'amour ! Il est l'élan vital, le vrai milieu divin.
Dieu est amour.
Seul l'amour nous rend justes, le royaume de Dieu est justice et paix et joie dans l'Esprit Saint.
Le noble roi David insiste auprès de chacun de nous, avec force et sérénité, à devenir juste. (Ps111)
"Heureux l'homme qui prend pitié et prête. Il règle ses affaires avec droiture. Non, jamais il ne chancelle.
En mémoire éternelle sera le juste.
Ferme est son cœur,
Confiant dans le Seigneur,
Sa justice demeure à jamais."

Face au cèdre,
le tronc apparaît sur le gazon et affirme sa majestueuse force. Il est droit, revêtu d'une écorce ferme et délicate.
Toutes les rigueurs des saisons l'affrontent sans pitié.
Il tient bon envers et contre tout.
Il inspire courage et sûreté.
N'est-ce pas l'image de notre maman ? "Voici ta mère …"

Elle est toujours là, lumière, fidélité et tendresse.
Elle nous aide à mesurer notre désir d'épanouissement.
Et doucement, elle enlève de nous tout, absolument tout ce qui gémit dans notre cœur.
Sa présence, sur le long chemin de notre marche vers le sommet, secoue nos lenteurs à devenir ce que nous sommes, nos tiédeurs, toutes nos vastes inquiétudes.
Elle écarte nos peurs et éveille sans cesse notre esprit aux Béatitudes de l'Evangile.
Comme l'enfant qui sourit dans les bras de sa mère, rayonnant les énergies spirituelles, et nous invite à faire appel à l'Esprit Saint.

Esprit, comme le feu,
Elève en nous la voix des prophètes.
Esprit comme le vent
nous ne savons pas d'où il vient ni où il va,
donne-nous la liberté.

Esprit comme la sève,
tu as irrigué le corps de Marie,
Accorde à notre âme humaine : paix, joie et amour.

Le tronc permet au cèdre de se balancer sous l'influence du foehn.
Puis le vent impose sa voie dans l'espace.
Dès qu'il se retire, le tronc grandit et assure au cèdre un espace imposant.

Face au cèdre,
Modestes sur le tronc imposant,
les branches occupent rapidement les dimensions du grand jardin.
Elles sont solides, robustes et généreuses en petites branches et en verdure fleurie.
Les branches, ne tardent pas à gagner la hauteur.
Elles offrent un domaine calme, à l'abri des prédateurs et des tempêtes fougueuses.
Tous les oiseaux se sentent chez eux et en sécurité.
Les vents de colère mettent à rude épreuve les branches si paisibles.
Puis elles reprennent leur danse jouissant d'une victoire certaine.
Le cèdre, libre dans toute son énergie titanesque s'affirme sans cesse à la mesure de sa puissance.

N'est-ce pas le rôle de l'être humain face au monde qui le menace ? Et qui sans cesse cherche à égorger la tourterelle. Un risque sérieux pour tous, constant et brutal.
Dieu créateur du ciel et de la terre demeure là-haut.
Là où nous n'avons que des amis. Il est toujours là dans le mystère divin. Il veille cependant sur chacun de nous.
Il me parle. Je lui réponds par une parole d'amour.
C'est donc pour cette raison que je dois m'aimer.
Ma vie devient plénitude.
Errante près du cèdre mon âme se met à l'écoute du Seigneur.
Et Dieu créa les merveilles.
A nous de les découvrir dans une mystérieuse et douce surprise.
Celle du silence !

Chanoine Gabriel Pont