2012/2
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Année 2012 - Numéro 2
Revue " Mission du Grand-Saint-Bernard"

Editorial

Chers amis lecteurs,

Le numéro 2.2012 est à votre disposition, à lire, à déguster avec les yeux du corps bien sûr mais encore davantage avec les yeux du cœur.
Dans ce numéro, nous évoquons spécialement l’événement qui marque l’histoire de notre famille bernardine : dès cet été 2012, il n’y aura plus de communautés locales dans la maison d’accueil de St Oyen au diocèse d’Aoste et dans le secteur paroissial de la Noble Contrée, au diocèse de Sion. Mr. Le Prévôt présente le contexte et l’esprit de cette décision prise par notre dernier Chapitre Général. C’est un événement douloureux bien sûr mais à vivre dans la lumière du mystère pascal.
Jean-Pierre Voutaz nous donne un historique-mémorial développé de la présence bernardine dans la région de Lens et environs. Dans le prochain numéro, il nous parlera de la présence bernardine en Vallée d’Aoste.
Place ensuite au Tibet… Maurice-Dominique Cipolla évoque d’abord la belle figure du Père Laurent Zhang Wenchang, qui nous a quittés au début de cette année.
Puis il évoque une belle activité de parrainage dans les Marches Tibétaines, par l’association enfants du Mékong, à travers le récit d’un voyage-programme en janvier dans le Haut Mékong.
Le site internet des Missions étrangères de Paris nous donne un écho des réactions de l’Eglise locale après la réelection de Ma Ying-Jeou à la présidence de Taïwan, le 14 janvier 2012.. Je vous partage cette information très intéressante pour notre Mission.
« Nouvelle imagination de la charité » : c’est le 3ème article dont nous gratifie Mgr. Joseph Roduit, Responsable du dicastère Mission à la Conférence des Evêques suisses, pour éclairer les enjeux de la Mission dans le monde d’aujourd’hui.
Pour terminer, l’hospice du Grand-Saint-Bernard nous communique une double information culturelle
- tout d’abord une présentation de l’exposition de cet été au Musée de l’hospice : Pain de la terre pain du ciel
- puis une présentation d’un DVD contenant un film réalisé par Anne-Laure Gausseron et José Mittaz : Artisans de la grâce.

Chanoine René-Meinrad Kaelin


2012 ET LA FIN D’UN MONDE !

« Nous ne savons pas quels événements nous réservera le millénaire qui commence, mais nous avons la certitude qu’il demeurera solidement dans les mains du Christ ». Ces propos du Pape Jean-Paul II, dans sa lettre au début du nouveau millénaire, pourraient bien servir de repères solides pour éclairer ce que notre Congrégation est appelée à vivre, 10 ans plus tard. Dans notre système de gouvernement, le Chapitre, qui a lieu chaque trois ans, prend les décisions d’orientation générale. Le dernier Chapitre, considérant les réalités spirituelles et humaines de notre Congrégation, a estimé que par fidélité à notre vocation à la vie commune, nous devions éviter le risque de dispersion. Du fait de la diminution du nombre de confrères, les œuvres à charge de la Congrégation se révèlent trop vastes pour les forces pastorales à disposition. C’est ainsi qu’ont été décidées 2 mesures qui prendront acte cette année 2012.
Devant la nécessité de revaloriser notre Vie commune, le Chapitre décide une suppression obligée de deux communautés locales. Pour veiller à l’équilibre entre maisons d’accueil et secteur paroissial, où nous œuvrons, nous ne maintiendrons plus de communautés locales dans la maison d’accueil de St Oyen au diocèse d’Aoste et dans le secteur paroissial de la Noble Contrée, au diocèse de Sion.
Bien sûr que c’est une « réduction de la voilure » ! Bien sûr que ces sont des mesures d’appauvrissement, de dépouillement. C’est vrai pour la Communauté d’abord, pour les lieux concernés ensuite, pour l’Église locale aussi. Chaque instance peut ressentir douloureusement cette mesure.
En quittant Château Verdun, à St-Oyen, c’est une maison millénaire que nous laissons. St Bernard notre fondateur qui fut archidiacre d’Aoste, aura inspiré aux responsables de son diocèse, l’initiative de reprendre cette œuvre. En effet, désormais la gestion est assurée par une Association du diocèse d’Aoste qui poursuit l’œuvre d’accueil, telle que notre Communauté l’avait remise à jour dans les années 1990.
En quittant le secteur paroissial des Nobles et Louables Contrées, c’est une présence de plus de 8 siècles, auprès des paroissiens de Lens et environ, à laquelle notre Congrégation doit renoncer. Ici encore, nous faisons l’expérience d’un dépouillement réciproque ! Ici encore, l’Église locale s’emploie à assurer la desservance pastorale.
Que sera le millénaire qui vient de commencer ? Nous ne le savons pas. Mais l’axe porteur de l’histoire n’est-il pas tout entier soutenu par ces deux mains du Christ en lesquelles nous avons à demeurer solidement ? Il n’y a pas que le passé, avec ce que et l’histoire peut retenir de grandeurs, de misères et que la mémoire parfois embellit, qui Lui appartiennent ! Il n’y a pas que l’avenir avec tout ce qui nous échappe complètement, et que des changements peuvent obscurcir, déstabiliser, que nous avons à Lui remettre dans une confiance inébranlable. Il y a le présent ; le présent surtout, avec ce que ces événements produisent en nos cœurs. Peut-être n’y a-t-il, en fin de compte, que le présent qui puisse être le lieu où se dessine l’avenir. La situation présente interroge notre Congrégation, l’Église, mais aussi chaque chrétien : Avons-nous suscité les compétences et les charismes de celles et ceux qui en sont dépositaires et qui peuvent les mettre au service des communautés ? Le baptême dote celui qui le reçoit des dons nécessaires à sa vie spirituelle et à celle de ses frères ; avons-nous cultivé ces dons déposés en nos cœurs, ou les enfouissons-nous dans les sphères du privé-privé ? S’il est évident que dans beaucoup de nos régions, les chrétiens sont en train de devenir le « petit troupeau », nous avons à réentendre la parole évangélique qui accompagne ce constat : « Sois sans crainte, petit troupeau, il a plu à votre Père de vous donner le Royaume » (Lc 12, 32). Que sera le millénaire qui commence ?
Et s’il était riche de tout ce qui a été semé, de tout ce qui a été tissé au cours des siècles ? Et s’il était particulièrement riche de tout ce qui, à cause de la pauvreté historique d’aujourd’hui, est abandonné dans un terreau nourricier, pour porter fruits ?

Jean-Marie Lovey, Prévôt


LA CONGRÉGATION DU ST-BERNARD DANS LA RÉGION DE LENS : AVANT 1177-2012

1. LE SERVICE DE L’HOSPICE DU GD-ST-BERNARD
A. LES ORIGINES DE LA DESSERVANCE DE LENS, OU LE PAIN DE L’HOSPICE
Un privilège du pape Alexandre III nous apprend que le 18 juin 1177 « la paroisse de Lens, au-dessus de la ville de Sion, avec ses dépendances » fait partie des bénéfices du Gd-St-Bernard. Pour les origines de cette donation, on a avancé l’hypothèse d’une fondation bénédictine, piste aujourd’hui abandonnée. Lens, avant la fondation de la paroisse, dépendait de celle de Granges. Il restait au début du vingtième siècle une coutume des gens d’Ollon qui se faisaient baptiser à Granges, les autres sacrements et la sépulture se vivant à Lens. Outre les raisons pratiques, il pourrait s’agir d’un reliquat d’une sorte de devoir de la paroisse fille envers la paroisse mère. Une piste à ce jour inexplorée éclairerait l’origine de la paroisse de Lens : celle du pain de l’Hospice… La grande partie des entrées financières du prieuré de Lens, outre le train d’écurie et les vignes, c’était le produit des dîmes, mentionnées dès 1298. En 1457, nous avons des précisions sur cet impôt. Le prieur de Lens perçoit les 1/3 de la grande dîme de Lens, les autorités politiques les 2/3 restants. Sur ce tiers, le prieur doit des céréales à l’évêque de Sion (210 litres), aux seigneurs d’Anniviers (630 l.) et à la congrégation du Gd-St-Bernard (720 l.). Avec les années, les proportions varient jusqu’à la suppression de cet impôt, en 1855.
Selon le livre des coutumes de l’Hospice, écrit en 1709 par le Prieur Ballalu, nous savons que l’Hospice était ravitaillé depuis des siècles avec deux sortes de pain : le blanc et le noir. Le pain blanc ou pain de froment venait d’Aoste, à raison de 530 kg par année. Il était réservé au Prieur, aux nobles et aux malades, ainsi qu’à la communauté certains jours de fête. Quant au pain noir, ou pain de seigle, il était destiné à la communauté religieuse et au commun des passants. Les revenus des biens de l’Hospice en Valais, appelés la « panneterie de S. Bernard », ainsi que les rentes annuelles des cinq paroisses de Bourg-Saint-Pierre, Liddes, Orsières, Sembrancher et Lens, correspondant à leurs dîmes respectives en faveur de l’Hospice, étaient payées en grain de seigle. Dans ces cinq paroisses d’ailleurs, les quêteurs du St-Bernard ne passaient pas. Ce seigle était moulu, puis cuit sur la commune d’Orsières avant d’être périodiquement conduit à l’Hospice. Avant l’invention du congélateur et des boîtes de conserve, la viande devait être salée, tandis que les fruits et légumes se consommaient en saison. Le régime alimentaire était donc à base de pain, à raison d’une consommation quotidienne d’un kilo par personne. A l’Hospice, il en fallait 11'200 kg par année. De 1733 à 1855, le prieur de Lens devait 514 kg de pain à l’Hospice. Il s’agit du produit de la dîme en faveur de l’Hospice : 36 fichelins ou 72 quartanes, mesure de Martigny, soit 468 litres de seigle. Pour le calcul, il faut savoir qu’un fichelin contient 13 litres, qu’un litre de grains de seigle pèse 714,29 grammes et que 650 grammes de farine sont nécessaires à la fabrication d’un kilo de pain. Notons qu’en 1457, le prieur de Lens doit plus de 790 kg de pain à l’Hospice. Pour les proportions globales, le prieur de Lens fournissait en 1709, 4,6% de la consommation de pain de l’Hospice, tandis que pour 1457, il en devait entre 7 et 15%.
Nous remarquons que plus nous remontons vers les origines de la desservance de Lens par les chanoines, plus la proportion de seigle fournie à l’Hospice par le prieur de Lens est importante. Cela tend à indiquer qu’il y eut probablement un grand bienfaiteur de l’Hospice dans cette région, bienfaiteur à l’origine de l’arrivée des chanoines à Lens au 12ème siècle.
B. LES DONS DU PRIEUR DE LENS À L’HOSPICE
Le chanoine Hermann Bonvin (1923-1975), prieur de Lens de 1940 à 1950, était passionné de reines. A ses visiteurs, il montrait l’étable du Prieur, ses reines à corne, puis il engageait la discussion sur les fromages et le train de la campagne. Accessoirement, il lui arrivait aussi de parler de la paroisse. Ce zèle bovin vient probablement du souci d’alimenter l’Hospice en viande. Jusqu’aux années 1930, on faisait passer à la casserole à l’Hospice, chaque année, environ 150 moutons, 20 veaux, 30 petites génisses et 10 vaches. Le bétail qui n’était pas offert devait être fourni par les chanoines.
C. LA RECONSTRUCTION DU PRIEURÉ DE LENS : 1835-1837
En 1848, des révolutions secouent l’Europe. La région de Martigny et d’Entremont est à feu et à sang, en partie à cause du Prévôt Filliez. Prévôt depuis 1830, il est également député, représentant le clergé. A ce titre, il a quatre voix à la Diète, autant qu’un dizain, soit le poids d’une quatorzième étoile sur le drapeau cantonal. Avec une intransigeance lourde de conséquences, il défend tous les privilèges du clergé. En 1833 par retour de balancier, la Jeune Suisse voit le jour à Martigny et à Monthey. Les tensions montent et aboutissent à une prise d’armes, en 1839. On assiste au pillage des cures d’Entremont. A Martigny, les radicaux de la Jeune Suisse viennent avec des bottes de paille pour brûler la Maison du Saint-Bernard. Des négociations in extremis évitent le pire. L’Hospice est visité, armes à la main. Les chanoines se réfugient sur le versant italien du col, qui était alors sur le royaume de Sardaigne-Piémont, avec le trésor d’église.
Le Prévôt fuit le Valais pour sauver sa peau. Comme les routes du canton sont surveillées, il rejoint Aoste avec quelques chanoines, via Trient et Bovine. En chemin, des tireurs essaient de l’atteindre mais sont trop éloignés pour faire mouche. Ce Prévôt n’est plus revenu en Valais jusqu’à sa mort, en 1865. Sa photo, réalisée à Aoste, nous fait passer l’envie de rire, si nous l’avions. Son allure générale semble nous dire, comme au nonce, en 1857 : « Avancé en âge et infirme, je ne croyais pas avoir à redouter personnellement la réunion de ma congrégation avec celle de l’abbaye de Saint-Maurice ». Traduisez « Foutez-moi la paix, j’ai déjà vu assez de catastrophes durant ma vie. » C’est durant ces années où les tensions s’exacerbent dans le Bas-Valais, que le Prieur de Lens Théodore Genoud fait reconstruire le prieuré, aux frais de la congrégation du Gd-St-Bernard, de 1835 à 1837. Il est question d’y déplacer les chanoines confrontés à ces vagues anticléricales. Ce projet n’aboutit pas, les conflits trouvant des issues. Il est à noter qu’une des conséquences de ces guerres du Sonderbund perdues par les cantons catholiques, a été d’en supporter les frais. Le Gd-St-Bernard remboursait encore … en 1914.
2. LE MONT DE LENS : POPULATION, INDÉPENDANCE DES SECTEURS VILLAGEOIS
Pour se rendre compte de ce qu’est une région au fil du temps, il ne suffit pas d’admirer le panorama, le paysage et la météo, comme le font les promoteurs. Il faut aussi prendre en compte la population, ses ressources et leur évolution. Une région valaisanne comme celle de Lens – Icogne – Chermignon – Montana – Randogne – Mollens n’est pas la même dans les années 1900 et en 2010, avec les transformations que le tourisme y a apportées. Qu’était cette région à la fin du 12ème siècle ? Il faut être bien malin pour le savoir avec précision. Signalons cependant que cette région dépendait des comtes de Granges et d’autres familles, habitant la plaine pour la plupart, ce qui tend à penser que la population était plus dense là où habitaient ces autorités. La mention de la paroisse de Lens en 1177, détachée de celle de Granges, et confiée aux chanoines du Gd-St-Bernard, indique qu’il devait s’agir d’une paroisse neuve. Il faut attendre le 15ème siècle pour que la contrée de Lens se sépare de celle de Granges pour former deux communes distinctes. Cette séparation indique une augmentation de population et un légitime désir d’autonomie. Dès le début, la communauté du Mont de Lens comprenait les quatre quartiers de Lens, Chermignon, Montana et Icogne, qui collaborent pour les alpages, les forêts, les bisses et les droits d’eau. Au fil du temps, la population s’étoffe et les communautés cherchent leur indépendance. En 1842 commence la reconstruction de l’église paroissiale de Lens, pour y accueillir tous les fidèles. Cette augmentation démographique – 1330 habitants en 1808 et 1937 âmes en 1861 – aboutit au fractionnement politique du grand Lens en quatre communes, le premier janvier 1905. A cette époque, Lens avait 1050 habitants, Chermignon 766, Montana 423 et Icogne 365. Actuellement, dans un contexte de globalisation, c’est la problématique inverse qui trotte dans les têtes.
3. EVÊQUE ET RELIGIEUX : UN VITRAIL ÉVOCATEUR !
La Congrégation des chanoines du Grand-Saint-Bernard, est exempte de l’autorité de l’évêque de Sion et dépend directement du Saint-Siège, depuis le 15ème siècle. Aussi pour son organisation interne, elle dispose d’une grande autonomie. Par contre, pour la pastorale, il faut le consentement de l’évêque du lieu. Il existait dans le droit de l’Eglise un statut juridique qui permettait à des paroisses d’être unies de plein droit (pleno jure en latin) à des Ordres religieux. C’était le cas de Lens. Pour toute restauration de lieu de culte, achat, vente ou échange de terrain, le prévôt et son Conseil devaient être consultés, l’évêque étant uniquement responsable du bien des âmes. En l’an 2'000, pour vivre en conformité avec le nouveau code de droit canonique de l’Eglise, le St-Bernard a remis à l’évêque ses responsabilités matérielles concernant les paroisses. Il s’agit du troisième contrat du genre entre l’évêché de Sion et la prévôté. Les deux autres datent de 1611 et de 1250.
A. STATUTS JURIDIQUES DE LENS, PRIEURÉ ET RECTORAT
À la fin du 15ème siècle, les revenus de la paroisse de Lens ne permettent de nourrir que le prieur et un vicaire. La population se mobilise pour qu’un troisième prêtre puisse rester sur place. Ce sera un prêtre du diocèse, le recteur, qui bénéficie rapidement d’une chapelle (1484), d’un rectorat et de revenus. En 1720, il devait célébrer 206 messes par an. Lors de la reconstruction de l’église de Lens, il célèbre la messe à l’autel de la Vierge. Vers 1760, il commence à tenir l’école, pour enseigner aux enfants de la paroisse la religion, la lecture et l’écriture. L’enseignement s’y poursuit jusqu’en 1897. En 1953, le rectorat est supprimé par manque de revenus.
Jusqu’en l’an 2'000, le prieuré, le chœur de l’église paroissiale et l’autel de St-Joseph dépendaient du prévôt, tandis que l’autel de la Vierge et la nef dépendaient de l’évêque. Le vitrail du chœur de l’Eglise de Lens, qui regarde la plaine, présente ces subtilités : en haut saint Pierre avec les clefs du Paradis. Sous ses pieds, le Christ en pélican, donnant selon la légende son cœur à manger à ses enfants. En bas et dépendant d’eux, les saints Théodule et Bernard, côte à côte comme à égalité. Saint Théodule soigne son plant de vigne tandis que saint Bernard caresse la tête d’un de ses chiens, pour que l’évêque reste tranquille…
B. FONDER UNE NOUVELLE PAROISSE…
Le concile de Tolède, réuni en 693, statue que pour fonder une paroisse, dix paroissiens représentant dix familles doivent en faire la demande, mais un seul paroissien suffit pour empêcher sa suppression. Lorsqu’à la distance de l’église paroissiale se joignent des chemins impraticables particulièrement en hiver, un torrent sujet à déborder ou une rivière sans pont, lorsque pour ces raisons les vieillards et les femmes enceintes sont en danger de manquer la messe du dimanche, les nouveau-nés et les infirmes de mourir sans baptême ou les derniers sacrements, alors le Concile de Trente (1545-1563, session 21, chapitre 4) légitime la fondation d’une nouvelle paroisse. Fonder une paroisse signifie fractionner le territoire d’une autre. Le principe, c’est de ne pas toucher les revenus de la paroisse mère. La paroisse fille qui demande son autonomie, doit pourvoir seule à ses besoins : construire un lieu de culte et un cimetière, pourvoir au logement et au revenus du clergé. De plus, lorsqu’une paroisse desservie par des religieux est démembrée, la nouvelle paroisse dépend de l’évêque du diocèse. Ainsi les paroisses issues de Lens sont perdues par la congrégation du Gd-St-Bernard au profit de l’évêché de Sion. Au cours du temps, les terres de la paroisse se fractionnent afin qu’émergent de nouvelles communautés : c’est ce que nous présentons.
C. 1863 : MONTANA SE SÉPARE DE LENS
Montana, située à la frontière des paroisses de Lens, à l’ouest, et de Saint-Maurice de Laques, à l’est de sa chapelle, va contester, dès le 17ème siècle, ses liens avec la paroisse de St-Maurice-de-Laques, avant de faire de même avec Lens. En 1759, l’évêque de Sion décide que tout son territoire relèvera désormais de la paroisse de Lens. Dans son processus d’autonomie, le village de Montana obtient en 1855 la fondation d’un rectorat, qui est érigé en paroisse, en 1863, par démembrement de celle de Lens.
D. 1916 : ICOGNE OBTIENT LE SAINT-SACREMENT EN PERMANENCE DANS SA CHAPELLE
Le village d’Icogne demande et obtient en 1916 que le Saint-Sacrement soit exposé dans sa chapelle, dédiée à saint Grégoire, dont la construction remonte à 1680. Le tremblement de terre de 1946 l’ayant endommagé, elle est successivement reconstruite, en 1948, puis agrandie, de 1966 à 1968. Le processus d’indépendance paroissiale ne s’est pas amorcé, probablement parce que la population n’a pas augmenté de manière trop rapide. Notons qu’au 17ème siècle, Icogne avait choisi de se placer sous le patronage de saint Grégoire le Grand, le pape ayant gouverné l’Eglise de 590 à 604. Il s’est avéré que c’était un patron problématique, car fêté le 12 mars, époque de l’année où les habitants du village étaient dans les Bas pour tailler les vignes. Aussi, saint Grégoire de Naziance, mort en 390 et fêté le 9 mai, lui a succédé, afin que toute la population puisse participer à la patronale, fêtée le premier dimanche de mai.
E. 1923 : FONDATION DU RECTORAT DE FLANTHEY
En 1914, le Prieur Pierre Gard fait construire l’église de Flanthey, l’ancienne chapelle de 1794 étant alors trop petite. Neuf ans plus tard, c’est la construction du rectorat. Là, les processus d’indépendance ne s’amorcent pas.
F. 1928 : MONTANA-STATION SE DÉTACHE DE LENS, MONTANA-VILLAGE ET LAQUES
A la fin du 19ème siècle, deux hôtels de construisent sur le plateau de Montana-Crans, qui avec son climat exceptionnel et sa vue superbe, attire bientôt et les personnes atteintes d’affections pulmonaires et les sportifs. Sanatoriums et parcours de golf se côtoient à distance respectable et contribuent au remarquable essor de la région. En 1928, l’évêque de Sion détache le plateau de Montana-Station-Crans des paroisses de Laques, Montana-Village et Lens pour fonder la nouvelle paroisse de Montana-Station.
G. 1932 : UNE PARTIE DE ST-CLÉMENT QUITTE GRANGES POUR LENS
En 1932, l’évêque de Sion modifie par décret les territoires des paroisses de Granges et de Lens pour les faire coïncider avec ceux des communes. Ainsi la chapelle de Saint-Clément est unie à la paroisse de Lens, restaurée, munie d’une sacristie et d’une nouvelle cloche.
H. 1948 : CHERMIGNON-OLLON DEVIENT PAROISSE EN QUITTANT LENS
Nous savons qu’en 1521 existait déjà à Chermignon-d'en-Haut une chapelle en l'honneur de saint Georges. En 1914, le prieur de Lens obtient de l’évêque l'autorisation d’y conserver le Saint-Sacrement les mois de l'année durant lesquels la population y séjourne. Depuis 1909, l’abbé Barthélemy Barras, ancien curé de Chalais, dessert la chapelle d’Ollon. En 1916, la chapelle est agrandie et une maison léguée pour son desservant, maison restaurée en 1920. Ces éléments font pressentir la fondation de la paroisse Chermignon-Ollon, en 1948, par démembrement de celle de Lens. L’évolution de l’ancienne grande paroisse du Mont-de-Lens va dans le respect de la liberté des communautés qui naissent en son sein, grandissent, demandent puis obtiennent leur autonomie. C’est la même logique que celle de nos familles qui voient naître, grandir et partir leurs enfants. La communauté d'intérêts unissant Icogne, Lens, Chermignon et Montana perdure sous le vocable de Louable Contrée de Lens, c’est l’ancienne paroisse de Lens, qui s’étend actuellement sur le territoire des communes de Lens et d’Icogne, regroupant les communautés villageoises de Lens et d’Icogne, ainsi que les hameaux de Flanthey.
4. AUTREFOIS, L’UNITÉ POUR SURVIVRE
Un élément intéressant à mentionner, outre l’émergence de nouvelles communautés, ce sont les projets unificateurs auxquels les chanoines du Gd-St-Bernard participèrent au cours des siècles. Ainsi ils aidèrent à souder leurs paroissiens.
A. CONFRÉRIES DU SAINT-ESPRIT
C’est en 1300 qu’est fondée au village de Lens une confrérie du Saint-Esprit, qui se réunit à la Pentecôte. Elle recevait des donations, consentait des prêts, faisait célébrer des offices, fournissait des torches pour les processions à la Fête-Dieu et à la Pentecôte… Avec le temps, il y avait un repas annuel. En 1400, les villages d’Icogne et de Chermignon-Dessus avaient également leur confrérie du Saint-Esprit. Les procureurs des confréries vont progressivement s’impliquer dans la vie politique et sont à l’origine de la vie communale dans les différents quartiers de la paroisse.
B. CLOCHER DE LENS
Le clocher est intimement lié à la notion d’appartenance à une localité. Il appelle les gens à la prière de l’angélus, matin, midi et soir. Il accompagne les naissances, les mariages et les sépultures. Il carillonne pour annoncer la grand-messe. La célèbre barbe joyeuse, datait de 1529. Fêlée en 1958, elle a été refondue aussitôt. Pesant 2169 kg, elle sonne le do3. Le clocher actuel, terminé en 1537, voit en 1967 l’inauguration du grand carillon de 24 cloches. On peut y carillonner de trois manières, à la valaisanne – assis, tenant en bouche, mains, genoux et pédales des cordes reliées aux battants des cloches. C’est l’art du marguillier carillonneur – avec un clavier à bâtons dit clavier flamand, ou sur un petit clavier électrique. Unité et vérité, foi, joie et souffrances, charité, ciel et terre, espérance, voilà ce qu’il sonne ce vénérable clocher.
C. GRAND BISSE DE LENS
La construction du Grand Bisse de Lens, long de plus de 13 km, est due à l’initiative du Prieur Jean Crossar qui s’engage par contrat avec ses paroissiens, à le construire en deux ans, de 1448 à 1450. Le bisse, comme les gens, était tenu au repos dominical !. Assez vite, ce repos du bisse est supprimé. Ainsi les dimanches et jours de fête, l’eau est vendue au profit de l’éclairage de l’église. Il faut attendre les travaux de construction du tunnel du Grand Bisse sous la colline du Châtelard, en 1983 et 1984, pour avoir des modifications du tracé du bisse, toujours en fonction depuis bientôt six siècles.
D. STATUE DU CHRIST-ROI, 1935
L’encyclique Quas Primas du pape Pie XI datée du 11 décembre 1925, institue la Fête du Christ-Roi. Elle est à l’origine de la statue du même nom située au sommet de la colline du Châtelard. C’est le prieur Pierre Gard qui fit construire successivement sur cette colline, propriété de la bourgeoisie, le chemin de croix, inauguré en 1933, puis la statue du Christ-Roi, dont la chapelle du socle, dédiée à Notre-Dame du Perpétuel Secours, est bénite le 15 septembre 1935. Le 22 septembre 1935, l’évêque de Sion, Mgr Bieler bénit la statue et consacre le Valais au Sacré-Cœur de Jésus. Cette aventure n’est pas seulement un temps de grâce pour la paroisse, mais également pour le diocèse.
5. UNE ACCÉLÉRATION DU TEMPS

A. 1996 : QUITTER VOUVRY POUR LE HAUT-PLATEAU
Le temps passe, les événements s’accélèrent. En 1996, voyant les vocations diminuer, la communauté du Gd-St-Bernard décide de quitter la paroisse Vouvry, qu’elle desservait depuis 1204, pour centrer ses forces sur le Haut-Plateau, en reprenant les paroisses de Montana-Village et de Chermignon, puis dès 2001, celle de St-Maurice-de-Laques. Le but de cet échange de territoire est de regrouper les chanoines au prieuré pour mieux vivre leur idéal de vie commune, propre aux religieux vivant selon la règle de saint Augustin.
B. LA RÉALITÉ DU SECTEUR PASTORAL
Dans cet esprit, les chanoines œuvrent pour mettre en place une nouvelle réalité : le secteur partoral. Chaque communauté manifeste une grande souplesse. La fondation de la paroisse de Chermignon s’était effectuée en partie en réaction contre Lens. Pour s’assurer d’avoir un curé sur place, il avait été demandé à l’évêque en 1948 que jamais un chanoine du Gd-St-Bernard n’y soit nommé curé. Et cela arriva. Pour Saint-Maurice de Laques, c’est aussi difficile. A chaque nomination dans le diocèse, la paroisse change de desservant. Souplesse, esprit de foi et de collaboration se mettent en place, sous le regard de Dieu. Chacun essaie d’y aller de son mieux, dans la prière et la confiance, certes avec quelques difficultés, mais le bien commun réunit les âmes de bonne volonté.
C. LA VENTE DU PRIEURÉ DE LENS
Pour régulariser le statut des dernières cures qui appartiennent encore à la congrégation du Gd-St-Bernard, le prieuré de Lens et le rectorat de Charrat, le Prévôt et son Conseil pensent les remettre à leurs paroisses respectives. Lors du chapitre de 2007, la majorité des chanoines se range à leur avis. Comme la paroisse de Lens s’intéresse à cet achat, il se finalise, le 22 novembre 2007, au quart du prix de taxation. Certains collaborateurs des chanoines craignent que cet élément n’annonce leur départ. Force est de constater qu’ils n’avaient pas tort.
D. LE DÉPART DES CHANOINES
C’est le chapitre général de 2010 qui prend acte de la diminution des forces des chanoines du Gd-St-Bernard. Deux œuvres doivent être remises : la pastorale du secteur des Noble et Louable Contrées où les chanoines évangélisaient déjà en 1177, ainsi que la maison de St-Oyen, en vallée d’Aoste, qui leur avait été offerte en 1137. Le vieillissement du clergé occidental n’est pas qu’une formule, mais aussi une réalité que nous vivons, invités que nous sommes à nous jeter amoureusement dans les bras du Père du ciel, qui nous guide par sa Providence.
6. DANS LES MAINS DU SEIGNEUR
A la fin de cette année pastorale, nous allons quitter la région de Lens, comme congrégation religieuse, après plus de 835 ans de présence ininterrompue. Nous avons essayé d’y annoncer Jésus-Christ. Notre plus grand désir n’est pas d’y laisser une nostalgie, mais d’inviter à accueillir de plus en plus dans nos vies le Seigneur Jésus. Qu’importe l’apôtre, c’est la Vie intérieure qui compte, la prière, le poids d’amour dans sa propre vie, greffés au côté ouvert du Christ Jésus sur la croix. C’est Lui qui nous donne la Vie. Regardons-le et abandonnons-nous en ses mains, dans la confiance et la joie, car dans sa mort et sa résurrection se trouvent le salut, la vie, la paix et la joie de l’univers.

Chanoine Jean-Pierre Voutaz


DECES DU PERE LAURENT ZHANG WENCHANG

Homme toujours souriant, accueillant, toujours prêt à témoigner sa foi en un Dieu ayant vaincu la mort. Sans aucun doute possible, fidélité et courage était sa devise.
Né en 1920, ordonné prêtre en 1946, le Père Zhang a dû subir, toute sa vie, les condamnations et vexations du communisme régnant.
Il continuait encore à témoigner de sa foi et disait qu’il était têtu, car les communistes n’avaient pas réussi leur « lavage de cerveau », et cela, en dépit de plus de vingt-quatre ans de prison. Depuis l’an 2000, il avait été nommé administrateur apostolique de Kunming, Dali et Zhaotong, contribuant notamment à la construction et reconstruction de nombreux lieux de culte dans le Yunnan. L’église de Gongshan (lieu où vivait Zacharie et quelques enfants de ce dernier) a été consacrée par ce saint homme.
Pour nous, il était l’administrateur apostolique de l’église « clandestine » de la région. Pour lui, il était le représentant de l’église authentique, fidèle à Rome et au pape.
Après toutes les misères et souffrances qu’il avait dû subir, il était capable de s’exprimer dans un français quasi-parfait. Avec un humour décapant, et il nous demandait, à nous européens, de vieille chrétienté, de prier pour les chrétiens de Chine, du Yunnan, de la Haute Salouen et du Haut Mékong.
Il était d’ethnie Yi, minorité importante de Chine, de langue tibéto-birmane, dont font partie les Lolo. C’est dans un modeste appartement de Kunming (capitale du Yunnan) qu’il nous avait reçus en 2006. Il devait « composer » avec l’Evêque de Kunming (Monseigneur Joseph Ma Yinglin, évêque illégitime (non reconnu par Rome), actuellement président de la conférence des évêques « officiels » de Chine).
Prions pour cette belle âme, qui, sous l’ère Mao a été condamné pour « crimes contre-révolutionnaires » et envoyé plusieurs fois en prison. En réalité, il a été interné pour sa fidélité à l’église universelle et son refus d’entériner la politique « patriotique » que le régime impose à l’église.
Portons-le dans nos prières.

Daniel Maurice Cipolla


Parrainage scolaire dans les Marches Tibétaines
ou un lien de solidarité franco-suisse de plus de 100 ans.

Depuis Avril 2008, via Enfants du Mékong (Aide à l’enfance du Sud Est Asiatique depuis 1952 – www.enfantsdumekong.com) de généreux parrains soutiennent mensuellement la scolarité de 140 enfants sur les vallées de la Haute Saluen et du Haut Mékong.
Cette tradition de parrainage a pris racine dès les années 30, à l’exemple de Marie, sœur du Bienheureux Maurice Tornay, qui a soutenu le petit Simon. Ce dernier était alors élève au petit séminaire de Hoa-Lo-Pa. Le missionnaire valaisan, chanoine régulier du Grand-Saint-Bernard de 1910 à 1949, était son professeur. Il allait mourir tragiquement en 1949, assassiné par des lamas bouddhistes dans une embuscade au col du Choula.
Voici une lettre, datant de septembre 1939, écrite en caractère chinois avec une traduction française interlinéaire du petit Simon à sa marraine Marie :
« Très chère Marraine,
J’ai reçu avec une douce joie les objets que vous m’avez envoyés. Comme je suis content ! surtout le couteau. Hélas on se bat maintenant en Europe ! Les Allemands sont féroces. Moi je pense que c’est peut être la fin du monde. Il faut s’y préparer. Moi je n’ai que 12 ans. Vous quel âge avez-vous ? Je ne sais pas encore bien manier le pinceau. Je sais encore vous dire merci et merci. Portez vous bien. – Simon. »
En janvier 2012, lors du Nouvel An Chinois, nous avons ouvert un programme sur le Haut Mékong en voici un bref récit.
à Aller sur le Mékong en hiver, un voyage épique :
Notre projet, avec Lihua notre responsable locale, était de quitter Zhongdien (nouvellement appelé Shangri-La) le jeudi 12 janvier. Du fait de fortes chutes de neige sur cette ville (dont le nom signifie « Paradis Humain »), nous avons attendu cinq jours que la route jusqu’à Deqin soit de nouveau praticable en bus. Il faut en effet passer un col à 4'500 m ! Finalement lundi 16 janvier, nous voilà aux aurores à la gare de bus de Shangri-La où l’ambiance est plutôt « Rush Hour ».
En effet, nous sommes à une semaine du Nouvel An Chinois. Tout le monde rentre dans sa province, son village natal pour cette grande fête avant tout familiale. Elle s’apparente à nos fêtes de Noël en Occident. Durant cette période, tout se ralentit en Chine : les administrations ferment, les multiples commerces baissent leurs stores.
Le bus doit partir à 9h30 mais vu le temps de chargement, chacun rapportant aux villages cadeaux et nourritures, le moteur ne se met en route qu’à 10h30. Nous faisons à peine cinq mètres dans la station de bus et nous calons. Premier arrêt ! Gasoil gelé ! Nous attendons quarante minutes que le chauffeur grâce à un petit feu sous le réservoir (tous les passagers sont restés sagement assis dans le bus !) réchauffe l’or noir devenu pâteux ! A 11h30, le moteur vrombit de nouveau. Nous nous apprêtons à sortir de la ville mais un deuxième arrêt s’impose. Il faut changer un pneu avant crevé. Après une heure, nous sortons enfin de Shangri-La. Cinq kilomètres hors de la ville, le bus s’arrête une troisième fois. Les batteries sont à plats. A 14h, nous partons finalement. Nous roulons alors sereinement jusqu’à 20h où sur une petite route remontant le Mékong, l’arbre à transmission du bus lâche d’un coup. Quatrième arrêt ! Nous ne pouvons ni avancer, ni reculer. Nous voilà, toujours dans la joie et la bonne humeur tibétaine, à attendre dans la nuit et le froid un bus, venant de Deqin, nous récupérer. Il lui faut quatre heures pour nous retrouver. A minuit nous apercevons ses phares dans la nuit noire. Le temps de transférer tout le barda de cadeaux et nourritures d’un toit du bus à l’autre, à 1h du matin nous quittons finalement notre chauffeur valeureux les mains dans le cambouis. A 4h, nous arrivons au pont de Tsezhong où nous descendons. Nos sympathiques camarades d’épopée ont encore eux bien trois heures de route pour atteindre Deqin. Ils m’ont impressionné par leur patience. L’attente fut synonyme de partage de victuailles, de discussions et d’échange de cigarettes ! Personne ne s’énerva contre le chauffeur. Il est de toute façon cousin avec un tel et l’ami d’ami d’une telle. Bienvenu sur le Mékong où l’ambiance familiale est garantie !
à Un programme à l’image de la vallée du Mékong :
Le programme est à l’image des hommes et des femmes qui habitent cette splendide Vallée du Mékong, encastrée entre deux rideaux de montagne s’élevant entre 4'000 et 6'500 m d’altitude. En effet, une moitié des jeunes parrainés sont Tibétains bouddhistes. Ils sont souvent très religieux car cet ensemble de villages se trouve autour du Kawa Karpo. Ce sommet sacré pour les bouddhistes est un haut lieu de pèlerinage. L’autre moitié est tibétaine catholique. Ils vivent plus en aval sur le Mékong. La stabilité financière des foyers est fragile. La famille type est composée d’un couple de grands-parents, d’un couple et de leurs deux enfants, souvent un garçon et une fille. La politique de natalité chinoise autorise les couples des minorités ethniques à avoir deux enfants. Si les grands-parents sont jeunes et peuvent encore travailler et si le couple se partage bien les tâches agricoles et ménagères, la famille s’en sort souvent correctement. Si en plus, le père est charpentier-menuisier, chauffeur de mini-van ou de camions, alors la base financière de la famille devient solide. Au contraire, si les grands-parents sont vieux et si les parents décèdent ou sont diminués physiquement (du fait d’un accident en montagne, d’un accident de voiture, d’un divorce, de maladies ou d’alcoolisme), alors les revenus de la famille sont maigres. Elles retombent dans la pauvreté. à Le Nouvel An Chinois à Tsekou :
J’ai vécu une très belle et inoubliable semaine du Nouvel An chinois avec les familles des villages de Tsekou et de Kaducka. Durant quatre jours, nous avons vécu une incroyable fête du village. Tout commence le premier jour par un défilé de véhicules, signe de réussite sociale fort. Il se faisait avec les chevaux avant. Reste des temps anciens, il y avait un cavalier cette année en tête de cortège. Après trois heures de défilé entre Kaducka et Tsekou, qui se fait normalement en quinze minutes, le convoi se gare devant la petite église de Tsekou. Et alors offert une sorte d’apéritif bien garni aux villageois qui sont membres du gouvernement, à ceux qui travaillent hors du village, aux chauffeurs de camions et de mini-van, aux personnes âgés et au « Laowai » (l’étranger)! Ensuite, les femmes vêtues de leurs splendides costumes traditionnelles aux couleurs chatoyantes entonnent des chants et se mettent à danser en cercle. Les hommes, eux aussi dans leurs tenus de fiers guerriers tibétains, se joignent à la ronde. Ces chants sous forme de répondant homme-femme, sont très beaux. A travers eux, ces paysans montagnards souvent taiseux expriment leurs sentiment : joie de se retrouver, bonheur de la famille mais aussi tristesse de telles ou telles situations ! Les trois jours suivant sont organisés une course à pied, un concours de tire à la corde, un tournoi de basket et des combats de coq.
La beauté du don gratuit :
Durant cette semaine festive, j’ai été invité tous les soirs à dîner par les familles des filleuls en l’honneur des parrainages. Que ça soit les parents des filleuls, ses oncles, ses tantes ou ses grands-parents, ils sont tous très touchés par ce soutien venant d’Europe.
Certains ont connu les missionnaires français et suisses. Etant actuellement, en pleine lecture de l’excellent Monsieur Le Consul, de Lucien Bodard, je vais me permettre un petit parallèle. Ce livre décrit dans un style passionnant, la vie du consul de France et ses péripéties dans le Seuchouan des années vingt et trente. La Chine est alors divisée par les rivalités des Seigneurs de Guerre. L’Angleterre et la France en profitent pour piller allègrement les derniers restes de l’Empire des Célestes. La perfide Albion cherche de son côté à réaliser son rêve de relier Shanghai à New-Dehli via le Yang-Tsé et Lhassa, alors que les tricolores de la Troisième République cherchent à pousser l’influence indochinoise le plus à l’intérieur de l’Empire du Milieu via le Yunnan. On assiste donc à un florilège de batailles, d’intrigues, de morts, de débauches d’énergie et d’argent dans une logique purement financière, commerciale, en un mot coloniale. De tout cela, actuellement en Chine, il ne reste rien. Dans le même temps, vous avez ces missionnaires, venus s’installer auprès des populations locales gratuitement, sans intérêt. Ils ont fait l’effort d’apprendre le dialecte local et de comprendre leurs coutumes, leurs croyances et leur mode de vie. Certes tout n’a pas été « rose » dans l’aventure missionnaire mais de leurs passages ils restent deux éléments essentiels : la Foi car certains Tibétains se sont convertis et surtout l’éducation.
En effet, ces hommes, aux longues barbes avec leur pipe aux coins des lèvres, ont éduqué toute une génération de jeunes dont les parents étaient illettrés. Ce don gratuit, absolu et radical, nos amis ne l’ont pas oublié. Avec certains vieux des villages de Tsezhong, Tsekou, Kaducka et Badong, nous avons bu un verre à la santé et en mémoire de ces hommes venus leur donner, sans rien demander en retour, éducation et soin. Dans un parallèle simpliste et dans une autre mesure, le don mensuel pour l’éducation d’un enfant de cette Vallée portera probablement les mêmes fruits.
Je suis convaincu que dans dix, trente et même cinquante ans, ces jeunes du Mékong devenus adultes trinqueront un verre à la santé de leurs parrains car ils leur auront donné la liberté de poursuivre leurs études et leurs rêves.
Sitôt les résultats de l’élection présidentielle connus, Mgr John Hung Shan-chuan, archevêque de Taipei, a salué la réélection du président sortant, Ma Ying-jeou, déclarant que celle-ci pourrait contribuer au renforcement des relations entre les catholiques de Taiwan et ceux du continent.
L’archevêque de Taipei, qui est également président de la Conférence épiscopale régionale chinoise... (dénomination officielle de la Conférence des évêques catholiques de Taiwan), a ajouté que la victoire de Ma Ying-jeou pourrait notamment se traduire par davantage d’échanges entre les deux rives du détroit de Formose pour la formation à Taiwan du clergé venu de Chine continentale ou bien encore par une amélioration des contacts entre le Saint-Siège et Pékin. Le Saint-Siège figure parmi les rares Etats à entretenir des relations diplomatiques avec Taipei, et non pas avec Pékin.
Dans un vote que les analystes ont qualifié de « un vote pour la stabilité », les électeurs taiwanais ont donné 51,6 % de leurs suffrages au président sortant, membre du Kouomintang (KMT), sa rivale du Parti démocrate-progressiste (DPP), Tsai Ing-wen, ne réunissant que 45,6 % des suffrages. Avec un taux de participation relativement faible pour Taiwan (un peu moins de 75 % des électeurs inscrits se sont déplacés), les Taiwanais ont redonné une majorité au président Ma, la nouvelle Chambre comptant 64 députés KMT sur un total de 113 sièges. Le parti majoritaire subit toutefois un relatif reflux en nombre de sièges, ceux-ci passant de 72 à 64, tandis que le DPP gagne 8 sièges, de 32 à 40.
Concernant les conditions dans lesquelles se sont déroulées le scrutin, le Comité international pour des élections justes à Taiwan (ICFET) (1) a estimé que l’élection avait été « libre pour l’essentiel mais en partie faussée ». Dans un communiqué, ce groupe d’observateurs a notamment pointé du doigt la persistance des pratiques d’achats de voix et d’utilisation des moyens et finances de l’Etat à des fins électorales. Concernant les achats de voix, l’évêque auxiliaire de Hualien et un responsable de l’Eglise presbytérienne de Taiwan avaient mené une action commune dans les jours précédant le vote, appelant les aborigènes de l’île, très nombreux dans la région de Hualien, à refuser toute fraude ou corruption.
Pour la petite communauté catholique de Taiwan (300 000 personnes sur un total de 23 millions d’habitants), la campagne avait notamment été marquée par le fait que Ma Ying-jeou avait, pour la première fois de sa carrière politique, fait mention du fait qu’il était baptisé catholique. N’étant pas connu pour être pratiquant, le président sortant avait toutefois assisté à la messe de minuit dans le diocèse de Kaohsiung, s’attirant les commentaires des observateurs politiques dénonçant une tentative de ralliement de l’électorat catholique. De son côté, le cardinal Paul Shan Kuo-hsi, évêque émérite de Kaohsiung et figure de l’Eglise locale, avait déclaré que Ma Ying-jeou était le premier président catholique du pays et qu’il n’avait jamais failli à appuyer ou aider l’Eglise lorsque celle-ci en avait exprimé le besoin.
Lors de la campagne, Ma Ying-jeou avait défendu son bilan en expliquant que l’ouverture vers la Chine populaire et la promotion des échanges avec le continent avaient une dimension économique certes mais aussi culturelle. Les échanges dans le domaine religieux sont devenus plus étroits, avec notamment des visites plus fréquentes et plus faciles de prêtres du continent, avait-il mis en avant. A Taiwan, la population « jouit de la liberté religieuse et la défend », une tradition chinoise ancienne fondée sur le respect des « différences culturelles », avait-il souligné. Pour illustrer son propos, le président sortant avait cité l’exemple d’un temple édifié en 1686 et dédié à Confucius, situé dans le sud de l’île. Devant le temple se trouve une inscription portant un édit impérial enjoignant à tous les mandarins, soldats et autres passants de descendre de cheval lorsqu’ils passent devant le temple de manière à signifier leur respect pour le temple et ses occupants. Au XIXe siècle, les catholiques ont bâti une basilique mineure dédiée à l’Immaculée Conception à une trentaine de kilomètres de ce temple confucéen et l’empereur Tongzhi a fait graver un édit identique, demandant la même marque de respect aux passants (2). « Cet exemple résume parfaitement le fait que Taiwan a une longue histoire en matière d’égal respect manifesté au catholicisme et au confucianisme », avait déclaré le président sortant.
Pour certains membres de l’Eglise catholique de Taiwan, la réélection de Ma Ying-jeou s’accompagne du souhait que le pouvoir politique s’engage activement dans une politique de réduction des inégalités sociales, en hausse notable depuis plusieurs années. Sr Stephana Wei Wei, directrice du Centre Rerum Novarum qui vient en aide aux migrants et aux groupes défavorisés, appelle de ses vœux une action plus résolue des pouvoirs publics. Le financement de son action repose en effet uniquement sur des dons privés ou des subventions publiques. Selon elle, le gouvernement devrait prendre des mesures fiscales redistributives, améliorer la couverture des risques sociaux (chômage, maladie, retraite) et, dans un pays où les industries se sont massivement délocalisées en Chine continentale, assurer une meilleure adéquation des formations professionnelles aux besoins des entreprises.
Notes
(1) L’ICFET a été constitué en décembre 2011 à l’initiative de 88 parlementaires, universitaires et représentants de la société civile originaires notamment de Taiwan, d’Europe, du Japon et des Etats-Unis.
(2) Il s’agit de la basilique mineure de Wanchin, édifiée en 1863 par les dominicains espagnols et sur laquelle une pierre gravée des deux caractères : « Sur ordre impérial » témoigne de la protection accordée en 1874 par la dynastie des Qing après la visite à Wanchin d’un mandarin de haut rang (voir la dépêche EDA du 16 octobre 2007 : http://eglasie.mepasie.org/asie-du-nord-est/taiwan/a-wanchin-la-basilique-mineure-de-l2019immaculee


La Mission chez nous aujourd’hui. "Des propositions concrètes pour vivre une nouvelle imagination de la charité"

I Le primat de la charité.
Le 9 février 2001, quelques fondateurs et responsables de mouvement se sont rencontrés à Rome. Ils avaient comme thème de rencontre: "Que faire pour qu'en voyant les communautés chrétiennes, toute personne puisse s'exprimer: Regardez comme ils s'aiment!"
Leur conclusion: "Beaucoup de choses, même dans le nouveau siècle, seront nécessaires pour le cheminement historique de l'Eglise; mais si la charité (agapè) fait défaut, tout sera inutile".
II Comment concrètement redonner le primat à la charité dans les paroisses?
Si l'on relit l'évangile, on voit comment Jésus a donné le primat à la charité, à l'amour. Toute sa vie et tout son enseignement est centré sur l'amour du Père que les disciples sont invités à vivre avec leurs frères.
La paroisse un lieu où se vit l'amour.
Il importe donc que nos paroisses soient d'abord le lieu où se vit cet amour. De nombreux chrétiens de nom ne viennent plus à l'église aujourd'hui et il faut le regretter. Mais n'y a-t-il pas à leur montrer comment pratiquer l'évangile à travers des gestes quotidiens de l'amour et du pardon?
La paroisse un lieu où se vit l'accueil et l'acceptation de la différence.
Les paroisses doivent être aussi les lieux où se vivent le plus fortement tous les actes de bienveillance et de charité. Or la paroisse, qu'elle soit géographique ou linguistique, reste un lieu de rencontre où tout le monde est admis, quelle que soit sa condition sociale ou sa profession, suisse ou étranger, chrétien ou non.
Des paroisses ouvertes au monde
Dans un monde de globalisation, on ne peut rester limité à des frontières géographiques. La mission chrétienne, elle est ici chez nous, mais aussi au loin. Le chrétien ne peut être indifférent à tant de misères dans des pays lointains. Là surtout il s'agit de mettre en éveil une nouvelle imagination de la charité. Créer des partenariats qui permettent des échanges dans les deux sens.
Des moyens à disposition
Notre diocèse de Sion et le Territoire abbatial disposent d'un bon instrument : Caritas, Il importe de la faire connaître. Oser l'utiliser. Pour les familles, il existe une excellente pastorale de la famille. La plupart des paroisses ont des moyens à disposition, des locaux de rencontres, des lieux de célébration. Nous vivons dans un pays riche matériellement et il n'y a pas à craindre de susciter des actions caritatives d'envergure, d’y engager et encourager les jeunes. Dans ce domaine de l'entraide, l'oecuménisme est facile. Au nom d'un même évangile, on peut mettre en route bien des projets concrets.
III Comment manifester le primat de la charité ?
Quel rôle pourraient jouer les mouvements dans l'exercice de la charité? Que peuvent faire les nouvelles communautés? Présents sur une ou plusieurs paroisses, ces mouvements ou communautés peuvent jouer un rôle essentiel pour exprimer l'amour évangélique. C'est sans doute là une forme nouvelle d'accueil des pauvres au sein même des communautés.
Accompagnement spirituel Les Congrégations religieuses et les ordres religieux masculins et féminins ont souvent offert une spiritualité particulière. Elles le font encore. Mais bien des communautés connaissent une forte diminution des vocations. Il importe donc que des mouvements nouveaux et de nouvelles communautés puissent prendre le relais. Cela suppose entre responsables de paroisses et responsables de Mouvements ou de communautés une bonne communication, un dialogue permanent et un souci de collaboration constant.
IV La charité, sans oublier l'espérance et la foi "L'espérance est souvent un désespoir surmonté" L'espérance chrétienne est bien plus qu'un simple espoir. L'espoir rejoint des préoccupations immédiates, l'espérance comprend aussi la durée et ouvre sur l'éternité. Georges Bernanos disait que « l'espérance est un désespoir surmonté ». Combien de situations dites désespérées doivent pouvoir trouver auprès des chrétiens des raisons d'espérer encore! Notre monde a besoin de redécouvrir une nouvelle espérance. Tant d'apatrides spirituels la découvriront à travers l'amour qu'on leur portera.
V La foi illumine les vies de l'intérieur La foi chrétienne est basée sur la personne de Jésus le Christ mort et ressuscité pour nous. C'est Lui qui nous a révélé le Père et ensemble Il nous donne l'Esprit Saint, l'Esprit d'amour. Les communautés, les mouvements comme les paroisses ont la mission de faire connaître Jésus le Christ, de le faire aimer. Le pape ne craint pas de proposer la sainteté comme cheminement pastoral. Et un des moyens les plus certains c'est la prière. Nos communautés doivent devenir d'authentiques écoles de prière.
Conclusion Dans le Magnificat, Marie loue le Seigneur mais ne craint pas de prôner un nouvel ordre des choses quitte à renvoyer les riches les mains vides et à renverser les puissants de leur trône et à élever les humbles. Dans un monde pluraliste et égoïste, dans un monde de grandes inégalités voire d'injustice, paroisses et mouvements doivent unir leurs forces pour permettre à davantage d'ouvriers de s'engager pour la moisson. Le partage dans la charité va permettre le témoignage dans l'espérance et finalement , pour ceux qui iront jusqu'au bout des appels de l'évangile, de célébrer dans la foi. En mémoire de Jésus, comme il nous a dit de le faire.

+ Joseph Roduit, Abbé de St-Maurice


L’expo 2012 au Musée du Grand-Saint-Bernard

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