2012/1
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Année 2012 - Numéro 1
Revue " Mission du Grand-Saint-Bernard"

Editorial

Chers amis lecteurs,

Nous voici bien entrés dans la nouvelle année.
Après le sommaire, une page spéciale pour vous présenter la nouvelle page-couverture de notre Revue.
Au menu de ce numéro 1.2012, en tout premier évidemment, les bons vœux de notre Prévôt, Mgr. Jean-Marie Lovey. Puis les vœux, avec forte coloration chinoise, du Père Gabriel Délèze. Il vient de repartir pour Taïvan, après un mois de « vacances missionnaires » en compagnie de son confrère le chanoine Charles Reichenbach. Nos vœux et nos prières les accompagnent. Un bonjour cordial et un tout grand bravo à Charles, qui repart courageuseent en mission, à l’âge de 80 ans. Nous penserons spécialement à lui, le lundi 6 février 2012, date de son 80ème anniversaire (6 février 1932) et de son arrivée à la mission de Taïwan (6 février 1962). 80 ans d’âge dont 50 de mission, cela se fête et s’arrose :.Kampé !
Nous restons dans le monde chinois avec les 2 articles suivants :
Dans le 1er article, le chanoine Joseph Yang, prêtre chinois, profès de notre Congrégation, en fin d’études universitaires à Fribourg, nous parle de la situation actuelle de l’Eglise en Chine : beaucoup de soucis, beaucoup de tension entre l’Eglise et l’Etat mais Joseph nous donne surtout un message de courage et d’espérance., suivi d’une belle prière pour la Chine.
Dans le même contexte, vous lirez le beau témoignage d’un futur prêtre chinois, entretien publié sur le site Zénith.
Ensuite, Mgr. Joseph Roduit, nous parle de « La Mission chez nous aujourd’hui »
Et il nous rappelle "des propositions concrètes pour vivre une nouvelle imagination de la charité". Tout un programme, tout un idéal pour orienter et dynamiser notre flamme missionnaire , tout au long de cette nouvelle année.
Je vous donne également un écho du dernier Conseil Primatial, tenu en octobre passé, à l’abbaye de Klosterneuburg. Puis, à méditer et à déguster, un beau texte pour l’Avent : « Faire route…)
Et le numéro se termine en beauté avec le sourire et le souvenir lumineux du chanoine Alphonse Berthousoz. Son neveu Yvon, lui rend témoignage, en évoquant les liens et le rayonnement de son oncle dans sa famille et dans sa contrée. Cet article aurait dû figurer dans le dernier numéro de octobre 2011, consacré au chanoine Berthousoz. Mais disons qu’il s’est perdu dans les manœuvres de la mise en page et de l’impression.Cela nous permet de rappeler le souvenir du cher défunt, au début de cette nouvelle année.
Au terme de mon éditorial, je vous demande de faire bon accueil, au bulletin de versement inséré dans ce numéro 1.2012. Il vous permet de renouveler votre abonnement à notre Revue et surtout, de manifester, par votre versement agrémenté d’un don, votre appui bienveillant à nos missionnaires de Formose et à leurs œuvres.
Merci et… bonne route en 2012, dans le souffle de l’Esprit-Saint et l’aujourd’hui de Dieu, comme nous y invite le beau texte, publié ci-dessous, après le Sommaire.

Chanoine René-Meinrad Kaelin, rédacteur


Le jour d’aujourd’hui

« Vis le jour d’aujourd’hui que Dieu te donne, il est à toi. Vis-le en lui.
Le jour de demain est à Dieu Il ne t’appartient pas.
Ne porte pas sur demain le souci d’aujourd’hui.
Demain est à Dieu, remets-le en lui.
Le moment présent est une frêle passerelle :
Si tu le charges des regrets d’hier, de l’inquiétude de demain,
la passerelle cède et tu perds pied.
Le passé ? Dieu le pardonne.
L’avenir ? Dieu le donne
Vis le jour d’aujourd’hui en communion avec Lui »
(Prière trouvée sur une petite Sœur du Sacré-Cœur, tuée en Algérie le 10 novembre 1935)


Une nouvelle page de couverture

Après moult recherches et réflexions, en communauté, nous avons decide de proposer une nouvelle page de couverture pour les années à venir: nous avons choisi un des 14 vitraux realisés pour l’église de Hsinchen par l’artiste français M. Chapelain. Nous vous avons présenté ces vitraux dans le numér 2.2011.
Et voici la présentation faite par le Père Gabriel Délèze lui-même:
“Tout au fond, au-dessus de l’autel-mémorial dédié aux ancêtres: le Ressuscité libère des enfers les âmes des justes. “Près de la dernière station du Chemin de Croix et au-dessus de l’autel dédié aux ancêtres: Jésus ressuscité. Sorti victorieux du tombeau, l’athlète de la Vie écrase sous son pied droit la tête du démon qui verrouillait les enfers et emmène en un cortège triomphal les âmes des justes qui attendaient depuis si longtemps cet heureux événement. De Jésus émane une puissance et une détermination que rien ne saurait arrêter”.


Vœux pour l’année nouvelle : « A vos boussoles… »

L’année 2012 sera … Mais qui peut dire ce qu’elle sera ? Voilà pourquoi il est habituel de formuler des vœux. On se surprend à rêver. Pour soi, aussi bien sûr, mais pour l’autre d’abord. On offre à un frère, à une sœur ce que l’on croit bon ; mieux, ce que l’on pense être le meilleur pour sa vie. Mais qu’en sait-on de ce qui est réellement bon pour soi et pour les autres ? Alors reste l’énoncé le plus juste : « Je vous offre mes meilleurs vœux » ! Prenez ! Triez ! Choisissez ! Que chaque lecteur choisisse de trier, au milieu de tout ce qui lui sera donné de vivre durant la nouvelle année, ce qui le fera grandir en humanité, grandir en sainteté. Et ce sera déjà pas mal. C’est mon vœu. Sans savoir de quoi sera fait précisément 2012, nous connaissons quelques événements annoncés. Mon vœu ? Que nous puissions nous y préparer afin de les vivre de la façon la plus fructueuse possible. Je n’en évoque, ici, qu’un seul.
Il y a 50 ans, à l’automne 1962, s’ouvrait le Concile Vatican II. En entrant dans le nouveau millénaire, Jean-Paul II, selon ses propres paroles, s’est senti « le devoir d’indiquer le Concile comme la grande grâce dont l’Église a bénéficié au XXème siècle : il nous offre, disait-il, une boussole fiable pour nous orienter sur le chemin du siècle qui commence.» Il n’est pas nécessaire d’attendre le 12 octobre -ce qui paraît très loin- pour nous préparer à l’événement! Mon vœu, que chaque baptisé, quel que soit son âge, sa fonction dans la société ou l’Église, renouvelle sa curiosité baptismale pour se replonger dans le trésor de Vatican II. Je fais le vœu que ceux qui ont accès aux textes du Concile les mettent à disposition du plus grand nombre.
Il pourrait y avoir des soirées paroissiales où on lit puis échange sur un document conciliaire ; des rencontres d’hommes et de femmes de bonne volonté pour découvrir le message du Concile ; de la formation d’adultes ou de jeunes toute inspirée à la source des travaux conciliaires ; et que dire de la prédication ? La source est abondante. Il y en a pour toutes les catégories de professions, d’âge, d’engagements, de responsabilités.

  • Etes-vous enseignants, parents ? Lisez donc la Déclaration sur l’Éducation chrétienne[1].
  • Vous êtes journaliste ; vous vous intéressez aux médias, y compris comme simple utilisateur ? Le Décret sur les Moyens de communication sociale vous passionnera.
  • Vous portez le souci de l’unité dans l’Église ? Plongez-vous dans le Décret sur l’Oecuménisme ou dans celui qui vous dirige vers les Églises orientales.
  • La Charge pastorale des évêques est offert comme un guide pour le délicat ministère des successeurs des Apôtres.
  • Le Concile, en rédigeant la Formation des prêtres a porté une attention spéciale aux futurs prêtres et à leurs formateurs.
  • Il n’a cependant, pas oublié les prêtres déjà formés et en exercice ; il leur dédie un Décret plein de sollicitude pastorale : Le Ministère et la vie des prêtres.
  • Les personnes engagées dans la vie religieuse reprendront avec profit la méditation du texte qui leur est consacré : Rénovation et adaptation de la vie religieuse.
  • Les amoureux de la parole de Dieu et les exégètes s’émerveilleront de ce que leur fait découvrir la Constitution sur la Révélation divine.
  • Dans le contexte à la fois sensible et en même temps incontournable de la rencontre des cultures et religions, comment ne pas reconnaître l’ouverture prophétique de la Déclaration sur la Liberté religieuse ou celle sur les Relations de l’Église avec les religions non chrétiennes?
  • Et encore ces monuments que sont les deux Constitutions sur l’Église, Lumière des nations et l’Église dans le monde de ce temps, source de joie et d’espérance, ultime document promulgué la veille de la clôture du Concile.
  • Quant au tout premier texte promulgué par Vatican II, il permet à chaque fidèle de vivre de façon « active, consciente et fructueuse» la Liturgie !
  • Les Pères conciliaires ont encore réfléchi à l’Activité missionnaire de l’Église rappelant que la mission est co-naturelle à l’Église.
  • Enfin, après avoir remis au cœur de la vie chrétienne le baptême et son appel universel à la sainteté qu’il professe, ils ont écrit un texte central qui situe l’Apostolat des laïcs.

Voilà pour l’énumération des 16 documents majeurs élaborés, priés, travaillés patiemment et offerts en héritage par les Pères du Concile à tous les hommes de bonne volonté, il y a un demi-siècle. Pour la traversée de cette année jubilaire nous est offerte cette « boussole fiable ». Peut-être nous faudra-t-il l’instrument qui oriente notre marche ? Mais sûrement que nos pas de baptisés sauront alors nous guider au long d’une année qui sera bonne et sainte.

+ Jean-Marie Lovey, Prévôt


« Gongxi facai »

Année après année, l’arrivée du Nouvel An apporte une atmosphère de joie et de fraternité. Les plus jeunes sont heureux d’avoir une année de plus et les aînés espèrent être devenus un peu plus sages. Chacun se fait un devoir de congratuler ses proches, ses amis, ses voisins…
Enfant, sur le chemin qui mène à l’église, à mes oreilles résonnaient des centaines de « Bonjour! Bonne année! » Je trouvais ces salutations amusantes et conventionnelles. Après le repas de midi, il fallait aller rendre visite aux oncles et aux tantes qui habitaient près de chez nous. Je me gênais; les salutations d’usage sonnaient faux; j’étais mal à l’aise et j’avais hâte de terminer cette pénible corvée.
Actuellement, le Nouvel An m’apparaît comme une grande fête d’humanité, un jour où chacun désire et souhaite le bien, un jour où chacun espère que le sourire l’emporte toujours sur la force, un jour rayonnant de soleil printanier.
A Taiwan, le premier de l’an on dit: « Joyeuse nouvelle année! Gongxi facai - félicitations, enrichissez-vous -! » « Félicitations! »: on se réjouit de se retrouver, comme des personnes qui auraient réussi un exploit. Cette expression nous rappelle que chaque journée vécue est une aventure, un don que Dieu nous accorde avec ses joies et ses peines, une montée vers l’Ultime Sommet, Jésus-Christ. « Enrichissez-vous! »: de prime abord, cette expression paraît peu évangélique quoique rejoignant les désirs intimes de beaucoup de gens. Une fois passés mes premiers agacements, cet idiotisme devint pour moi: « Que cette nouvelle année soit riche de Dieu et d’attention pour le prochain!».
En 2012, le 23 janvier, nous entrerons dans l’année du dragon. Pour les Chinois, le dragon chevauche les nuées du ciel. Il est craint, car si il y a trop de pluies, les catastrophes arrivent. Il est vénéré, car les pluies fertilisent le sol et permettent d’abondantes récoltes. Par extension, le dragon est également l’emblème de l’empereur et de ses subalternes qui président aux destinées du pays. Il est honoré et de nombreuses femmes espèrent mettre au monde un enfant durant l’année du dragon, car une telle naissance est de bon augure pour une carrière prometteuse.
Mes vœux pour 2012:
Que tous les petits dragons, c’est-à-dire toutes les personnes qui exercent des responsabilités politiques, voire religieuses, mettent leur pouvoir au service du bien commun plutôt que de chercher à satisfaire leurs caprices trop souvent fantasmatiques!
Que le grand dragon chinois la République Populaire de Chine - respecte l’autonomie et les libertés que chérit le petit dragon chinois - Taiwan-!
Et que le dragon du Ciel - Tianlong - accorde à chaque être l’eau vive et féconde dont il a besoin pour s’épanouir!

Chanoine Gabriel Délèze


Jésus, où es-tu ?

Actualité de l’Eglise en Chine
Grâce la puissance de l’économie de Chine, tout le monde en parle, nous pouvons facilement touver des articles dans la presse, chaque jour, et aussi des reportages à la télévision. Mais nous trouvons très rarement des nouvelles sur ce qui se passe dans l’Eglise en Chine. Dans cet article, je vais évoquer quelques derniers événements vécus dans l’Eglise qui est en Chine..
Dès 2005, les relations entre l’Etat du Vatican et l’Etat chinois se sont progressivement améliorées, le dialogue a toujours eu lieu dans des dates fixées et des résultats positifs ont été enregistrés. Et voilà que cet été, de façon très étonnante, tout a changé,et personne n’a compris pourquoi.
À partir du mois de juin, tout une série d’ordinations épiscopales illicites ont été célébrées : cela a beaucoup blessé l’Eglise particulière de Chine et l’Eglise universelle.
Tout d’abord, l’ordination épiscopale du Père Paul Lei, dans le diocèse de Leshan (province de Sichuan, sud de la Chine le 29 juin, il été ordonné évêque sans mandat pontifical, c’est une ordination valide mais illicite. Il est automatiquement excommunié, y compris l’évêque consacrant et les concélébrants pour cette ordination, selon le canon 1382 du droit canonique. Cette ordination est différente de celle de l’année dernière au point de vue de la sanction. Le Saint-Siège a publié une déclaration explicite au sujet de l’ordination épiscopale du Père Paul Lei.Le Saint-Siège a clairement dit que Père Paul Lei n’a pas l’autorité pour diriger le diocèse, il ne le reconnait pas comme évêque diocésain de Leshan.
Par contre, dans la déclaration du Saint-Siège au sujet de l’ordination épiscopale du Père Joseph Guo, le Pontife Romain a regretté que l’ordination ait eu lieu, cela a profondement blessé l’Eglise. Pour la sanction, le Saint-Siège a été moins précis. Suite à la déclaration du Saint-Siège, l’Etat chinois était furieux. C’est pourquoi nous avons eu, quelques jours après, une autre ordination épiscopale, en guise de représailles.
L’ordination épiscopale du Père Joseph Huang a eu lieu le 14 juillet pour le diocèse de Shantou (province de Canton, sud de la Chine). C’était également une ordination illicite. Le Saint-Siège a encore une fois exprimé sa douleur, cet acte était contraire à l’unité de l’Eglise universelle. Et de plus, ce diocèse a déjà un évêque nommé par le pape mais non reconnu par l’Etat chinois. Huit évêques reconnus par le pape ont participé à l’ordination mais de force car soumis à une forte pression.
Tous ces événements sont douloureux mais dans cette situation, l’Eglise en Chine se montre très courageuse. Je donne ici deux exemples plus remarqués.
Le premier concerne Mgr. Paul Pei, évêque du diocèse de Liaoning (nord de la Chine), il a très courageusement refusé de présider l’ordination du Père Joseph Huang. Il est sous une pression que nous ne pouvons pas imaginer. Ce qui le console, c’est que tous les prêtres de son diocèse l’ont protégé à tout prix pour éviter sa participation à cette ordination. Tous les prêtres du diocèse ont entouré Mgr. Paul Pei et ne l’ont pas quitté un instant pendant un mois tout entier. Les fidèles n’ont pas eu les messes pendant cette période très difficile, mais ils ont prié avec plus de ferveur qu’avant.
La conséquence est que l’Etat a suspendu Mgr. Paul Pei des fonctions qu’il occupait à la Conférence épiscopale, mesure temporaire présentée comme punition. Il serait aussi maintenu en résidence surveillée dans son évêché de Shenyang. On dit aussi qu’il a démissionné lui-même pour éviter de devoir présider une autre ordination illicite, ces prochains mois dans le diocèse voisin.
Ici nous pensons naturellement à l’évêque du diocèse de Xianxian (province de Hebei) Mgr.Li, un évêque "officiel " mais reconnu par le Pape. Lui aussi a refusé de participer à la Huitième Assemblée nationale des représentants catholiques à Pékin en décembre 2010. Au début de l’année 2011, il a démissionné de son siège épiscopal ; ses diocésains disent qu’il veut ainsi éviter un autre événement plus grave.
Le deuxième, il s’agit du diocèse de Handan (province de Hebei, nord de Chine) la date de l’ordination épiscopale a été fixée pour le 29 juin 2011, mais quelques jours avant de cette date, le diocèse a décidé l’annulation de l’ordination sous la pression de l’Etat. Parce que Mgr. Yang, évêque actuel du diocèse de Handan, a refusé que les évêques illicites viennent concélébrer à la cérémonie de l’ordination. Ce qu’on ne peut pas imaginer est que l’ordination avait eu lieu d’ une manière discrète à la claivoyant du diocèse.
La conséquence est que l’Etat était très en colère, l’Etat presse ce nouvel évêque, Mgr. Joseph Sun, a être ordonné de nouveau officiellement, si non, il ne peut pas occuper le siège épiscopal. Evidemment, cet évêque ne peut pas et ne veut pas l’accepter. Actuellement, il fonctionne comme un simple prêtre dans le diocèse, il est aussi en résidence surveillée comme les autres. Avec tout cela, beaucoup de chrétiens demandent : où es-tu, Jésus ? Pourquoi nous as-tu abandonnés ? C’était déjà la demande de Jésus à son Père sur la croix. Mais grâce à la prière, en communion avec le Christ, nous allons comprendre pourquoi. Oui, c’est vrai, l’Eglise en Chine est en persécution, mais elle est jeune, dynamique, enthousiaste.. Elle n’a pas peur, parce que Jésus est là, bien présent avec les chinois!

Père Joseph Yang


ROME, Vendredi 16 septembre 2011 (ZENIT.org)
Nous publions cet entretien accordé à l’Aide à l’Eglise en Détresse (AED) par un séminariste chinois.
Il veut être prêtre. Paul a bientôt trente ans et vient tout juste de terminer ses études au séminaire. De nationalité chinoise, il a grandi dans un petit village d’une province de l’ouest. Après avoir participé aux JMJ de Madrid avec un autre jeune de sa région, le voici en France. Alors même qu’il était en route pour l’Espagne, les autorités chinoises sont venues dans sa famille pour demander où il était. Elles avaient tenté de dissuader Paul de venir en Europe.

Entretien.

Comment est née votre vocation ? Par mon grand-père. Il était très proche des vieux missionnaires français. En 1953, ces derniers ont été expulsés de Chine. Tous les catholiques ont alors été très maltraités. Mon grand-père s’est exilé pendant 30 ans. Au début des années 80, avec Deng Xiaoping, la Chine a réouvert ses portes et mon grand-père est rentré. Il nous a parlé de sa foi avec beaucoup de fougue. Il prenait la relève des missionnaires, il a construit des églises dans la région. J’ai beaucoup appris de lui. A la fin du collège, je suis allé au petit séminaire, j’y ai passé trois ans. Puis je suis rentré au séminaire de l’Eglise officielle de Chine. Aujourd’hui, mon évêque fait partie de l’Association Patriotique des Catholiques de Chine (organe du Parti Communiste, ndlr)… Je ne sais pas encore ce qui va se passer par la suite.

N’est-il pas possible d’être ordonné ailleurs ? J’y ai pensé. Je veux être prêtre pour Jésus, mais je crois que Jésus me veut là bas. Je souhaite revenir chez moi. Il y a de nombreux catholiques. Mais nous n’avons pas de prêtres depuis 60 ans ! Quand les gens meurent, il n’y a personne pour célébrer la messe d’enterrement. Nous ne pouvons pas recevoir les sacrements. Les jeunes ont besoin de soutien spirituel. Les gens de mon village m’attendent depuis longtemps. Si je ne revenais pas, cela pourrait les décourager.

Comment a pu se transmettre la foi aussi longtemps, sans les sacrements? Dans les années 50, les militaires n’autorisaient pas les gens à prier. Toutes les églises ont été détruites. D’autres ont été utilisées comme des lieux communautaires. Dans les familles, vous ne pouviez pas avoir d’images religieuses ou de croix. Vous ne pouviez pas avoir de nom chrétien. Mes parents ont vécu durant cette période. Ils se levaient la nuit pour prier, pendant que les autres dormaient. Malgré ces entraves, ils ont gardé la foi.

Des prêtres passaient de temps en temps? Les dimanches, quand le village n’avait pas d’église, toutes les familles se réunissaient dans une maison. On voyait de temps en temps un vieux prêtre. Il avait passé 20 ans en prison, parce qu’il était séminariste. Il a été ordonné seulement après sa sortie. Il nous a permis de garder la foi. Quand j’étais petit, on le voyait une fois tous les deux ou trois ans. En 2004, j’ai eu l’occasion de visiter des villages avec un autre prêtre : j’ai rencontré des catholiques qui n’avaient pas vu de prêtre depuis 20 ans. Là bas, les gens ont soif d’apprendre et de découvrir la foi.

La situation politique actuelle en Chine ne vous décourage-t-elle pas? Les chances d’être prêtre sont très réduites pour moi. En raison de la situation particulière de la région, mon ordination me paraît loin…Chaque fois que je suis tenté d’abandonner ma vocation, je pense à ceux que j’ai laissés là bas. Ma famille me soutient et prie pour moi. Comme tout le village. Cela me redonne courage. Même si je ne peux pas devenir prêtre, je veux demeurer un témoin du Christ, pour les autres.

Comment avez-vous vécu les JMJ? C’était incroyable. Dans mon village, certains se demandent s’il y a des catholiques autre part. Maintenant je vais pouvoir leur raconter et leur confirmer que nous ne sommes pas les seuls !


Seigneur, l'Eglise qui est en Chine souffre toujours

« Seigneur, l'Eglise qui est en Chine souffre toujours en raison de sa fidélité à l'Eglise universelle. Donne au Pape Benoît XVI et à ses ministres la sagesse et la patience de chercher dans la vérité évangélique des solutions pour faire avancer l'unité de l'Eglise de Chine.
« Seigneur Jésus Christ, tu sais combien de pasteurs sont encore contrôlés, emprisonnés et persécutés. Soutiens-les par ta souffrance sur la croix, donne-leur le courage et la persévérance de continuer à témoigner fidèlement de la foi catholique.
« Esprit d'unité, les divisions entraînées par des forces extérieures déchirent le Corps du Christ, empêchent la croissance de ton Eglise en Chine. Donne à l'Eglise officielle et à l'Eglise souterraine de se réconcilier. Que leur orientation commune en faveur de l'évangélisation unifie les cœurs des pasteurs et des fidèles.
« Notre Dame de Chine, Saint Joseph, le grand patron de toute la Chine, protégez vos enfants chinois des dangers de l'athéisme et du matérialisme, daignez exaucer leurs prières pour la conversion de la Chine. Et vous les saints Martyrs de la Chine, priez pour le gouvernement chinois : que le Seigneur ouvre les cœurs des dirigeants, pour que la liberté et la justice soient respectées.
Que la grâce de Jésus, l'amour du Père et la communion de l'Esprit-Saint accompagnent et sanctifient tous les Chinois et tous ceux qui prient pour eux ».

Des prêtres de l'Eglise de Chine.


La Mission chez nous aujourd’hui.

« Des propositions concrètes
pour vivre une nouvelle imagination de la charité »

I Le primat de la charité.
Le 9 février 2001, quelques fondateurs et responsables de mouvement se sont rencontrés à Rome. Ils avaient comme thème de rencontre: "Que faire pour qu'en voyant les communautés chrétiennes, toute personne puisse s'exprimer: Regardez comme ils s'aiment!"
Leur conclusion: "Beaucoup de choses, même dans le nouveau siècle, seront nécessaires pour le cheminement historique de l'Eglise; mais si la charité (agapè) fait défaut, tout sera inutile".

II Comment concrètement redonner le primat à la charité dans les paroisses ?
Si l'on relit l'évangile, on voit comment Jésus a donné le primat à la charité, à l'amour. Toute sa vie et tout son enseignement est centré sur l'amour du Père que les disciples sont invités à vivre avec leurs frères.
La paroisse un lieu où se vit l'amour
Il importe donc que nos paroisses soient d'abord le lieu où se vit cet amour. De nombreux chrétiens de nom ne viennent plus à l'église aujourd'hui et il faut le regretter. Mais n'y a-t-il pas à leur montrer comment pratiquer l'évangile à travers des gestes quotidiens de l'amour et du pardon?
La paroisse un lieu où se vit l'accueil et l'acceptation de la différence
Les paroisses doivent être aussi les lieux où se vivent le plus fortement tous les actes de bienveillance et de charité. Or la paroisse, qu'elle soit géographique ou linguistique, reste un lieu de rencontre où tout le monde est admis, quelle que soit sa condition sociale ou sa profession, suisse ou étranger, chrétien ou non.
Des paroisses ouvertes au monde
Dans un monde de globalisation, on ne peut rester limité à des frontières géographiques. La mission chrétienne, elle est ici chez nous, mais aussi au loin. Le chrétien ne peut être indifférent à tant de misères dans des pays lointains. Là surtout il s'agit de mettre en éveil une nouvelle imagination de la charité. Créer des partenariats qui permettent des échanges dans les deux sens.
Des moyens à disposition
Notre diocèse de Sion et le Territoire abbatial disposent d'un bon instrument : Caritas, Il importe de la faire connaître. Oser l'utiliser. Pour les familles, il existe une excellente pastorale de la famille. La plupart des paroisses ont des moyens à disposition, des locaux de rencontres, des lieux de célébration. Nous vivons dans un pays riche matériellement et il n'y a pas à craindre de susciter des actions caritatives d'envergure, d’y engager et encourager les jeunes. Dans ce domaine de l'entraide, l'oecuménisme est facile. Au nom d'un même évangile, on peut mettre en route bien des projets concrets.

III Comment manifester le primat de la charité ?
Quel rôle pourraient jouer les mouvements dans l'exercice de la charité? Que peuvent faire les nouvelles communautés? Présents sur une ou plusieurs paroisses, ces mouvements ou communautés peuvent jouer un rôle essentiel pour exprimer l'amour évangélique. C'est sans doute là une forme nouvelle d'accueil des pauvres au sein même des communautés.
Accompagnement spirituel
Les Congrégations religieuses et les ordres religieux masculins et féminins ont souvent offert une spiritualité particulière. Elles le font encore. Mais bien des communautés connaissent une forte diminution des vocations. Il importe donc que des mouvements nouveaux et de nouvelles communautés puissent prendre le relais. Cela suppose entre responsables de paroisses et responsables de Mouvements ou de communautés une bonne communication, un dialogue permanent et un souci de collaboration constant.

IV La charité, sans oublier l'espérance et la foi
"L'espérance est souvent un désespoir surmonté"
L'espérance chrétienne est bien plus qu'un simple espoir. L'espoir rejoint des préoccupations immédiates, l'espérance comprend aussi la durée et ouvre sur l'éternité.
Georges Bernanos disait que « l'espérance est un désespoir surmonté ». Combien de situations dites désespérées doivent pouvoir trouver auprès des chrétiens des raisons d'espérer encore!
Notre monde a besoin de redécouvrir une nouvelle espérance. Tant d'apatrides spirituels la découvriront à travers l'amour qu'on leur portera.

V La foi illumine les vies de l'intérieur
La foi chrétienne est basée sur la personne de Jésus le Christ mort et ressuscité pour nous. C'est Lui qui nous a révélé le Père et ensemble Ils nous donnent l'Esprit Saint, l'Esprit d'amour.
Les communautés, les mouvements comme les paroisses ont la mission de faire connaître Jésus le Christ, de le faire aimer.
Le pape ne craint pas de proposer la sainteté comme cheminement pastoral. Et un des moyens les plus certains c'est la prière. Nos communautés doivent devenir d'authentiques écoles de prière.

Conclusion
Dans le Magnificat, Marie loue le Seigneur mais ne craint pas de prôner un nouvel ordre des choses quitte à renvoyer les riches les mains vides et à renverser les puissants de leur trône et à élever les humbles.
Dans un monde pluraliste et égoïste, dans un monde de grandes inégalités voire d'injustice, paroisses et mouvements doivent unir leurs forces pour permettre à davantage d'ouvriers de s'engager pour la moisson.
Le partage dans la charité va permettre le témoignage dans l'espérance et finalement , pour ceux qui iront jusqu'au bout des appels de l'évangile, de célébrer dans la foi. En mémoire de Jésus, comme il nous a dit de le faire.

+ Joseph Roduit, Abbé de St-Maurice


Conseil Primatial de la Confédération des chanoines réguliers de saint Augustin

(mercredi 12octobre à Klosterneubourg)
La Confédération existe bel et bien. Comme temps forts de sa vie dans les différents pays du monde, il y les Congrès, célébrés tous les trois ans. Pour l’ensemble des chanoines, il y a les semaines d’études canoniales, les rencontres par groupes linguistiques, Les statuts de la Confédération demandent aussi que l’Abbé-Primat convoque son Conseil, au moins une fois par mois, ou plus souvent si la nécessité l’exige. Chacune des 9 Congrégations, membres de la Confédération, est représentée dans le Conseil Primatial par son Supérieur Général et par un délégué élu par le Chapitre Général. En date du l9 octobre2010, le Conseil Primatial réuni à Rome avait élu son nouvel Abbé-Primat en la personne de Monseigneur Bernhard Backovsky, abbé de Klosterneuburg et abbé général de la Congrégation des chanoines d’Autriche.

Le nouvel Abbé-Primat a convoqué son Conseil, pour la première fois de son mandat, dans le site magnifique et grandiose de son Abbaye de Klosterneuburg, dans les environs de Vienne.

A l’ordre du jour de ce Conseil, surtout un échange d’informations et la préparation du Congrès de l’année 2013.

Chaque Supérieur Général a donné un bref aperçu sur les derniers événements et sur les joies et soucis de sa famille religieuse. Partout, on ne peut que constater les problèmes du vieillissement des chanoines et le manque aigu de vocations. Partout, il faut essayer de maintenir au mieux le service pastoral et les observances de l’idéal canonial, en particulier la vie communautaire.

Chaque Conseil Primatial offre une occasion privilégiée de vivre la convivialité et de mieux connaître les différents hauts lieux de la Confédération. En cela, le Conseil tenu à Klosterneuburg a été un modèle du genre. Visite des trésors de l’abbaye, soirée récréative dans la vinothèque du couvent, visite guidée de Vienne, tout un programme qui a nourri nos esprits et charmé nos cœurs … et nos estomacs.Un tout grand merci à Mgr. Backovski, au Prieur Benno Anderlischka, et au Secrétaire Primatial Anton Wolfgang Höslinger. Et que, dans la foulée de ce Conseil, le Foedus caritatis (le lien de la charité), soit toujours plus fort.

Le délégué du Grand-Saint-Bernard : René-Meinrad Kaelin


Texte à méditer pour la nouvelle année : Se mettre en route

Se mettre en route,
C'est quitter l'immobilisme qui nous fige,
C'est entrer en mouvement
Et mobiliser toutes ses énergies :
Celles du corps et celles du coeur,
Pour tendre vers un même but.

Se mettre en route,
C'est créer l'harmonie
Entre les yeux et le regard,
Entre l'oreille et le son,
Entre les lèvres et la parole.
C'est passer de la nuit à la lumière.
Se mettre en route,
C'est choisir une direction,
Et c'est partir ensemble afin de vivre,
De vivre les retrouvailles,
De vivre la rencontre.


Oncle Alphonse

Oncle Alphonse est né le 7 décembre 1922 à Premploz, un village des hauts de Conthey. C’est le 9ème enfant de Marie et Augustin Berthouzoz, boulanger du village. Suivront ensuite 2 frères. Dès son plus jeune âge, il fréquente l’école du village et participe aux divers travaux courants de cette époque. Agé de 10 ans, après la période de l’école, il travaille en tant que chevrier du village. Avec son petit frère Maurice, ils amènent tous les jours le troupeau paître dans les mayens des hauts de Conthey. Ensuite il passera 4 saisons à l’alpage de Flore pour la garde des troupeaux. Vers l’âge de 15 ans, il prend la décision de commencer des études pour se vouer à la profession religieuse. Et c’est en 1943 qu’il entre comme séminariste à l’hospice du Grand-St-Bernard.
Enfants, nous nous réjouissions de chaque visite à l’hospice. Oncle Alphonse nous faisait visiter les lieux, voir les chiens, découvrir sa station météo et parfois même, il prenait le temps de jouer au tennis de table avec nous.
Lors de ses passages à Premploz, il ne manquait jamais de rendre visite à toute la famille ainsi qu’à ses parrains.
A chaque baptême ou mariage qui concernait la famille, nous pouvions toujours compter sur sa présence pour l’organisation, la célébration et la bénédiction de la cérémonie et si le décès d’un
Parfois, nous passions quelques jours de vacances à la cure de Bourg St-Pierre, où il nous accueillait les bras ouverts.
Au programme : ballades et découvertes de la région et de la flore alpine, promenades dans les vallées italiennes voisines ou tout le monde le connaissait, randonnées à ski, fondues, sans oublier les nombreuses messes auxquelles nous participions.
Il nous arrivait aussi, lors de nos arrêts à Bourg-St-Pierre de le trouver à la cueillette des framboises qu’il cultivait dans son jardin, ou alors en pleine fabrication de délicieuses confitures. Nous appréciions aussi ses fameux élixirs à base de plantes des alpes qui lui assuraient une excellente forme physique et un esprit vif. Nous repartions quelquefois avec un fromage de la laiterie du village qu’Alphonse entretenait dans la cave de la cure et nous revendait sans en tirer un seul bénéfice.
Mais ce que nous retenons de l’oncle Alphonse, c’est sa gentillesse, sa bonne humeur qui ne le quittait jamais, son cœur sur la main et aussi son dévouement sans faille à sa profession de prêtre.
Nous sommes fiers d’être les neveux et nièces de cet homme humble et attentionné. Il restera un exemple pour nous tous.

Yvon Berthousoz