2013/1
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Année 2013 - Numéro 1
Revue " Mission du Grand-Saint-Bernard"

Editorial

Chers amis lecteurs,

Je suis heureux de vous offrir le ler numéro 2013 de notre Revue, comme un cadeau de Nouvel-An… !
Tout commence, bien sûr par les bons voeux de notre Prévôt, Mgr. Jean-Marie Lovey, qui enchaîne avec la présentation d’une nouvelle collection visant à faire mieux connaître les documents du Concile Vatican II, avec notamment un volume concernant la vie consacrée., qui a été rédigé par ses bons soins.
Puis nous revenons sur ce qui a été un grand événement pour notre Congrégation, l’année passée : notre départ de la Vallée d’Aoste.
Vous pouvez lire la 2ème partie du mémorial – historique de notre archiviste Jean-Pierre Voutaz sur la présence bernardine en Vallée d’Aoste. Puis nous donnons de larges échos de la célébration des adieux du diocèse d’Aoste aux chanoines du Grand-Saint-Bernard, le dimanche 23 septembre en la cathédrale d’Aoste .
Et un dernier article du chne Joseph Voutaz nous entraîne vers l’essentiel, vers les sommets : l’école de l’adoration eucharistique, une invitation à vivre toute cette nouvelle année que le Seigneur nous donne dans l’intimité de sa Présence d’amour dans l’Eucharistie,qui réalise au mieux la grande promesse de Jésus, avant son Ascension : « Et moi, Je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde », (Mt.28,20).

Chanoine René-Meinrad Kaelin, rédacteur


Une Bonne Nouvelle pour une nouvelle année.

Notre Revue, dès son titre indique qu’elle est ‘instrument au service de la Mission’. Mission confiée par Jésus aux siens lorsqu’il les fait dépositaires d’une Bonne Nouvelle à répandre jusqu’au bout du monde. Je souhaite que chaque être humain puisse recevoir la proposition du Christ comme quelque chose de bon. Il y a là un véritable enjeu d’évangélisation. L’Évangile pour tous L’Évangile n’est pas la propriété de quelques-uns. Il est pour tous. Comment le faire connaître à tous les hommes, et le faire connaître authentiquement, autrement que selon les caricatures trop habituelles ? Les moyens de communication actuels, dans la variété des technologies, se veulent supports de réseaux sociaux et permettent d’atteindre la quasi-totalité de la planète. Il semble qu’il y ait là une chance pour porter l’Évangile partout. Mais l’évangélisation, au-delà du fait d’être une question de connaissance, est d’abord une question de co-naissance. Ce n’est pas le savoir qui sauve, mais le fait de naître à la vie de Dieu. En fait, il s’agit bien de « naître avec ». Cette naissance demande une présence à l’autre. Et sûrement une longue présence. Dieu s’en est remis à nous pour manifester sa présence –Bonne Nouvelle- à tous les hommes. Ma question est un souhait : Quelle bonne présence vais-je pouvoir offrir à mes frères durant cette année ? L’Évangile pour moi d’abord Si chaque baptisé est porteur d’Évangile, il a en premier lieu à le porter en lui-même. Chacun recèle en soi des régions intérieures non encore touchées par la Bonne Nouvelle. Naître n’est-ce pas le fruit d’une gestation et parfois d’une longue gestation ? Nous n’aurons donc pas trop de toute une année pour naître davantage à l’Évangile et, par cet Évangile accueilli comme une semence en nous, naître davantage à la vie du Christ. Mon souhait est une question : Quelle porte intérieure vais-je accepter d’ouvrir pour me laisser évangéliser encore ?
Jean-Marie Lovey, Prévôt

Anniversaire du Concile Vatican II : parmi tant d’ouvrages, une collection accessible.

Dans la dynamique du 50e anniversaire de l’ouverture de Concile Vatican II (11 octobre 1962), la collection « Vatican II pour tous » souhaite mettre à la portée de chacun l’acquis conciliaire abordé à travers de grandes thématiques.
Cette collection s’adresse à toute personne qui désire découvrir ou redécouvrir la beauté et la grandeur des textes du Concile.
Chaque volume présente les textes dans leur dimension historique, théologique, spirituelle et pastorale. Il montre leur mise en œuvre au cours des 50 dernières années et en dégage l’actualité ainsi que les défis pour le monde d’aujourd’hui.
Des 16 volumes que comporte la collection, notre Prévôt en a rédigé un, à savoir, le commentaire du Décret sur la Vie religieuse, sous le titre : Beauté si ancienne et toujours nouvelle.

Brève présentation

Le titre de l’ouvrage, Beauté si ancienne et toujours nouvelle, est une citation de St Augustin, choisie parce qu’elle évoque bien le parcours de relecture du décret conciliaire. Ce livre est pour tous même s’il parle de la vie religieuse : trésor d’une rare beauté. Ce que le Concile traduit par « don divin que l’Église a reçu de son Seigneur » (LG 43). La beauté c’est Dieu ; le don c’est Dieu, mais aussi la vie religieuse qui « a sa source dans la doctrine et l’exemple du divin Maître » (PC 1).
La vie religieuse porte en son centre le dessaisissement de soi qu’Augustin exprime lorsqu’il cherche dans sa mémoire des traces de vérité, beauté ancienne et nouvelle et qu’il conclut : « Celui-là seul est votre zélé serviteur, qui a moins en vue d'entendre de vous ce qu'il veut, que de vouloir ce qu'il a entendu de vous » (Conf. X, 37). Tel est le décentrement qui permet de conformer sa vie à une Parole écoutée ; tel est l’enjeu de la vie consacrée.
Cinquante ans après sa rédaction, le décret Perfectae Caritatis et les grands documents qu’il a inspirés peuvent apporter la lumière à un monde en attente d’espérance.


Les chanoines du Grand-Saint-Bernard en Vallée d’Aoste, de 1752 à 2012,

2ème partie

E. Les bâtiments de la ferme et leur évolution

La ferme de Saint-Oyen, située à 1'350 mètres d’altitude, était le plus vaste ensemble rural du sud des Alpes, de Nice à Vienne. Située à mi-chemin entre la ville d’Aoste et le col du Gd-St-Bernard, elle a certes servi de relais pour les voyageurs et leurs montures, mais encore de grenier pour l’hospice du Gd-St-Bernard, de 1137, année de sa donation aux religieux par le comte de Savoie, à la fin du vingtième siècle, avec une interruption de présence des chanoines de 1752 à 1848. Cette ferme était unique du point de vue de son fonctionnement quasi industriel avant l’heure ; nous en présentons les différents bâtiments, leurs affectations respectives et leur évolution au fil du temps, dans la mesure où nous avons réussi à en saisir la vérité.

1. LA MAISON PRINCIPALE ET LE FOUR À PAIN

Château-Verdun, d’environ 26 mètres de côté, englobe ses ancêtres sous son toit. Une tour bien plus modeste a été agrandie à plusieurs reprises pour donner cette maison massive et bien équilibrée que nous connaissons aujourd’hui. Soyons attentifs au fait qu’un bâtiment plus petit, relié à la maison par une passerelle à deux étages, a été détruit : le four à pain. C’est cette évolution que nous décrivons ci-après.

A. 12ÈME ET 13ÈME SIÈCLES

Décrivons au rez-de-chaussée, l’emplacement du Château-Verdun primitif, du moins celui qui nous semble être l’étape offerte aux chanoines au 12ème siècle. En entrant par le grand hall d’entrée est, nous sommes face à un mur comprenant quatre fenêtres munies de grilles. C’est l’ancien mur extérieur du château, qui se poursuit à notre droite entre le réfectoire des hôtes et la cuisine. Au nord, puis à l’ouest, ce mur se confond avec le mur extérieur actuel. Notons que du mur nord, longé par la route de Flassin, partait la passerelle reliant la maison principale au four à pain, démoli en 1958. En passant par la porte d’entrée ouest, nous longeons le couloir allant en direction de la chapelle. Le mur situé à notre gauche est le mur sud de ce bâtiment qui comprend, après le couloir vouté, un encadrement de porte plein cintre en tuf, puis une meurtrière, également en tuf. Ces deux éléments ont été découverts en 1990, lors de la restauration de la maison. A regarder de plus près derrière cet encadrement de porte, on voit à notre droite un trou carré dans lequel on enfilait une poutre pour sécuriser la porte d’entrée durant la nuit. Le mot château s’appliquait à une maison forte munie de remparts, protégeant hommes et bêtes des rôdeurs et pillards qui franchissaient le col du Gd-St-Bernard. Cette maison ainsi délimitée, est le « castelo verdunensi » offert en 1137 aux chanoines par le comte Amédée III de Savoie. Elle mesure 18 mètres sur 16.
Cette délimitation du bâtiment primitif est plausible pour des raisons architecturales. D’abord un encadrement de porte de type roman et une meurtrière située au rez-de-chaussée permettent une fourchette de datation entre le 12ème et le 13ème siècle. Ensuite les grilles aux fenêtres sur un mur intérieur indiquent qu’auparavant c’était un mur extérieur. Enfin cette seule partie des bâtiments est construite à même le sol, tout le reste possède un étage inférieur de caves, ce qui marque clairement une étape de la construction. Du point de vue des comparaisons avec l’hospice primitif de la fin du 11ème siècle, cette délimitation est également plausible, En effet, ce dernier est de grandeur semblable, 18 mètres sur 13.50 à l’hospice pour 18 mètres sur 16 à St-Oyen. Cela confirme une même capacité d’accueil pour ceux qui franchissent le col du Gd-St-Bernard entre l’hospice et le premier relais au sud des Alpes. St-Oyen est un peu plus grand, mais il faut savoir que les matériaux de construction sont sur place, contrairement au col où il faut les y amener. De plus, St-Oyen est offert avec ses terres, ce qui signifie que c’est déjà le grenier de l’hospice au sud des Alpes.
Au 13ème siècle, l’hospice est plus que doublé (27.40 mètres sur 21.30), ce qui suppose les travaux correspondants à St-Oyen, la capacité d’accueil de l’hospice pouvant augmenter seulement si son approvisionnement augmente en proportion. Il est possible qu’à St-Oyen le château original soit resté de la même superficie, en y ajoutant un étage, les efforts de construction allant aux différents ruraux et greniers. Le couloir vouté en plein cintre du rez-de-chaussée et celui du premier étage pourraient remonter au 13ème siècle, d’autant plus qu’ils ne sont pas alignés avec l’ancienne entrée du château. Il est possible qu’il y ait eu un escalier extérieur en forme de tourelle reliant les couloirs des étages, comme à l’hospice.

B. LE FOUR À PAIN, DE 1137 À 1958

En 1958, une construction de faible grandeur située en amont du bâtiment principal a été expropriée par la commune de St-Oyen qui l’a démolie pour élargir la route de Flassin. C’était le four à pain, utilisé depuis le Moyen-âge pour les besoins de la ferme. Il était séparé de la ferme de quelques mètres, permettant à un cheval tirant un char de passer entre les bâtiments. Il était également relié à la ferme par une passerelle à deux étages, dont les portes de passage sont encore visibles sur le bâtiment principal : celle de sortie d’urgence contre les incendies, et, au-dessus de cette dernière, la porte transformée en fenêtre. Cette distance du bâtiment principal pourrait avoir deux raisons, la première, une sécurité contre les incendies. Si le feu démarre, ce n’est que le bâtiment du four qui brûle, la seconde d’ordre défensif. Le four est en amont de la maison forte, c’est son point faible. En effet, la vue y est bien réduite, de plus avec des échelles ce mur est le plus vulnérable. Il se pourrait que le four ait été à l’origine une tour de défense pour décourager les pillards à attaquer la maison depuis le nord.
Lors des révolutions de 1848, l’Etat du Valais a sécularisé toutes les propriétés de l’hospice sur ses terres et les a vendues aux enchères. Aussi les chanoines ont-ils été obligés de louer rapidement la ferme de St-Oyen à L’Ordre mauricien pour fournir le pain de l’hospice depuis ce four. L’économe de St-Oyen, dans son cahier, mentionne qu’en 1899, la chambre du pain y est modifiée, et l’accès aux réserves de farine amélioré. Cette date correspond à la fin de la construction de l’hôtel de l’hospice, qui servait jusqu’en 1925 d’annexe à l’hospitalité. Plus de monde, signifie augmenter la production de pain. En 1905, c’est la cave située sous le four qui est convertie en écurie pour les mules et en une petite remise. En 1906, une cloison est montée au-dessus du four pour séparer le foin des mules, du bois servant de carburant au four. C’est dans cet état qu’il a été détruit.

C. 15EME ET 17EME SIECLES

Il semble cohérent d’agrandir château Verdun à St-Oyen en même temps que l’hospice qu’il est chargé d’alimenter. Ainsi l’agrandissement suivant remonterait à la fin du 15ème siècle, époque où l’on bâtit au col la travée de la cuisine actuelle, dont la fenêtre porte la date de 1469. A St-Oyen, la maison est agrandie vers le sud. On y aménage le corridor du rez-de-chaussée, englobant la porte et la meurtrière en tuf, et les deux pièces qui font face à l’ancien château : celle de la cheminée ainsi que la pièce boisée qui était le réfectoire des religieux. Une coutume de la maison, qui a duré jusqu’en 1990, était de verrouiller la nuit les deux portes de ce couloir : la porte d’entrée ouest et celle menant à la chapelle. C’était une porte en bois à deux battants, peinte en rouge. Tous les passants pouvaient entrer, aller dans le grand hall et la chapelle, ouverts jour et nuit.
A l’hospice, les travaux suivants datent du prévôt Antoine Norat (1671-1693) qui a reconstruit l’église et réaménagé l’hospice pour lui donner son aspect actuel, dont les voutes en arrête des corridors du rez-de-chaussée et du 1er étage. Le prévôt Persod (1693-1724) a fait de même à l’actuel prieuré saint Pierre, près d’Aoste, entre 1693 et 1705. La maison de saint-Oyen, située entre ces maisons, a donc été embellie en même temps et dans le même style. On y repère les grands couloirs du rez-de-chaussée et du premier étage, en voute d’arrête et le splendide plafond du salon du 1er étage, typique du 17ème siècle, actuellement meublé d’une table et de six chaises de style liberty, du début du 20ème siècle. Notons que le rez-de-chaussée du bâtiment primitif et de cet agrandissement ont été mis à niveau, 20 cm plus haut qu’actuellement. En faisant cela, l’ancienne porte en tuf a été murée, car enfoncée dans les murs de plus de 50 cm par rapport à son probable niveau d’origine. Ce haussement de niveau a été effectué pour ajouter des caves sous cet agrandissement du 15 ou 17ème siècle. Notons que le prolongement de l’escalier actuel vers le sous-sol a été réalisé en 1990, en passant sous les fondations de l’ancien château, qui a été sous-muré à cette occasion. Le passage et l’escalier qui permettent de rejoindre actuellement la grande cave aux 3 colonnes ont été réalisés en 1990, en excavant sous le corridor principal et en creusant l’ouverture au travers du mur ouest de la grande cave. En soulevant une dalle du corridor, on retrouve le bétonnage de la voûte dudit escalier.

D. 1860-1861

Un élément rend délicate l’interprétation de l’évolution du bâtiment, ce sont les trois colonnes et chapiteaux de type mérovingiennes (vers le 8ème siècle) de la grande cave est qui peuvent faire penser que c’est l’élément le plus ancien de la maison. Cependant ses dimensions sont trop importantes pour cette époque (24.20 x 7.80 m). De plus, cette cave avait comme unique accès un escalier descendant directement à la cave, depuis le local le plus proche de l’entrée, aujourd’hui la salle de la vaisselle. En regardant de près cet escalier, il ne comporte pas de traces d’anciennes ferrures sur les murs aux alentours du pallier où se trouve la porte. La serrure, les gonds et toutes les pièces métalliques de la porte sont majestueux, mais sont fixés avec les pas de visse typiques du 19ème siècle, qui est donc l’époque de construction de cette grande cave est. Si les chapiteaux sont réellement mérovingiens, il s’agit d’une réutilisation. Jusqu’aux travaux de 1991, on pouvait moduler l’hygrométrie de cette cave. Pour humidifier, il fallait y dévier de l’eau depuis le torrent de Barasson. On la renvoyait au torrent à la sortie de la cave. Pour l’assécher, il suffisait d’ouvrir les grands soupiraux, toujours en fonction.
Au-dessus de cette cave se trouvent trois pièces. La première, c’est l’ancien garage (au nord est), l’actuel réfectoire des hôtes. Entre son niveau et la voute de la cave se trouve un terre-plein. A la construction de la dalle, on le vida de sa terre et divers matériaux pour éviter l’humidité accumulée en proximité du torrent. La seconde, c’est le grand hall et sa grille de bois, qui englobe un mur intérieur comprenant des fenêtres munies de grilles, indiquant qu’il s’agit d’un ancien mur extérieur. On y déposait les marchandises à descendre dans la grande cave et dans la dépense de la cuisine. On y stockait des marchandises pour l’hospice. De même niveau que le petit corridor menant à la porte d’entrée, réfectoire des hôtes, il était constitué d’un plancher, remplacé en 1990 par une dalle en béton. On créa ainsi un local de rangement auquel on accède par une porte basse, près de la chapelle. Durant la seconde guerre mondiale, ce réduit servait de réserve de munitions pour les maquisards, alors que le chanoine Jacquier logeait à la ferme les gradés des armées fascistes et nazies de la région. La troisième pièce au-dessus de la voute de la grande cave, c’est la chapelle (à l’angle sud est). Son niveau, huit marches plus bas que les pièces voisines a été surbaissé pour y mettre les belles voutes rayonnantes qui solennisent son architecture. Le style de l’encadrement de sa porte peut être soit du 17ème soit du 19ème siècle. Comme les éléments métalliques de cette porte sont tous munis de visses et que le linteau porte la date de 1861, nous déduisons que la chapelle porte la date des derniers travaux de construction. Pourquoi une telle rampe d’escalier pour y accéder ? Pourquoi aucune porte d’accès vers l’extérieur, en lieu et place de la fenêtre ? Aucun signe n’a été décelé lors de la réfection de 1990.
Au-dessus de la chapelle, à l’angle sud est, se trouve le grand salon, dont l’économe, en 1909, a « fait fabriquer au menuisier Erba à Aoste le mobilier […] pour le prix de frs. 800. » Il s’agit de l’énorme table de salon, en noyer clair, de 2m50 sur 1m22, des huit chaises recouvertes de tissu damassé jaune, du canapé, de deux fauteuils et d’un petit guéridon assortis. Au milieu de la maison, à cet étage, ce sont les voutes du hall d’entrée et au nord, des chambres, qui ont été transformées en appartements et loués durant le 20ème siècle. A l’étage supérieur, entre les chambres de la communauté (sud) et celles des hôtes (nord), au-dessus du hall d’entrée, se trouve le grand étendage de l’hospice. Son sol recouvert de dalles est prévu pour évacuer l’eau des lessives. Le treuil permettant de monter le linge à étendre est toujours fonctionnel.

E. 1989-1991

C’est le chanoine Michel Praplan qui a été chargé de la restauration de Château-Verdun, de 1989 à 1991, pour transformer le corps d’habitation de la ferme en maison d’accueil à l’image des hospices du Gd-St-Bernard et du Simplon. Il a fallu recréer une unité, car la partie nord de la maison, ainsi que le second étage sud avaient été transformés en appartements. Avec l’aide du Bureau d’Architecture Piccato & Saltarelli, la communauté d’Aoste a élaboré un plan d’ensemble de tous les anciens bâtiments affectés alors à l’exploitation agricole. Le projet fut présenté au Chapitre Général et approuvé le 31 mars 1989. Une partie de ce projet a été réalisé et constitue l’actuelle maison d’accueil : l’aménagement du Château Verdun et du rural situé à l’est. Le chantier le plus dangereux a été de transformer le petit réduit à charbon du rez-de-chaussée pour y continuer la cage d’escalier jusqu’à la grande cave. Il a fallu creuser sous les fondations du premier bâtiment, sous-murer le couloir en voutes croisées, dont le dallage a été enlevé. La maison rénovée, débutant son activité hospitalière, a été inaugurée par le prévôt Angelin Lovey, le 15 juin 1991.
Notons que la plus grande partie du mobilier remonte au 19ème siècle, époque du rachat de la ferme. Presque tous les lits, commodes et petits meubles de style empire viennent de la ferme de Moncenis, ou logeait le prévôt Filliez.

2. L’ÉCURIE VIEILLE

En partant du four à pain, en allant dans les sens contraire des aiguilles d’une montre, nous arrivons à l’écurie vieille, où se trouvaient les vaches. Elle est construite sur deux étages, pour tenir compte de la pente (Nord-Sud). L’écurie mesure 30 mètres sur 9. La partie haute est longue de 17 mètres, puis un escalier interne descend dans la partie basse, de 12 mètres de long. Les vaches devaient emprunter une rampe extérieure pour arriver dans l’étable du haut. Une particularité de ce rural c’est le fait qu’il était possible d’y dévier l’eau du torrent de Barasson pour vider les deux rigoles. Le chanoine René Giroud datait ce rural du 15ème siècle. C’est plausible, car c’est la seule ancienne étable pour les vaches de la ferme. La grange semble avoir été haussée en y ajoutant une passerelle sur sa façade ouest, afin d’y déverser le foin directement des chars par des ouvertures du toit, se fermant avec des tôles. En refaisant le toit de ce rural, vers l’an 2'000, les ouvertures à foin ont été remplacées par des lucarnes situées aux mêmes espacements, mais plus petites et plus proches du faite du toit. Durant la construction de l’actuelle église paroissiale de St-Oyen, en 1820, la grange de l’écurie du bas à été mise à disposition de la paroisse pour y célébrer la messe. Elle est désormais à disposition des moniales bénédictines qui veulent en faire une grande chapelle.

3. L’ÉTABLE MODERNE

Construite en 1982, derrière l’écurie vieille, l’étable moderne, en béton armé, avait pour but de moderniser l’exploitation agricole, qui se faisait dans trois bâtiments différents. A cette époque, les revenus de l’agriculture ont chuté, obligeant cette restructuration. Les chanoines ont géré personnellement cette exploitation jusqu’en 1989 par les bons soins d’un économe résidant sur place ou en communauté à Aoste. Dès cette date, la partie agricole de la propriété de St-Oyen est louée par les frères Volget de Brissogne.

4. LA GRANGE CARRÉE

La grange carrée, de 14 mètres de côté, semble être une construction du 16ème ou du 17ème siècle. Au rez-de-chaussée se trouvent deux écuries voutées. La première, en amont, était celle des génisses, soit du jeune bétail. La seconde, en aval, était la porcherie, avec deux portes basses permettant aux porcs de sortir dans un parc et de rentrer librement pour la nuit. La grange au-dessus des deux voutes a probablement été refaite au 19ème siècle. Elle comprenait les quatre murs extérieurs et un pilier central, supportant à la hauteur du troisième étage un quai de déchargement du foin muni d’une porte d’entrée donnant actuellement sur le vide. C’est l’arrivée de la passerelle reliant la grange carrée à la route de Flassin, via la façade ouest de la grange vieille. Le pont entre la passerelle et la grange carrée a été fait en 1894, et détruit vers 1950 lors de l’achat des tracteurs agricoles, dont le poids aurait fait céder ladite passerelle. Il semble qu’une partie du le 1er étage de la grange carrée ait été transformé en appartement rudimentaire à une époque récente. En effet, avant la transformation de cette grange en annexe au monastère des bénédictines, en 2005, il restait du carrelage, contre les murs sud et ouest, un lavabo, des restes de planchers, de cloisons et diverses canalisations.

5. L’ÉCURIE DES CHEVAUX, DES MULETS, LE GRENIER ET LE MOULIN

Le rural le plus intéressant, situé au sud de la maison principale, c’est le corps principal du monastère « Regina Pacis ». Sous le toit se trouvent la chapelle, la sacristie et deux chambres d’hôtes ; au- milieu la salle capitulaire, la bibliothèque, l’entrée du monastère, le parloir, la salle d’enseignement pour les hôtes ; au-dessous le réfectoire, l’ouvrage et la buanderie.
Ce rural de 26.60 m sur 8.60 mètres, est composé de deux parties, un grand rectangle à l’ouest de 17.40 mètres de long auquel s’ajoute à l’est un petit rectangle de 9m 60 de longueur. Le plus petit des deux, c’est le moulin, dont la première mention écrite remonte à 1324. Il est probablement resté au même emplacement depuis l’origine, même si le bâtiment actuel est plus récent. Jusqu’en 2002, il y avait au niveau du sol, le trou permettant à l’eau de retourner au torrent. Les moulins étaient en fonction en 1904, année où l’économe de la ferme rachète deux meules neuves pour le moulin du seigle. C’est en 1948 que les moulins arrêtent de travailler. Leur arrivée d’eau est bouchée pour y installer les vannes du système d’arrosage à pluie, système resté sur place jusqu’en 2002. Dans les voûtes des moulins se trouvaient deux trous, qui permettaient de faire passer les grains du grenier voûté, situé à l’étage, à la trémie de chacun des deux moulins. Le grenier se reconnaît sur les façades nord, est et sud, à ses petites fenêtres carrées, munies de grilles fines, protégeant les céréales des rongeurs. Au-dessus de cette voute se trouve la chapelle actuelle où l’on arrive par l’élégante petit pont voûté. Ce devait être le garage des calèches et autres véhicules, ainsi que l’accès du foin pour terminer de remplir la grange avec laquelle il communiquait.
Le bâtiment qui lui est collé à l’ouest, soit le grand rectangle dont nous avons parlé, peut remonter au 16ème siècle. C’était l’écurie des chevaux, avec ses voutes splendides, voisine de la petite écurie des mulets. Au-dessus se trouvait une grange, transformée à la fin du 19ème siècle en dortoirs et chambres pour les employés agricoles. Au-dessus des chambres se trouvait la grange, où l’on accédait soit par une petite passerelle mobile en planches, soit par l’actuelle porte d’entrée du monastère, ou bien par l’élégant pont voûté, situé un étage plus haut, qui permettait de jeter le foin dans la grange depuis le haut. L’harmonisation des toits pour faire un seul bâtiment du moulin et de l’écurie date probablement des années 1860.

6. LA « CACATIÈRE »

Sur une photo des alentours de 1900, la cacatière, située au sud de la grange vieille, en aval des autres ruraux n’existe pas encore. L’économe de la ferme mentionne qu’en 1895, il a fait la piscine – soit la fosse à purin – ainsi que les canaux des écuries pour l’écoulement du purin. En 1924, il refait le plancher de la fosse à purin en ciment armé. C’est probablement peu après cette date qu’est construite la cacatière. Il s’agit en fait d’un toit, soutenu par neuf piliers massifs, le tout recouvrant une fumière. La façade sud était entièrement en maçonnerie, pour éviter que le soleil ne propage les odeurs, les autres façades étaient en partie recouvertes de planches pour éviter les débordements de fumier. Cette construction rudimentaire comprenait un sous-sol – la fosse à purin collectant les excréments des trois écuries que sont la grange vieille, la grange carrée et l’écurie des chevaux – un rez-de chaussée avec les fumières des chevaux et des vaches, et un étage comprenant un plancher avec plusieurs trous. On y arrive avec une brouette de fumier en partant de la grange vieille, passant devant l’étage de l’écurie des chevaux, en empruntant une passerelle de bois qui arrive à l’étage de la cacatière. La brouette peut alors se déverser dans les trous sur les fumières de l’étage inférieur. Ce bâtiment mis à disposition des moniales bénédictines, abrite 12 cellules depuis 2002. La passerelle a été remplacée par un ascenseur reliant les bâtiments.

7. LA FORGE

A la fin du 19ème siècle, en raison de l’accroissement du nombre de passants, l’hospice construit une annexe, de 1895 à 1899. C’est l’hôtel de l’hospice, mis en location depuis 1925. C’est dans cette optique qu’est construite la forge, en 1908, pour y ferrer les chevaux et y fabriquer les clous et les outils agricoles. Avec l’arrivée de l’automobile et des tracteurs agricoles, la forge est abandonnée. Elle reprend vie en 1991, en tant que mini-centrale hydroélectrique.

8. LE POULAILLER

C’est en 1910 qu’est reconstruit le poulailler, à côté de la forge, pour y accueillir la basse-cour. Les statistiques de 1930 y mentionnent 1 coq et 30 poules qui ont produit 1'700 œufs sur l’année écoulée. L’hospice conservait des œufs pour l’hiver, 500 en l’an 2'000. A la fin septembre, il fallait les empiler verticalement dans de grandes toupines de terre cuite, dont la plus grande en contient 300. Pour fermer les pores des coquilles, il faut remplir les terres cuites d’un mélange d’eau et de silicate de soude à 8-10%. Le poulailler de Saint-Oyen, resté en fonction jusqu’en 1991, a été détruit et reconstruit à l’identique, en 2002, car sa base avait pourri.

9. LA REMISE NEUVE, SOIT LA MENUISERIE, LE RUCHER ET L’ABATTOIR

Une pierre, placée au faite de la remise neuve, mentionne qu’elle a été construite en 1893, au levant de la maison principale. Deux ans plus tard, sur son mur est, s’accote le rucher, maisonnette de planches recouverte de tuiles rouges. En 1904, l’économe installe dans cette remise le laboratoire du miel, déplacé en 1905 dans le local le plus à l’est de la remise, pour avoir une communication directe entre le rucher et le laboratoire. Le 30 janvier 1928, le chanoine Jean Massy, responsable du rucher, déclare à l’Etat avoir pris soin durant l’année écoulée de 28 ruches mobiles, qui ont produit une moyenne de 3 kg de miel par ruche et 10 kg de cire. L’exploitation du rucher s’est arrêtée en 1962, avec le départ du chanoine Jacquier qui affirmait que les abeilles rapportaient davantage que la ferme. La dernière ruche a cessé de bourdonner au printemps 1990, terrassée par le varroa.
En 1907, on installe dans cette remise une scie circulaire marchant à l’eau. Elle reste en place jusqu’en 2008. En 1908, la menuiserie est transférée à côté du laboratoire du miel, au milieu de la remise. Son dernier utilisateur a été le chanoine René Giroud (1911-2001), qui y sculptait. Le troisième usage habituel de cette remise neuve a été de servir d’abattoir, principalement pour les gens du village de St-Oyen, jusqu’aux rénovations de 1990. En 2008, la remise neuve est rénovée pour en faire une annexe à l’hospitalité, comprenant onze chambres munies des commodités.


F. « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour »



1. L’ORGANISATION DES CHANOINES DANS LA VALLEE

Lors de la Séparation de 1752, les chanoines du Gd-St-Bernard ont été expropriés de tous leurs biens en Vallée d’Aoste, biens qu’il a fallu ensuite racheter au gré des possibilités. Ce sont les alpages qui ont été les plus utiles à la cuisine de l’hospice. Ils lui ont fourni durant l’été la viande, le lait, le beurre et le fromage nécessaires à l’hospitalité.
De 1752 à 1847, les religieux géraient des propriétés dans le Val d’Aoste. Avec la virulence des mouvements anticléricaux dans la Suisse du Sonderbund, le Prévôt fuit le Valais. Il est en grande partie responsable de ces réactions qu’il a exacerbées par son intense activité politique, surtout par son intransigeance. L’hospice est aussitôt spolié de ses propriétés, vendues aux enchères par le gouvernement radical pour rembourser les frais de guerre. Cet état de fait force les chanoines à revenir sur le versant sud des Alpes, là où saint Bernard officiait comme archidiacre. En une dizaine d’années de travaux acharnés, ils reforment un système agricole performant qui leur permet de nourrir gratuitement les hôtes de l’hospice. C’est d’abord l’économe de St-Oyen qui rejoint le prévôt dans la Vallée, bientôt accompagnée de quelques confrères. Une étape significative s’effectue en 1951 avec la fondation de l’école pratique d’agriculture et l’arrivée d’un renfort de chanoines. Les religieux vont alors se structurer en provinces, à l’image des grands ordres religieux. A Aoste, ce sera le « prieuré de Montfleury », qui a duré de 1959 à 2004. Depuis lors, la congrégation des chanoines prend acte de la baisse des vocations et se structure en maisons locales, dont Château-Verdun. Avec les ennuis de santé de ses membres, cette maison est rattachée en 2010 à la cure d’Orsières, puis louée au diocèse d’Aoste depuis le début février 2012. Les trois derniers chanoines de la maison y sont restés encore cinq mois pour assurer la transition de l’œuvre d’hospitalité. Le chanoine Louis Lamon a rejoint la communauté de l’hospice du Simplon le 28 juin 2012, jour d’entrée du chanoine Francis Darbellay au Prieuré Saint-Pierre, non loin d’Aoste. C’est la maison de repos du clergé qui sert également de maison diocésaine de retraites spirituelles. Le chanoine Paul Bruchez, hospitalisé à Aoste à cette date, a rejoint la maison Saint-Bernard à Martigny, le 3 juillet 2012.

2. DES CHAINES DE TRANSMISSION



A. LES BIENFAITEURS

Entre la vallée d’Aoste et les chanoines du Grand-Saint-Bernard, c’est une longue histoire d’amour qui se noue au fil du temps. Prenons quelques bienfaiteurs à témoin. Mentionnons en premier le docteur d’Argentier, savant médecin valdôtain de la fin du 19ème siècle qui a offert à l’hospice les 200 livres de sa bibliothèque. Ils y sont encore, munis de son sceau et de leur numéro d’ordre dans sa bibliothèque. A sa mort en 1954, le Père Désiré Dumoulin lègue aux chanoines qui l’ont soutenu les dernières années de sa vie les archives, la bibliothèque et les stalles de son ordre. Un faux monseigneur a volé les manuscrits, vers 1960. Il n’en reste qu’un collectaire, du 12ème siècle. Le Père Désiré était le dernier moine d’Aoste, de ces bénédictins français qui avaient refondé Cluny. Chassés de France en 1905, ils ont tous été mobilisés durant la guerre de 1914. Seulement deux sont revenus du front. En 1960, le curé de St-Rhémy Humbert Barmette, offre un pré à la ferme de St-Oyen. Deux ans plus tard, Antoinette Farinet fait de même. En 1990, les frères Roberto et Luigi Berton, d’Aoste, manifestent leur désir de donner aux chanoines leur patrimoine rural situé à Charvensod. Le Conseil de l’Ordre leur suggère d’effectuer ce don auprès de l’Institut Agricole Régional, ce qui est effectué en 1993, au moment du décès du dernier survivant, Robert Berton.

B. LE MONASTERE REGINA PACIS, OSB

En automne 1999, lors des préparations du jubilé de l’an 2'000, le chanoine Paul Bruchez est sollicité par la Mère Canopi, abbesse bénédictine du monastère de l’île San Giulio sur le lac d’Orta, pour mettre à disposition de ses moniales, des bâtiments leur permettant d’y ouvrir une filiale. Elles doivent essaimer en raison de l’affluence de vocations religieuses. Les chanoines, après l’avis favorable de l’évêque du lieu, Mgr Anfossi, décident que les deux bâtiments en aval de la ferme serviront de monastère. Après deux ans de travaux, le 12 octobre 2002 est inauguré le monastère « Regina Pacis » de St-Oyen, dont la Mère Agnès est la supérieure. Les stalles du monastère ont une histoire intéressante. Ce sont celles qui viennent des bénédictins d’Aoste. Elles ont ensuite été à la crypte de l’hospice, puis au troisième étage de Château-Verdun, avant de rejoindre la chapelle des moniales. En 2004, la grange carrée est mise à disposition des sœurs bénédictines, puis en 2012 la grange vieille, dont les travaux de réaffectation n’ont pas encore commencé. De 2002 à 2012, les chanoines y ont assumé la messe quotidienne et les confessions bimensuelles. Le chanoine Paul Bruchez, outre son rôle de confesseur, qu’il continue d’assumer, leur a transmis avec passion durant presque une décennie, sa passion du grégorien en leur donnant des cours hebdomadaires.

C. LE DIOCESE D’AOSTE

Lors du chapitre général de l’été 2010, les chanoines du Gd-St-Bernard décident de fermer deux de leurs œuvres, soit le secteur pastoral Noble et Louable Contrées, comprenant entre autre la paroisse de Lens qu’ils desservaient sans interruption depuis le 12ème siècle, et leur activité en vallée d’Aoste. Pour St-Oyen, l’évêque du lieu, Mgr Franco Lovignana, accepte de reprendre l’activité hospitalière de la maison, via la fondation diocésaine « étoile ». Il y nomme dom Joseph Lévêque, qui assure la messe quotidienne pour les moniales et, avec laide d’un administrateur, assume l’hospitalité à Château-Verdun dans le bâtiment principal et la remise neuve rénovée en 2008.

3. AU BIENTOT DE DIEU

Le Seigneur a suscité saint Bernard, au onzième siècle, pour fonder l’hospice et les chanoines qui en dépendent. Durant des siècles, le col était un endroit dangereux et les fils de saint Bernard étaient les témoins de l’amour du Seigneur pour les passants. Les temps changent. Les voies de communication se sont améliorées, les chevaux ont laissé la route à l’usage des voitures automobiles. Les tunnels routiers et ferroviaires permettent de relier plus facilement le Nord au Sud de l’Europe, sans passer par le col du Grand-Saint-Bernard. Nous sommes invités à une leçon d’humilité. Nul n’est irremplaçable en ce monde. Il nous revient de louer le Seigneur, de vivre de notre devise bernardine, « ici le Christ est adoré et nourri ». La prière qui rayonne dans le service des hommes de ce temps, voilà ce à quoi le Seigneur nous appelle, intensément, avec un amour renouvelé. Le reste ne dépend pas de nous. Il n’est pas impossible que le Seigneur nous invite à revenir vivre sur les terres que parcourait notre fondateur dans sa mission de prédicateur itinérant du diocèse d’Aoste. Dieu le sait et cela nous suffit. Que le nom de Dieu soit loué, aimé et glorifié, voilà la joie véritable. Le reste, à côté de cela, n’est que service du Maître, selon son bon vouloir. A Toi Seigneur honneur, gloire et louange.

F. Bibliographie sélective

Fonds d’archives consultés : les archives historiques du Gd-St-Bernard (AGSB), les archives de notre présence en Vallée d’Aoste (AGSB VAO) Témoignages de plusieurs chanoines dont Paul Bruchez, Francis Darbellay, Bernard Gay-Crosier, + René Giroud, Jean-Pierre Porcellana, Michel Praplan. BLONDEL Louis, L’hospice du Grand-St-Bernard, in Vallesia II (1947), p. 19-44. Coll., Institut agricole régional 1951-1982-2003. 50 annni d’Institut. 20 anni di Scuola, Aoste 2003. DEVOTI Chiara, Château-Verdun a Saint-oyen, Isola san Giulio 2004. DEVOTI Chiara, Tesi di specializzazione Luoghi di ospitalità lungo i’antico via di valico del Mont-Joux. La « grange » di Château-Verdun a Saint-Oyen, politecnico di Torino 1997. QUAGLIA Lucien, La maison du Grand-Saint-Bernard des origines aux temps actuels, Martigny 1972. VAUDAN Joseph, De l’école pratique d’agriculture à l’Institut Agricole Régional, in Bulletin de l’Académie Saint-Anselme II (1987), pp. 129 à 143.



L’au-revoir d’Aoste aux chanoines du Grand-Saint-Bernard

Message de l’évêque d’Aoste, Mgr. Franco Lovignana, le 23 septembre, dans les salons de l’évêché

Monseigneur et chers Chanoines du St Bernard,
Monsieur le Président de la Vallée,
Monsieur le Sénateur et Monsieur le Député,
Autorités,
Chers Confrères, Chers Religieux et Religieuses,
Mesdames et Messieurs,
Nous vivons cet après-midi un moment délicat et important de notre vie ecclésiale, nous l’avons vécu d’abord dans la prière, avec la célébration des Vêpres en l’Eglise Cathédrale ; nous le vivons dans une fraternité cordiale même si cela est marquée par la solennité requise par la circonstance.
Je Vous remercie, tous et chacun d’entre vous pour avoir accueilli mon invitation.
De ma part, je ne vous cache pas que c’est avec un peu de peine que je prends sur moi la tâche, en tant qu’évêque d’Aoste, de saluer la Congrégation des Chanoines du Grand-Saint-Bernard au moment où elle quitte notre diocèse, après mille ans (mille ans, bien évidemment, sans calculer la période de séparation consécutive à la bulle de Benoît XIV au XVIIIème siècle). Les raisons de ma peine, qui est la peine des confrères et de beaucoup de fidèles aussi, sont affectives et effectives.
Les raisons affectives découlent du fait que l’Eglise est comme une famille: il y a des visages et des présences qui composent notre monde à nous; il y a des relations et des habitudes fraternelles qui nous accompagnent, qui nous aident à marcher, à grandir, à nous ouvrir au monde et à Dieu.
Et il n’est pas indifférent que ces visages et ces relations quotidiennes soient ou présents ou non.
J’espère que les liens d’affection et de fraternité entre le Diocèse et la Congrégation continuent dans le temps; en réalité j’en suis certain, mais je pense aussi que cela dépend en grande partie de nous-mêmes, si nous sommes capables de nous ménager les occasions de rencontre et d’amitié et de les réaliser, de les vivre. Quant aux raisons effectives, la liste est longue. Avant tout je veux rappeler le ministère pastoral, que les Chanoines ont offert aux Valdôtains dans les paroisses d’Aoste Saint-Martin, de Saint-Rhémy, de Bosses, de Saint-Oyen et d’Etroubles, en accueillant les groupes d’adultes et de jeunes gens de nos paroisses qui venaient à Château-Verdun ; et encore dans la formation de la jeunesse à Châtillon et à Aoste à l’Institut Agricole, en laissant une trace bien marquée dans la vie des élèves et dans la culture et l’économie de notre Vallée.
Je crois pouvoir dire en toute sincérité que votre ministère nous manquera! Ce que vous avez fait restera inscrit à jamais au plus profond de nos coeurs et des annales de notre peuple.
Il y a une autre raison que je veux rappeler: avec votre départ le diocèse voit encore une fois s’appauvrir la présence et le témoignage de la vie religieuse. Et cela est doublement douloureux, étant donné que le charisme que vous incarnez, avec sa spiritualité, le charisme de saint Bernard d’Aoste, a jailli au sein de cette petite Eglise cachée au milieu des montagnes, un charisme et une spiritualité profondément liés à la vocation naturelle de cette terre valdôtaine à accueillir tous ceux qui l’ont traversée et la traversent : pèlerins, hommes de commerce ou de science, étudiants, soldats … ; aujourd’hui : émigrants, touristes et chercheurs d’une halte spirituelle, d’ un moment de silence, chercheurs de Dieu. C’est bien pour venir en secours de tous ceux qui devaient affronter les hautes montagnes, souvent dans des conditions peu propices voire difficiles, que saint Bernard a fondé les Hospices et votre famille religieuse.
Votre charisme peut être à bon droit considéré comme un beau fruit de la foi et de la charité de nos pères, foi et charité qui ont trouvé dans le coeur, l’intelligence et le zèle du saint Archidiacre d’Aoste et de ses fils spirituels le terrain favorable pour fleurir et mûrir le long des siècles.
C’est surtout pour ce grand et long témoignage de charité évangélique que le diocèse d’Aoste vous dit aujourd’hui merci et regrette votre départ. Et c’est pour la même raison que mon prédécesseur – Mgr Anfossi qui s’unit aujourd’hui à notre célébration –, avec son Conseil presbytéral, a voulu relever le défi de prendre de vos mains le témoin pour continuer avec votre esprit l’oeuvre de Château-Verdun: « hic Christus adoratur et pascitur, ici le Christ est adoré et nourri »
Merci, Monseigneur et chers Confrères, les Chanoines du Grand-Saint-Bernard. Je vous dis la reconnaissance de cette petite Eglise, l’Eglise d’Aoste, qui vous a donné naissance et que vous avez aimée et servie de mille façon et – j’en suis sûr - que vous continuerez à aimer et à servir parla prière et l’amitié fraternelle. Acceptez, Monseigneur, un petit témoignage de notre reconnaissance: une statue qui représente saint Grat, le patron de notre diocèse, un des saints les plus vénérés par les populations des Alpes occidentales. Suivant l’exemple de nos Saints, saint Grat …saint Bernard, imitant leur générosité et leur zèle apostolique nous serons toujours les uns à côté des autres sur les chemins de l’annonce du Christ, chemins qui nous amènent à Dieu et vers les hommes, chemins de charité et d’évangélisation.
Merci !


23. 09. 12. Réception à l’Evêché d’Aoste, le message de Mgr. Lovey,

Excellence, Monseigneur Lovignana,
Chers confrères de l’Église en Vallée d’Aoste et de la Congrégation,
Monsieur Rollandin, Président du Gouvernement Régional,
Mesdames et Messieurs les Invités,
Chers Amis,
Il y a un exercice de la spiritualité chrétienne qui s’appelle la relecture de vie. ‘’Relire sa vie pour y lire les traces de Dieu’’. Dieu s’est inscrit de façon indélébile dans la Création ; contempler la création permet de retrouver des traces divines. Il s’est inscrit de façon privilégiée dans l’histoire des hommes avec la venue parmi nous de son Fils Jésus : Chemin par excellence vers Dieu. Mais Jésus en s’identifiant au plus petit, au pauvre de tout temps, ouvre un accès à Dieu qui est à la portée de chacun. C’est sur cette certitude que Bernard, Archidiacre d’Aoste a fondé, voici mille ans l’œuvre des hospices. Je ne vais pas relire mille ans d’histoire, notre confrère historien, J.P. Voutaz l’a fait amplement dans un article à paraître dans le prochain N° de notre Revue que nous vous ferons parvenir. Je signale simplement quelques traits du visage de Dieu que St Bernard a su reconnaître et qu’il nous apprend aujourd’hui encore, à identifier.
C’est sur la montagne, au carrefour des passants qu’il a voulu inscrire une communauté de frères au service de l’accueil de tout homme. Mais pour que cette communauté puisse vivre, en altitude, il a bien fallu que certains membres descendent dans les plaines, des deux côtés de la montagne, à hauteur où l’on puisse cultiver la terre, élever du bétail afin d’approvisionner l’hospice. Cette remontée dans l’histoire nous fait remonter dans la symbolique du charisme d’accueil, au rythme des balises laissées par des devanciers inspirés. L’accueil, pour être exercé, n’a besoin ni de temps ni de lieu spécifiques. L’accueil est intemporel. C’est nous qui sommes inscrits dans un temps et dans un lieu. Et les circonstances de ces dernières décennies ont changé, pour le monde, pour l’Église, pour notre Congrégation. Nous avons été amenés à réfléchir à la manière de demeurer un signe dressé sur la montagne. Nous avons pris l’option de privilégier la vie commune, comme signe fort à offrir à notre monde, y compris notre monde ecclésial qui, à force de chercher une efficacité, parfois très individuelle, risque la dispersion pas toujours évangélique.
Nos prédécesseurs ont été des vigies sur la montagne qui ont su puiser dans le trésor de la tradition, du neuf et de l’ancien . Au gré des événements de l’histoire, descendus dans cette chère Vallée d’Aoste ils ont été, tantôt comme un levain discret, enfoui dans la pâte, tantôt comme un lys au milieu des champs. Vous avez évoqué, M. le Président, Mgr, l’œuvre récente de l’école d’agriculture et les noms de nos confrères liés à la Vallée. Je n’oublie pas non plus qu’il y eut des hommes issus de cette Vallée qui sont montés rejoindre la communauté. Ils ont liés à tout jamais nos 2 histoires. A commencer par Bernard d’Aoste, mais encore André Tillier, Roland Viot, humaniste remarquable, Michel Perrinod de Introd, Jean Antoine Buthod, curé d’Etroubles, Jean-Pierre Persod né en 1645 de St Nicolas qui deviendra «prévôt restaurateur des études », Louis Boniface son coadjuteur qui lui succédera et Léonard Jorioz qui laissa un souvenir moins glorieux ! Ces noms sont liés à l’histoire ancienne, mais ils ne font pas oublier d’autres noms tressés, serrés à l’histoire récente.
Depuis mon entrée dans la Congrégation, j’ai appris à ajouter à notre vocabulaire de Communauté des noms valdôtains que je cite avec beaucoup de reconnaissance Mss Piaggio frères, Dujany, Bastrentaz, Marguerettaz, Maquignaz, Vevey, Châtel, et tant d’autres, parmi lesquels, vous M. Rollandin, vous, Mgr Lovignana, vos prédécesseurs, aux responsabilités que vous occupez aujourd’hui. Je n’ai pas seulement appris vos noms, mais expérimenté l’intérêt et l’amitié portés à notre Congrégation, pour lesquels je vous remercie, au nom de tous mes confrères. Vous nous avez beaucoup aidés à être présents avec plus de justesse dans votre pays. Nous vous en sommes très reconnaissants.
Nous sommes tous de pays où nous pouvons pratiquer les chemins de montagne. En tant que marcheurs, nous avons appris qu’au carrefour des chemins de grandes randonnées on s’arrête, ne serait-ce que le temps de lever la tête vers des horizons inattendus. On s’arrête pour orienter ou réorienter la marche. Les carrefours sont des lieux de réflexion, d’ajustement de programmes, de récupération des forces, de restauration. On s’arrête pour laisser le cœur reprendre son rythme ; pour s’émerveiller des possibilités nouvelles qui s’ouvrent ; pour entendre que la vie sera conditionnée par le choix qui est en train de se mûrir. C’est ainsi que le carrefour a parfois ce terrible privilège de générer l’interrogation ; jusqu’à l’angoisse de se tromper. Faut-il aller à droite ou à gauche ? La marche en montagne nous a peut-être appris que souvent c’est aux carrefours que se formulent les justes questionnements ; là que se nouent les vraies relations. C’est à la croisée des itinéraires que se joue l’essentiel. Notre Congrégation est à un carrefour.
Si elle a pu jusqu’ici être heureusement active en Vallée d’Aoste, Dieu soit béni ! Mais quelque chose se termine. Nous ne voulons pas fermer les yeux ; ce départ nous invite à prendre au sérieux les peurs qui nous habitent, ces finitudes qui sont une manifestation de nos fragilités. La vie va continuer. Le fait de devoir abandonner une œuvre nous rappelle humblement, si nous en avions encore besoin, que nous ne sommes pas les sauveurs du monde ! La vie et l’œuvre que nous avons semés en Vallée d’Aoste, vont continuer ; nous avons confiance ; il y a don Giuseppe Levêque, M. Omero Brunetti qui sont désormais notre ‘carte de visite’ de Château Verdun à qui va notre profonde reconnaissance. Alors, nous ne voulons pas nous laisser capturer par l’angoisse de ce qui se termine. Si nous avons pris l’option d’un rapatriement, il s’agit moins d’un rapatriement géographique, que, je dirais, théologal. Il s’agit d’un rapatriement sur le présent : Où sont aujourd’hui les exigences de la vie religieuse et les appels pour notre Congrégation ? Voilà les questions qui se sont formulées à ce carrefour. En prenant la décision que nous marquons aujourd’hui par cette rencontre, nous souhaitons, à l’interne nous rappeler le sens profond de la vie religieuse et puis essayer de le transmettre à ce monde. Les œuvres si grandes et belles soient-elles, ne sont que la manifestation sociale de la vie religieuse ; elles n’en sont pas l’essentiel. Et elles changent selon les périodes. L’essentiel est du côté de l’Évangile qui peut se vivre dans n’importe quelle circonstance comme annonce d’un monde vers lequel nous marchons. La Vie Religieuse fait signe de ce monde à venir.
Qu’avons-nous à faire qui ne se soit déjà fait ? Notre Congrégation devra rester un signe. Signe dressé, repérable, qui oriente l’homme d’aujourd’hui et l’invite à gravir la montagne de sa vie jusqu’à la rencontre de Dieu.
Ce qui nous arrive, aujourd’hui, nous voulons le lire dans la perspective du temps long ; c’est le temps chrétien orienté d’abord et avant tout vers le retour du Christ. C’est de cela dont nous avons à être témoins. En remettant toute chose et cette page de notre histoire qui s’écrit aujourd’hui, dans la perspective du temps long, nous sommes libérés des inquiétudes de l’immédiat. Et dans ce sens, comme j’ai eu l’occasion de l’écrire au président du Conseil de la Vallée : un jour, si Dieu le veut, appelant des jeunes dans notre Congrégation, nous reviendrons en Vallée d’Aoste
+ Jean-Marie Lovey, prévôt


L’école d’adoration et de prière à Martigny Bourg

Présentation en dix questions.

On me demande de présenter pour notre revue l’école d’adoration et de prière que nous avons mise sur pied à l’église du Bourg. Je le fais, en mettant en tête de paragraphe dix questions principales. N’y lisez pas une prétention à un exposé complet sur l’Adoration Eucharistique ! Il s’agit simplement de rendre la lecture de l’article plus agréable.

Qu’est-ce que l’Eucharistie ?

Le pape Benoît XVI a une belle définition de l’Eucharistie dans son exhortation post synodale Sacramentum Caritatis : « Sacrement de l'amour, la sainte Eucharistie est le don que Jésus Christ fait de lui-même, nous révélant l'amour infini de Dieu pour tout homme. Dans cet admirable Sacrement se manifeste l'amour « le plus grand », celui qui pousse « à donner sa vie pour ses amis » (Jn 15, 13). En effet, Jésus « les aima jusqu'au bout » (Jn 13, 1). Par cette expression, l'Évangéliste introduit le geste d'humilité infinie accompli par Jésus: avant de mourir pour nous sur la croix, se nouant un linge à la ceinture, il lave les pieds de ses disciples. De la même manière, dans le Sacrement de l'Eucharistie, Jésus continue de nous aimer « jusqu'au bout », jusqu'au don de son corps et de son sang. Quel émerveillement dut saisir le cœur des disciples face aux gestes et aux paroles du Seigneur au cours de la Cène! Quelle merveille doit susciter aussi dans notre cœur le Mystère eucharistique! »

Qu’est-ce que l’adoration ?

L’adoration eucharistique est directement liée au sacrifice de la messe. Elle en est la prolongation, et ne peut jamais être considérée indépendamment d’elle. L’adoration prolonge en quelque sorte la messe et nous donne envie d’y revenir pour recevoir Jésus dans l’Eucharistie.
La dévotion au Saint Sacrement découle de la reconnaissance que Jésus est réellement présent dans l’hostie consacrée. Cette profession de foi ne doit pas seulement se faire avec l’intelligence, mais avec l’amour de notre cœur. Il n’y a pas de foi sans amour ! Puisque le Seigneur est vraiment présent dans le Saint sacrement, alors je peux le voir, le toucher, m’en nourrir. Ça n’a l’air de rien, c’est très simple à écrire sur du papier, mais c’est une révolution copernicienne que de l’accepter vraiment !
Voici ce que dit encore Benoît XVI dans l’exhortation Sacramentum Caritatis : « L'acte d'adoration en dehors de la Messe prolonge et intensifie ce qui est réalisé durant la Célébration liturgique elle-même. En fait, ce n'est que dans l'adoration que peut mûrir un accueil profond et vrai. Et c'est bien par cet acte personnel de rencontre avec le Seigneur que mûrit ensuite la mission sociale qui est renfermée dans l'Eucharistie et qui veut briser les barrières non seulement entre le Seigneur et nous, mais aussi et surtout les barrières qui nous séparent les uns des autres »

Quel est le fruit de l’adoration ?

Si on aime quelqu’un, il nous faut prendre du temps avec lui. Adorer c’est donc choisir de passer du temps devant le Saint Sacrement, par amitié pour Dieu. C’est un moment donné gratuitement au Seigneur. Il se vit parfois dans la jubilation intérieure, parfois aussi dans une certaine sécheresse.
L’adoration, c’est surtout un moment où je me laisse aimer. Dieu m’a aimé bien avant que je l’aime ! Si je prends du temps pour Lui, il va pouvoir patiemment me transformer et mettre en moi sa lumière.
L’exemple du bronzage (!) peut aider à comprendre comment Dieu agit dans l’adoration. Sur la plage, le temps passé au soleil marque notre peau et la brunit. Il n’y a pas besoin de réfléchir pour bronzer : l’exposition au soleil suffit ! On peut Dire que Dieu fait de même dans l’adoration. Le temps passé devant le soleil de l’Eucharistie donne à notre cœur force et joie. Il suffit d’être là et de s’exposer à l’amour du Seigneur. L’adoration nous fait quitter ainsi la logique du « faire à tout prix » pour entrer dans la logique de l’« être ». Je quitte les activités – et parfois l’activisme ! – pour régénérer mon cœur devant le Seigneur
Voici ce que dit Jean-Paul II, dans l’encyclique Ecclesia de Eucharistia: « Il est bon de s'entretenir avec Lui et, penchés sur sa poitrine comme le disciple bien-aimé, d'être touchés par l'amour infini de son cœur. Si, à notre époque, le christianisme doit se distinguer surtout par « l'art de la prière », comment ne pas ressentir le besoin renouvelé de demeurer longuement, en conversation spirituelle, en adoration silencieuse, en attitude d'amour, devant le Christ présent dans le Saint-Sacrement ? Bien des fois, chers Frères et Sœurs, j'ai fait cette expérience et j'en ai reçu force, consolation et soutien ! »

Pourquoi proposer un (ou des) temps d’adoration en paroisse ?

Mon confrère Jean-Pierre Voutaz, qui assure également les enseignements au soirées d’adoration, a eu une façon éloquente d’annoncer en paroisse le lancement de l’école. Il a dit en substance ceci : ‘En pastorale, depuis une quarantaine d’année, nous avons un peut tout essayé. Des méthodes diverses de catéchèse, des lignes pastorales nouvelles, des changements d’horaire, des grilles d’analyse et de relecture de notre façon de procéder… rien n’y fait vraiment et nous voyons que le nombre des chrétiens pratiquants a toujours tendance à baisser. Alors, pourquoi ne dirions nous pas à Dieu : on a tenté plein de choses avec nos propres forces, et ça ne marche pas vraiment. Seigneur c’est à toi que nous confions la direction de nos affaires. Nous, on va se tenir devant toi, se rendre disponibles à ton amour et à ta volonté. Et c’est toi qui vas faire le travail. qui va nous inspirer ce qu’il faut être en vérité. On te laisse la place, agis toi-même !’
Je crois que c’est là que réside l’actualité prophétique de l’adoration en paroisse : elle transforme de l’intérieur notre manière de faire. On passe du ‘faire pour Dieu’ au ‘laisser Dieu être Dieu’. C’est tout simplement donner au Seigneur la place qui lui revient.
J’ajoute ceci à titre personnel. J’ai eu à traverser il y a deux ans l’épreuve de la dépression. Cela a été une expérience très dure, mais aussi le moment béni où Dieu m’a visité dans son amour. J’ai eu la grâce de pouvoir me mettre quotidiennement devant le Saint Sacrement. C’est là que j’ai expérimenté de plus près combien Jésus nous aime et nous guérit REELLEMENT. Quand tout va mal, on ne peut que crier vers Dieu. Et Lui nous répond ! Ce ‘stage pratique’ dans la maladie a été pour moi l’occasion de davantage me ‘laisser faire par Dieu’. C’est cette expérience qui m’invite à laisser bien plus qu’avant l’initiative au Seigneur dans la pastorale.

Comment est venue l’idée de l’école ?

Le désir de renforcer les temps d’adoration dans la paroisse était là. Mais comment faire concrètement, et comment donner au gens le goût de l’adoration ? La réponse est venue providentiellement, et non sans un certain humour de la part du Seigneur.
Un soir, je m’arrête pour prier à la chapelle de la Prévôté, la maison de nos confrères âgés. M’asseyant à la place qu’occupe en principe le chanoine Marquis, je tombe sur un livre lui appartenant. Il s’agit d’écrits de Saint Pierre Julien Eymard sur le Saint Sacrement. J’ouvre : c’est si beau ! Je demande quelques jours plus tard au chanoine en question s’il peut me prêter ce livre à l’occasion. Le lendemain, arrivant à la chapelle pour la prière du matin, Mr. Marquis me tend sans mot dire un autre livre. Il a pour titre « Initiation à la prière et à l’adoration ». L’auteure, Anne-Françoise Vater, membre de la communauté de l’Emmanuel, y explique comment elle a reçu en 2005, année de l’Eucharistie, l’intuition de fonder, selon un schéma très simple, une école d’adoration. Le livre détaille ensuite les enseignement et la manière de mettre en place les soirées. J’y ai vu la bonté de Dieu, qui livrait « clés en main » la méthode pour L’adorer en paroisse. Plus besoin de se gratter la tête !

Comment s’est mise en place l’école ?

Sur la communauté de Martigny-Bourg, quelques jeunes couples se sont montrés très motivés. Deux de ces foyers étaient arrivés sur la paroisse quelques mois auparavant. Encore un clin d’œil de Dieu qui ouvrait la route ! Nous nous sommes alors rapidement rencontrés pour mettre en place le projet.
La méthode est assez simple, mais il nous a paru important de nous réunir auparavant quelques fois pour prier à cette intention. Il fallait aussi songer à faire de la publicité, décider qui allait s’occuper des fleurs ou de la musique… Tous étaient si heureux de commencer que nous avons inauguré la formule en février dernier au beau milieu de année pastorale. Comme pasteur, j’étais un peu sceptique de démarrer si tôt. En paroisse les activités nouvelles commencent en principe à la rentrée au mois de septembre. Mais devant l’enthousiasme, Il m’a bien fallu me ranger du côté de la majorité. Et je ne l’ai pas regretté, car c’était à l’évidence le camp que Dieu avait choisi. Tout s’est bien passé !

Comment se déroule l’école ?

La formule se décline en douze soirées, au rythme d’une par mois. Nous démarrons par la messe paroissiale du jeudi soir. A la célébration succède un temps d’enseignement, d’un quart d’heure environ. Puis vient le moment de l’adoration en silence, entrecoupée de quelque chants. Durant ce temps il est possible de recevoir le sacrement du pardon : la présence de Jésus au Saint sacrement ouvre les cœurs, et la Miséricorde du Seigneur les libère. La soirée se conclut sur un temps convivial au rectorat voisin. C’est l’occasion d’échanger sur ce que nous avons reçu et de se connaître davantage.
Dieu nous parle par sa beauté, raison pour laquelle la décoration de l’autel est particulièrement soignée. Dans le fleuve de fleurs et de bougie flotte toujours la photo de notre « capitaine ». Nous avons en effet choisi le bienheureux Jean-Paul II comme patron de notre école. Ce Pape a été un amoureux de Jésus dans le Saint Sacrement. Il a beaucoup insisté sur la centralité de l’Eucharistie dans la vie de l’Eglise. Il a aussi donné aux jeunes un merveilleux témoignage de paternité. Il a puisé sa force dans la prière, et nous lui demandons de nous aider à aller vers Jésus.
Le contenu des enseignements reprend les grandes lignes de notre foi catholique. On y parle entre autres de la réalité de l’Eucharistie, de la prière de demande et de louange, de la miséricorde, de l’Esprit Saint ou de Marie. Tous ces thèmes sont reliés à l’expérience de l’adoration. Des conseils concrets sont donnés quant’ à la manière de prier devant le Saint Sacrement. Ces catéchèse s’appuient sur la Parole de Dieu et sur la voix du magistère. Le contenu se veut simple, parsemé d’exemples ou d’images, accessible à tous.

Sur quoi insiste l’école d’adoration ?

Toutes les soirées n’ont qu’un seul but : nous donner l’occasion de connaître combien Jésus nous aime. En ce sens, l’adoration est invitée à être vécue comme un cœur à cœur profond avec le Christ, dans lequel nos découvrons que le Seigneur nous chérit et nous désire. Citons ici la bienheureuse Mère Teresa : « Mes enfants très chers, Jésus veut que je vous dise encore combien il a d’amour pour chacun d’entre vous, au-delà de tout ce que vos pouvez imaginer. Je m’inquiète que certains d’entre vous n’aient pas encore vraiment rencontré Jésus seul à seul : vous et Jésus seulement. Avez-vous vraiment fait connaissance avec Jésus vivant, non à partir de livres mais pour l’avoir hébergé dans votre cœur ? Avez-vous entendu ses mots d’amour ? Demandez-en la grâce : il a l’ardent désir de vous la donner. Il veut vous dire non seulement qu’il vous aime, mais davantage : qu’il vous désire ardemment. Vous lui manquez quand vous ne vous approchez pas de lui. Il a soif de vous. »
Dans son livre-méthode, Anne-Françoise Vater conclut son avant propos avec les mots suivants : « Je souhaite que les lignes qui suivent vous encouragent à venir passer régulièrement du temps devant Jésus présent au Saint-Sacrement, afin que vous découvriez de plus en plus de quel amour vous êtes aimé. Puis c’est Jésus lui-même qui se chargera de vous faire avancer, chacun à votre rythme, dans l’approfondissement de la prière. »

Quels peuvent être les fruits de l’école d’adoration ?

Ce n’est pas le moment pour nous de répondre à cette question, car nous venons de démarrer. Et puis, c’est au Seigneur de bénir et d’achever le travail de nos mais. De Lui dépend la fécondité de toutes choses.
Ajoutons toutefois que la fréquentation de ces soirées est réjouissante. Le nombre n’est jamais un critère, mais il permet de dire que l’école d’adoration répond à un désir d’apprendre à adorer et à prier. Les gens ont vraiment soif de la proximité du Seigneur. C’est Jésus lui seul qui peut étancher cette soif. Il le fait en se donnant lui même dans l’Eucharistie.
Un bel élément : plusieurs personnes de la paroisse voisine de Fully participent à ces soirées. Ce village bénéficie depuis quelque temps de larges plages d’adoration dans la semaine. Quelle grâce ! De plus en plus de lieux accueillent dans leur église l’adoration perpétuelle – c’est à dire que le Saint Sacrement y est toujours exposé – avec à la clé un renouvellement profond du tissu paroissial.

Alors, l’adoration, est-ce pour moi ?

Mais oui, bien sûr ! Qui que tu sois, tu es le (la) bienvenu(e) à ces soirées. Profite, il en reste encore une, celle du jeudi 7 février. Quand l’école sera finie, nous continuerons sans doute ces soirées aux mêmes dates : le premier jeudi du mois, après la messe de 19h00 au Bourg.
Marie, Mère de Jésus, conduis-nous à Jésus sur les chemins de l’Eucharistie !
Chanoine Joseph Voutaz