2013-3
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Année 2013 - Numéro 3
Revue " Mission du Grand-Saint-Bernard"

Chers amis lecteurs,

Vous recevez, en cette période toute illuminée par les couleurs de l’automne, le numéro 2 de cette année 2013.

Pour l’essentiel il est consacré à rendre hommage à notre cher Père Alphonse Savioz, grand misionnaire devant l’’Eternel, qui s’en est allé, pour son dernier grand voyage, dans la nuit du vendredi 12 avril 2013.
Lui rendent hommage
- le Père Gabriel Délèze, prieur de notre mission à Taïwan, il nous donne aussi un petit aperçu de la cérémonie d’au-revoir célébrée à Hsincheng,
- Monsieur Daniel Cipolla, grand ami du défunt, qui lui a transmis un peu de sa passion pour le Tibet,
- Le Père Georges Colomb, Supérieur Général des Pères des Missions étrangères de Paris (MEP)
Puis, on pourrait dire comme un fruit de la Mission bernardine au Tibet, le chanoine Daniel Salzgeber nous présente la figure attachante de l’écrivain chinois Fan Weng, un converti du bienheureux Maurice Tornay.
Le chanoine Yvon Kuhl nous partage sa réflexion sur le renouveau de l’Eglise
Enfin, je vous donne moi-même un petit écho du Congrès 2013 de notre Confédération des chanoines réguliers de saint Augustin.
En vous souhaitant une bonne lecture de ce numéro, je vous salue toutes et tous cordialement, au nom de toute la famille du Grand-Saint-Bernard.
ET bon Avent, en marche vers Noël !!

Le rédacteur Chanoine René-Meinrad Kaelin


En hommage au Père Alphonse Savioz

Chargé d’annoncer les merveilles de celui qui nous a appelés des ténèbres à son admirable lumière (1 P 2, 9)

Pleins de confiance de le savoir dans cette Lumière du Christ qu’il a porté jusqu’au bout du monde, le Prévôt, les confrères chanoines, les membres de la famille religieuse du Grand-Saint-Bernard en Suisse, Italie et à Taïwan font part du décès de leur cher confrère

Alphonse SAVIOZ

Chanoine du Grand-Saint-Bernard 1919-2013

Se joignent à leur Espérance, sa nièce adoptive, Josiane, son époux Lin Zhang et leur fille Rei-Jia-Gabrielle à Vernier (Ge).
Originaire d’Arbaz, où il est né le 11 septembre 1919, il passe sa petite enfance en France et en ramènera avec le goût du voyage celui, plus âpre, d’une vie qui lui a déjà pris son jeune frère.

Entré au Noviciat des chanoines du Grand-Saint-Bernard le 28 août 1939, il fera tout son parcours de formation religieuse durant la guerre. Il émet sa profession simple, le 12 sept. 1940, s’engage définitivement, par la profession solennelle le 15 sept. 1943. Ordonné prêtre au sortir de la guerre, le 6 avril 1946, il entre dans la grande aventure missionnaire et rejoint la Mission du St-Bernard dans les Marches du Tibet. Il sera successivement à la paroisse de Weisi au Juvénat de Houa-Lo-Pa et Curé à Attenze. Proche de son confrère Maurice Tornay, il aura l’initiative de faire ramener le corps de ce dernier assassiné dans la montagne du Choula et de l’ensevelir dans le jardin de la résidence missionnaire.
En 1951, chassé du Yunnan avec les autres missionnaires, il inaugure notre mission sur l’île de Formose, à Ilan, puis à Hsincheng, (côte Est de l’île). Plusieurs responsabilité lui seront confiées au cours de ses 52 années à Taïwan. Chargé du poste de Tien Siang, il aura souci de préserver et faire valoir la culture locale, celle de la tribu des Taroko ; en linguiste du terrain, il ira jusqu’à rédiger un dictionnaire de leur langue.
Revenu en 2004, il repartira encore courageusement pour un trimestre de remplacement à Taïwan avant de rentrer définitivement en 2005.
Il est décédé, à la Maison St-Bernard où il a vécu les 8 dernières années de sa vie, nourrissant ses souvenirs missionnaires à la lecture de nombreux magazines et revues. Son corps repose à la Maison St-Bernard, 18, Rue de l’Hôtel-de-Ville où les visites sont libres.
La messe de sépulture sera célébrée à l’Église paroissiale de Martigny le mardi 16 avril à 10h00 (office des défunts à 09h30).


Alphonse Savioz: une vie bien remplie

Né en 1919, A. Savioz est ordonné prêtre au printemps 1946. Il reçoit l’autorisation de devenir « missionnaire » et fait partie du groupe des quatre derniers chanoines du Grand-St-Bernard qui partirent œuvrer dans ce qu’on appelait la Mission du Tibet, sur la frontière sino-tibétaine. Comme il le dit dans « Sur les toits du monde », court métrage réalisé en 2004: « à cette époque, partir en mission, ce n’était pas partir à l’aventure pour l’aventure, mais c’était partir pour toujours ». Durant ses soixante années de vie missionnaire, A. Savioz cherche sans cesse à découvrir le monde et à comprendre les us et coutumes des personnes qu’il rencontre. Toujours ouvert à l’inconnu, à l’imprévu, au nouveau, il a parfois de la peine à prendre des décisions précises. Ses confrères parlent du « carrefour Savioz ».
Le 31 décembre 1946, nos quatre missionnaires arrivent à Kunming. Après deux mois de voyage, d’abord en camion, puis à pied ou à dos de mulet, ils arrivent enfin à Weisi, à la résidence principale de la Mission du Grand-St-Bernard. A. Savioz en parle avec émotion: « Dans notre petite chapelle de Weisi, c’est en cris de joie et de reconnaissance que retentirent, en ce soir du 20 février 1947, les strophes du Te Deum.
Nous demandons à Dieu de bénir notre apostolat dans les marches tibétaines et de nous accorder la force d’âme nécessaire pour partager les durs labeurs de nos devanciers, mais aussi leurs joies. » (Grand-St-Bernard Tibet l948, p.23)
Après une année d’étude du chinois à Weisi, en 1948, A. Savioz et L. Emery vont à Tsechung afin d’étudier le tibétain, auprès des Pères F. Goré et A. Lovey. Puis, A. Savioz est envoyé à Atundze (Deqin) afin de seconder le Père M. Tornay. Quatre années durant, A. Savioz vit et travaille auprès des tibétains et des Mosso. En août 1949, il enterre Doci et M. Tornay, massacrés près de la frontière sino-tibétaine.
En 1950-1951, nos missionnaires subissent à plusieurs reprises les pillages perpétrés par les hordes de combattants tibétains et les vexations imposées par les soldats de l’armée rouge. Vers Noël 1952, sous prétexte de les protéger contre les pillards tibétains, ils sont regroupés et isolés dans la résidence catholique de Weisi. Finalement, on les renvoie chez eux, sous escorte. Au début mars 1953, ils arrivent à Hongkong.
Désireux de poursuivre leur apostolat en Asie, ils restent à Hongkong. Le gouvernement indien ne leur permet pas de s’établir en Inde où affluent de nombreux tibétains. Par contre, le gouvernement de la Chine Nationaliste réfugié à Taiwan ouvre les portes aux missionnaires expulsés de Chine continentale. Ils décident donc d’entreprendre les démarches pour aller à Taiwan. Monseigneur Kuo, évêque de Taipei, leur confie l’évangélisation du district d’Ilan situé sur le littoral nord est.
Le 18 septembre l953, A. Savioz arrive sur la « Belle Ile ». Les quatre chanoines missionnaires s’installent proche des camps de réfugiés venus de Chine et créent la première communauté catholique de la ville d’Ilan. Les débuts sont laborieux, mais la joie des semailles illumine le quotidien. A. Savioz en fait la relation suivante: « 20 janvier 1953. Ce soir, après la prière, nous bénissons le tabernacle. Dès demain, Ilan, pour la première fois dans son histoire possèdera aussi son siège permanent du Roi des rois et nous jouirons de la présence de l’Hôte bien aimé. » (Grand-St-Bernard Tibet 1954, p.62)
Les « jeunes », - A. Savioz, F. Fournier, L. Emery -, se sentent à l’étroit dans la ville d’Ilan. Ils décident de recommencer la collaboration avec les Pères des Missions Etrangères de Paris qui œuvrent plus au Sud, à Hualien où un important mouvement de conversion se dessine parmi les aborigènes. Avec plusieurs autres Pères missionnaires, A. Savioz se lance dans l’étude de la langue parlée par les aborigènes Taroko qui ne connaissent pas l’écriture. Il rédige un lexique de base et un essai de grammaire.
Durant les années 1955-1965, plusieurs milliers de missionnaires catholiques et protestants expulsés de Chine viennent évangéliser à Taiwan. A. Savioz contacte plusieurs d’entre eux, voyage passablement, s’intéresse au passé de Formose, à ses habitants et à ses caractéristiques géographiques.
Au début des années 1960, nos missionnaires ont la joie de revoir quelques chrétiens de leur ancienne mission: le catéchiste Zacharie, son fils Joseph, Andréa, Léon, Messie, Thomé. Ils ont participé à la révolte tibétaine contre l’oppression communiste de Pékin et ont fini par se réfugier à Taiwan.
A. Savioz poursuit son travail de missionnaire et l’étude du langage Taroko. Il observe avec joie l’émancipation des habitants de Taiwan. Il maintient des contacts avec les catholiques tibétains résidant à Taiwan et essaye d’avoir des nouvelles de son cher Tibet.
Après 1980, la Chine ouvre timidement ses frontières aux étrangers. Avec soin, A. Savioz prépare son premier retour en Chine continentale. Le 15 septembre 1983, il parvient jusqu’à Kunming où il avait atterri le 31 décembre 1946. Il retrouve les bâtiments de l’évêché où il avait passé ses premières nuits en Chine et qu’il avait revu pour la dernière fois 31 ans auparavant. Il n’est pas autorisé à poursuivre son voyage plus loin. Il revient à Taiwan avec le ferme désir d’essayer dans deux ans de retourner dans les marches tibétaines encore fermées aux étrangers.
Deux ans plus tard, le 13 novembre 1985, en fin de soirée, il arrive à Weisi, un camionneur ayant accepté de l’amener en douce. Le lendemain, il revoit la petite église de Weisi, soigneusement barricadée. Repéré par la milice locale, il est contraint de revenir sur ses pas. Après une journée de voyage, il s’esquive et atteint Atundze le 13 novembre. Avec peine, il retrouve l’ancienne mission et le jardin où il avait enterré Doci et M. Tornay en 1949. La police le renvoie chez lui!
Encore deux ans plus tard, après de nombreuse péripéties et après avoir esquivé plusieurs contrôle de police, en décembre 1987, A. Savioz visite Yerkalo, puis Tsechung. Une fois de plus, la police locale lui demande de retourner à Kunming et de ne plus pointer dans ces « zones dangereuses ».
A. Savioz fera encore plusieurs voyages dans les marches tibétaines. La Chine communiste ouvrant de plus en plus de régions aux étrangers, il visite pratiquement toutes les anciennes missions des marches tibétaines. Durant ses derniers voyages, ce ne sont plus les policiers qui lui causent des ennuis, mais c’est l’altitude élevée des régions visitées. En effet, ses poumons délabrés et son cœur affaibli ne lui permettent plus de rester plusieurs jours au-dessus de deux mille mètres.
Sentant ses forces décliner, en 2004, il décide de rentrer en Suisse, à Martigny, à la Maison Saint-Bernard, afin d’essayer de classer un peu les livres et les documents qui s’y trouvent concernant le Tibet, Taiwan et la Chine.
En 2005, il revient passer quelques mois de vacances à Taiwan et observer une dernière fois l’île que son cœur aima et où il vécu plus de cinquante années. Dans le court métrage « Sur les toits du monde », il déclara: « Taiwan sera libre! Au plus tard en 2008... Oui! Vive Taiwan libre! » Et j’ajoute:

” Oui! Vive le Ciel où nous serons enfin libres!”

Gabriel Délèze


Au-revoir au Père Savioz

Le quinze avril au soir, dans notre église de Hsincheng, Monseigneur Philippe Huang préside une messe pour demander au Seigneur d'accorder au Père Alphonse Savioz le bonheur d'entrer dans la joie du ciel. Charles Reichenbach, Jean-Claude Fournier et une dizaine de prêtres concélèbrent. Une vingtaine de Soeurs de Sainte-Marthe et de nombreux fidèles remplissent l'église. Beaucoup de ces personnes ont vécu en compagnie d'Alphonse Savioz durant de nombreuses années et désirent témoigner ainsi de leur reconnaissance à un des premiers Pères missionnaires qu'ils ont connu.
Durant la messe, Monseigneur fait l'éloge du Père missionnaire qui a eu le courage de marcher à la suite de Jésus, de quitter les siens et son pays afin de venir apporter la Bonne-Nouvelle en Chine, au Yunnan, puis à Taiwan. Charles Reichenbach rappelle l'intérêt particulier que A. Savioz avait pour les tibétains et pour les Taroko. Il aimait la langue des montagnard Taroko et il a rédigé de nombreuses traductions de textes liturgiques en Taroko.
A la fin de la cérémonie, chacun vient s'incliner devant l'image du Père qui vient de nous quitter. Chacun chante de tout son coeur: "Cher ami, Dieu t'a fait vivre parmi nous. Maintenant il rappelle ton âme.
Qu'il t'accorde le repos!...Quand tu seras auprès du Père céleste, aide-nous à vivre en bons chrétiens!... Ce n'est qu'une séparation passagère. Nous nous retrouverons auprès de Dieu, notre Père."

Compte-rendu donné par le Père Délèze


Hommage des MEP au "Père Savioz"

Ecrire sur la vie du Chanoine Alphonse Savioz reviendrait à mes confrères M.E.P. ou aux chanoines du Grand Saint Bernard de Taïwan qui l'ont connu et côtoyé beaucoup plus souvent que je ne l'ai fait, qui ont vécu auprès de lui pendant plusieurs années, mais à votre demande, je vais rappeler quelques souvenirs personnels que j'ai gardés dans mon coeur.
Pourquoi ce lien, cette proximité entre chanoines du Grand Saint-Bernard et missionnaires M.E.P. ? A première vue, rien ne les rapproche, les uns sont des religieux qui obéissent à une règle, les autres n'y obéissent pas. Les uns sont appelés à une vocation plutôt casanière, les autres sont envoyés en mission ad vitam dans un pays qu'ils ne connaissent pas et ne choisissent pas !
Il se trouve que les chanoines ont été appelés par Rome sur la suggestion des Missions Etrangères de Paris, comme ce fut le cas pour d'autres instituts missionnaires, et pas n'importe où, mais dans ce pays merveilleux, frontière culturelle, linguistique, religieuse entre les provinces du Yunnan, du Sichuan et du Tibet : les Marches tibétaines.
Dans ce pays, confrères M.E.P. et chanoines ont écrit de belles pages missionnaires. Ils ont donné leur vie pour le Christ, pour l'annonce de l'évangile, la fondation de l'Eglise, pour ce peuple, ces minorités ethniques dont l'évangile fit un peuple debout et libéré de l'esclavage d'un système religieux féodal. Le projet de construction de l'hospice en montagne n'aboutit pas car les chanoines, comme les missionnaires M.E.P. furent expulsés de Chine, cependant les pères suisses avaient accueilli dans leur "équipe" Monsieur Bob Chapelet, un laïque missionnaire, aventurier au service de l'Eglise auquel je rendis visite en Suisse dans sa maison de retraite grâce au chanoine Daniel Salzgeber. Aujourd'hui en se rendant des villages de la vallée du Mékong à ceux de la Salouen par la montagne, le voyageur peut apercevoir les ruines de l'hospice des chanoines, témoignage de projets missionnaires, d'efforts humains, de sacrifices qui portent et porteront encore des fruits !
Le Père Savioz de par son origine helvétique était préparé pour annoncer l'évangile aux périphéries pour reprendre l'expression du Pape François. Il est certain que son enfance, sa nationalité, la diversité linguistique et culturelle de la Suisse, tout cela fut une bonne terre, un bon humus qui le prépara à l'étude des langues et cultures de la Chine continentale et de Taïwan. il fut donc à l'aise à Weixi, à Houa-la-po, à Atuntze dans les Marches tibétaines comme il le fut auprès des Tarokos, l'une des minorités aborigènes du diocèse de Hualien. Homme de terrain, pasteur zélé, homme paisible et cultivé, il s'était mis au tibétain et plus tard rédigea un dictionnaire de la langue Taroko.
Tout cela est déjà beaucoup, mais il ne faut pas oublier l'essentiel ! Alphonse Savioz fut ordonné prêtre en 1946 et il exerça son ministère pendant 67 ans. Sa vie est l'histoire d'une double fidélité, fidélité à sa vocation sacerdotale, fidélité à une terre, à des communautés et surtout à ses premières amours : les Marches tibétaines.
Ma première rencontre avec le Père Savioz eut lieu à Hualien dans notre maison MEP où confrères MEP, chanoines du Grand Saint-Bernard et prêtres diocésains se réunissaient régulièrement pour un temps convivial particulièrement fraternel. Chacun apportait sa bonne humeur et le Père Brunet, supérieur de la maison, faisait admirablement le reste ! Je suis allé voir le Père Savioz dans les gorges de Taroko et ensuite, à Kunming dans le Yunnan, j'eus la joie de le revoir lors de voyages qu'il fit auprès des communautés de la Salouen et du Mékong. Le Père Savioz me présenta à un jeune ami tibétain sur lequel il fondait quelques espoirs pour qu'il devienne prêtre. Je corresponds toujours avec cet ami de la Salouen qui s'est marié, a fondé une famille et participe à la vie de la communauté catholique. Le Père Savioz me fit découvrir ces communautés de la Salouen par les courriers qu'il m'envoyait et de vive voix. il me parla beaucoup de Zacharie que j'eus la chance et le privilège de rencontrer plusieurs fois.L'audace missionnaire du Père Savioz était un bel exemple pour moi ! Cet homme, qui avait plus de 70 ans, passait de longues heures, jour et nuit, dans des autobus peu confortables, sur des routes qui n'étaient pas sans risques avec en prime les mésaventures qu'il eut avec la police dans cette région où il fallait se rendre en étant discret. Il lui arriva une fois de faire route dans un camion pour éviter de se faire repérer. Il y avait aussi les voleurs, je me souviens de l'un de ses voyages où il avait emporté avec lui une somme en dollars U.S. , don pour l'Eglise locale, qui fut volée dans son sac. Lorsque de retour à Kunming, il me raconta sa mésenvature, j'étais plus catastrophé qu'il ne l'était, il me rassura en me disant : "ce n'est qu'une plaie d'argent". Je me suis rappelé cette remarque plus tard lorsqu'une mésaventure semblable m'arriva ! Il est vrai que sa longue vie missionnaire lui avait montré d'autres plaies, celles des confrères M.E.P. morts en martyrs, en témoins du Christ dans ces Marches, celles de son confrère, le Père Maurice Tornay. Il y avait chez le Père Savioz une grande connaissance de la mission dans cette région de la Chine et une grande estime pour les missionnaires MEP, estime qui était aussi affection délicate et fidèle.
(mettre ici photo 2, dossier A. Savioz, avec légende : le Père Savioz en communauté : Puissent les chanoines du Grand Saint-Bernard accueillir des jeunes et les former non seulement pour leur vocation première dans les hospices au service des pèlerins et dans leurs écoles, mais aussi en Asie, en Chine ou à Taïwan. Les pères suisses ont écrit courageusement une belle page d'histoire, il ne faut pas tourner cette page. C'est ma prière pour eux et pour ces peuples avec lesquels ils ont tissé des liens pour toujours.

Père Georges Colomb, Supérieur Général des MEP


SAVIOZ ALPHONSE (11.09.1919 . 13.04.2013)

Comme disaient certains, Alphonse Savioz était un vrai « broussard » !
Tout-à-fait charmant et très sympathique, mais très difficile à entrer en contact, il fallait casser la carapace, pour essayer de le capter et d’en tirer des informations !
En d’autres termes, il était un parfait chinois, dans le sens qu’il fallait pas avoir peur de perdre du temps (palabrer) pour arriver au moment où nous ne n’y attendions plus et alors l’information souhaitée et demandée (mendiée) depuis quelques temps déjà, arrivait venue de nulle part !
Tout de même, il connaissait bien les chrétientés du Haut Mekong et lorsque nous préparions le premier voyage pour aller sur « les pas du Bienheureux Maurice Tornay » en 1998, c’est lui qui nous a donné les meilleures informations, les plus claires, les plus fiables, les plus actualisées.
Les autres chanoines consultés, le plus jeune (intéressé à la Chine, voire passionné), nous avait situé sur la carte Yerkalo alors qu’il se trouvait encore à Champittet, et l’autre, le Prévôt émérite de l’époque, lui avait enclenché des disques mais bloqués aux années cinquante, difficilement compréhensibles pour un « villerin » n’ayant jamais vécu à la campagne et se faisant une idée très personnelle de l’empire chinois.
Tout de même, il nous avait dit avec son sourire un peu narquois vous voulez aller dans nos missions, vous n’y arriverez jamais, sous-entendu ne perdez pas du temps surtout avec des enfants, jeunes adolescents !
Dopé par un ami « globe-trotter » qui nous avait dit « je vous mène où vous voulez en Asie », je lui avais dit avec mon aplomb habituel, « pas de problème » nous vous raconterons cela au retour !
Et au retour, Christiane l’appelle en lui disant que le voyage avait été assez éprouvant, mais que nous l’avions fait comme prévu de Hanoï jusqu’à Yerkalo, que nous avions des photos et aussi des films, il ne nous a pas crus, mais il est accouru à la maison immédiatement avec l’ancien vicaire de Tsechung, Angelin Maurice Lovey, pour « toucher », comme aurait dit Thomas l’apôtre, les « revenants ».
Cette soirée a été très émouvante et dans les discussions et lettres qui ont suivi, nous lui avons dit que nous avions l’intention d’y retourner en été 1999 pour les cinquante ans de l’entrée du Bienheureux Maurice au « banquet du Seigneur. »
Aucune réponse claire comme d’habitude, et tout d’un coup alors que nous étions à Dali , près de la Cathédrale tenue à l’époque (des missions) par les pères de Bétharram, arrive le père Alphonse et nous avons passé tout une semaine merveilleuse avec lui, et l’ancien séminariste et élève du bienheureux Maurice, Bernard Marie. (alias Adjrou, voir notes 1-2)
Semaine magnifique, inoubliable et nous avons pu revivre une partie de l’épopée missionnaire avec les moyens du bord, véhicule hors d’âge ou d’usage, arrivée de nuit sans phare, arrivée dans un hôtel (Weixi) qui ressemblait plus à un « bordel », quasiment sans toilettes, ni eau courante, une communauté magnifique à Siao Weixi,, et surtout une réception grandiose à Tsechung et Patong, quasiment mieux reçus qu’auraient pu l’être les proches du Pape ou le Pape lui-même ! ce qui a laissé de tels souvenirs que depuis je me suis passionné pour la mission des Chanoines dans les MARCHES THIBETAINES DU YUNNAN.
Mille mercis père Alphonse, je ne vous saurai jamais assez reconnaissant, j’essaierai de me racheter encore autant que le Seigneur me le permette et aussi ma santé !
Ce qui a été semé par les missions étrangères de Paris et aussi par les chanoines du Grand Saint Bernard, dans des sols très caillouteux, a porté et porte encore du fruit, tant dans le Haut Mekong que dans la Haute Salouen, continuons à les aider, à prier pour eux, à les encourager à terminer l’hospice du Latsa, et pourquoi pas leur demander de venir « missionner chez nous et nous évangéliser à la grâce de Notre Seigneur» !

DEO GRATIAS.

Daniel Maurice

PS 1 – En été 1998, nous avions rencontré à Dali, un ancien élève de notre Bienheureux Maurice Tornay, Bernard Marie (ou Adjrou de son nom mosso-tibétain) et il nous avait raconté qu’il avait passé plus de vingt ans dans les camps de rééducation communistes, et qu’il dormait dans une sorte de niche pour chien. Il rajoutait avec un brin de nostalgie lui, qui aurait voulu faire la Volonté de Son Seigneur et devenir prêtre du Très-Haut, les communistes m’ont forcé à me marier !! Sanction terrible (à méditer), maintenant que certains prêtres aimeraient se marier…
PS 2 – Le frère de Bernard Marie, Sandjrou n’est ni plus ni moins que le frère d’un des principaux témoins du meurtre, assassinat dirait le juriste, de Notre bienheureux Maurice ! Lorsqu’il a été entendu en commission rogatoire au Sikkim , il disait en final : « J’ai encore un désir à exprimer : c’est que Monseigneur Lovey et nos Pères fassent leur possible pour revenir dans mon pays thibétain » !
PS 3 - De VENIMUS ADORARE EUM (JMJ Cologne) à ALLEZ - SANS PEUR - POUR SERVIR (JMJ RIO) et bientôt les JMJ à Cracovie ! Essayons jeunes et moins jeunes d’exaucer, si nous le pouvions , les vœux et désirs de ces chrétiens qui ont faim et soif de Jésus !!


Témoignages des enfants de Daniel et de quelques amis

Grand merci Père Alphonse

Je me souviens encore comme si c’était hier de ce voyage magnifique au Tibet (plus précisément sur les lieux où ont œuvré les Chanoines du Grand-St-Bernard, sur le Haut-Mekong).
Alphonse Savioz a été notre guide et notre porte-parole. Grâce à sa présence parmi nous, nous avons découvert et partagé un autre savoir vivre fait de solidarité et de peu d’individualisme. Je ne puis que vous inviter à aller vous-même découvrir ce beau pays, de vos propres yeux.
Alphonse Savioz, lui qui a passé plus de 5 ans dans cette « autre culture » et dans ce pays « magique » avait un sourire constant durant tout le long du voyage et son sourire était contagieux.
Qu’il repose en paix et encore merci.
Blandine

Notre guide !

Ce que j’ai apprécié chez Alphonse, c’est sa simplicité à s’adapter à toutes les conditions et surtout sa passion pour tout ce qu’il a entrepris !
Ça se voyait qu’il prenait tout à cœur et de mon côté, j’ai été très surpris quand tout un village s’est mis à genoux devant lui, j’en avais déduit que c’était une personne très importante !
Qu’il repose en paix.

Maximilien

Routard du Yunnan

Avec tout le temps passé en Asie, il en a pris le rythme et a appris leur langue. Tu nous as surpris et par ton calme et par ta sagesse et par tes connaissances inestimables. Tu vas nous manquer Père Alphonse !

Barthélémy

Quel plaisir d’avoir pu faire connaissance du Père Alphonse Savioz lors de notre voyage dans les Marches du Tibet en juillet 1999.
Sa présence nous a permis de mesurer la Grande Foi qui anime les Chrétiens tibétains. A chaque village, il était accueilli tel le Messie.
Nous gardons de lui une image pleine de compassion et d’Amour envers « ses » Chrétiens tibétains.

Sandra et Edgar.

AU REVOIR, CHER PERE ALPHONSE SAVIOZ, ET A BIENTÔT

J’ai rencontré le Père Alphonse pour la première fois lors de mon pèlerinage au Tibet avec la Famille Cipolla et deux amis. C’est à Dali, le 1er juillet 1999. En compagnie de Bernard-Marie, nous nous retrouvons devant l’église avec quelques chrétiens et des religieuses. Au cours du repas improvisé, le Père Savioz déclare, en désignant l’une d’entre elles : Elle (sœur Marta) m’a sauvé la vie !!! Je ne me souviens plus des circonstances, je retiens seulement que désormais, nous pouvons compter sur sa présence pour la suite de notre pèlerinage.
Témoin vivant de la mission des missionnaires, il nous sert de guide avec humilité et enthousiasme car il redécouvre lieux et personnes connus autrefois. En sa compagnie nous visitons Weisi, Siao-Weisi où, le 5 juillet, il célèbre la messe dans l’église de la Mission. Joie, ferveur et action de grâce, nos cœurs débordent de reconnaissance envers le Seigneur, bien sûr, mais aussi envers son témoin et l’assemblée chrétienne qui se joint à nous. (Je me souviens avec émotion que presque à la même date, mon oncle Maurice célébrait ici sa première messe solennelle, le 3 juillet 1938).
Nous poursuivons notre pèlerinage jusqu’à Patong, où le Père Savioz doit nous quitter. A chaque étape une scène merveilleuse se reproduit : les chrétiens alertés par leurs anges probablement s’agglutinent sur le passage du missionnaire pour recevoir sa bénédiction Une telle ferveur nous bouleverse et remet en question notre foi..
Cher Père Savioz, votre vie donnée, offerte de prêtre et de missionnaire Dieu seul la connaît et peut en mesurer tout l’Amour. Témoin de quelques étincelles de cette aventure folle et sage, nous vous disons MERCI. Nous prions pour vous avec reconnaissance et vous disons à bientôt, dans le bientôt de Dieu.

Rachel Tornay


Appel à l’aide

pour acquérir un lieu de réunion et de culte à Atundze (Deqin) dans l’ancienne « Mission du Thibet »

Atundze (Tékin, Deqin en romanisation chinoise actuelle) est la capitale du district (hien) où se situe l’importante Chrétienté de Tsechung (Cizhong en écriture actuelle) , distant de 75 à 80 km. Deqin est devenu un centre vital sur la route Yunnan-Tibet ; depuis longtemps déjà c’était un lieu de commerce et l’un des passages principaux depuis la Chine jusque dans les régions sous influence tibétaine.
Actuellement, ce centre de commerce de 12 à 15'000 habitants alors qu’il n’y avait que 250 à 300 familles il y a une cinquante d’années. La « mission » catholique avait acheté deux terrains et construit une résidence-chapelle située juste à l’entrée du « marché » mais la chrétienté ne s’est guère développée…
Lorsque le Père Tornay Maurice fut chassé de Yerkalo, il résida quelque temps à Pamé dans des conditions très dures ; puis sur le conseil de Mgr Valentin, mais sans son aide financière, il se retira sur le bourg d’Atundze, répara la résidence en 1947, laquelle devint bientôt un lieu de rencontres pour les Chrétiens de Yerkalo. Localement, il n’y avait alors que 2 ou 3 familles catholiques.
Il ne resta pas longtemps en ce lieu, car il dut se rendre à Kunming, Shanghai et Nankin pour des réunions et pour des démarches auprès des autorités religieuses et civiles en faveur de la chrétienté qu’il dut quitter. Il revint au cours de 1948, prépara sérieusement son voyage de recours aux autorités de Lhassa, démarche ultime et héroïque qui aboutit à son martyre.
Je vins lui tenir compagnie pour quelques mois et apprendre avec lui le tibétain. Après son ensevelissement, je me rendis chez les confrères de Tsechung et Weisi, puis en août 1950, un an après son martyr, je revins à Atundze, mais je ne pus y rester que quelques mois, car les troupes chinoises préparant la libération du Tibet s’établirent dans la résidence, ne laissant qu’une chambrette à ma disposition. Puis ce fut le retour à Tsechung et à Weisi et l’expulsion.
Après la prise de pouvoir par les communistes, on a construit un grand bâtiment en béton sur l’emplacement de la résidence. Il est certes impossible de prévoir une récupération quelconque de ce lieu. Quant à la deuxième propriété de l’église avec le jardin où avaient été ensevelis les martyrs Maurice et Doci, il serait possible, peut-être, d’obtenir une restitution.
Comme dit plus haut, Atundze (Deqin) est devenu un centre important sur la route du Yunnan-Tibet et de nombreux chrétiens du district, qui comprend Tsechung, Patong et autres chrétientés, trouvent du travail en ces lieux et parfois s’y établissent avec leur famille.
Il n’existe aucun lieu de réunion pour ces « migrants », donc l’achat d’une maison pouvant servir aussi de lieu de culte s’avère de première nécessité. Il y a maintenant deux jeunes prêtres parlant le tibétains et qui seraient prêts à venir de temps en temps réconforter ces fidèles dans la foi, mais leurs moyens sont limités, ils attendent de l’aide.
En 1997 déjà, les Pères Colomb (Mep) et Salzgeber du St-Bernard avaient donné une aide qui aurait dû servir à l’achat d’une maison, mais ils furent trompés par un chrétien travaillant dans un bureau du district. L’achat ne put avoir lieu et une partie de la somme fut perdue ; la part restante fut récupérée mais employée pour l’Eglise de Yerkalo qui a englouti beaucoup d’aides financières reçues de diverses organisations !?!

+ cr Alphonse Savioz - missionnaire

NB Ce document m’avait été transmis, il y a quelques temps déjà et avait disparu dans mon « chenil ». Il est à préciser que le RP Alphonse Savioz était très « nostalgique » de Deqin (Atundze) puisqu’il a été le dernier desservant de cette station qui est devenu un très grand centre névralgique (dernière ville avant la R ,A,T. (région autonome du Tibet)) et il y a beaucoup de chrétiens, soit de passage, soit pour leurs activités professionnelles.
A méditer et que la générosité des lecteurs de la revue se manifeste vers la fondation du Bienheureux Maurice Tornay (Cure – Place de l’Eglise – 1937 Orsières – 027 783 11 44) ( BCVs Sion, K840.98.06 431828 ou IBAN CH52 0076 5000 K084 0980 6 ) ou vers une association ou fondation à constituer !!!

dmc


Fan Wen – écrivain chinois

Inspiré par le témoignage de nos missionnaires

Il y a des moments dans une vie qui peuvent changer totalement sa direction. L’écrivain chinois Fan Wen, né en 1962 dans la province du Sichuan, a vécu un tel moment en 1999. Voyageant à travers le sud-est de son pays, il s’est trouvé tout à coup au cimetière catholique du petit village de Yanjing (Yerkalo) en face de l’inscription tombale écrite en latin, tibétain et chinois de Maurice Tornay. Une question monta alors en lui et ne l’a alors plus quitté : « Pourquoi cet étranger est venu jusqu’ici, dans ce petit village de montagne oublié du monde ? » Fan Wen a trouvé à ce moment, en face de la tombe de ce missionnaire suisse, sa « sainte vocation » (sic !) .
En effet, durant la recherche d’une réponse à sa question, il a commencé à s’intéresser au catholicisme et à l’histoire de la mission. Un intérêt qui l’a tellement pris qu’il s’est fait baptiser en 2004 après un catéchuménat de plusieurs années (événement qui fut même publié dans le journal semi-officiel du gouvernement « China Daily » Ce récit est apparu dans l’anthologie : «Unterwegs. Literatur-Gegenwart China». Verlag Dix 2009) et un intérêt qui depuis lors est la matière principale de son travail littéraire. Ainsi, l’époque historique de la mission dans les marches tibétaines avec les interactions et les conflits entre les bouddhistes et les catholiques qui y sont liés forment (même s’il présente les faits souvent d’une manière étrange et déformée) le contenu de son ouvrage le plus célèbre à ce jour, sa trilogie tibétaine, qui comporte les livres Shuiru dadi (pays d’harmonie), paru en 2004, Beimin dadi (pays de la compassion), paru en 2006, et Dadi yage (louange sur le pays), paru en 2010.
La traduction française du premier livre de cette trilogie vient d’être publiée (en avril de cette année) sous le titre « Une terre de lait et de miel » dans l’édition renommée Editions Philippe Picquier. Dans ce roman, Fan Wen raconte la vie d’un petit village multiculturelle dans la vallée du Lancangjiang (le nom chinois du Mékong). Il parle des querelles entre d’arrogants missionnaires catholiques venu d’Europe, des fonctionnaires incompétents avec leurs troupes qui se livrent au pillage, des chamanes naxis et des moines tibétains dominants qui ne mènent pas toujours une vie paisible dans leurs monastères.
Fan Wen compte aujourd’hui parmi les écrivains chinois contemporains les plus célèbres. En Chine comme à l’étranger, il a reçu de nombreux prix littéraire. Ainsi, il a reçu en 2005 le « national outstanding book award », puis la distinction très convoitée « 1st dream of the red chamber award » et le prix pour le «mondialement meilleur roman en langue chinoise ».
En 2010, lors du festival de culturescapes (un festival culturel en Suisse allemande, dans lequel, depuis 2003, chaque année est présentée la culture d’un autre pays), Fan Wen était invité pour la première fois à se rendre dans notre pays. Il a donné des conférences à Berne et à Bâle et il s’est rendu pour une brève visite à Martigny, où il rencontra notre prévôt, Jean-Marie Lovey, et à Orsières où il visita la maison natale du bienheureux Maurice Tornay. Durant ce séjour, il y a eut aussi des contacts avec la télévision Suisse. Ces contacts ont aboutit à une visite d’une équipe de la RSI (radiotelevisione svizzera) qui a tourné dans les marches tibétaines un documentaire sur lui. Ce documentaire devrait être diffusé ce printemps.
L’année passée, la ville Stein am Rhein à contacté l’association d’écrivains chinois pour inviter un de ses membres à vivre durant trois mois dans son atelier Chretzeturm. Le choix s’est porté spontanément sur Fan Wen. Celui-ci a donc vécu de fin octobre à fin décembre dans cette ville au bord du lac de Constance. Durant son séjour, il a à nouveau donné dans plusieurs villes suisses des conférences qui avaient presque toujours comme contenu son unique œuvre traduit pour l’instant en allemand « Ein Bär auf Seelenwanderschaft » (un ours sur sa vadrouille de l’âme). Dans ce court récit, il suit un vieux lama le long de chemins sinueux chemins entre le passé et le présent.
Il a aussi profité de son temps en Suisse pour se rendre de nouveau à Martigny où il fut accueilli par notre ancien prévôt Benoît Vouilloz et par notre confrère chinois Joseph Yang. Lors d’entretiens avec nos confrères, Fan Wen a fait quelques recherches sur le bienheureux Maurice Tornay, la mission des Chanoines du Gd. St Bernard comme aussi sur l’histoire et la spiritualité de notre Congrégation. Ces recherches lui sont très utiles pour son prochain projet : sous le titre « Jésus au Tibet », il veut écrire un roman sur la vie de Maurice Tornay. Ce projet lui fera certainement profiter une nouvelle fois de l’hospitalité de notre maison prévôtale et ainsi nous pouvons nous réjouir d’approfondir notre amitié avec lui, un converti de Maurice Tornay bien après sa mort.
La semence de nos confrères aux marches tibétaines continue à porter des fruits, dès fois, des fruits –comme Fan Wen- qui sont beaux et bien surprenants! Que notre Congrégation ne délaisse pas son héritage missionnaire ni l’abandonne à d’autres groupes !

Chne Daniel Salzgeber


Le renouveau dans l’Eglise

Je prends la plume quelques jours après l’élection du nouveau pape.
En s’adressant aux journalistes, le pape François a commencé par les remercier pour leur travail, pour leur « grand » travail… en soulignant aussi toute l’importance de ce travail. Je veux donc moi aussi remercier ces journalistes et remercier l’ensemble des médias.
Le nouveau pape les a ensuite invités à considérer que l’Eglise, même si elle est une réalité visible, est d’abord et essentiellement une réalité « spirituelle » qu’on ne peut bien comprendre qu’à partir de la foi. C’est donc toujours dans la lumière de la foi qu’il faudrait en parler pour en parler avec justesse.
Cette constatation m’invite, nous invite, à reconnaître des incompréhensions possibles entre l’Eglise et les médias. Une certaine « confusion », par exemple, s’est installée chez de nombreux journalistes au sujet du renouveau de l’Eglise.
Les médias attendaient, attendent un pape du renouveau. Je m’en réjouis… mais, à les entendre, il faudrait que le pape et l’Eglise « répondent aux aspirations de notre société moderne » . ( Je l’ai lu « tel quel ». )
C’est à propos de ce désir que la confusion peut s’installer et j’ai de la peine à comprendre que des prêtres et des laïcs éclairés reprennent ce refrain sans « discernement ».
Si les aspirations de notre société moderne – une société gravement malade – consistaient à désirer se convertir, à désirer revenir au Dieu vivant et personnel qu’elle a abandonné, si ses aspirations consistaient à vouloir quitter la « surface » des choses et de soi-même pour rejoindre la Profondeur, si cette société moderne désirait sortir de son matérialisme, de son hédonisme, de la tyrannie du « sexe », si elle désirait renoncer au mariage des homosexuels pour leur proposer l’amitié mystique sans relation sexuelle, si elle désirait se libérer de la dictature du relativisme, sortir de l’injustice sociale, de l’égoïsme, de l’individualisme, abandonner l’opulence et la richesse qui endorment les consciences, si elle désirait reprendre la quête de la vérité afin de sortir du MENSONGE… alors oui, les journalistes auraient raison : l’Eglise a le devoir et la possibilité de répondre à ces aspirations. La vraie question, pour éviter la confusion, est donc de savoir si la société moderne aspire à de telles conversions.
Dans la lumière de la foi, nous pouvons comprendre que l’Eglise doit être dans le monde sans être du monde. Elle doit annoncer le Royaume de Dieu, un Royaume nous dit Jésus qui n’est pas de ce monde et qui en outre s’oppose au Royaume des ténèbres.
Nous avons à réentendre la Parole de Dieu : « N’aimez ni le monde ni rien de ce qui est dans le monde » . (I Jean 2, 15) Il ne faut tout de même pas confondre le monde que l’Eglise aime de tout son cœur, ce monde que Dieu « a tant aimé » et qui est l’ensemble des humains auxquels il a envoyé son propre Fils afin que, précisément , ils ne périssent pas (Jean 3,16)… avec cet autre monde, le monde des ténèbres qui refuse la Lumière. Je veux dire qu’il y a dans le monde un esprit du monde qui s’oppose à Dieu de toutes ses forces. Il faut le savoir pour éviter d’en devenir la victime inconsciente. (Ceux qui sont habités par cet esprit comprennent parfaitement de quoi je parle.)
L’Eglise n’a pas à répondre aux aspirations du monde quand ces aspirations s’opposent au Royaume de Dieu. L’Eglise doit répondre aux aspirations les plus profondes du cœur humain qui se cachent sous ses désirs superficiels. Quand les aspirations profondes de mon cœur ne sont pas éveillées, mes désirs superficiels entravent ma liberté profonde et m’emprisonnent dans une fausse liberté. L’Eglise doit donc d’abord me proposer la conversion du cœur… comme elle doit proposer la conversion à toute la société.
L’Eglise annonce et offre au monde le SALUT… mais il n’y a pas de salut sans conversion.
Quelqu’un demandait à Mère Teresa de Calcuta : « Que faut-il changer dans l’Eglise ? » « Moi et vous ! » a-t-elle répondu. Le renouveau de l’Eglise ne consiste pas d’abord dans le renouvellement de « structures » - même s’il est nécessaire de réformer la curie ! –, il consiste d’abord dans le renouveau de nos cœurs.
Dans la lumière de la foi et pour éviter la confusion, les journalistes qui souhaitent le renouveau de l’Eglise doivent cesser de penser que l’Eglise doit s’adapter à l’esprit du monde puisque l’Eglise, justement, doit contester l’esprit du monde en proposant à chacun la conversion du cœur. N’est-ce pas l’ESPRIT-SAINT que l’Eglise désire insuffler à la société moderne ?
Comme les grands prophètes de l’Ancien Testament qui invitaient au repentir ; comme Jésus lui-même qui commence par dire : « Convertissez-vous ! » (Marc 1,15) ; comme saint Pierre le jour de la Pentecôte qui, à la question « Que devons-nous faire ? », répond sans hésiter : « Repentez-vous ! » (Ac 2,38) … l’Eglise doit inviter la société moderne à se convertir.
Au lieu de rêver au sacerdoce des femmes – et pour que celles-ci redécouvrent en profondeur leur vocation « propre » - les femmes et les hommes devraient écouter la Vierge Marie – une femme ! – et sainte Bernadette – une autre femme ! – qui nous disent depuis la grotte de Lourdes : « Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! «
C’est le message de Jésus : « Si vous ne faites pas pénitence, vous périrez tous ! » Cet appel à la pénitence n’est pas facile à entendre, je le sais par expérience… et il est plus facile de disserter sur le renouveau des « structures » de l’Eglise que de se reconnaître pécheur et de présenter à Jésus son cœur de pierre afin qu’il le brise.
Voilà donc le véritable renouveau… qui doit commencer dans le cœur des chrétiens… et spécialement des chrétiens qui pensent que l’Eglise doit s’adapter à l’esprit du monde. L’Eglise ne doit pas s’adapter à l’esprit du monde, elle doit lui offrir le SALUT… en invitant chacun à la conversion.
L’Eglise a besoin de nouveaux Jonas qui parcourent ces nouvelles Ninive, qui parcourent Genève, Lausanne, Fribourg, Sion, Neuchâtel… qui prennent la parole à Radio suisse romande, qui montent sur les plateaux de la télévision pour oser dire à tout le monde : « Revenez à Dieu de tout votre cœur ! »
« Frères, nous sommes les ambassadeurs du Christ et par nous c’est Dieu lui-même qui, en fait, vous adresse un appel. Au nom du Christ, nous vous le demandons, LAISSEZ-VOUS RECONCILIER AVEC DIEU. » (II Cor. 5,20)
Voilà le message que l’Eglise adresse à la société moderne qui attend un renouveau de l’Eglise… sans bien comprendre que, en fait, c’est Dieu lui-même qui , à travers l’Eglise, propose à la société de se renouveler dans la conversion et la réconciliation.
J’ai commencé avec le pape François, je termine avec lui et avec le message qu’il a donné lors de son premier « Angelus ». Il nous a offert le cœur même de l’Evangile : il nous a annoncé la MISERICORDE … en martelant à plusieurs reprises : « Dieu ne se fatigue jamais de pardonner ! »
L’Eglise est envoyée au monde pour l’inviter à la réconciliation avec Dieu, en offrant à chacun le pardon de ses péchés et la joie d’un cœur « nouveau ».
Comment la société moderne pourra-t-elle accueillir la « miséricorde » sinon en ayant le courage et l’humilité de reconnaître sa « misère ».
Je suis moi-même un vrai pécheur en voie de conversion et le renouveau que j’attends de l’Eglise, c’est le renouveau de mon propre cœur.

Chanoine Yvon Kull


Congrès 2013

de la Confédération des chanoines de s. Augustin

Je voudrais vous donner un bref aperçu avec aussi quelques photos, de l’événement canonial de cet été 2013.
Du 8 au 12 juillet, s’est célébré à Neustat, en Allemagne du sud, le Congrès des chanoines réguliers de s.Augustin faisant partie de le Confédération canoniale qui compte 9 Congrégations.
La thème : saint Augustin et la caritas avec l’apport de 4 conférenciers remarquables. Chaque exposé était suivi d’un partage en table ronde avec les participants Plus de 100 chanoines, frères, sœurs étaient présents à ce Congrès, organisé de main de maître par les frères et sœurs de la vie commune, sous la direction de leur Prieur Général, le Père Richard Lehman-Gronke.
Pour notre Congrégation bernardine, étaient présents notre Prévôt Mgr. Lovey, et 6 autres confrères.
Au programme : 4 conférences par Mgr Luc Ravel puis le professeur docteur Notker Baumann, puis le Père Gabriele Forlisi, enfin le cardinal Paul Josef Cordes.
Nous avons eu aussi une belle et émouvante excursion-pèlerinage à Speyer, avec la visite du couvent dominicain St. Magdalena où Edith Stein a vécu et enseigné pendant plusieurs années.Puis la visite du superbe Dôme, avec l’office du milieu du jour et une brève prédication de l’évêque auxiliaire Mgr. Otto Georgens , tout cela suivi par un concert d’orgue.
En fin de journée, nous avons visité le sanctuaire marial de Waghaäsel, haut lieu de pèlerinage de la région, desservi par les frères de la vie commune. Nous avons eu là un apport très intéressant sur les activité de la diaconie du lieu puis la messe festive du soir, en cette église, avec l’évêque auxiliaire Bernd Uhl.
Tout au long de ce Congrès, les temps d’échange, de partage et de convivialité, ont été nombreux et très sympathiques., tous bien arrosés car il faut rappeler que Neustadt est sur la Weinstrasse ….
Au coeur de chaque journée, la célébration priante de la Liturgie des heures et de la sainte Messe.

Chanoine René-Meinrad Kaelin